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 FRANCE CUIRASSES CLASSE RICHELIEU

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clausewitz
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MessageSujet: FRANCE CUIRASSES CLASSE RICHELIEU   Dim 07 Fév 2010, 20:20

CUIRASSES CLASSE RICHELIEU
(FRANCE)


Le Richelieu dans sa configuration finale d'après guerre.

Avant propos

Henri Dupuy de Lôme et la naissance du cuirassé

A la fin du 18ème siècle, la marine française, «La Royale» est à son sommet grâce à un roi passioné de géographie et de marine, Louis XVI. La révolution met ce bel édifice à terre, la majorité des officiers issus de la noblesse émigrent, désorganisant les navires aux équipages gagnés par la fièvre révolutionnaire et chaque sait que révolution et discipline militaire font rarement bon ménage. Résultat, la supériorité de la Royal Navy n'est guère inquiétée même après le retour à la discipline et la bataille de Trafalgar marque définitivement l'échec napoléonien sur mer.

Sur le plan technique, la construction navale se heurte à de sérieuses limites en matière de taille car bien plus que l'acier, le bois est un matériau vivant qui travaille limitant la taille des navires ce qui limite en conséquence la puissance offensive. La voile qui domine depuis le 16ème siècle est limitée par la force du vent qui limite les possibilités de manoeuvre et le choix du «terrain».

L'industrialisation que connait l'Europe au 19ème siècle ne tarde pas à avoir d'impact sur la guerre navale, une véritable révolution touche les marines européennes et dans une moindre mesure la marine américaine. La vapeur fait son apparition avec par exemple le Napoleon en 1850 tout comme le blindage acier, une réponse aux obus explosifs Paixhans dont l'effet est dévastateur sur les coques en bois qui pourtant pouvaient résister aux boulets pleins du Grand Siècle.

Avec Napoléon III, la France à la chance d'avoir un empereur qui s'intéresse sincèrement à la marine renouant avec Louis XVI (qui n'hésitait pas à lire les oeuvres de James Cook en anglais).

C'est ainsi qu'un programme naval est lancé en 1857 qui prévoit dans le projet originel,la construction de 150 navires : 40 vaisseaux à hélice, 20 frégates et 90 corvettes et avisos sans parler de navires annexes : canonnières, transports, garde-côtes et batteries flottantes. Le projet évolue et au final prévoit la construction de 40 frégates cuirassées, 20 corvettes cuirassées, 30 frégates corvettes et avisos, 125 bâtiments de flottille, 75 transports et 30 garde-côtes et autres batteries flottantes.


Henri Dupuy de Lôme

Protégé par l'Empereur, Henry Dupuy de Lôme influencé par une mission en Grande Bretagne en 1842 où commence la construction navale en fer, dessine et faire construire le Napoléon _un vaisseau à vapeur rapide_ puis des batteries flottantes à structure en bois et cuirassé en fer. L'étape suivante est la construction de navires de haute mer sur le même modèle.


Maquette de la frégate cuirassée Gloire

Le futur Gloire est mis en chantier en mai 1859 à Toulon, lancé le 24 novembre 1859 et armé en août 1860. La conception de ce navire est plutôt hardie puisque ce navire censé être à la pointe de l'Escadre ne dispose que d'une batterie de 28 canons de 30 rayés plus 4 canons de 30 sur les gailards avant et arrière. Les essais comparatifs avec des vaisseaux plus classiques montre que le Gloire tenait mieux la mer.

L'apparition de La Gloire provoque une grave inquiétude de l'autre côté de la Manche, un menbre de la chambre des Lords s'écriant que «l'une de ces frégates cuirassées au milieu de nos vaisseaux en bois pourrait faire le ravage d'un loup dans une bergerie». La Royal Navy ne tarda pas à réagir commandant le Warrior qui était bien plus gros (127m contre 77m) avec une structure en acier et une cuirassé en acier. La France tarda à passer à la structure en fer construisant après les Gloire (Gloire Normandie et Invincible) une série de frégates cuirassées.

Aux Gloire succédèrent les Magenta (Magenta et Solférino) plus gros et mieux armés mais toujours à structure en bois avec blindage. Les Flandre qui suivirent étaient des descendantes des Gloire et même si l'une d'elle, l'Héroïne introduisait la structure en fer, les neuf autres (Flandre, Magnanime, Savoie, Surveillante, Valeureuse, Gauloise, Guyenne, Revanche et Provence) restaient fidèles à la structure bois/blindage acier.

Les trois frégates classe Océan (Océan, Marengo et Suffren) apparues en 1869, 1870 et 1873 étaient encore à structure bois/blindage acier tandis que le Frieland et le Richelieu étaient pour le premier structure et blindage acier et le second structure bois/blindage en acier. Enfin les derniers cuirassés Colbert et Trident étaient encore en bois et en acier à croire que la France était incapable de passer à la construction tout acier.

La Jeune Ecole torpille le cuirassé

La marine nationale chouchoutée par le Second Empire devint à cette époque la deuxième marine du monde faisant jeu égal avec Londres, relançant les «invasions scares» (peur de l'invasion), des pousées de fièvre irrationelles qui font craindre aux anglais un prochain débarquement français.

Il semblait donc écrit que la Royale allait être dôtée des meilleurs cuirassés du monde, des plus beaux, des plus rapides, des mieux armés.

Malheureusement pour la marine nationale, ce ne fût pas le cas et ce pour plusieurs facteurs. Il y à tout d'abord la géographie : la France est un pays hybride ni totalement insulaire comme la Grande Bretagne ni bordée par deux vastes océans, promesse de découvertes et de richesses comme les Etats Unis mais elle n'est pas non plus un vaste empire continental comme la Russie. Il lui était donc impossible de donner autant d'importance que la Grande Bretagne à sa marine en raison de la nécessité de maintenir une puissante armée de terre.

Ensuite, il y eut le traumatisme de la guerre de 1870 et la défaite contre la Prusse. La marine du Second Empire III fût probablement la plus belle de tous les temps avec celle de Louis XVI et de l'amiral Darlan mais il n'y joua aucun rôle, trop éloignée du front pour apporter un concours efficace.

Pour les esprits progressistes, cela prouvait une chose : le cuirassé n'était plus d'aucune utilité surtout avec un coût qui ne cessait d'augmenter. L'acquisition de la liberté de la presse en 1881 (loi du 29 juillet) favorisa le dévellopement d'un courant d'opinion que l'histoire à retenue sous le nom de «Jeune Ecole».


Amiral Théophile Hyacinthe Aube

Cette dernière incarnée par l'amiral Aube et son gendre, le journaliste Gabriel Charmes rejette le cuirassé (l'amiral Aube ne l'abandonnait pas complètement mais ses partisans finirent par le déborder en simplifiant à outrance ses thèses) au profit de la torpille automobile, portant aux nues le torpilleur, la mine et le torpilleur submersible. Le combat en haute mer n'est pas oublié mais il doit être mené non plus par d'imposantes escadres de cuirassés mais par des croiseurs toujours plus rapides menant une guerre de course.

Appuyée par le monde politique (à la fois trop heureux de faire des économies dans le budget de la marine et voyant dans le torpilleur «un navire républicain»), la Jeune Ecole fait ralentir la construction de cuirassés au profit d'une myriade de torpilleurs, les «numérotés» qui se révèlent bien vite incapables de combattre en haute mer.

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Dernière édition par clausewitz le Lun 08 Fév 2010, 12:33, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: FRANCE CUIRASSES CLASSE RICHELIEU   Dim 07 Fév 2010, 20:26

Des cuirassés inférieurs aux autres : de l'Amiral Duperré aux Iéna


L'Amiral Duperré

Cette défiance ne pouvait qu'avoir des conséquences sur les cuirassés français qui vont se révéler systématiquement inférieurs à leurs homologues étrangers. Le premier fût le cuirassé Amiral Duperré armé en 1883. Il s'agissait d'un navire de 11085 tonnes, mesurant 97m de long sur 20.40m de large et un tirant d'eau de 7.75m, filant à 15 noeuds avec un armement composé de 4 canons de 340mm en tourelles barbettes simples avec un armement secondaire composé de 14 canons de 140mm et d'un canon de 160mm en chasse qui fût utilisé jusqu'à son désarmement en 1909.


Le Formidable

A cet unique cuirassé succéda une classe de deux navires, les Formidable et Amiral Baudin entrés en service en 1888, des navires de presque 12000 tonnes, mesurant 102m de long (98m pour l'Amiral Baudin), 21m de large et un tirant d'eau d'environ 7.80m. Filant à 15 noeuds, ces navires étaient armés de 3 canons de 370mm en barbettes axiales et 12 canons de 140mm et furent utilisés jusqu'en 1909 et 1911.


Le Hoche alias le "Grand Hôtel"

Le cuirassé suivant baptisé Hoche est l'un des plus célèbres cuirassés français mais ce ne fût malheureusement pas pour ses qualités militaires. Il symbolise parfaitement l'inanité des théories de la Jeune Ecole. Entré en service en 1890, il s'agissait d'un navire de 10050 tonnes, long de 105.40m large de 19.75m et un tirant d'eau de 8.30m, filant à 16 noeuds avec un armement composé de deux canons de 340mm en deux tourelles simples centrales, de deux canons de 274mm en deux tourelles barbettes latérales et 18 canons de 138mm en batteries comme armement secondaire. En juin 1895, il représente la France à l'inauguration du canal de Kiel avec le croiseur cuirassé Dupuy de Lôme et en le voyant, l'empereur Guillaume II aurait du «Grand Hôtel» «Quelle belle cible !». Il est mis en réserve en 1908 et envoyé à la démolition le 1er janvier 1910.


Le Marceau

Les trois Marceau qui suivent (Marceau, Neptune et Magenta) étaient assez semblables au Hoche avec un armement modifié où les deux canons de 274mm sont remplacés par deux canons de 340mm. Entrés en service en 1891 pour le Marceau et 1892 pour le Neptune et le Magenta, il s'agissait de navires d'environ 11000 tonnes, long de 101.60m larges de 20.23m et un tirant d'eau de 8m, filmant à 16.5 noeuds avec un armement composé de 4 canons de 340mm en barbettes simples, et 17 canons de 138mm en batteries. Le Neptune à été désarmé en décembre 1907, le Magenta en 1910 mais le Magenta mis en réserve en 1906 est utilisé comme navire école puis transformé en navire-atelier en 1914, étant déployé à Malte, Corfou et Brindisi jusqu'à sa vente à la démolition le 30 septembre 1921.


Le Brennus

Les Marceau sont suivis de l'unique Brennus qui devait être à l'origine une copie du Hoche mais qui au final sera un navire bien différent. Mis en service en décembre 1893, il s'agissait d'un navire de 11268 tonnes, mesurant 114.46m de long sur 20.62m de large et un tirant d'eau de 7.70m, filant à 17 noeuds avec un armement composé de 3 canons de 340mm (une tourelle double avant et une tourelle simple à l'arrière) et 10 canons de 164mm en 4 tourelles simples et 2 casemates triples. Ce navire qui fût le dernier cuirassé à recevoir une figure de proue fût désarmé en juin 1914 et démantelé en 1922.

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MessageSujet: Re: FRANCE CUIRASSES CLASSE RICHELIEU   Dim 07 Fév 2010, 20:40

Un nouveau programme naval est lancé en 1890 pour la construction de cinq cuirassés qui allaient rester dans l'histoire comme la «Flotte d'échantillons» tant ils finirent par diverger puisque leur conception fût confiée à cinq ingénieurs navals différents.


Le Charles Martel première unité de la "flotte d'échantillon"

Le premier fût le Charles Martel construit par l'Arsenal de Brest et armé en 1896. Il s'agissait d'un navire déplaçant 11880 tonnes, mesurant 111m de long sur 22m de large et un tirant d'eau de 8.45m, une vitesse de 18 noeuds et un armement composé de deux canons de 305mm en deux tourelles simples (une avant et une arrière), deux canons de 274mm en deux tourelles latérales et 8 canons de 138mm en 4 tourelles doubles. Il est mis en réserve en mars 1912, utilisé comme ponton à Brest puis démoli en 1919.


Le Jaureguiberry

Le second navire du programme fût le Jaureguiberry construit par les Forges et Chantiers de la Méditerranée et armé en 1896. Cétait un navire de 12229 tonnes, 109m de long sur 22m de large et un tirant d'eau de 8.30m, filant à 18 noeuds avec un armement identique au Charles Martel. Le Jaureguiberry participa à la première guerre mondiale notament à l'opération contre les Dardanelles avant de servir de ponton à partir de janvier 1917, rayé en juin 1920 puis démoli en juillet 1934 après avoir servit de ponton à Toulon.


Le Carnot

Le troisième cuirassé du programme 1890 fût le Carnot construit à l'Arsenal de Toulon et armé en 1896. Il s'agissait d'un navire de 12000 tonnes, mesurant 117m de long sur 21m de large et un tirant d'eau de 8.30m, une vitesse 18 noeuds et un armement identique aux deux précédents. Le Carnot est placé en réserve en février 1912 puis est réarmé le 1er octobre avant d'être placé en réserve normale en mai 1913 puis en réserve spéciale en novembre 1913. Il sert de ponton à Brest avec le Charles Martel, rayé des listes en octobre 1919 et vendu à la démolition en avril 1922.


Le Masséna

L'avant dernier cuirassé du programme fût le Masséna construit aux Ateliers et Chantiers de la Loire à Saint Nazaire et armé en avril 1897. Il s'agissait d'un navire de 12355 tonnes, mesurant 117m de long 20.29m de large et 8.16m de tirant d'eau avec une vitesse de 18 noeuds mais un armement différent des trois précédents avec deux canons de 305mm en deux tourelles simples (avant et arrière), deux canons de 274mm en deux tourelles latérales, 8 canons de 138mm en 8 tourelles simples et 8 canons de 100m installés à plat-pont. Placé en réserve en avril 1908, placé en réserve en janvier 1912, en réserve spéciale le 1er mars 1913 puis désarmé en mars 1914 puis rayé des listes le 27 mars 1915. La coque du Masséna quitte Toulon à la remorque le 28 août 1915 et conduite aux Dardanelles pour être sabordée au cap Hellès le 9 novembre et servir de digue au port de Seddul-Bahr.


Le Bouvet

Le cinquième et dernier navire de la «flotte d'échantillons» est le Bouvet construit à l'Arsenal de Lorient et armé en juillet 1897. il s'agissait d'un navire de 12205 tonnes, mesurant 122.6m de long sur 21.40m de large et un tirant d'eau de 8.40m, une vitesse de 18 noeuds et un armement identique au Masséna. Effectuant toute sa carrière en Méditerranée, il fait partie en 1914 de la Division de complément escortant des convois, surveillant le golfe de Gênes et le détroit de Messine avant d'être engagé dans l'opération des Dardanelles. Le 20 mars 1915 avec d'autres cuirassés anciens, le Bouvet touche une mine turque et coula en moins d'une minute ne laissant que 56 survivants sur 721 membres d'équipage.


Le Charlemagne

Si la construction de la «flotte d'échantillons» fût particulièrement hasardeuse et pénible, les trois Charlemagne (Charlemagne, Gaulois et Saint Louis) furent construits rapidement et avec peu de différences, on commençait donc à avoir un effet de série. Les Charlemagne armés en 1897 (Charlemagne) et en 1898 (Gaulois et Saint Louis) étaient des navires de 11275 tonnes, mesurant 117.7m de long 20.30m de large et un tirant d'eau de 8.40m, une vitesse de 17/18 noeuds et un armement composé de 4 canons de 305mm en deux tourelles doubles (une avant et une arrière), 10 canons de 138mm (8 en réduit et 2 sur le pont) et 8 canons de 100mm.

Le Charlemagne construit à Brest est placé en réserve de septembre 1912 à juin 1913 puis utilisé comme navire école jusqu'en août 1914 quand il reprend son rôle opérationel en escortant des convois avec le Jaureguiberry avant de participer à la bataille des Dardanelles puis au soutien de l'Armée d'Orient jusqu'à son désarmement le 1er novembre 1917 et sa démolition en juin 1920.

Le Saint Louis est en service d'abord dans l'Escadre de la Méditerranée de 1900 à 1904 puis dans l'Escadre du Nord de 1904 à 1912, il retrouve la Méditerranée participant à la première guerre mondiale en Méditerranée orientale jusqu'à sa mise en réserve le 20 avril 1917. Ramené à Toulon le 7 janvier 1919, il y est désarmé et sert d'annexe à l'école des mécaniciens et chaffeurs avant d'être condamné le 20 juin 1920. Il est cependant encore utilisé comme ponton caserne avant d'être rayé et vendu à la démolition le 29 juin 1931.

le Gaulois effectue toute sa carrière en Méditerranée jusqu'à sa réduction au statut de navire école le 8 juin 1914. Rappelé au service actif par la première guerre mondiale, il est déployé en Méditerranée escortant des convois avant de participer à l'opération contre les Dardanelles. Lors de la tentative de forcément du détroit le 18 mars 1915, il est gravement endommagé par une mine et ne doit sa survie qu'à son échouage sur l'île aux lapins. Réparé, il reprend du service mais il est torpillé et coulé par le sous marin allemand UB47 en mer Egée le 27 décembre 1916 avec seulement quatre morts tués par la torpille puisque le navire mettra vingt minutes à couler.


Le Iena, une carrière tragiquement courte

Aux trois Charlemagne succède le seul Iena qui est une version améliorée des précédents. Construit à l'Arsenal de Brest, il est armé en 1901 et affecté à l'escadre de la Méditerranée basé à Toulon. Ce navire de 12052 tonnes, long de 122.15m sur 20.80m de large et un tirant d'eau de 7.95m, filant à 18 noeuds avec un armement composé de 4 canons de 305mm en deux tourelles doubles (une avant et une arrière) 8 canons de 164.7mm en réduits et 8 canons de 100mm sous masque aura une carrière brève puisqu'il explosa le 12 mars 1907 alors qu'il était au bassin au Missiessy provoquant la mort de 118 marins. Le noyage des soutes est impossible puisque le navire est en travaux mais il est décidé à l'avenir de débarquer les munitions. Le cuirassé Patrie doit même tirer au canon pour accélerer le noyage du bassin. Le Iena est désarmé en juillet 1907, la coque est utilisé comme but de tir en 1908/1909 jusqu'à ce que la coque chavire le 2 décembre 1909. La coque renflouée est vendue à la démolition en 1912.


Le Suffren

Le Suffren est le dernier cuirassé dit classique, le dernier clairement influencé par la Jeune Ecole. Il est construit par l'Arsenal de Brest et armé en octobre 1903. Affecté à l'Escadre de la Méditerranée, le Suffren était un navire de 12728 tonnes, 125.50m de long sur 21.40m et un tirant d'eau de 8.40m, une vitesse maximale de 18 noeuds et un armement composé de 4 canons de 305mm en deux tourelles doubles, 10 canons de 164mm (4 en casemates et 6 en tourelles simples) et 8 canons de 100mm. Il participe à des escortes de convois en compagnie du Saint Louis, Gaulois et Bouvet avant d'être engagé aux Dardanelles puis en soutien de l'Armée d'Orient. Le 26 novembre 1916 alors qu'il rentre à Brest pour être remis en état, il est torpillé par le U52 au large de Lisbonne et coule sans laisser de survivants.

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MessageSujet: Re: FRANCE CUIRASSES CLASSE RICHELIEU   Dim 07 Fév 2010, 20:44

La renaissance : Patrie, République et Danton

Peu à peu pourtant, l'emprise de la Jeune Ecole s'étiole, s'effiloche. La crise de Fachoda de 1898 surprend la Royale dans un dangereux constat de faiblesse face à une Royal Navy au sommet de sa puissance. La construction des cuirassés est véritablement relancée par le programme de 1900 vôté par le gouverneur radical de Pierre Waldeck-Rousseau qui permet la construction de la classe République, de la classe Liberté et de la classe Danton.

Cuirassés de classe Patrie et Liberté

Le cuirassé Patrie

Depuis les années 1870, les cuirassés français ne dépassaient pas 12000 tonnes et même là, la Jeune Ecole les considéraient comme de véritables mastodontes. L'influence des idées de cette école se réduisant, les ingénieurs du programme naval de 1900 peuvent voir large et dessiner des cuirassés de 15000 tonnes, le tonnage standard des cuirassés étrangers. La République est mis sur cale à l'Arsenal de Brest et La Patrie aux FCM de la Seyne sur Mer respectivement en juin 1901 et avril 1902, lancés en septembre 1902 et décembre 1903 et armés en juin 1906 et février 1907.

C'était des navires de 14870 tonnes, long de 133.80m large de 24.30m et un tirant d'eau de 8.30m, filant à 19.3 noeuds avec un armement composé de 4 canons de 305mm en deux tourelles doubles, 18 canons de 164mm (12 en 6 tourelles doubles et 6 en réduits), 13 canons de 65mm, 10 canons de 47mm et 2 tubes lance-torpilles ASM de 450mm.

La République est affectée dès sa mise en service à l'Escadre de la Méditerranée qui devient l'Armée Navale au début de la première guerre mondiale. Il participa au blocus de la flotte autrichienne puis au soutien de l'Armée d'Orient. En réserve du 1er juillet 1918 au 15 septembre 1919, il est réarmé le 15 septembre 1919 et sert d'Ecole à Toulon jusqu'à la fin de 1920. Après un nouveau passage en réserve début 1921, le cuirassé est rayé le 18 mai 1921 et vendu à la démolition à Toulon en 1922.

La Patrie est affectée comme son sister-ship à l'Escadre de la Méditerranée et participe à toutes les opérations de l'Armée Navale. De retour à Toulon en 1919, il est mis en réserve du 1er juillet au 25 septembre 1919 puis, réarmée est utilisé comme navire école jusqu'en 1927. Rayé le 7 novembre 1936, le cuirassé est condamné et démoli à Toulon.

A ces deux navires suivent une classe de quatre navires, étroitement dérivés des Patrie puisqu'elle ne se différencie des précédents que par son armement secondaire. Ce sont donc des navires de 14900 tonnes, longs de 133.80m larges de 24.30m et un tirant d'eau de 8.40m, une vitesse de 19 noeuds et un armement composé de 4 canons de 305mm en 2 tourelles doubles, 10 canons de 194mm au lieu de 164mm répartis en 6 tourelles simples et 4 réduits, 13 canons de 65mm, 10 canons de 47mm et 2 tubes lance-torpilles ASM de 450mm.


Le cuirassé Liberté 1907-1911

-La Liberté est mise sur cale aux Ateliers et Chantiers de la Loire à Saint Nazaire en novembre 1902 lancé en avril 1905 et armé (mis en service) en décembre 1907. Affecté à l'Escadre de la Méditerranée, sa carrière est des plus brèves puisque le 25 septembre 1911, un incendie provoque une explosion qui coupe le navire en deux qui coule immédiatement provoquant la mort de 210 marins.

-La Démocratie est mise sur cale à l'Arsenal de Brest en mai 1903 lancée en décembre 1904 et armé (mis en service) en juillet 1907. Comme tous les cuirassés français récents, La Démocratie est affectée à l'Escadre de la Méditerranée. Il assure la couverture des convois et le blocus de la flotte autrichienne puis soutien l'Armée d'Orient avant de participer à l'intervention française en Mer Noire. De retour à Toulon, il est mis en réserve le 1er juillet 1919 puis radié des listes de la flotte le 18 mai 1921 et vendu à la démolition en 1922.

-La Justice est mise sur cale aux FCM de la Seyne sur Mer en mai 1902 lancé en octobre 1904 et armé (mis en service) en décembre 1907. Affecté en Méditerranée, il participe aux opérations de l'Armée Navale en Méditerranée orientale puis en Mer Noire à partir du 12 novembre 1918. Il quitte Sébastopol le 5 mai 1919 en remorquant le Mirabeau. En réserve à Brest le 1er juillet 1919, la Justice est réarmée pour la Division Ecoles de l'Océan puis est remise en réserve le 1er avril 1920 avant d'être vendue à la démolition en 1922.

-La Vérité est mise sur cale aux Forges et Chantiers de la Gironde à Bordeaux en avril 1903 lancé en mai 1907 et armé (mis en service) en juin 1908. Affecté en Méditerranée, il participe aux opérations de l'Armée Navale avant d'être mis en réserve à Toulon en juillet et août 1918 puis réarmé comme navire école du 15 septembre 1919 au 1er juillet 1920 puis remise en réserve. Retiré du service le 18 mai 1921, il est condamné et vendu à la démolition à Toulon en 1922.

Cuirassés classe Danton

Le Danton

En août 1905 avec le départ du ministère de la Marine de Camille Péletan se terminait la période de la Jeune Ecole et le retour à de plus saines perspectives notament en ce qui concernait les cuirassés qui revenait en grâce. Ce même mois, le nouveau ministre de la marine, Gabriel Thomson déposa un projet de budget prévoyait la construction de trois cuirassés de 18000 tonnes dans le droit fil du programme de 1900.

La principale hésitation concernait l'armement, trois scénarios se dégagèrent avec comme première solution 6 canons de 305mm et 12 canons de 194mm, 4 canons de 305mm et 12 canons de 240mm pour la deuxième proposition tandis que la troisième prévoyait un armement uniforme avec 10 canons de 305mm.

C'est la deuxième solution qui fût choisit pour équiper la classe Danton et elle n'à de cesse d'être critiquée depuis, la France aurait fait le choix du conservatisme face à l'audace d'un Fisher et de son Dreadnought.

Les Danton étaient des navires de 18400 tonnes, mesurant 146.60m de long sur 25.80m de large et un tirant d'eau oscillant de 8.10 à 8.50, une vitesse de 19.25 noeuds et un armement composé de 4 canons de 305mm en deux tourelles doubles, 12 canons de 240mm en six tourelles doubles latérales, 16 canons de 75mm, 10 canons de 47mm et 2 tubes lance-torpilles sous marins de 450mm.

-Le Danton est mis sur cale à l'Arsenal de Brest en mai 1906 lancé en mai 1909 et armé en avril 1911. Affecté en Méditerranée, il couvre le transfert du 19ème corps d'armée d'Afrique du Nord en Métropole avant de se déployer en Méditerranée orientale. En carénage à Toulon en décembre 1916, il quitte la France en mars 1917 pour regagner l'Armée Navale. Le 19 mars 1917 alors qu'il se trouve à 30 miles au sud-ouest de la Sardaigne, il est atteint par deux torpilles lancées par le sous marin U-64. Le cuirassé coule en une demi-heure avec 296 hommes, en laissant 806 survivants.

-Le Mirabeau est mis sur cale à l'Arsenal de Lorient en mai 1906 lancé en octobre 1909 et armé en juillet 1911. Affecté en Méditerranée, il participe au blocus de la flotte autrichienne et participe à l'affaire d'Athènes le 1er décembre 1916. Il participe aux opérations en Mer Noire mais il s'échoue le 8 février 1919 et n'est renfloué que le 6 avril et appareille le 5 mai à la remorqué du cuirassé Justice pour être ramené à Toulon. Il est placé en réserve spéciale le 1er juin, sert comme bâtiment cible en 1921 et 1922 puis est condamné.

-Le Voltaire est mis sur cale aux Forges et Chantiers de la Méditerranée de la Seyne sur Mer en mai 1906 lancé en octobre 1909 et armé en juillet 1911. Affecté en Méditerranée, il participe aux opérations de l'Armée Navale. Le 10 octobre 1918, il est attaqué par le sous marin UB-48 qui tire deux torpilles. Le cuirassé reste cependant à flot et réparé reprend du service le 1er juillet 1919. Il est placé en réserve le 15 mars 1920 mais réarmé le 15 septembre 1921, devenant le navire amiral de la Division Navale de la Manche et de la Mer du Nord. Modernisé entre 1922 et 1925, le Voltaire est réduit au rôle de navire école en 1927. Désarmé le 17 mars 1935, il est condamné et démantelé à Brest en 1939.

-Le Vergniaud est mis sur cale aux Forges et Chantiers de la Gironde à Bordeaux en décembre 1906 lancé en avril 1910 et armé en novembre 1911. Affecté en Méditerranée, il participa aux opérations de l'Armée Navale en Méditerranée orientale avant d'entrée en mer Noire en novembre 1918. De retour en France en septembre 1919, il est mis en réserve le 1er octobre suivant et désarmé le 6 juin 1921. Il est utilisé pour des expériences (bombes, gaz) en 1924 puis vendu à la démolition le 27 novembre 1928.

-Le Diderot est mis sur cale aux chantiers navals de Penhoët en décembre 1906 lancé en avril 1909 et armé en avril 1911. Affecté en Méditerranée, il participe aux opérations de l'Armée Navale en Méditerranée orientale et en mer Noire. De retour en France en janvier 1919, il est mis en réserve le 15 mars 1920. Il est cependant réarmé avec ses sister-ship Condorcet et Voltaire le 15 septembre 1921 au sein de la Division Navale de la Manche et de la mer du Nord. Cette division sert de division d'instruction de 1923 à 1927. Transféré en Méditerranée en 1927, il est désarmé le 17 mars 1937, condamné et démoli à Brest en 1938.

-Le Condorcet est mis sur cale aux Ateliers et Chantiers de la Loire à Saint Nazaire en décembre 1906 lancé en avril 1909 et armé en avril 1911. Affecté en Méditerranée, il participe aux opérations de l'Armée Navale en Méditerranée orientale puis en Adriatique lors du règlement de la question yougoslave. De retour en France en janvier 1919, il est mis en réserve le 15 mars 1920. Il est cependant réarmé avec ses sister-ship Diderot et Voltaire le 15 septembre 1921 au sein de la Division Navale de la Manche et de la mer du Nord. Utilisé comme navire école à partir de 1923, il ne quitte plus les quais de Toulon à partir de 1933 puis sert de simple ponton. Epargné par le sabordage le 27 novembre 1942 (valeur militaire nulle), il est avarié par des bombardememts alliés, il est sabordé en août 1944. Condamné le 14 décembre 1945, il est démantelé.

Il convient d'être moins péremptoire car à l'époque la télémétrie et la conduite de tir sont dans l'enfance et que les portées maximales sont encore proches des 10000m et que La cadence de tir plus importante des 240mm doit permettre de compenser le plus petit nombre de canons de 305mm.

De plus, si le débat sur le navire de combat à artillerie monocalibre faisait rage, les positions de Fisher étaient de loin de faire l'unanimité (peut être à cause du caractère bouillant et brutal du First Sea Lord) et que le grand amiral Mahan, le théoricien naval anglo-saxon le plus respecté y était opposé.

Cependant à la mise en service des Danton, la marine française sait qu'elle n'à plus le choix, elle doit se rallier à la formule du Dreadnought qui à prouvé son efficacité et qui était imité dans toutes les marines du monde.

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MessageSujet: Re: FRANCE CUIRASSES CLASSE RICHELIEU   Dim 07 Fév 2010, 20:52

Le programme de 1912

Le 24 juillet 1909, l'amiral Boué de Lapeyrère est nomé ministre de la Marine et s'attache aussitôt à préparer les instruments nécessaires à la formidable montée en puissance de la marine nationale, montée en puissance rendue nécessaire par la course aux armements navals entre la Grande Bretagne et l'Allemagne.

Quittant le ministère le 3 novembre 1910, c'est en temps que commandant en chef de l'Armée Navale (août 1911-1916) que l'amiral allait voir le vote le 30 mars 1912 de la loi-programme qui définissai le format que la Royale devait atteindre au début des années vingt :

-28 cuirassés d'escadre
-10 éclaireurs d'escadre
-52 torpilleurs de «haute mer»
-10 bâtiments pour divisions lointaines
-94 sous marins.

Sur les 28 cuirassés d'escadre (chiffre qui aurait pu être porté à 36 si l'amendement d'un député M. de Lanessan avait été accepté), 11 étaient déjà en service, de tous de type prédreadnought : les deux Patrie, les quatre Liberté et les six Danton. Il restait donc 17 cuirassés type dreadnought à construire : deux dévaient être mis en chantier en 1910 et 1911, trois en 1912, deux en 1913 et 1914, quatre en 1915 et deux en 1917.

Très vite, les tensions internationales et la crainte d'un déclassement poussa les autorités politiques à accélerer la construction de ces navires. C'est ainsi qu'en 1913, la marine fût autorisé à mettre en chantier quatre cuirassés et si un seul navire devait être mis en chantier en 1914, il le serait dès le 1er janvier et non le 1er octobre.

4 cuirassés auraient été mis en chantier en 1915, 2 en 1917, 2 en 1919, 2 en 1920, 4 en 1921 et 2 en 1922 ce qui aurait donné en 1925, une marine composée de 24 cuirassés type superdreadnought (3 Bretagne, 5 Normandie, 4 Lyon soit 12 navires plus cinq navires d'un type non identifié) auxquels se seraient ajoutés les quatre dreadnought type Courbet.


Le Courbet, premier dreadnought

Les premiers navires à bénéficier de cette loi sont également les quatre premiers dreadnought français, la classe Courbet (Courbet Jean Bart Paris et France). Ces quatre navires qui n'étaient pas aussi mauvais qu'on à pu le dire étaient armés de 12 canons de 305mm répartis en six tourelles doubles : deux avant, deux arrière et deux latérales et d'un armement secondaire composé de 22 canons de 138 en casemates. Mis en chantier en 1910 pour les deux premiers et en 1911 pour les deux derniers, lancés en 1911 et 1912, ils furent mis en service en 1913 et 1914

Les Courbet furent également les seuls dreadnought français puisque à la classe suivante, les français passèrent au stade du superdreadnought afin de combler leur retard sur les britanniques et les allemands. Handicapée par des formes de radoubs trop petites, la marine du reprendre la coque des Courbet et y installer un armement plus puissant : les 12 canons de 305mm en six tourelles doubles firent place nette pour les trois Bretagne (Bretagne Provence et Lorraine) à 10 canons de 340mm répartis en cinq tourelles doubles (deux avant deux arrière et une centrale). Mis en chantier en 1912, ces navires furent lancés en 1913 et mis en service en 1915 (Provence et Bretagne) et en 1916 (Lorraine).


Le Provence, classe Bretagne

La construction en cours à Lorient, Brest et Toulon de formes de radoub plus spacieuses permis aux architectes du Génie Maritime de prendre leurs aises pour les nouveaux cuirassés dont les prémices remontent au 5 décembre 1911.

Le projet A7 adopté dessinait un navire long de 176m (soit douze mètres de plus que les Courbet et les Bretagne) déplaçant 25000 tonnes (1500 t de plus que les Bretagne) et armés fait nouveau de 12 canons de 340mm en trois tourelles quadruples tandis que l'armement secondaire se composait de 18 canons de 138mm en casemates.

Cinq navires furent commandés pour permettre de former avec les Bretagne deux divisions homogènes à canons de 340mm : Le Normandie dont la construction était confiée aux Ateliers et Chantiers de la Loire à Saint Nazaire, le Languedoc dont la construction devait être assurée par les Forges et Chantiers de la Gironde à Bordeaux, le Flandre dont la construction devait être menée à bien par l'Arsenal de Brest, le Gascogne dont la construction devait être assurée par l'Arsenal de Lorient et enfin le Bearn dont la construction avait été confiée aux Forges et Chantiers de la Méditerranée à La Seyne sur Mer près de Toulon. Ces cinq navires sont mis sur cale en 1913 pour les quatre premiers et en 1914 pour le dernier mais leur construction est perturbée par le déclenchement de la première guerre mondiale.


Ecorché des Normandie

La construction des Normandie est donc jugée non prioritaire et les coques sont lancés sans grande cérémonie pour libérer les cales (le Languedoc l'avait été le 1er mai 1914, le Normandie fût lancé le 19 octobre 1914, le Flandre le 20 octobre, le Gascogne le 20 septembre 1914, le Bearn le sera en 1920). Après l'armistice leur achèvement est sérieusement étudié avec l'amélioration de la protection, une artillerie principale à portée améliorée (25000 au lieu de 16000m), suppression des tubes lance-torpilles, installation d'une conduite de tir sur mat tripode, allongement de la coque pour porter la vitesse à 26 noeuds au lieu de 21 mais dans une France exsangue, cet achèvement ne passait pas et seul le Béarn sera achevé mais en porte-avions.

Les Normandie auraient du être suivis par quatre cuirassés encore plus gros. Profitant pleinement de l'achèvement des nouvelles formes mentionées plus haut, les ingénieurs français purent dessiner des navires dépassant 25000 tonnes sans aucun souci. Les principales hésitations portèrent sur l'armement principal : devait-on conserver les 340 ou passer au 380mm et ainsi s'aligner sur la tendance générale ?


Dessin des Lyon

Les quatre Lyon (Lyon Lille Duquesne et Tourville) auraient pu ainsi être armés de 8 canons de 380mm en quatre tourelles doubles ou de 10 canons de 380mm en cinq tourelles doubles mais ce canon n'existait qu'au stade du papier et la mise au point d'un canon de ce calibre est particulièrement longue et délicate.

Le 2 février 1914, le Conseil Supérieur de la Marine (CSM) sélectionna un projet armé de 16 canons de 340mm en quatre tourelles quadruples et un armement secondaire composé de 24 canons de 138mm. Le navire en lui même aurait mesuré 194m de long pour 29 de large, un déplacement de 29000 tonnes et une vitesse honorable de 23 noeuds

Ces navires qui auraient du être construits par les chantiers navals Penhoët à Saint Nazaire (Lyon), par les Forges et Chantiers de la Méditerranée (Lille), par l'Arsenal de Brest (Duquesne) et par l'Arsenal de Lorient (Tourville) (Anecdote savoureuse, les croiseurs lourds Duquesne et Tourville seront respectivement construits à Brest et à Lorient) ne dépasseront pas le stade de la planche à dessin, tout le projet étant abandonné en 1914 sans que leur reprise ne semble avoir été sérieusement envisagée au retour de la paix.

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MessageSujet: Re: FRANCE CUIRASSES CLASSE RICHELIEU   Dim 07 Fév 2010, 20:57

Genèse des Richelieu

Le Traité de Washington et la rivalité franco-italienne

En 1914, la marine française aligne 690000 tonnes de navires plus 257 200 tonnes en construction soit un total de 947200 tonnes. Quatre ans plus tard, après la perte de quatre cuirassés, cinq croiseurs-cuirassés, treize contre-torpilleurs, trois torpilleurs et onze sous marins, elle aligne 652000 tonnes de navires plus 129600 tonnes en construction soit 781 700 tonnes.

Outre la perte sensible de tonnage, beaucoup de navires sont vieillis, usés voir carrément dépassés pour une guerre future mais maintenus en service faute de mieux. La faute à l'impossibilité pour les Arsenaux et les chantiers navals privés de construire de vrais navires de combat, seuls des canonnières, des patrouilleurs et des escorteurs sont sortis des chantiers mais il s'agit de constructions de circonstances à la durée de vie opérationnelle et aux capacités limitées.

Tout est à reconstruire et particulièrement le corps de bataille, le programme de 1912 ayant été abandonné au cours du conflit. Comme nous l'avons vu plus haut, la France envisage un temps l'achèvement des Normandie mais cette idée est rapidement abandonnée, leur design étant jugé dépassé et les modifications pour tenir compte des leçons de la guerre, trop couteuse.

Le contexte international est de toute façon peu favorable à la reconstitution d'une puissance marine de guerre centrée sur les cuirassés car durant le premier conflit mondial, le Japon et les Etats Unis se sont lancés dans une course aux cuirassés, prennant le relais de la Grande Bretagne et de l'Allemagne.

Cette course choque de plus en plus les opinions publiques qui réclament une réduction des armements navals. Le 10 juillet 1921, le président américain Harding envoie à la Grande Bretagne, au Japon, à la France, la Chine et l'Italie une invitation à une conférence sur le désarmement.

Comme toujours dans ses grandes messes internationales, l'hypocrisie et les faux-semblants sont maitres et chacun calculant les avantages et les inconvénients d'une telle conférence sur leur situation stratégique et la défense de leurs intérêts.

La conférence de Washington s'ouvre le 12 novembre 1921 sous la présidence de Charles Evans Hughes, le secrétaire d'Etat américain. Ce dernier propose le gel de la construction des cuirassés pour dix ans et la limitation des caractéristiques des autres catégories de navires. Les britanniques auraient voulu interdire le sous marin mais ils ne peuvent obtenir gain de cause en raison de l'opposition de la France, du Japon, de l'Italie et plus discrète des Etats Unis.

Le traité de Washington est signé le 6 février 1922 et consacre le triomphe des puissances anglo-saxonnes, le Japon est promu à la troisième place tandis que la France et l'Italie se voit relégués au même rang. C'est le début de la rivalité franco-italienne, une rivalité ancienne liée aux ambitions coloniales mais qui avait été étouffée par une alliance durant la première guerre mondiale. Cette rivalité est ressuscité par le pouvoir fasciste de Benito Mussolini qui relance des revendications territoriales comme la Corse, Nice, la Savoie, la Tunisie et Djibouti.

La France se voit ainsi alouer 175000 tonnes de cuirassés et 60000 tonnes de porte-avions mais en raison de la vétusté de ces navires de ligne, elle se voit autoriser la construction de deux cuirassés durant la «battleship holiday» en 1927 et 1929 et se voit autorisé la reconstruction des Courbet et des Bretagne mais cette hypothèse est rapidement exclue : leur design dessiné au plus juste ne laissant aucune marge de manoeuvre.

Le Deutschland et le Dunkerque

Plusieurs projets sont étudiés par le Service Technique des Constructions Navales pour la construction des deux cuirassés autorisés par le traité de Washington. Comme souvent on hésite entre beaucoup de «petits» cuirassés ou peu de «gros».

En octobre 1930, après un échange de vues entre le STCN, l'état major de la marine et le ministre de la marine, Jacques-Louis Dumesnil déposa un projet de budget mais l'instabilité ministérielle fit qu'en décembre 1930, le gouvernement Tardieu fût renversé et que le projet retardé encore une fois alors que certains hésitaient encore sur le tonnage de ces navires.

L'Etat Major de la marine rappela certaines évidences qu'avec 70000 tonnes, la France pouvait construire seulement deux cuirassés de 35000 tonnes, trois de 23333 tonnes et quatre de 17500 tonnes mais seuls les deux derniers étaient réellement réalisables, le premier demandant de trop grands investissements en matière d'infrastructure.


Indirectement, le Deutschland déclenchant la course aux 35000 tonnes entre la France et l'Italie

Rapidement seul le deuxième projet tenait la route car en février 1929, l'Allemagne mis sur cale aux chantiers Deutsche Werke de Kiel, un cuirassé particulièrement novateur à propulsion diesel, coque soudée et un armement composé de 6 canons de 280mm en deux tourelles triples.

Ce navire lancé le 19 mai 1931 est admis au service actif le 1er avril 1933 bouleverse toutes les certitudes des marines étrangères car si il était incapable d'affronter les cuirassés plus classiques, il pouvait surclasser les croiseurs lourds.

Le premier projet de croiseur de bataille de 23333 tonnes dessinait un navire de 213m de long sur 27.5m de large avec un armement identique composé de 8 canons de 305mm en deux tourelles quadruples. L'armement secondaire se composait de 12 canons de 130mm en trois tourelles quadruples. La puissance propulsive permettait d'atteindre la vitesse de 30 noeuds avec de nouvelles chaudières Sural (Suralimentées). Les 5800 tonnes de déplacement permettait d'augmenter la protection avec une ceinture blindée de 230mm avec des ponts blindés de 100 à 130mm.

Le 10 juillet 1931, le Parlement vota une nouvelle tranche du statut naval de 1924 (ce projet ne fût au plan du strict point de vue juridique voté mais de facto, le Parlement pris l'habitude de voter chaque année une tranche de construction neuves), tranche qui comprénait deux croiseurs type La Galissonnière, quatre torpilleurs légers classe Melpomène, un aviso colonial de classe Bougainville, un pétrolier et un chasseur de sous marins et surtout un bâtiment de ligne.

Le projet n'était cependant pas encore fixé, des divergences étaient encore perceptibles notament au niveau de la protection et de l'armement. Finalement, le projet final fût validé par le STCN au début de 1932 et les caractéristiques techniques approuvées officiellement le 27 avril 1932.


Le Strasbourg à la mer : une ligne élégante et racée

Le premier cuirassé français construit depuis les Bretagne, le croiseur de bataille Dunkerque est mis en chantier à l'Arsenal de Brest le 24 décembre 1932 lancé le 2 octobre 1936 et admis au service actif le 1er octobre 1938.

Son sister-ship, le Strasbourg est mis sur cale aux chantiers navals de Penhoët le 25 novembre 1934 lancé le 12 décembre 1936 et admis au service actif le 24 avril 1939.

Ces deux navires sont d'une conception particulièrement audacieuse avec deux tourelles quadruples de 330mm groupées sur l'avant et une artillerie secondaire polyvalente à base de canons de 130mm. Rapides, puissant mais à l'autonomie faible, les Strasbourg ne tardent pas à inquiéter la Regia Marina qui ne tarde pas à riposter.

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MessageSujet: Re: FRANCE CUIRASSES CLASSE RICHELIEU   Dim 07 Fév 2010, 21:01

La réponse italienne aux Dunkerque : les Littorio

Le traité de Washington de 1922 et la crise économique à stoppé la construction de quatre puissants cuirassés, les Francesco Caracciolo (Francesco Caracciolo, Francesco Morosini, Cristoforo Colombo et Marcantonio Colonna) qui auraient été des navires de 34000 tonnes; long de 210m larges de 29m et un tirant d'eau de 9.4m; une vitesse maximale de 28 noeuds et un armement composé de 8 canons de 381mm en quatre tourelles doubles et 18 canons de 150mm en casemates plus une DCA composée de 12 canons de 40mm.

A défaut d'avoir des cuirassés aussi puissants que les Queen Elizabeth, la Regia Marina se contenta de cuirassés de type dreadnought qu'il s'agisse du Dante Alighieri, des Conte di Cavour (Conte di Cavour, Giulio Cesare et Leonardo da Vinci) et des Andrea Doria (Andrea Doria et Caio Diulio) soit un total de 6 cuirassés.

Comme la France, l'Italie fût autorisée à construire deux cuirassés durant la «battleship holiday» pour remplacer notament le Leonardo da Vinci qui avait explosé en 1916 et qui relevé n'avait jamais été réparé. Elle fût autorisé également à reconstruire ses cuirassés de type Cavour, travaux qui seront réalisés dans les années trente.

La Regia Marina fût comme la Royale soucieuse de ne pas gâcher ce contingent de 70000 tonnes et de nombreux projets se succédèrent. Le projet le plus abouti fût un cuirassé rapide de 23000 tonnes filant à 28/29 noeuds armé de six canons de 381mm en trois tourelles doubles.

Rapidement, les demandes supplémentaires des amiraux italiens (vitesse plus importante, protection renforcée, armement principal de six canons jugé trop faible) rendit ce projet intenable. L'apparition du Dunkerque _réponse française au Deutschland_ poussa les italiens à réagir.

Après la reconstruction des Conte di Cavour en octobre 1933, les italiens décidèrent de voir les choses en grand et le 11 juin 1934, l'agence de presse Stefani annonça la construction de deux cuirassés de 35000 tonnes. Ces navires baptisés Littorio et Vittorio Veneto furent mis sur cale le 28 octobre 1934 respectivement aux chantiers Ansaldo de Gênes et aux Chantiers Réunis de l'Adriatique de Trieste lancés respectivement le 22 août et le 25 juillet 1937 et admis au service actif respectivement le 6 mai et le 28 avril 1940.


Le Littorio

C'était d'élégants navires déplaçant 35000 tonnes, mesurant 237m de long sur 32.9m de large plus un tirant d'eau de 10.5m, une vitesse maximale de 30 noeuds et un armement composé de 9 canons de 381mm en trois tourelles triples (deux avant et une arrière), 12 canons de 152mm en quatre tourelles triples, 12 canons de 90mm antiaériens en affûts simples et 20 canons de 37mm (8 affûts doubles et 4 affûts simples).

La réponse française aux Littorio

Le Richelieu hérita des Strasbourg une silhouette élégante,racée, féline

La réponse française fût immédiate. Le 26 juillet 1934 soit deux semaines après que les caractéristiques des cuirassés italiens fussent rendues publiques et seulement huit jours après la mise en chantier du Strasbourg (qui sera mis sur cale en novembre), le Conseil Supérieur de la Marine démandèrent que le STCN étudie un nouveau modèle de cuirassé suivant quelques lignes directrices :

-Déplacement de 35000 tonnes
-Un armement principal composé de huit ou neuf canons d'un calibre de 380 à 406mm
-Un armement secondaire polyvalent
-Une protection composée d'une ceinture blindée de 360mm, d'un pont blindé supérieur 160mm, d'un pont blindé intermédiaire de 40mm et d'une protection sous marin semblable à celle des Dunkerque
-Vitesse de 29.5/30 noeuds

Le 27 novembre 1934, le STCN présenta au Conseil Supérieur de la Marine six projets qui avaient pour point commun leur déplacement standard (35000 tonnes), leurs dimensions (247m de long sur 33m de large), une ceinture blindée de 360mm et des ponts blindés de 160 et 40mm d'épaisseur et le calibre de l'armement principal : 380mm.

-Le projet 1 était fortement dérivé des Dunkerque avec l'armement principal groupé sur la plage avant avec deux tourelles quadruples de 380mmn, l'armement secondaire se composant de 20 canons de 130mm en cinq tourelles quadruples, une puissance propulsive de 150000ch et une vitesse maximale de 31.5 noeuds.

-Le projet 2 regroupait également l'armement principal sur la plage avant mais selon une configuration étonante avec de la proue au bloc passerelle une tourelle double et deux tourelles triples de 380mm, l'armement secondaire est identique au projet 1, la puissance propulsive est de 110000ch et une vitesse maximale de 29.5 noeuds.

-Le projet 3 regroupait toujours l'armement principal sur la plage avant de la proue au bloc passerelle une tourelle double, une tourelle quadruple et une autre tourelle double de 380mm, 20 canons de 130mm en cinq tourelles quadruples, une puissance propulsive de 110000ch et une vitesse maximale de 29.5 noeuds.

-Le projet 4 copiait les Nelson britanniques avec trois tourelles triples de 380mm sur la plage avant, 20 canons de 130mm en cinq tourelles quadruples, une puissance propulsive de 110000ch et une vitesse maximale de 29.5 noeuds

Les projets 5 et 5bis étaient des plus hétérodoxes puisque l'armement principal était groupé en deux tourelles quadruples au milieu du navire, l'armement secondaire était composé pour le projet 5 de 12 canons de 130mm en trois tourelles quadruples (deux avant et une arrière) et pour le projet 5bis de 16 canons de 130mm en trois tourelles quadruples (deux avant et une arrière) et deux tourelles doubles latérales arrières. La puissance propulsive était de 150000ch et une vitesse maximale de 31.5 noeuds.

Les projets 5 et 5 bis furent rapidement rejetées (à tel point qu'on peut se demander si il ne s'agissait d'une simple étude théorique, un «délice d'ingénieur») en raison d'un champ de battage trop réduit pour l'artillerie principale. Les autres projets ne manquaient pas de mérites, les projet 2 et 3 étaient cependant plus lourds que le projet 1 pour une puissance offensive identique et deux noeuds de vitesse en moins. Le projet 4 était le plus puissant avec un canon de 380mm de plus ce qui compensait les deux noeuds de vitesse en moins.

Le Conseil Supérieur de la Marine sélectionna le projet 1 le 14 avril 1935 mais à peine sélectionné ce projet fût modifié non pas au niveau de l'armement principal mais au niveau de l'armement secondaire, l'artillerie de 130mm étant jugée trop faible pour un cuirassé de ce tonnage. Deux configurations furent étudiées :

-première configuration : cinq tourelles triples de 152mm installées comme sur le projet n°1 avec deux tourelles latérales avant, deux tourelles latérales arrières et une tourelle axiale arrière et six affûts simples de 75mm

-deuxième configuration : quatre tourelles triples de 152mm latérales avant et latérales arrières (la tourelle arrière axiale étant supprimée) ou deux tourelles latérales avant et deux tourelles arrières axiales et huit affûts simples de 75mm

Les canons de 75mm furent rapidement abandonnés pour des raisons de respect des limites des traités (même si aucun projet ne respectait dès l'origine les limites, la «surcharge» allant de 50 à 1150 tonnes) et l'armement secondaire allait donc être totalement polyvalent avec 15 canons de 152mm en cinq tourelles triples installés selon la première configuration. Quand à la DCA légère, elle devait être composée de 12 canons de 37mm en six affûts doubles ACAD modèle 1935 (Affût Contre-Avions Double).

Les plans définitifs furent soumis et acceptés par le ministre de la Marine François Pietri le 14 août 1935, le parlement ayant voté le 30 mars 1935 une nouvelle tranche du statut naval de 1924 (non voté mais servant de cadre directeur) prévoyant la construction de deux cuirassés de 35000 tonnes baptisés Richelieu et Jean Bart et de deux torpilleurs d'escadre de type Le Hardi (la tranche de 1932 avait financé le navire éponyme, la tranche de 1935 finançant la construction des torpilleurs Fleuret et Epée).

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MessageSujet: Re: FRANCE CUIRASSES CLASSE RICHELIEU   Dim 07 Fév 2010, 21:22

Historique (1) : le Richelieu


Vue aérienne du Richelieu après sa refonte aux Etats Unis

Construction et essais

Avant propos


Le Cardinal de Richelieu

Le nouveau fleuron de la marine nationale rend hommage à l'un des plus grand homme d'état de l'histoire de France, Armand Jean Du Plessis, Cardinal de Richelieu (1585-1642). Fils d'un grand prévot de France (intendant du domaine royal), il était à l'originaire destiné à la carrière des armes mais son frère ainé ayant renoncé à l'évéché de Luçon (Vendée), il embrassa la carrière écclésiastique pour conserver le bénéfice dans la famille.

Excellent gestionnaire, il se distingua aux états généraux de 1614 comme député du Clergé, devenant même aumonier de la régente, Marie de Médicis puis secrétaire d'Etat en 1616. Disgracié après l'assassinat du favori de la reine mère, Concini, il travailla à la reconciliation entre la mère et le fils et entra ainsi au Conseil en 1624 comme principal ministre, poste qu'il devait conserver jusqu'à sa mort.

Travaillant en bonne intelligence avec le roi, il s'astreignit à ruiner la puissance du parti huguenot et rabaisser l'orgueil des grands qui menaçait l'unité du royaume. Il brisa la puissance des protestants en les battant à la Rochelle en 1627/28 puis dans le Midi, la paix d'Alès (1629) garantissait la liberté de culte mais leur ôtant tous les privilèges. Pour sa lutte contre la noblesse, il fit échouer plusieurs complots soutenus notament par l'Espagne.


Tableau de Nicolas Poussin représentant Richelieu au siège de la Rochelle. En robe de bure, appuyé sur un montant de bois, le père Joseph à l'origine de l'expression "l'éminence grise"

La Journée des Dupes (10 novembre 1630) qui faillit donner la victoire aux opposants, provoqua l'exil de la reine mère et le renforcement de l'autorité de Richelieu. A l'extérieur, le ministre poursuivit la politique des Valois en combattant la puissance hasbourgeoise par son soutien aux puissances protestantes (Suède, princes allemands) engagés dans la guerre de Trente Ans.

Il dévellopa la marine, les colonies (Compagnie de la Nouvelle France), renforçant l'autorité royale par l'envoi d'intendants dans les provinces ce qui ne va pas sans plusieurs révoltes antifiscales. Il créa l'académie française en 1634, construisant la chapelle de la Sorbonne et le Palais-cardinal (futur Palais Royal) qu'il légua à Louis XIII.


La frégate cuirassée Richelieu

En dépit de son apport à l'histoire de France et au dévellopement de la marine, il fallu attendre 1869 pour voir un navire porter le nom du Cardinal. Il s'agit d'une frégate cuirassée mise sur cale à l'Arsenal de Toulon en décembre 1868, lancée en décembre 1873 et armée en février 1876. ce navire de 99.47m de long sur 17.64m de large avec un tirant d'eau de 8.50m pour un déplacement de 8790 tonnes. Filant à 13.22 noeuds, le Richelieu était armée de 6 canons de 27cm en réduit, de 5 canons de 24cm (4 en tourelles barbettes et 1 en chasse à l'avant), 10 canons de 12cm remplacés ensuite par 6 canons de 14mm. En 1878, 8 canons révolvers furent embarqués. Sa carrière fût des plus brèves car incendiée accidentellement le 29 décembre 1880 au mouillage, elle coula avant d'être renflouée et laissée en l'état. Utilisé comme caserne du 5ème déplot, elle est condamnée en février 1910 et vendue à la démolition à un entrepreneur néerlandais qui voulu la remorquer jusqu'aux Pays Bas mais elle coula dans le golfe de Gascogne.

Elle fût suivie par un patrouilleur auxiliaire construit comme chalutier en 1912. Requisitionné à La Rochelle le 12 février 1915, il est utilisé essentiellement en mer Ionienne. Il est déréquisitionné le 7 juin 1919.


Le seul porte-avions nucléaire non américain aurait pu être mis en service sous le nom de Richelieu

Après le cuirassé de 35000 tonnes, il fallut attendre les années quatre vingt pour avoir un navire baptisé du nom du Cardinal. En 1980, la France décida la construction de deux porte-avions à propulsion nucléaire pour remplacer les Clemenceau. Baptisés Provence et Bretagne, seul le premier est financé. Baptisé Richelieu le 3 février 1986, il est rebaptisé Charles de Gaulle en mai 1986 par le premier ministre de l'époque, Jacques Chirac.

On attend donc toujours un nouveau navire qui porterait le nom de ce géant de l'histoire de France, il pourrait bien baptiser le PA2 mais il faudrait encore que ce navire soit construit ce qui est loin d'être fait.

On ne peut qu'être étonné que ce nom n'ait pas été plus utilisé. Peut être faut-il y voir de nombreux mauvais souvenirs lié au cuirassé de 35000 tonnes.

Une construction chaotique puis fort rapide

Plan de l'Arsenal de Brest

Le Richelieu connu à l'origine sous le numéro de PN196 est mis en chantier dans le bassin n°4 au Salou le 22 octobre 1935 à peine trois semaines après que la coque du Dunkerque eut été mise à l'eau depuis cette forme.

Le Richelieu mesurant 248m de long soit 39m de plus que le Dunkerque et que ce dernier fût construit en plusieurs éléments, il était évident que le Richelieu serait construit selon le même modèle.

Le bassin n°4 au Salou, long de 200m, n'accueillit donc que la partie centrale de la coque mesurant 197m (tranche F-S). En dépit d'un contexte international tendu et où tous les grandes marines s'étaient engagés dans la construction de «35000 tonnes», la construction des Richelieu fût des plus lentes, accumulant les retards. A cela plusieurs raisons : contexte économique peu favorable au réarmement, mouvements de grève liés au Front Populaire, mauvaise volonté britannique qui espérait toujours limiter la course aux armements navals.

L'échec du second traité naval de Londres signé le 25 mars 1936 mais non ratifié par la France permis l'accélération des travaux sur le Richelieu à partir du début 1937.


Mise à flot du Richelieu

Le 17 janvier 1939 au matin, l'élément de coque principal quitte le bassin du Salou après avoir pris contact avec l'élément liquide la veille. La cérémonie terminée, le bassin est vidé et les tains nettoyés pour permettre la mise sur cale du troisième cuirassé de la classe (financé à la tranche 1938bis) et baptisé Clémenceau.

Parallèlement à l'élément central, deux autres éléments de coque sont construits : la proue longue de 43m (tranche A-E) et la poupe longue de 8m (tranche T) qui sont assemblés et soudés à la partie centrale de coque au printemps 1939 au moment où est nommé son premier commandant, le capitaine de vaisseau Paul Jean Marzin âgé de 45 ans, sorti de l'école navale en août 1914.

Le déclenchement de la guerre le 3 septembre 1939 et la mobilisation générale associée perturba les travaux du Richelieu. Rapidement les travaux s'accélérèrent, les britanniques craignant que le Bismarck ne soit prêt avant leurs propres King George V, demandant à la France de presser les travaux des Richelieu et Jean Bart.

En novembre 1939, Churchill reçut des assurances de l'amiral Darlan, chef d'état major de la marine que le Richelieu serait achevé en mai 1940 et opérationel au plus tard en juillet de la même année.

Cela n'empêcha pas le commandant en chef de la marine français d'envoyer un tacle bien senti au premier lord de l'amirauté :

-Nous sommes en retard avec le King George V, nous comptons sur le
Richelieu. Quand sera-t-il prêt ?

- Il le serait aujourd'hui, si le gouvernement de sa Majesté ne nous avait pas freiné en 1937


Configuration originale du Richelieu

Travaillant 84h par semaine, les ouvriers de l'Arsenal permirent ainsi au Richelieu de pouvoir réaliser ses premiers essais statiques de machine en rade-abri le 15 janvier 1940. Le 16 janvier 1940, le cuirassé fût mis au bassin n°8 au Laninon pour vérifier la coque et installer les hélices quadripales.

C'est durant ce passage au bassin que fût installé le 21 janvier 1940 le dernier canon de 380mm. Le 24 janvier 1940, le président de la République Albert Lebrun, le ministre de la Marine Cesar Campinchini et l'amiral Darlan visitent le navire largement encore en chantier.

Les premiers essais en roue libre eurent lieu du 31 mars au 7 avril avant de nouveaux travaux notament l'installation des canons de 100mm dont les trois premiers furent mis en place le 11 avril 1940. Devant la difficulté de mettre au point le canon de 152mm efficace en tir antisurface mais totalement inefficace en tir antiaérien, il est décidé de sacrifier les deux tourelles triples latérales avant de 152mm pour être remplacés par six affûts doubles de 100mm provenant du cuirassé Lorraine pour quatre d'entre-eux ( installés lors de la modernisation de 1935) et de la batterie du Niolon près de Marseille pour les deux derniers.

Le 13 avril 1940, la catapulte tribord est installée et le lendemain, le Richelieu réalise ses essais d'acceptation. Lors du test d'une heure, au déplacement en début d'essais de 40927 tonnes, le Richelieu dévellopa une puissance de 123080 tonnes pour une vitesse maximale de 30.11 noeuds.


Les premiers essais en haut mer du Richelieu

Les essais qui eurent lieu en baie de Douarnenez le furent sous la protection vigilante des contre-torpilleurs Albatros et Vautour. Les servants des canons de 100mm et de la DCA légère effectuèrent des écoles de feu durant cette journée.

Le cuirassé fût mis au bassin du 19 au 27 mai 1940 pour permettre notament l'installation des trois derniers affûts doubles de 100mm. Les télémètres pour l'artillerie principale et l'artillerie secondaire furent installés du 1er au 4 juin 1940 et les canons de 152mm installés dans les tourelles prévues à cet effet le 5 juin.

Les essais à pleine puissance étaient prévus le 15 juin 1940 mais devant l'avance allemande, ils furent avancés de deux jours. Le 13 juin à 8.00, le Richelieu quitta Brest pour la baie de Douarnenez pour voir «ce qu'il avait dans le ventre». Au cours des essais «3h30 à puissance maximale», au déplacement de départ de 43800 tonnes, le Richelieu dévellopa une puissance totale de 155000ch pour une vitesse maximale de 32 noeuds.

L'après midi même lors d'un essai d'une demi-heure à puissance forcée et un déplacement de départ de 43800 tonnes, le Richelieu dévellopa une puissance totale de 179000ch pour une vitesse maximale de 32.63 noeuds.

Les 13 et 14 juin, chaque canon de 380mm et chaque canon de 152mm tirèrent six obus sans incident même si le chargement de l'artillerie principale posa quelques problèmes. De retour de la baie de Douarnenez, le Richelieu mouilla dans la Grande Rade puis le 15 juin gagna la Rade Abri.

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MessageSujet: Re: FRANCE CUIRASSES CLASSE RICHELIEU   Dim 07 Fév 2010, 21:38

Un départ de Brest pour le moins précipité (18 juin 1940)

Mouillé dans le Rade-Abri, le Richelieu embarqua munitions, fournitures diverses et fit le plein de ses soutes soit 6000 tonnes de mazout. Depuis le début de la bataille de France et l'invasion du territoire national, il était envisagé un départ pour la Clyde mais devant l'avancée allemande et d'éventuelles négociations, la flotte était un atout de choix et les autorités françaises prièrent les commandants des navires de gagner l'Empire plutôt que l'Angleterre.

Le 18 juin 1940 à 9h12, l'amiral Darlan ordonna au commandant en chef de l'escadre de l'Atlantique, l'amiral de Laborde de préparer le départ du Richelieu pour Dakar en Afrique Occidentale Française. Cela posait des problèmes au capitaine Marzin car les soutes à munitions étaient loin d'être pleines au niveau des gargousses car il esperait recompléter ses soutes en Grande Bretagne.


Le capitaine de vaisseau Marzin

Le 18 juin à 16h00 alors qu'une Panzerdivision approchait à grande vitesse, le Richelieu appareilla, aidé par quatre remorqueurs. Des avions allemands furent rapidement dispersés par la DCA du cuirassé. Embouquant le goulet, il fût escorté par les torpilleurs d'escadre Le Fougueux et Le Frondeur.


Le Richelieu en rade de Brest passant à proximité de l'ancien croiseur cuirassé Waldeck Rousseau

Les Richelieu avec des machines encore en rodage parvint à monter à 22 noeuds même si un incident de chaudière et des problèmes de servo-moteurs obligea un temps à reduire la vitesse à 18 noeuds.


Carte du transit du Richelieu direction Dakar (1)

A 17.00 le 20 juin alors qu'il était à la hauteur de Casabianca, le Richelieu fût abandonné par ses torpilleurs d'escorte à cours de carburant, relevés par le torpilleur d'escadre Le Fleuret (classe Le Hardi) qui était arrivé à Casablanca le 15 juin depuis Toulon. Le Richelieu et Le Fleuret arrivèrent à Dakar le 23 juin à 17.44.


Carte du transit du Richelieu direction Dakar (2)

La situation du Richelieu était inconfortable, d'autant plus inconfortable que dans la nuit du 23 au 24 juin, le capitaine de vaisseau Marzin avait reçut un télégramme de l'amiral Darlan l'informant d'une possible attaque britannique sur Dakar qui servait également de base aux navires britanniques engagés dans la chasse aux raiders allemands. Le 25 juin 1940, nouveau télégramme : le Richelieu apprend la signature de l'Armistice.

L'attaque du 8 juillet et l'opération Menace

Dakar ou Casablanca ?

Le Richelieu au mouillage à Dakar. Comme son sister-ship, les deux fleurons de la Royale étaient réfugiés dans des ports inadaptés à leur accueil

L'annonce de l'Armistice poussa le capitaine Marzin à envisagé une fuite de Dakar qui semblait devenir une souricière. Il fixa ainsi à 14.30, le départ de tous les navires basés à Dakar qu'il s'agisse du torpilleur Le Fleuret, du croiseur auxiliaire Charles Plumier, de l'aviso antédéluvien Calais et des deux sous marins Le Glorieux et le Heros, le premier devant également surveiller le porte-avions Hermes et le second devant patrouiller à l'extérieur de Dakar pour intercepter le croiseur lourd Devonshire dont l'arrivée à Dakar était prévue pour 16.00.

Ce projet d'évasion se transformant rapidement en farce, le gouverneur général craignant un effet moral dévastateur sur la population civile tandis que Darlan pensant que le navire devant gagner l'Angleterre lui ordonna de rester à Dakar.

C'est ainsi que le cuirassé qui avait appareillé à 14.30 le 25 juin et après avoir fait des ronds dans l'eau à une quinzaine de miles au large de Dakar. Il reçut alors l'ordre de gagner une position à 120 miles au nord du Cap Vert avec le torpilleur d'escadre Le Fleuret pour couvrir l'arrivée des croiseurs auxiliaires chargés d'or.

«La flotte de l'or» se composait de six croiseurs auxiliaires qui avaient quitté Brest le même jour que le Richelieu le 18 juin 1940. Les croiseurs auxiliaires El Kantara, El Mansour, Ville d'Oran, El Djezaïr et Ville d'Alger étaient chargés de 726 tonnes d'or de la Banque de France tandis que le Victor Schoelcher avait embarqué 200 tonnes d'or belge et 40 tonnes d'or polonais.

Après une escale à Casablanca le 24 juin pour se ravitailler, ils appareillèrent pour Dakar, arrivant à destination le 4 juillet........sans avoir retrouvé le Richelieu qui de guerre lasse (il ne disposait pas d'hydravions pour retrouver les croiseurs auxiliaires) fit demi-tour arrivant à Dakar le 28 juin.

Opération Catapult

Au moment où la France s'effondrait et que le gouvernement français replié à Bordeaux ne savait plus à quel saint se vouer, l'amiral Darlan agacé par l'amiral Pound _chef d'état major de la marine britannique_ qui l'exhortait à envoyer les navires français en Grande Bretagne répondit que "La Flotte ne sera à aucun autre pays que la France. En dernière extrémité, les commandants d'unités ont I'ordre de saborder leurs navires."

Churchill n'à jamais eu confiance en Darlan veut montrer que la Grande Bretagne résiste et espère ainsi l'aide américaine. L'idée que la flotte française puisse se joindre à l'Allemagne et l'Italie lui donne des sueurs froides même si avec le recul, cette idée paraît totalement absurde.

Dès le 25 juin 1940, les navires marchands français présents en Egypte et en Grande Bretagne furent interdits d'appareillage et le 27 juin 1940, la décision fût prise de bloquer le détroit de Gibraltar pour empêcher des navires français de regagner leur port d'attache, tous à l'exception de Toulon se trouvant en zone occupée.

L'opération Catapult fût déclenchée le 3 août à l'aube. En Angleterre, sur les coups de 3h45 du matin, des unités des Royal Marines s'emparent des navires français par surprise. Il y à quelques affrontements mais dans l'ensemble l'effet de surprise joue en faveur des britanniques. La plupart des navires capturés resteront désarmés tout le long du conflit, seule une poignée sera remise en service au sein des FNFL, de la Royal Navy ou de diverses marines alliées.

A Alexandrie le 4 juillet, un gentleman agreement est conclu entre l'amiral Cunnigham et le vice-amiral Godeffroy, commandant de la force X composée du cuirassé Lorraine, des croiseurs lourds Tourville et Duquesne, le croiseur léger Duguay Trouin, les torpilleurs Fortune Forbin Basque et le sous marin Protée.

Les navires français furent internés à Alexandrie, devant vidanger leurs soutes, débarquer les percuteurs de leurs canons et les cones de leurs torpilles. Ces navires restèrent ainsi jusqu'en février 1943 quand ils rallièrent le gouvernement d'Alger.

Malheureusement, tout cela se passa beaucoup moins bien à Mers-El-Kebir où était concentré l'essentiel de la Force de Raid soit les croiseurs de bataille Strasbourg et Dunkerque, les cuirassés Provence et Bretagne, le transport d'hydravions Commandant Teste et les contre-torpilleurs Mogador, Volta, Tigre, Lynx, Le Terrible et Kersaint.

Après des négociations ardues qui échouent, la force H ouvre le feu détruisant le cuirassé Bretagne, endommageant gravement le cuirassé Provence et le croiseur de bataille Dunkerque ainsi que le contre-torpilleur Mogador, ce sinistre tableau étant temperé par la fuite du Strasbourg et de quatre croiseurs de bataille.

Dakar avec son cuirassé flambant neuf et prêt au combat ne pouvait échapper aux «griffes» britanniques. Aussi le 3 juillet, le croiseur Dorsetshire qui surveillait la capitale de l'AOF fût rejoint par son sister-ship, le HMAS Australia et le porte-avions Hermes.

Les ordes étaient clairs : il fallait barrer la route à tout prix au Richelieu et dans ces conditions, toutes les idées furent étudiées comme la pose de grenades sous marins sous la coque du cuirassé ou l'éperonnage du Richelieu par le Dorsetshire (on peut se demander qui aurait eu le plus mal).

Le 4 juillet au matin, le contre-amiral Plançon, commandant des forces navales en AOF ordonna aux sous marins Le Glorieux et Le Héros d'appareiller pour repérer et attaquer le Dorsetshire pendant que les batteries de 240mm du Cap Manuel (deux affûts doubles) et de l'île de Gorée (deux affûts doubles auxquels s'ajoutent 4 canons de 138mm et 4 canons de 90mm) avaient ordre d'ouvrir le feu si les navires britanniques s'approchaient à moins de 7.5 miles (environ 15km) du port.

Le Dorsetshire garda ses distances avec le port de Dakar et avertit de la présence de deux sous marins manoeuvre habilement empêchant les sous marins de s'approcher à moins de 6000m et surtout à se mettre en position de tir.

Le Richelieu fût mouillé hors du port en Grande Rade, protégé par un alignement de cargos et des filets anti-sous-marins.

A l'origine, la force H devait une fois la Force de Raid neutralisée à Mers-El-Kebir gagner Dakar pour une opération semblable le 4 juillet mais comme le Dunkerque n'était pas totalement hors de combat, l'amiral Sommerville reçut l'ordre de remettre le couvert et de lancer une attaque de Fairey Swordfish lancée le 6 juillet. Pour le Richelieu ce n'était que partie remise

L'attaque du 8 juillet 1940

Le commandant du porte-avions Hermes, le capitaine Onslow fît temporairement promu contre-amiral, pouvant ainsi commander une force composite commposée du porte-avions Hermes et des croiseurs lourds Dorsetshire et Australia. Comme à Mers-el-Kebir, les britanniques voulurent faire porter un ultimatum par le sloop Milford le 7 juillet mais les français lui interdirent l'accès au port et l'ultimatum fût transmis par signaux lumineux.


Comme le Bismarck, le Richelieu eut à souffrir des méfaits du "Stringbag

Les ordres du contre-amiral Onslow étaient clairs : neutraliser le Richelieu et les contre-torpilleurs Epervier et Milan. Le capitaine de vaisseau Marzin prépara l'appareillage du Richelieu, bien décid& à couler le Hermes pendant que le Milan et les sous marins patrouillaient à l'extérieur de Dakar et que les batteries côtières étaient en alerte. A Dakar même, la situation était tendue, certains réservistes ne comprennant pas que les alliés de la veille se déchirent.

Après une tentative d'attaque par une vedette chargée d'explosifs manoeuvré par des Royal Marines, le CA Onslow décida de mener une attaque aérienne à la torpille. Six Fairey Swordfish décollèrent à 4h15, venant du sud à une altitude de 700m, longeant l'île de Gorée puis arrivée à la hauteur de l'aviso colonial Bougainville mirent cap à l'ouest, cinq attaquèrent du Nord-Est tandis qu'un sixième attaqua le Richelieu par le Sud-Ouest.


Carte de l'attaque du 8 juillet

La torpille de ce sixième appareil fût la seule à aller au but. Elle toucha le cuirassé au niveau de la tranche P à tribord. L'urgence primant, les marins du Richelieu colmatèrent les brèches avec les moyens du port avant que le remorqueur Buffle ne hale le cuirassé dans le port, l'installant au quai des pétroliers à 12.45. Entouré par des filets anti-torpilles, le Richelieu avait embarqué 2400 tonnes et la poupe semblait bien basse sur la mer.

La charge explosive de la torpille avait provoqué une brèche de 9.3m de long et 8.5m de haut. Les tranches O,P et Q furent immédiatement envahies par un mélange d'eau et de mazout. Les deux moteurs principaux de la barre-électrique sont mis hors service tout comme la ligne d'arbre tribord centrale tandis que la ligne tribord extérieur ne tourne que difficilement.

Le Richelieu embarque immédiatement 1500 tonnes d'eau et sa poupe s'enfonce de 70cm avec une légère gite sous tribord. La proue se soulève légèrement d'une cinquantaine de centimètres. Le rejet de 200 tonnes de mazout à la mer et le remplissage des balasts avant permet de rétablir la situation.

Suite à cette attaque, les batteries côtières auraient pu riposter mais l'ordre tarda à venir et le porte-avions Hermes comme le Dorsetshire et l'Australia s'étaient retirés en direction de Freetown.

La marée basse à 16h, l'arrière du Richelieu s'échoue dans la vase du port pendant que les remorqueurs s'activent à mouiller les filets de protection tandis qu'une citerne à mazout accoste pour pomper le combustible et alléger le bâtiment. A 22h au soir, profitant de la marée haute, le CV Marzin donne l'ordre de virer l'ancre de détroit pour écarter le cuirassé du quai et éviter un nouvel échouage qui risquerair d'endommager les hélices et le safran.

Malgré les efforts acharnés de pompage, le Richelieu à embarqué 2400 tonnes d'eau de mer qui envahissent les compartiments voisins : les cloisons étanches sont ébranlées, les presse-étoupes sont détériorés qui laissent s'infiltrer l'eau.

Le 10 juillet 1940, les conditions météorologiques se dégradent et à 4h, une tornade provoque la rupture des aussières. Deux ancres sont mouillées à l'arrière ainsi que des aussières en acier fixées au quai.

Il faut songer aux réparations ce qui ne va pas sans poser de problèmes car Dakar en dépit de sa position stratégique ne dispose d'aucune forme permettant la réparation d'un navire de cette taille.

Un «pansement de métal» de 11.5m² est fabriqué avec les moyens du bord (pas pour rien que les français soient les rois du système D). Fixé par dix torons en acier verticaux et trois torons horizontaux, il fût installé le 10 septembre 1940 permettant ainsi l'évacuation des 500 mètres cubes d'eau restant. Ce n'était cependant qu'une situation transitoire, un véritable coffrage fût achevé en octobre et installé en décembre 1940.

Sur le plan militaire, le déficit en personnel oblige à faire des choix. C'est ainsi que seule la tourelle n°2 de 380mm est armée et prête à tirer, le personnel de la tourelle n°1 étant affecté à des batteries à terre. Sont égalements armées la tourelle axiale de 152mm, six affûts doubles de 100mm et la totalité de la DCA légère composée en juillet 1940 de 4 affûts doubles de 37mm modèle 1933, 4 affûts quadruples et deux affûts doubles de 13.2mm. A noter que le stock de gargousses SD21 à été complété par un reconditionement des gargousses SD19 de 330mm.

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Dernière édition par clausewitz le Mar 15 Jan 2013, 20:38, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: FRANCE CUIRASSES CLASSE RICHELIEU   Dim 07 Fév 2010, 21:44

Operation Menace (23-25 septembre 1940) : échec aux anglo-gaulistes !

Le Richelieu tirant depuis Mers el Kebir en 1948 dans une configuration qui rappelle celle de l'opération Menace (merci à Vautour pour cette correction instantanée)

En septembre 1940, le général de Gaule, chef des forces françaises libres réussit à convaincre Churchill d'attaquer le port de Dakar sous le contrôle de Vichy et d'y installer les «Free French».

Pour cela, les britanniques mirent sur pied la force M qui appareilla de Gibraltar le 13 septembre 1940. Cette force M se composait du porte-avions Ark Royal, des cuirassés Barham et Resolution, des croiseurs lourds Australia, Devonshire et Cumberland, des croiseurs légers Dragon et Delhi, de 10 destroyers, de 6 escorteurs dont les navires FNFL Commandant Dominé, Commandant Duboc et Savorgnan de Brazza, quatre cargos français et un cargo britannique et enfin six paquebots dont le Westermland sur lequel se trouvait le général De Gaule, le Pennland (pavillon néerlandais) et le Sobieski (pavillon polonais).

Face à ce déploiement de force, les forces françaises fidèles à Vichy déployaient le cuirassé Richelieu; les croiseurs légers Georges Leygues et Montcalm; les contre-torpilleurs Le Fantasque, Le Malin, Le Hardi et Le Malin; les sous marins Ajax, Bévéziers et Persée; des escorteurs et des navires auxiliaires.

Le 22 septembre au matin, des avions de reconnaissance basés à Dakar furent envoyés dans le nord pour couvrir l'arrivée du paquebot Banfora qui amenait des obus de 380mm pour le Richelieu. Aussi quand la force M apparu au sud de Dakar à l'aube du 23 septembre, la surprise fût totale.

A 6.00 du matin, deux Caudron Luciole décollèrent du porte-avions Ark Royal et se posèrent sur la base aéronavale de Ouakham avec leur bord quatre français libres qui tentèrent de rallier la base aux FFL. Un Fairey Swordfish largua des tracts pendant que deux vedettes à moteur venant de l'aviso FNFL Savorgnan de Brazza tentaient de s'infiltrer dans le port pour gagner ensuite la résidence du gouverneur général Buisson à 6.55.

Les hommes de la BAN de Ouakham furent capturés tandis que les vedettes portant les parlementaires furent victimes de tir de mitrailleuses mais parvinrent à regagner le large. L'alerte fût donnée à Dakar à 7.00. L'aviso colonial Savorgnan de Brazza s'approcha du port mais s'en éloigna bien vite après des tirs de semonce des canons de 100mm du Richelieu.

Les avisos FNFL Commandant Dominé et Commandant Duboc se présentèrent ensuite avec 120 fusiliers marins qui essayèrent de forcer l'entrée du port à 8.10 mais ils furent obligés de se replier sous un écran de fumée après les tirs de semonce des canons de 100mm du Richelieu entre 8.18 et 8.22. Les forces navales fidèles à Vichy ordonnèrent aux forces anglo-gaullistes à rester à plus de 20 miles nautiques des côtes de l'Afrique Occidentale Française (AOF) à 10.41.


Les officiers du Richelieu avec leur capitaine au centre

La force M se rapprocha de Dakar pour bombarder le port. C'est alors que le sous marin Persée qui revenait de sa patrouille en surface tenta d'intercepter les navires britanniques. Les britanniques qui l'ont repéré envoient les destroyers Inglefield et Foresight au devant du «1500 tonnes» à 10.50 mais ils sont engagés par les canons de 240mm de la batterie du cap Manuel (les canons de 240mm avaient une portée maximale de 24000m «avec la grâce de dieu et le vent arrière» selon les mauvaises langues).

Le Foresight est touché par un obus de 240mm pendant que le Persée lance deux torpilles de 550mm par ses tubes avant mais seule la première part au milieu des gerbes de 120mm. Alors qu'il manoeuvre pour rendre battants ses tubes arrières, le Persée est touché par un obus de 152mm à l'arrière puis par au moins cinq autres coups. Le sous marin désemparé est évacué à 11.05 couvert par les batteries côtières qui envoient quelques obus pour chasser les navires anglais trop pressants.

L'aviso La Surprise recueille les survivants du Persée qui s'enfonce toute doucement dans les eaux dakaroises à 11h37 à 2500m dans le 65 du Cap Manuel par -22m.

Depuis 11.05, la force M avait ouvert le feu, un bombardement de plus de 20 minutes. Le Richelieu est cependant gêné par sa position, obligeant les remorqueurs Buffle et Appliqué à manoeuvré le «35000 tonnes». Le croiseur Montcalm retrouva en baie de Hann le Georges Leygues et les Contre-torpilleurs Le Malin et l'Audacieux à 12.12.

Dans l'après midi, un avion de reconnaissance français repéra une petite force navale qui s'apprêtait apparement à débarquer à Rufisque. Non seulement le débarquement échoua devant les tirs des canons de 95mm mais l'Audacieux envoyé au renseignement fût matraqué par le croiseur lourd Australia et désemparé, le contre-torpilleur s'échouant sur la plage de Rufisque provoquant la mort de 81 marins pendant que 70 étaient blessés.

Les hostilités reprirent le lendemain matin, 24 septembre 1940 avec une visibilité plus importante passant de 6000 à 13/18000m. De 6.25 à 8.00, l'Ark Royal lança deux attaques (à chaque fois de six avions) avec ses avions-torpilleurs Fairey Swordfish et ses bombardiers en piqué Blackburn Skua. La DCA des navires français riposta, le Richelieu étant frôlé par deux bombes.

A 9.10, une troisième attaque fût lancée, six Fairey Swordfish et six Blackburn Skua mais cette attaque aussi infructueuse que les précédentes se heurta à une DCA hargneuse et aux patrouilles de Curtiss Hawk basés à Ouakham descendant ou endommageant trois Swordfish et trois Skua, la DCA du cuirassé revendiquant la destruction de trois appareils plus un endommagé.

Quinze minutes après la première attaque à 7.30, un Loire 130 annonça que les cuirassés et les destroyers britanniques s'approchant à grande vitesse du port. La batterie de l'île de Gorée riposta, tirant trois obus de 240mm contre les destroyers britanniques.


Vue arrière du Richelieu avec les trois tourelles triples de 152mm

Le sous marin Ajax tenta d'attaquer les navires britanniques mais sévèrement secoué par les charges de profondeur tenta d'échapper aux destroyers britanniques en plongeant le plus profondément possible mais le fond de l'océan n'était que de -52m. Le sous marin fit surface puis évacué coula à 10.15 à 23000m au sud-sud est du Cap Manuel.

A 9.30, les cuirassés Barham et Resolution plus les croiseurs lourds Devonshire et Australia ouvrirent le feu contre Dakar à 9.35, les canons de 15 pouces visant le Richelieu, les canons de 8 pouces visant les croiseurs de la force Y tandis que les canons de 6 pouces matraquaient les batteries côtières de l'île de Gorée.

Le Richelieu riposta mais à 9.40, un obus explosa dans le canon n°7 (tourelle II, demi-tourelle tribord) tandis que le canon n°8 victime d'un retour de flamme fût également mis hors de combat. A 9.57, le Richelieu toucha le Barham avec ses canons de 152mm alors que le «Cardinal» n'était que légèrement endommagé. Les croiseurs et les contre-torpilleurs français manoeuvraient également dans la rade, protégés par des écrans de fumées et les batteries côtières.

Les britanniques cessèrent les tirs à 10.07. Appuyé par le torpilleur Le Hardi qui étendit un écran de fumée en ouvrant le feu avec ses canons de 130mm à partir de 12.53 quand les tirs britanniques reprirent. Manoeuvrant à 15500m du port, le Resolution et le Barham tirèrent 160 coups de 15 pouces avant de cesser le feu à 13.20 sans avoir touché autre chose que les navires marchands mouillés en Grande Rade.

Une dernière attaque des croiseurs français par neuf Swordfish armés de torpillés et escortés par trois Skua eut lieu à 15.34 mais les manoeuvres de déception et la DCA descendirent deux appareils sans coup au but.

Le 25 septembre à 6.00 eurent lieu des vols de reconnaissance britanniques au dessus du port de Dakar. La visibilité était excellente et la mature des Barham et Resolution était visible à 40000m à 7.50. Le Richelieu ouvrit le feu à 20000m, la tourelle I de 380mm visant le Resolution, les tourelles axiales et tribords de 152mm le Barham à 9.04 pendant que le Le Hardi étendait un écran de fumée.

C'est alors que le Resolution fût gravement endommagé par le sous marin Bévéziers tandis qu'à 9.10, la tourelle de 152mm axiale était hors service par l'impact d'un obus de 15 pouces qui endommagea aussi la coque. Les cuirassés se repliant derrière un écran de fumée après avoir cessé le feu à 9.25, les croiseurs cessant de tirer à 9.28.

La force M ne tarda pas à se replier, les anglo-gaullistes renonçant à s'emparer de la ville. Au total en deux jours, le Richelieu avait tiré 24 obus de 380mm, 102 obus de 152mm, 501 de 100mm, 456 de 37mm et 3060 cartouches de 13.2mm.

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MessageSujet: Re: FRANCE CUIRASSES CLASSE RICHELIEU   Dim 07 Fév 2010, 22:00

Attente et refonte (1940-1943)

Le Richelieu au mouillage à Dakar en 1941

De «Menace» à «Torch»

Vue babord arrière du Richelieu

Les mois qui suivirent l'opération Menace furent des plus calmes et mis à profit pour réparer les dégâts de l'attaque du 8 juillet et ceux de Menace bien plus limités. Le patch provisoire fût remplacé par un véritable coffrage en acier haut de 12m, large de 13.5m et profond de 11m qui fût installé en décembre 1940.

Les travaux furent achevés le 27 mars et les essais à la mer le 28 mai 1941, essais menés en catamini de peur de tomber à nouveau sur les britanniques. Le 5 juillet, le cuirassé s'amarra au quai des Escales avec les canons orientés vers la mer. Trois Loire 130 furent envoyés de Brest pour dôter le cuirassé d'une capacité de reconnaissance et de réglage de tir, le premier catapultage ayant lieu le 7 octobre 1941.

Entre octobre 1940 et novembre 1942, le Richelieu resta ancré à Dakar. Il y eut peu de véritables événements, le plus important étant le changement de commandant, le CV Mazin cédant la place au CV Déramond le 27 février 1941.

Le débarquement en Afrique du Nord (opération Torch) le 8 novembre 1942 puis l'invasion de la zone libre par les allemands le 27 novembre 1942 (opération Attila) provoqua le ralliement des forces navales françaises en AOF aux alliés.

Une mission navale américaine visita les ports d'Afrique du Nord et d'Afrique Noire pour repérer les navires qui mériteraient refonte et modernisation. Le Richelieu était naturellement en tête de liste pour subir des travaux.

Des essais à la mer eurent lieu du 25 au 29 janvier 1943 pour tester un système propulsif qui n'avait pas fonctionné depuis le 8 juillet 1940. Les installations d'hydraviation furent débarquées tout comme la DCA légère qui était de toute façon totalement dépassée.


Le Richelieu en route pour New York. Le canon n°7 à été coupé avant la traversée

Le 30 janvier 1943, le Richelieu appareilla de Dakar en compagnie du Montcalm qui lui aussi devait être modernisé aux Etats Unis. Le cuirassé arriva dans la rivière Hudson le 11 février et une semaine plus tard, entra dans le bassin n°5 du Brooklyn Navy Yard. A noter que pour passer sous le pont de Brooklyn, le directeur de tir supérieur du être débarqué.


Le Richelieu en 1943 avec une partie de l'équipage

Refonte et modernisation

Le Richelieu dans l'Hudson avec le pont de Brooklyn en arrière plan.

Les travaux commencèrent le 24 février 1943, 2000 ouvriers divisés en trois équipes travaillant 24h sur 24h, sept jours sur sept pendant près de cinq mois. L'ensemble de l'équipage du Richelieu fût débarqué et logé dans des préfabriqués à proximité du chantier.

La coque fût grattée et sablée, étant dans un état remarquable après deux ans et demi immobilisé en milieu tropical, seule une petite partie des fonds du être changée. Les sections O,P et Q furent totalement dépouillées, les lignes d'arbre tribord débarquées et le bulkheads débarqué, étant remplacé par un modèle produit par Bethlehem Steel Corporation.

Tous les équipements jugés obsolètes et encore présents à bord furent débarqués. Ce qui fût le hangar aviation fût arrasé et transformé en soute à munitions pour une artillerie légère considérablement renforcée. Les embarcations d'origine furent remplacées, des radars également installés.
Le système propulsif (turbines et chaudières) fût entièrement remis à niveau avec le retubage des chaudières, le cablage électrique refait tandis qu'un cable de dégaussage était installé.

Des essais à la mer eurent lieu le 26 septembre 1943, le Richelieu parvenant facilement à 26.5 noeuds durant un essai de 6h au déplacement normal de 43600 tonnes. Lors d'un essai de 2h, le Richelieu fila à 28.9 noeuds tandis que l'essai de cinq minutes, le cuirassé atteignit la vitesse de 30.2 noeuds (31.5 noeuds pendant 30 minutes). Ces performances étaient d'autant plus impressionantes que le Richelieu s'était alourdit de 3000 tonnes.

Les modifications les plus importantes furent celles concernant l'armement. Les canons 5, 7 et 8 furent débarquées et remplacés par trois canons du Jean Bart immobilisé à Casablanca (le quatrième étant utilisé pour produire des munitions et réaliser des tests au sein du Naval Surface Weapons Center Dahlgren, les premiers obus étaient livrés à Scapa Flow en mai 1944).


Vue aérienne du Richelieu

L'armement secondaire (canons de 152mm) fût maintenu, les tubes simplement changés. La DCA fût profondément modifiée, les canons de 100mm furent conservés mais les canons de 37mm et les mitrailleuses de 13.2mm remplacés par 14 affûts quadruples de 40mm (56 canons) et 50 canons de 20mm Oerlikon. Des essais de tir eurent lieu en baie de Chesapeake à partir du 29 août et jusqu'à la mi-septembre, montrant l'efficacité des Bofors en dépit de problèmes au niveau du ravitaillement en munitions.

Avant de quitter le Brooklyn Navy Yard, le Richelieu reçut un camouflage type Measure 32 composé de gris foncé, de gris clair et gris clair, les ponts étant peints en bleu, le roof et les tourelles en gris clair. Quelques modifications eurent lieu en Europe.


Le Richelieu : essais après refonte

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MessageSujet: Re: FRANCE CUIRASSES CLASSE RICHELIEU   Dim 07 Fév 2010, 22:46

Le Richelieu retourne au combat (1943-45)

Le Richelieu en Europe

7 septembre 1943 : le Richelieu au mouillage à Hampton Roads pour charger des munitions en compagnie du New Jersey

Après les essais et les modifications idoines, le Richelieu quitta Boston le 14 octobre 1943 pour Gibraltar, escorté par les destroyers USS Tarbell (classe Wickes) et USS Ellet (classe Benham). A la hauteur des Açores, les destroyers américains cédèrent la place aux croiseurs légers (ex-contre-torpilleurs) Le Fantasque et Le Terrible, filant à Mers-El-Kebir.

A l'origine, il était prévu que le Richelieu soit déployé en Méditerranée sous le commandement de la Mediterranean Fleet (amiral Andrew Cunnigham) mais la rédition de la marine italienne poussa les britanniques à demander le redéploiement du Richelieu au sein de la Home Fleet.

Le Richelieu quitta Mers-el-Kebir le 14 novembre 1943, escorté par le destroyers Muskeeter et Scourge, arrivant le 24 novembre 1943, s'ancrant entre le King George V, le Duke of York, le Howe puis quelques temps plus tard, le Anson, le Valiant, le Nelson et le Rodney (une sacré flotte n'es-t-il pas).

Manquant de pièces détachées et de munitions, le Richelieu passa l'hiver 1943-44 à l'ancre à Scapa Flow. La première et seule opération du Richelieu au sein de la Home Fleet fût l'opération Posthorn. Du 10 au 12 février 1944, les cuirassés Anson et Richelieu; le porte-avions Furious; les croiseurs légers Nigeria et Belfast et sept destroyers appareillèrent des Orcades pour attaquer la navigation allemande dans le nord de la Norvège. Les résultats furent des plus décevants : les navires allemands présents en Norvège ne bougèrent pas et seul un cargo de 3000 tonnes fût coulé par les avions du Furious qui descendirent également un Me109.
Après un carénage de dix jours à Rosyth, le Richelieu aurait du mener une opération semblable à la fin du mois de février mais lors de l'appareillage, deux destroyers entrèrent en collision provoquant l'annulation de l'opération

De la mer du Nord à l'Océan Indien

Le Richelieu en transit dans l'Océan Indien

Devant l'agonie de la Kriegsmarine avec un unique cuirassé encore opérationel en mer du Nord, les alliés purent alléger leur dispositif, seul un King George V étant maintenu à Scapa Flow au cas peu probable où le sister-ship du Bismarck sortirait de son fjord. Le Richelieu aurait pu participer au débarquement en Normandie mais en l'absence d'obus explosifs pour son artillerie principale, sa participation fût rapidement écarté.

Le conflit s'achevant en Europe, les britanniques préparaient la reconquête de leurs colonies d'Asie du Sud Est. Il fallait pour cela renforcer l'Eastern Fleet de l'amiral James Sommerville. Le Richelieu fût donc choisit pour gagner Trincomalee (Ceylan).

Le 15 mars 1944, le Richelieu gagna Greenock où il remplit ses soutes en mazout et munitions en à peine six heures. Il appareilla en compagnie de trois destroyers le même jour, faisant escale à Alger _la capitale de la France en exil_ le 26 mars, longeant les côtes lybiennes et egyptiennes, franchissant le canal de Suez avant d'arriver à Trincomalee le 10 avril 1944 après une escale technique à Aden pour des problèmes de chaudières. Il y retrouva le croiseur de bataille Renown, les cuirassés Queen Elizabeth et Valiant ainsi que les porte-avions Illustrious et Saratoga sans parler des croiseurs et des destroyers.

Opération Cockpit (16-21 avril 1944)

Carte de l'opération Cockpit

Le 16 avril 1944, Sommerville lança une première opération baptisée Cockpit pour détourner l'attention japonaise des opérations américaines en Nouvelle Guinée. L'Eastern Fleet fût divisée en deux forces, la Task Force 70 composée des porte-avions Saratoga et Illustrious, du croiseur de bataille Renown, du croiseur lourd London et de sept destroyers et chargée de l'attaque sur Saband sur l'île de Sumatra tandis que la Task Force 69 composée des cuirassés Richelieu, Valiant, Queen Elizabeth; des croiseurs légers Nigeria, Ceylon, Newcastle, Tromp et Gambia et de 8 destroyers était chargée de la couvrir.

A l'aube du 19 avril, les porte-avions lancèrent des attaques aériennes massives : l'Illustrious catapulta 17 Fairey Barracuda et 13 Change-Vought Corsair tandis que le Saratoga lançait 11 Grumman Avenger, 18 Douglas Dauntless et 24 Grumman Hellcat soit un total de 83 appareils. Les avions regagnèrent tous le bord à 9.00 sans réaction japonaise et avec des résultats assez modestes.

Dans la nuit lors du transit, le Richelieu tira au canon de 100mm et au Bofors de 40mm pour disperser des avions japonais.


Détail de l'opération Cockpit

Opération Transom (6-27 mai 1944)

Vue de la plage avant du Richelieu

La seconde opération du Richelieu au sein de l'Eastern fût l'une sinon la plus ambitieuse menée par les forces de l'amiral Sommerville, toujours en diversion des opérations américaines dans le Pacifique. La TF65 (croiseur de bataille Renown et cuirassés Valiant et Richelieu, les croiseurs Kenya et Tromp plus 7 destroyers) couvrant la TF66 (porte-avions Illustrious et Saratoga, les croiseurs Gambia et Ceylon ainsi que 6 destroyers) chargée de l'attaque sur Soerabaya dans l'île de Java.

La flotte se ravitailla auprès de la TF67 dans le Golfe d'Exmouth (Australie), task force composée de six pétroliers, d'un transport d'eau escorté par les croiseurs lourds London et Suffolk plus trois destroyers le 15 mai.

Le 17 mai 1944, l'Illustrious lança 21 Grumman Avenger et 15 Chance Vought Corsair et le Saratoga 20 Douglas Dauntless et 25 Grumman Hellcat soit un total de 81 appareils qui retournèrent à bord à 10.50. Le lendemain, le Saratoga et trois destroyers quittèrent l'Eastern Fleet pendant que le Richelieu et les navires britanniques se ravitaillaient en baie dans le golfe d'Exmouth avant de regagner Trincomalee le 27 mai 1944. Le Richelieu après avoir ravitaillé trois destroyers arriva à Trincomalee avec encore 25% de son combustible alors que les britanniques n'avaient plus que 20% de leur mazout. Le 29 mai 1944, le Richelieu le Queen Elizabeth et six destroyers quittèrent Trincomalee pour Colombo pour dix jours de repos.


Carte de l'opération Transom

Opération Pedal (19-23 juin 1944)

En mer : le Renown, le Valiant et le Richelieu

Le Richelieu participa ensuite à l'attaque de la base japonaise de Port Blair dans les Andamans. Le glaive était l'Illustrious, le croiseur léger Phoebe et leurs huit destroyers d'escorte, le Renown, le Richelieu et les croiseurs Nigeria, Kenya et Ceylon formant un puissant bouclier. La TF60 appareilla de Ceylan le 19 juin pour une attaque aérienne menée par 15 Barracuda et 14 Corsair lancée le 21 juin, un appareil étant abattu pour des dégats non négligeable. La TF60 rentra à Trincomalee le 23 juin.


Carte de l'opération Pedal

Opération Crimson (22-27 juillet 1944)

Très belle peinture du Richelieu

Pedal ne fût qu'un amuse bouche par rapport à l'opération qui allait suivre. Sous le nom de code Crimson, l'Eastern Fleet déploya les grands moyens pour bombarder Sabang à l'entrée du détroit de Malacca. En effet, la Task Force 70 déploya les cuirassés Richelieu, Valiant et Queen Elizabeth, le croiseur de bataille Renown; les porte-avions Victorious et Illustrious; le croiseur lourd Cumberland, les croiseurs légers Tromp, Nigeria, Ceylon, Kenya, Gambia et dix destroyers pour une opération combinée d'attaques aériennes et de bombardement naval.

La Task Force 70 appareilla de Trincomalee le 22 juillet arrivant au large de Pulau Weh _l'île où se trouvait la ville de Sabang_ à l'aube le 25 juillet 1940. Après un bombardement aérien, les navires de surface ouvrirent le feu sur le port et les installations pétrolières de Sabang, le Richelieu tirant par salves de quatre coups avec une demi-tourelle à chaque fois en vingt minutes pas moins de 81 obus de 380mm en vingt salves soit une salve toutes les 50s, le double des cuirassés britanniques.

La tourelle axiale et la tourelle babord de 152mm fût également de la partie, frappant une batterie côtière de 120mm qui avait engagée les destroyers et le croiseur léger néerlandais Tromp. Les opérations s'achevèrent bientôt et la TF70 regagna Trincomalee, échappant facilement aux attaques aériennes japonaises.


Deux cartes de l'opération Crimson

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MessageSujet: Re: FRANCE CUIRASSES CLASSE RICHELIEU   Dim 07 Fév 2010, 23:03

Refonte à Casablanca

Belle peinture du Richelieu

Le Richelieu avait besoin d'un carénage mais Ceylan était mal équipé. Il y avait bien le dock flottant AFD28 arrivé d'Australie mais le commandant du Richelieu déclina l'invitation craignant que le dock-flottant n'était pas assez gros. Présentiment justifié : le 8 août 1944, l'AFD28 avec le Valiant chavira endommagea gravement le cuirassé britannique.

Le 6 septembre 1944, le Richelieu reçut l'ordre de gagner Alger, appareillant le 7 septembre escorté par trois destroyers qui laissèrent seul le cuirassé français en mer Rouge avant qu'en Méditerranée le relais ne soit pris par les croiseurs légers Le Terrible et Le Fatansque, les trois navires arrivant à Alger le 23 septembre 1944.

Il gagna alors Toulon le 1er octobre 1944 pour célébrer la libération et accessoirement être caréné mais les bassins Vauban étant tous en ruine, il fût décidé de le refondre à Casablanca où il arriva le 10 octobre. Les chaudières furent changées, le Jean Bart cédant les siennes à son sister-ship, la suite radar fût complétée, le Richelieu recevant également un HF/DF et un système de contre-mesures contre les armes radiocommandées allemandes. L'équipage fût également renouvelé à 60% ce qui nécessitait un intense entrainement.

Le Richelieu quitta Casablanca le 24 janvier 1945 pour gagner Gibraltar le 25 janvier, les ouvriers britanniques grattant et repeignant la coque avant que les munitions soient embarquées. Après remise en condition, le Richelieu quitta Mers-el-Kébir pour Trincomalee où il arriva le 20 mars 1945.

Second déploiement dans l'Océan Indien

Opération Sunfish (9-20 avril 1945)
Carte de l'opération Sunfish

Le 8 avril 1945, la Task Force 63 (cuirassés Richelieu et Queen Elizabeth, croiseurs lourds London et Cumberland, porte-avions d'escorte Emperor et Khedive et cinq destroyers) appareilla de Trincomalee avant de se diviser à l'aube le 11 avril en deux forces : un groupe de bombardement composé des deux cuirassés, du croiseur lourd London et trois destroyers et un groupe de couverture avec le groupe des navires. Le Queen Elizabeth et le Richelieu bombardèrent Sabang à 17000m.

Le bombardement achevé, la TF63 retrouva un pétrolier pour permettre le ravitaillement des destroyers avant de lancer des attaques dans le sud de la Malaisie puis de rentrer à Trincomalee le 20 avril après un ravitaillement le 17 avril.

Opération Bishop (27 avril-7 mai 1945)

Carte de l'opération Bishop

La fin des opérations en Europe libéra de substansiels moyens pour l'Asie du Sud Est notament pour la 14ème armée britannique engagée en Birmanie. Pour couvrir le débarquement dans la région de Rangoon (opération Dracula), l'East Indies Fleet fût chargée d'une mission d'interdiction contre les îles Andamans. Nom de code «Bishop», cette opération vit l'engagement de la TF64 (cuirassé Queen Elizabeth, croiseur lourd Suffolk, croiseur léger Suffolk et trois destroyers) et de la TF63 composée du cuirassé Richelieu, du croiseur lourd Cumberland, du croiseur léger Ceylon et de deux destroyers, les porte-avions d'escorte Empress et Shah assurant la couverture aérienne des deux Task-Force.

Les navires engagés appareillèrent de Trincomalee le 27 avril, arrivant au large de Nicobar le 29 avril à l'aube pour un bombardement particulièrement dévastateur sur Nicobar suivit le lendemain par un autre sur Port Blair. La dotation en munitions de 380mm étant épuisé, ce furent les 152mm qui ouvrirent le feu sur Port Blair tirant un total de 120 obus le 2 mai sur Port Blair. Le Richelieu et les autres navires rentrèrent à Trincomalee le 8 mai 1945.

Opération Dukedom (15-16 mai 1945)

Vue de la plage avant du Richelieu

L'opération Dukedom est lancée quand le système «Ultra» détecte l'appareillage du croiseur lourd Haguro chargé de l'évacuation avec d'autres navires dont le destroyer Kamikaze des garnisons japonaises des îles Andaman et de Car Nicobar.

Un important dispositif allié est mis en place. La Force 61 se compose ainsi du groupe 1 avec le cuirassé Queen Elisabeth et les destroyers Tromp (Pays Bas) Rotherham et Eskimo; du groupe 2 avec les porte-avions d'escorte Shah Hunter Emperor et Khedive, du croiseur léger antiaérien Royalist et des destroyers Nubian et Tartar; du groupe 3 avec le Richelieu, du croiseur lourd Cumberland et de la 26ème flottille de destroyers composée des destroyers Venus Virago Saumarez Verulan et Vigilant. La Force 62 se compose du croiseur léger Nigeria, des destroyers Rocket, Redoubt Racehorse et Roebuck alors que des sous marins sont placés en sentinelle (Subtle, Statesman Scythian Strongbow et Seadog).

Le Haguro tente d'échapper à la traque en mettant cap au sud-est. Il passe alors à portée de tir des sous marins britanniques dont le Subtle qui lance le 12 mai à 7h06, une gerbe de six torpilles de 2200m. Le Haguro abat brutalement sur babord évitant aisement les torpilles, laissant le soin au destroyer Kamikaze de grenader l'assaillant pendant trois jours, provoquant des avaries empêchant l'envoi d'un message mais un autre sous marin hors de portée l'aperçoit et previent sa hierarchie à 8h45 mais le message ne parvient qu'à 15h. Les conditions météorologiques (mousson) sont dantesques, une véritable partie de cache-cache s'organise entre les deux forces. Dans la journée du 14 mai, le Haguro longe la côte est de Sumatra.

Le 15 mai 1945 à 3h40, la 26ème flottille de destroyers du capitaine Power qui assurait l'escorte ASM du Cumberland et du Richelieu est relevée par le Tartar et l'Eskimo pour gagner le détroit de Malacca et intercepter un transport japonais et son escorte mais bien vite en apprenant le détachement du Cumberland et du Richelieu pour les soutenir, les destroyers comprennent que derrière le transport pourrait se cacher le croiseur lourd.

Le 16 mai à 0h45, le Haguro avec le Kamikaze à bâbord était à 10 miles (16km) du centre de la ligne britannique et s'en approchait, quand son radar révéla la présence de destroyers mais il hésita sur la couleur du pavillon, les navires venant de Singapour.

Le combat commença à 1h30 quand les deux assaillants lancèrent des fusées éclairantes. Le Saumarez fût baigné d'une lueur verdâtre à seulement 2745m du Haguro qui ouvrit immédiatement un feu violent.

Le destroyer fût tout de suite touché dans une de ses chaudières se déroba en tournant à tribord et lâcha sa pleine bordée de torpilles. Presque en même temps, le Virulam attaquait dans un secteur proche sans rencontrer d'opposition, le feu japonais était concentré sur le Saumarez.

En dépit de ses manoeuvres énergiques, le Haguro fût touché trois fois à l'avant, ses tourelles de 203mm se turent et le croiseur donna de la bande. Il reçut encore un ou deux impacts à la hauteur des machines. Le croiseur lourd à l'agonie fût harcelé par l'artillerie des destroyers pendant que le Venus et le Virago lancèrent onze torpilles.

Seul le Volage n'avait pas pris part à l'attaque. A 1h50, il reçut l'ordre d'expédier par la fond la coque du croiseur déjà très incliné et enfoncé, brûlant à l'avant. A 1600m seulement, le destroyer rata sa cible et c'est le Venus avec ces deux dernières torpilles qui achevèrent le croiseur qui coula à 2h06 à 45 miles au sud est de Penang. le Kamikaze récupéra 320 survivants mais ni le commandant du navire, le contre-amiral Sugiura ni le vice-amiral Hashimoto ne figurent parmis ces survivants. Le Haguro est rayé des listes navales le 20 juin 1945.

Le Richelieu n'eut donc pas l'occasion d'affronter un grand navire de surface partageant ce sort peu enviable avec le Cumberland qui avait déjà manqué la bataille du Rio de la Plata contre le Graf Spee. Le cuirassé français était de retour à Trincomalee le 18 mai 1945.

Refonte à Durban et fin de guerre

Devant la réduction des besoins de l'East Indies Fleet, le Richelieu gagna Durban pour un carénage après une escale à Diego Suarez pour débarquer les deux «non-blancs» de l'équipage (un martiniquais et un indochinois) _requête qui choqua profondément l'équipage du Richelieu_. Arrivé à Durban le 18 juillet 1945, il subit un petit carénage qui l'y immobilisa jusqu'au 10 août.

La coque fût grattée et repeinte (durant l'opération Dukedom, le Richelieu ne pu dépasser 28 noeuds bien loin de ses performances optimales), la rouille du pont principal fût éliminée, les chaudières 10 et 11 réparées grâce à des pièces détachées amenées de Diego Suarez par le croiseur lourd Suffren.

L'armement fût également modifié avec le débarquement de 13 canons de 20mm totalement inefficaces contre la nouvelle menace kamikaze furent remplacés par 11 canons de 40mm en affûts simples.

Le Richelieu appareilla de Durban le 10 août 1945 pour tester sa propulsion et son artillerie avant de gagner Diego Suarez pour charger pièces détachées et munitions mais quand il arriva à Trincomalee le 18 août 1945, le Japon s'était rendu

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MessageSujet: Re: FRANCE CUIRASSES CLASSE RICHELIEU   Dim 07 Fév 2010, 23:07

L'Après guerre (1945-1956)

Opérations d'après guerre et déploiement en Indochine

Singapour 1945 : relève du commandement

La rédition japonaise était une chose, le rétablissement de l'ordre et de la sécurité était une autre aussi le Richelieu fût chargé notament de rétablir la souveraineté française en Indochine. Cela n'alla pas sans mal, les américains faisant preuve d'une évidente mauvaise volonté, confiant le maintien de l'ordre de l'Union Indochinoise à la Chine au nord et à la Grande Bretagne au sud.


Opération Zipper

Le 7 septembre 1945, le Richelieu appareilla de Trincomalee, retrouvant à la mer le cuirassé Nelson qui était arrivé en juillet pour relever le Queen Elizabeth. Il participa le 9 septembre à l'opération Zipper, le débarquement de troupes britanniques en Malaisie, le Richelieu faisant exploser une mine qui ne provoqua fort heureusement que peu de dégâts à la hauteur de la tourelle I. Les dégâts ne seront réparés que l'année suivante à Cherbourg, les seuls incovénients étant des vibrations à grande vitesse.


Les dégâts causés par la mine (Copyright René Sarnet)

Après avoir participé à la rédition formelle des japonais à Singapour le 12 septembre 1945, le Richelieu regagna Trincomalee le 16 septembre, se préparant aussitôt à être déployé en Indochine.

Il quitta l'île de Ceylan le 27 septembre en compagnie du croiseur léger Le Triomphant et des paquebots Queen Emma et Princess Beatrix qui transportaient les troupes françaises chargées de réoccuper Saïgon.
Le Richelieu servit de navire de transport, de navire-hôpital et bien entendu de navire d'appui feu. Il participa ainsi à l'opération Mapor à Nha-Trang (20-26 novembre 1945) tirant 391 obus de 152mm et 1622 obus de 100mm, appuyé par les croiseurs légers Le Fantasque et Le Triomphant.
Avec une France ruinée et manquant de ressources, le déploiement d'un aussi gros navire était peu économique et après l'arrivée du croiseur lourd Suffren, des croiseurs légers Gloire, Emile Bertin, Le Fantasque, du transport d'aviation Béarn, le Richelieu pu quitter l'Indochine le 29 décembre 1945 arrivant à Toulon le 11 février 1946.


Deux photos de l'arrivée à Toulon le 11 février 1946



Une carrière d'après guerre en demi-teinte

Le Richelieu en route pour Dakar en 1947

Depuis le port varois, le Richelieu servit à rapatrier les troupes nord-africaines de Métropole à l'Afrique du Nord avant de gagner Cherbourg pour un grand carénage du 16 mars au 20 juillet 1946.

Réparé, le Richelieu gagna Portsmouth en août avec du matériel et l'équipage destiné au porte-avions léger Colossus loué pour cinq ans par la marine nationale qui le rebaptisa Arromanches le 6 août 1946 (il sera acheté en 1951).

Il effectua ensuite une croisière automnale en Afrique du Nord à l'automne 1946 avant de regagner la France, effectuant un entretien à Brest en février-mars 1947 mais le port du Ponnant ayant été ravagé par la guerre, le Richelieu était basé à Cherbourg en compagnie des contre-torpilleurs Hoche, Desaix et Marceau, ces trois navires étant d'anciens destroyers allemands.


A Brest : le Richelieu, le Jean Bart et le Paris en 1949

A partir de mai 1946, le Richelieu devint le navire amiral de la force d'intervention commandée par le vice-amiral Jaujard composée du groupe Richelieu, du groupe des croiseurs basé à Toulon et composé des croiseurs légers Montcalm et Gloire et des anciens contre-torpilleurs Le Fantasque et le Terrible eux aussi reclassés croiseurs légers et du groupe de l'Arromanches.

La Force d'Intervention fût dissoute le 29 mai 1948, le Richelieu ayant passé les années 1947 et 1948 à différentes croisières en Afrique du Nord mais aussi à Dakar. Le 1er avril 1949, le Richelieu fût placé en disponibilité armée le 1er avril 1949, la marine nationale préférant achever le Jean Bart.


Le Richelieu dans les années cinquante


Le Richelieu subit une grande refonte du 1er janvier 1950 au 24 octobre 1951, la première grande refonte depuis celle réalisée à Brooklyn. Son système propulsif fût totalement remis à niveau avec notament le retubage des chaudières, le remplacement d'une partie du cablage électrique. Ces travaux se révélèrent efficace, le Richelieu réussissant à atteindre la vitesse de 31.5 noeuds le 15 février 1952, le panache de fumée étant notablement réduit.


Le Richelieu en mer et ci-dessous à à quai à Brest


Les canons de la tourelle I de 380mm furent débarqués et retubés pour être installés dans la tourelle II pendant que la tourelle I bénéficiait de canons récupérés dans différentes batteries côtières. Le mécanisme de chargement fût également modifié pour augmenter la cadence de tir. Les canons de 152mm de la tourelle axiale furent remplacés par des canons produits au Canada et ceux des tourelles latérales retubés. Les canons de 100mm installés en 1940 furent simplement retubés alors qu'il fût prévu l'installation de six à dix affûts doubles de 105mm allemands. Les canons de 40mm furent maintenus mais les canons de 20mm installés sur la tourelle axiale de 152mm furent débarqués.

En mai 1952, le Richelieu gagna Toulon, devenant le navire amiral du «Groupe des Ecoles de la Méditerranée» pour servir de navire école au cannonage. Les sorties à la mer furent limitées : quatre jours par mois aux salins d'Hyères et une croisière annuelle à l'été à Alger.


Angle Robert : le Richelieu, le Suffren et l'Emile Bertin

Le Richelieu subit un dernier carénage entre octobre 1953 et février 1954 avant d'être placé en réserve à Brest en février 1956

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MessageSujet: Re: FRANCE CUIRASSES CLASSE RICHELIEU   Dim 07 Fév 2010, 23:20

Je vais lire cela , ......, calmement
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MessageSujet: Re: FRANCE CUIRASSES CLASSE RICHELIEU   Dim 07 Fév 2010, 23:26

La fin d'un vieux guerrier (1956-1967)

Les jeunes et l'ancien : Le Richelieu et en arrière plan le Clemenceau et la Résolue future Jeanne d'Arc

Amarré en Rade abri à Brest, l'armement principal et l'armement secondaire fût équipé de système de déshumidifaction, les affûts quadruples de 40mm placés sous cocon pendant que les canons de 40mm et de 20mm en affûts simples furent débarqués. Le cuirassé servit de navire-école à quai pour les officiers de réserve jusqu'à sa condamnation le 30 septembre 1967. Sous le nom de code Q432, il fût vendu aux Cantieri Navali Santa Maria de la Spezia et démantelé en 1968-1969.


Dernières années de service pour un vieux guerrier




Triste photo : Le Richelieu en démantelement à La Spézia le 29 septembre 1968

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MessageSujet: Re: FRANCE CUIRASSES CLASSE RICHELIEU   Dim 07 Fév 2010, 23:42

Historique (2) Le Jean Bart

Le Jean Bart dans son état final

Avant propos


Jean Bart

Le sister-ship du Richelieu à été baptisé en l'honneur de Jean Bart (1650-1702), le célèbre Corsaire dunkerquois. Né sujet espagnol en 1650, il devient sujet britannique en 1658 quand la ville prise par Turenne est cédée à Cromwell alors allié de la France qui rachète la ville en 1662. S'engageant comme mousse à l'âge de 12 ans sur un navire de contrebande, le jeune Jan Baert (il était flamand) s'engage ensuite au service des Provinces Unies en 1666 participant à la guerre contre l'Angleterre au cours de laquelle son père trouve la mort.

En 1672, quand la France attaque les Provinces Unies, Jean Bart alors âgé de 22 ans s'engage au service du roi de France comme corsaire, servant fidèlement Louis XIV. En 1694 lors de la guerre de la Ligue d'Augsbourg, la France est affamée par le blocus et un convoi de 100 navires chargé de blé norvégien acheté par la France et intercepté par les anglo-hollandais est récupéré au large du Texel sauvant la France de la famine. Il reçoit l'ordre de Saint Louis le 19 avril 1694 ce qui entraine de facto son anoblissement. Le 27 avril 1702, Jean Bart _solide gaillard de près de deux mètres_ meurt dans son lit victime d'une pleuresie.

Contrairement au nom de Richelieu, le nom de Jean Bart est l'un des plus populaire au sein de la «Royale» avec quinze navires, le sister-ship du Richelieu étant le quatorzième Jean Bart de la marine française. Après une série de navires à voile (un vaisseau de 74 canons en service de 1791 à 1809; une corvette de 20 canons en service de 1793 à 95; un lougre de 8 canons en service de 1793 à 1795; une corvette de 24 canons en service en 1794/95; une corvette de pêche en service de 1803 à 1807; deux transport numérotés en service de 1803 à 1808 et nommés tous les deux officieusement Jean Bart; un vaisseau à voile transformé en vaisseau à vapeur de 1852 à 1868, un vaisseau à voile transformé sur cale en vaisseau à vapeur en service de 1868 à 1896,), le nom du corsaire dunkerquois fût donné à un croiseur de 1ère classe en service de 1889 à 1907.


Le cuirassé Jean Bart de classe Courbet

Le treizième Jean Bart fût le deuxième cuirassé de classe Courbet, des navires de 23500 tonnes, long de 164.90m large de 27.00m et un tirant d'eau de 9m, une vitesse maximale de 21.5 noeuds et un armement composé de 12 canons de 305mm en six tourelles doubles (deux avant, deux arrières et deux latérales), de 22 canons de 138mm en casemates, de 4 canons de 47mm et 4 tubes lance-torpilles de 450mm.

Entré en service le 21 juin 1913, il participa à la première guerre mondiale en Méditerranée, étant torpillé mais seulement endommagé par le sous marin autrichien U-12 le 21 septembre 1914. Réparé, il reprit son service même si l'activité fût des plus limité. Déployé en mer noire en 1919, il passa les années 1920 à 1923 en réserve avant de reprendre son service, étant transformé en navire-école en 1935. Il est rebaptisé Océan le 24 juin 1936 pour libérer ce nom prestigieux. Utilisé comme navire d'essais en 1944 par les allemands, il est coulé à cette occasion. Renfloué après guerre, il est démoli en décembre 1945.

A noter qu'un remorqueur auxiliaire à été utilisé sous le nom de Jean Bart à Cherbourg entre août 1914 et janvier 1915.


La frégate antiaérienne Jean Bart

Depuis le sister-ship du Richelieu, un autre navire à été baptisé Jean Bart. Il s'agit d'une frégate antiaérienne de type F70AA et sister-ship du Cassard. Mise sur cale à l'Arsenal de Lorient le 12 mars 1986, lancée le 19 mars 1988 et admise au service actif le 21 septembre 1991, elle est armée d'un canon de 100mm, d'un lanceur Mk13 pour missiles SM-1MR issu de l'ELM Kersaint, de deux lanceur Sadral, de 8 missiles MM40 Exocet, de deux catapultes pour dix torpilles L5 et un hélicoptère Panther.
Modernisée à plusieurs reprises, la FAA Jean Bart aurait du être désarmé en 2012 mais cette date va être repoussée, le temps que soient construites les FREDA _variante antiaérienne des FREMM_ qui remplacent les Horizon 3 et 4.

Construction et.........fuite

Le Jean Bart en mer dans sa configuration finale

Une construction bien particulière

Le Jean Bart est mis sur cale aux Ateliers et Chantiers de la Loire (ACL) de Saint Nazaire le 12 décembre 1936 dans la forme Caquot rapidement connue sous le nom de forme Jean Bart.


Albert Caquot, l'un des plus grands ingénieurs français du 20ème siècle

La forme Caquot est l'un des plus formidable ouvrage de génie civil d'avant guerre construit par Albert Caquot (1881-1976). Cette forme se compose d'une forme de construction et d'une forme de radoub séparée par une esplanade munie de grues, le tout en concrète renforcée. La forme de construction et la forme de radoub sont longues de 325m et large respectivement de 48 et de 46m, le fond de la forme de radoub se trouvant à 6m en dessous du fond de la forme de construction. Une fois la coque achevée, l'esplanade centrale est inondée et le navire transféré dans la forme de radoub pour achèvement et armement.


La forme Caquot bientôt connue sous le nom de forme Jean Bart

Comme pour le Richelieu, les travaux n'avancèrent que très lentement durant près de deux ans notament en raison des pressions britanniques. La construction du Jean Bart ne devint une urgence qu'au printemps 1939, le «lancement» du Jean Bart ayant lieu le 6 mars 1940, son achèvement étant prévu à la fin 1941.


Mise à flot du Jean Bart le 6 mars 1940

L'invasion allemande le 10 mai 1940 provoqua une brusque accélération des travaux surtout devant l'avance des forces allemandes en France. Jusqu'au 11 juin 1940, le Jean Bart devait partir de la Clyde mais au final, le capitaine de vaisseau Ronarc'h reçut l'ordre de gagner Casablanca (Maroc).

3500 ouvriers des deux chantiers (ACL et Penhoët qui collaborèrent durant la construction) s'échignèrent à rendre le navire sinon opérationel du moins capable de prendre la mer. En moins d'un mois, trois chaudières deux groupes de turbines deux turbo-dynamos deux pompes et le système de communication interne fût installé. Les 6 et 7 juin, les hélices furent installées et les 12 et 14 juin, les trois chaudières allumées pour la première fois les ancres et les lignes de mouillage également installées.

L'armement n'était pas prioritaire aussi on n'installa que les canons de 380mm de la tourelle I, les canons de 380mm de la tourelle II étant alors en cours de livraison : un canon embarqué sur le cargo Mécanicien Principal Lestin disparu dans la destruction par attaque aérienne dans l'estuaire de la Gironde, le deuxième canon resta sur le quai faute de grue capable de le soulever, le troisième en chemin et le quatrième encore à l'usine de Ruelle furent capturés par les allemands.

Aucune tourelle de 152mm ne fût installée et remplacé par quatre affûts doubles de 90mm (deux provenant de l'Arsenal de Brest et deux du mouilleur de filets Gladiateur) mais un seul fût installé le 18 juin 1940 la veille du départ. Trois affûts doubles de 37mm, deux affûts quadruples et quatre affûts doubles de 13.2mm furent également installées. Aucune installation d'aviation ne fût installé et aucune embarcation remplacée par 36 radeaux de sauvetage type Brest. La conduite de tir était cependant bien incomplète.

La fuite

Le capitaine de vaisseau Ronarc'h

Le 19 juin à 3.30 alors que la nuit était encore noire, les remorqueurs Minotaure, Ursus et Titan (ce dernier appartenant à la Compagnie Générale Transatlantique) hallèrent le cuirassé hors de la forme Caquot pour le placer dans le chenal large de seulement 50m et profond de 8.5m soit 40cm sous la quille du Jean Bart.

Le Jean Bart s'échoua par la proue mais les remorqueurs parvinrent à le sortir de là et à 4.45, les turbines du Jean Bart furent allumées pour la première fois au moment où trois Heinkel He 111 attaquèrent à 1000m, une bombe de 100kg tomba entre les deux tourelles mais ne provoqua que de très légers dégats. A 12 noeuds, le Jean Bart gagna la haute mer.

A 6.30, il retrouva son escorte, les torpilleurs d'escadre Le Hardi et Mameluk puis quelques heures plus tard le destroyer britannique HMS Vanquisher (classe V&W) et deux remorqueurs pour le ramener en Grande Bretagne. L'offre fût poliment déclinée et le Jean Bart mit cap au sud, direction Casablanca après s'être ravitaillé en carburant auprès des pétroliers Tarn et Odet.

Le 20 juin 1940, le Le Hardi fût remplacé par l'Epée et les trois navires gagnèrent le Maroc à 24 noeuds, le cuirassé souffrant cependant de quelques problèmes au niveau de sa propulsion encore en rodage. Le Jean Bart entra dans le port de Casablanca le 22 juin à 17.00

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MessageSujet: Re: FRANCE CUIRASSES CLASSE RICHELIEU   Dim 07 Fév 2010, 23:57

Le Jean Bart à Casablanca (1940-42)

Un cuirassé inachevé dans un port inadapté

Vue de la plage avant du Jean Bart à Casablanca

Mouillé en grande rade, le Jean Bart était des plus vulnérables à une attaque aérienne et le capitaine de vaisseau Pierre Jean Ronarc'h, neveu du héros de Dixmude se préoccupa de la défense antiaérienne de son navire. Cette préoccupation n'était pas partagée par les autorités du port de Casablanca qui dépouillèrent le cuirassé de sa DCA qui se limita bientôt aux quatre affûts doubles de 13.2mm soit bien peu de chose.

Le 11 août 1940, le Jean Bart quitta son mouillage pour gagner le Quai Delande et le 7 septembre 1940, la Direction des Armes Navales (DAN) lui alloua 16 mitrailleuses Browning de 13.2mm en affûts simples (CAS : Contre-Avions Simples) et une mitrailleuse de 8mm totalement dépassée.

En dépit de problèmes industriels, les travaux avancèrent un peu notament au niveau de la direction de tir, essentielle notament pour la tourelle de 380mm. On récupéra notament deux télémètres de 3m du Dunkerque endommagé à Mers-el-Kebir pour les installer sur le sister-ship du Richelieu.

Promu contre-amiral en mars 1941, Pierre Jean Ronarc'h fût remplacé par le capitaine de vaisseau Barthes qui prit son commandement le 22 août 1941.

La DCA aurait du être renforcée par six affûts doubles de 37mm modèle 1933 venus de France mais les livraisons furent constanement retardées. En avril 1942, quatre canons de 37mm modèle 1925 type CAS (Contre-Avions Simples) tandis que le premier des deux affûts doubles de 90mm de construction neuve était également installé, le second suivant rapidement.

En mai 1942 après presque deux années de travail, la tourelle I était pleinement opérationnel pendant que le 19 mai, le cuirassé gagna la Jetée Delure pour réaliser des tirs d'essais : quatre avec une charge d'entrainement et vingt-quatre avec une charge normale. Les tirs terminés, le cuirassé regagna le Quai Delande. Faute de véritable conduite de tir, les artilleurs du Jean Bart utilisaient trois points fixes dans le port pour obtenir des coordonnées.

En juin 1942, enfin, le Jean Bart reçut deux affûts doubles de 37mm modèle 1933 et le second affût double de 90mm, perdant trois canons de 37mm modèle 1925. Le Jean Bart reçut également un détecteur électromagnétique (DEM) qui fût déclaré opérationel le 6 octobre 1942 à peine un mois avant Torch.

C'est ainsi qu'au moment du déclenchement de l'opération Torch, le Jean Bart disposait de quatre canons de 380mm, de dix canons de 90mm en affûts doubles, de quatre canons de 37mm modèle 1933 en deux affûts doubles, un canon de 37mm modèle 1925, huit mitrailleuses de 13.2mm en quatre affûts doubles, quatre mitrailleuses de 13.2mm en affûts simples et une mitrailleuse de 8mm.

Le Jean Bart et l'opération Torch (8 novembre 1942)

L'ennemi intime du Jean Bart : le USS Massachusetts

Depuis l'attaque allemande du 22 juin 1941, les soviétiques réclament à corps et à cris l'ouverture d'un second front pour réduire la pression. Seulement les alliés ne sont pas prêts et le raid de Dieppe le 19 août 1942 n'à guère été concluant.

Les britanniques parviennent à convaincre les américains de débarquer en Afrique du Nord tenue par la France de Vichy. Le but de l'opération Torch était de chasser l'Axe, de libérer Malte de la pression ennemies et de menacer l'Italie «le ventre mou» de l'Axe.


Carte de l'opération Torch

Les américains sont chargés du volet marocain de l'opération Torch. Une Task Force 34 sous le commandement de l'amiral Hewitt est mis sur pied avec comme navire-amiral, le croiseur lourd USS Augusta; les cuirassés Massachusetts, New York et Texas; les porte-avions Ranger, Sanganon, Chenango, Suwanee et Santee; les croiseurs lourds Wichita et Tuscaloosa; les croiseurs légers Savannah, Brooklyn, Cleveland et Philadelphia ainsi que 36 destroyers 4 sous marins, 29 transports et 19 auxiliaires.



La Western Task Force était divisée en trois task force plus une task force de couverture :

-La Task Force Nord (CA Kelly) mouille devant Port Lyautey avec le cuirassé Texas, le croiseur léger Savannah, les porte-avions d'escorte Sangamon et Chenango (ce dernier transportant des P40), neuf destroyers et huit transports

-La Task Force Centrale (CV Emmet) mouille devant Fedala avec le croiseur lourd Augusta, les croiseurs légers Cleveland et Brooklyn, les porte-avions Ranger et Suwannee, quinze destroyers et quinze transports

-La Task Force Sud (CA Davidson) mouille devant Safi avec le cuirassé New York, le croiseur léger Philadelphia, le porte-avions Santee, dix destroyers et sept transports.

-La force de couverture au large de Casablanca commandée par le contre-amiral Giffen se compose du cuirassé Massachusetts, des croiseurs lourds Wichita et Tuscaloosa et de quatre destroyers.

Face à ce déploiement de forces, les forces navales françaises basées à Casablanca n'étaient pas négligeables puisqu'outre le Jean Bart servant de batterie flottante, Casablanca abritait la 2ème escadre légère comprenant le croiseur léger Primauguet, les contre-torpilleurs Milan et Albatros et les torpilleurs d'escadre Brestois Boulonnais Fougueux Frondeur et Alcyon sans compter des sous marins.

Manquant d'avions de reconnaissance, les forces françaises ne découvrirent le gros des forces de débarquement alliées que le 8 novembre à 7.00 via un Glenn Martin 167F de l'escadrille 2B.
Les sous marins appareillèrent pendant que la 2ème escadre légère s'apprétait à appareiller ce qui aurait avoir lieu dès 6.33 mais cela ne se produisit qu'à 7.37, une demi-heure après le début du bombardement sur Casablanca, le Primauguet lui n'appareilla qu'à 9.00.

A l'aube du 8 novembre, au large de Casablanca, le Massachusetts accompagné par le Tuscaloosa et le Wichita ainsi que 4 destroyers furent pris pour cible par les quatre canons de 194mm et les quatre canons de 138mm de la batterie El Hank à 7h01. Les navires américains à 22000m riposent à 7h04 sur la batterie mais aussi sur le Jean Bart qui tire à son tour à 7h08 avec sa seule tourelle en état.


Le Jean Bart accroché

Le Massachusetts tira ainsi sans discontinuer jusqu'à 8h33 à l'exception d'une brève interruption de 7h40 à 7h47 un total de 9 salves complètes et de 38 salves partielles. L'une des salves partielles bloqua à 8h06 la tourelle du Jean Bart, les autres salves endommagèrent le port et coulèrent deux navires marchands.



A 8h10, la 2ème escadre légère (croiseur léger Primauguet, contre-torpilleurs Albatros, Milan et les torpilleurs Brestois Boulonnais Fougueux Frondeur et L'Alcyon) sortit à pleine vitesse du port pour attaquer les transports mais ils furent refoulés. Le combat était de toute façon inégal entre des navires modernes et des navires anciens, mal équipés mais il impressionne tellement les américains que cet exemple est toujours cité par les américains comme un exemple de courage et de discipline. Un porte-avions d'escorte sera même baptisé Casablanca.


Deux courageux navires de la 2ème escadre légère : le Milan et ci-dessous le Primauguet


Le cuirassé endommagé à deux reprises par la batterie côtière qui oblige le Massachusetts à consommer une part non négligeable ses soutes avec 786 obus de 406mm et 221 obus de 127mm. Il finit par se retirer pour être prêt à affronter le Richelieu si jamais le cuirassé français remonterait de Dakar mais cette éventualité ne se produisit pas.


Explosion et dégâts


Incapable de manoeuvrer, le Jean Bart était terriblement vulnérable et à 7.18, il fût endommagé par deux bombes lancées par les Dauntless du Ranger : une détruisit le support de la catapulte à la poupe provoquant un léger incendie et une inondation d'un compartiment tandis que le second détruisit le quai à tribord et endommagea la coque au niveau de la section M

A 7.25, le cuirassé fût touché par un obus de 16 pouces du Massachusetts qui détruisit le pont principal au niveau de la section O, transperçant deux ponts blindés avant d'exploser dans la soute à obus de 152mm fort heureusement vide.

A 7.35, une nouvelle salve de 16 pouces tomba à proximité de la proue et ce «coup à toucher» provoqua quelques dégâts mineurs. Une minute plus tard, un autre obus explosa sur le quai et des éclats de maçonerie qui blessèrent les cannoniers servant les canons de 90mm au niveau des sections B et C, provoquant une inondation.

A 7.37, un obus transperça la cheminée, le pont blindé, la coque avant d'exploser contre le quai provoquant des dégâts limités mais des dégats limités + des dégats limités...... . Un quatrième obus de 16 pouces toucha l'angle du quai, passa à travers la ceinture blindée d'un côté, transperça tout le navire avant de sortir du navire sans exploser.

A 8.06, un obus de 16 pouces qui avait touché un affût double de 90mm bloqua par le souffle et les éclats la tourelle I qui ne fût débloquée qu'à 17.24 pendant qu'un deuxième obus de la même salve toucha la barbette de la tourelle II à tribord, perça le pont blindé, provoqua l'enfoncement de la ceinture blindée dans la tranche J avant d'exploser dans la soute vide de l'inexistante tourelle de 152mm tribord. A 8.10, le dernier obus de 406mm toucha l'arrière du cuirassé à l'avant de l'emplacement de la catapulte tribord, explosant dans le balast liquid à proximité de la protection blindée de l'hélice.

En dépit d'un tel traitement, le Jean Bart n'était que légèrement endommagé, seul le premier obus ayant pénétré dans la citadelle blindée. Si le duel avait eu lieu en haute mer, il est probable que le Jean Bart n'aurait que frissonné sous un tel traitement.

Les américains pensaient que le cuirassé français était hors de combat aussi quand il ouvrit à nouveau le feu à 11.41 le 10 novembre contre le croiseur lourd Augusta à une distance de 16000m, les américains furent désagréablement surpris d'autant que le tir du Jean Bart avait encadré le croiseur lourd américain.

Entre 11.41 et 11.51, le Jean Bart tira neuf salves de deux obus soit un total de 18 coups obligeant le navire amiral à prendre le large. Exaspérée, l'amiral Hewitt ordonna au Ranger de lancer une attaque aérienne. Neuf Douglas Dauntless armés de bombes de 1000 livres furent catapultés, escortés par huit Wildcat chargés de neutraliser la DCA.

L'attaque eut lieu vers 15.00, deux bombes touchèrent l'infortuné cuirassé : la première toucha le cuirassé au niveau du cabestan provoqua une large brèche à tribord entre les frames 195 et 226 tandis que la second toucha le navire juste devant le pivot de la catapulte tribord provoqua de tels dégâts que les officiers français furent persuadés que deux bombes étaient tombées à cet endroit.

L'incendie provoqué par la deuxième bombe obligea à évacuer la salle des machines arrière et noyer la salle des turbo-générateurs arrière, le feu n'étant maitrisé qu'à 20.00 avec l'aide de trois remorqueurs et des pompiers de la ville. Les tonnes d'eau supplémentaire provoquèrent l'enfoncement du navire au niveau de la poupe innondant partiellement (deux compartiments) de la section B et la plus grande partie des compartiments des sections O,P,Q,R, S et T. L'appareil propulsif était totalement hors service, seuls les diesels d'urgence étaient opérationnels.

Le 10 novembre 1942 au soir, 22 marins du Jean Bart avaient été tués et 22 blessés. Le cuirassé avait tiré 25 obus de 380mm en trois jours.

Le Jean Bart sera-t-il réparé ? (1942-1945)

Les réparations commencèrent dès le 11 novembre, la priorité étant de lui permettre de prendre la mer. Le manque de moyens fit que c'est seulement le 15 février 1943 que les turbines latérales et la barre furent de nouveau opérationels.

La marine française commença alors à étudier la possibilité d'achever le Jean Bart aux Etats Unis et pour cela une mission navale française sous la direction de l'amiral Fénard fût envoyé pour prendre langue avec les américains.

Le 15 avril 1943, l'amiral Fenard remit un rapport sur l'état du navire à l'amiral Horne mais le 1er mai, les américains répondirent qu'ils n'avaient pas les ressources nécessaires pour achever le navire selon les plans originaux.

Le 6 mai 1943, l'US Navy accepta de remettre en état le navire à Casablanca pour lui permettre de traverser l'Atlantique, la départ étant prévu pour le mois de septembre 1943. Parallèlement, le Service Central des Constructions et Armes Navales (SCCAN) dessina plusieurs plans d'achèvement simplifié du Jean Bart.

Les deux variantes auraient vu le remplacement des canons de la tourelle I utilisés pour la refonte du Richelieu_ par des canons de 340mm venant du cuirassé Lorraine. Le reste différait au niveau de l'armement secondaire et de leur répartition. La variante I prévoyait un fort détachement d'aviation embarqué avec un hangar et deux catapulte pour six appareils embarqués tandis que l'armement secondaire se composait de 30 canons de 127mm en quinze tourelles doubles : cinq installées à l'emplacement de la tourelle II, six installées latéralement et quatre à l'arrière tandis que la DCA se composait de 16 affûts quadruples de 40mm (six à l'avant dont deux de part et d'autre de l'emplacement de la tourelle II, dix à l'arrière) et 50 canons de 20mm Oerlikon en affûts simples. La seconde variante supprimait les installations d'aviation pour permettre le renforcement de la DCA avec notament 20 affûts quadruples de 40mm.

Le 18 août 1943 cependant les américains annoncèrent qu'ils ne pouvaient réaliser les travaux demandés et la proposition française de transformer le Jean Bart en porte-avions se heurta à la même opposition. L'amiral Fénard intervint auprès de l'amiral King, CNO le 8 décembre 1943 qui confirma les décisions de l'amiral Horne en mars 1944.

Le 15 septembre 1943, le Jean Bart effectua ses premiers (!) essais à la mer au large de Casablanca escorté par les torpilleurs d'escadre Basque et Fortuné plus trois destroyers américains, atteignant la vitesse de 22.5 noeuds en dépit d'une coque déformée. Après une dernière tentative auprès des britanniques pour des travaux à Gibraltar, les français comprirent que la remise en état puis l'achèvement du Jean Bart ne pourrait avoir lieu qu'après la libération de la Métropole.

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MessageSujet: Re: FRANCE CUIRASSES CLASSE RICHELIEU   Lun 08 Fév 2010, 00:22

Le cuirassé le plus moderne du monde (1945-1956)

Le Jean Bart au mouillage

Cuirassé ou porte-avions ?

Les autorités navales françaises prirent la décision d'achever le Jean Bart le 22 février 1945. problème, il n'y avait aucun consensus sur le projet au sein du Conseil Supérieur de la Marine réuni deux fois en juillet 1945, certains comme les amiraux Barjot et Fénard souhaitant l'achever en porte-avions.

En attendant qu'une décision soit prise, le Jean Bart appareilla de Casablanca le 25 août 1945 en compagnie du contre-torpilleur Tigre. Des problèmes mécaniques réduisirent la vitesse à 14 noeuds ce qui explique que le Jean Bart n'arriva à Cherbourg que le 29 août 1945, s'amarrant à la Jetée du Hornet.

Le 21 septembre 1945, le CSM se réunit. Rejettant l'idée d'abandonner l'achèvement du navire, le CSM étudia l'achèvement en cuirassé et celui en porte-avions. Le projet de porte-avions coutait 5 milliards de francs et des travaux d'une durée de cinq ans. Le design aurait donné un navire muni d'un pont blindé de 90mm, d'une DCA composée de 16 canons de 130mm en huit tourelles doubles et d'un groupe aérien de 40 appareils plus 14 démontés et accrochés au plafond.

Le coût, la faiblesse du nombre d'avions embarqué, les délais firent capoter ce projet. Le CSM se concentra donc sur l'achèvement du Jean Bart en cuirassé. On étudia tout d'abord le matériel encore disponible pour calculer les finances au plus juste.


Le Jean Bart à Villefranche sur Mer

Les délais étaient de 3 ans ½ à 5 ans et en dépit des critiqus des partisans du porte-avions, le CSM décida d'achever le Jean Bart en cuirassé avec une DCA et une détection plus moderne. A la décharge du CSM et pour contrer les arguments des «aviateurs», le Jean Bart comme porte-avions aurait été rapidement dépassé par les progrès des années cinquante (piste oblique, catapulte à vapeur, miroir d'appontage)

Les travaux

Le Jean Bart empruntant le canal reliant le lac de Bizerte à la mer

Les travaux commencèrent à l'Arsenal de Brest le 11 mars 1946. Au bassin 8 du Laninon, les ouvriers de l'Arsenal réparèrent les dégâts de l'opération Torch et préparèrent les futurs travaux notament en modifiant les superstructures qui devaient s'adapter aux nouvelles armes et aux radars dont l'installation était prévue.

Ces travaux furent achevés le 26 novembre 1947 quand le Jean Bart quitta le bassin 8, pour être amarré au Quai d'Armement encore en travaux (!) avec 50m de quai. L'armement principal et l'armement secondaire fût installé et les travaux sur les superstructures se poursuivirent.

Remis au bassin du 20 mars au 9 octobre 1948, cette fois au bassin 9 du Laninon, le cuirassé reçut des bulges antitorpilles, de nouvelles hélices. Il revint à nouveau au quai d'armement qui mesurait maintenant 200m. Les premiers essais eurent lieu le 4 décembre 1948 suivis d'essais à pleine puissance en janvier 1949 avant des essais de manoeuvre et des écoles de feu.

En mai 1949, le Groupe des Bâtiments de Ligne fût mis en place avec le Richelieu et le Jean Bart mais ce groupe fût dissous dès mai 1950 pour permettre au Jean Bart tester le cuirassé comme navire de commandement d'une force de surface. Il effectua ainsi plusieurs exercices en Méditerranée en mai et juin 1950.

Au printemps 1951, le Jean Bart reprit ses travaux, étant notament mis au bassin au Havre en mai pour être équipés d'un nouveau cable de dégaussage. Après quelques essais, le cuirassé était de retour au Quai d'armement à Brest le 7 juillet 1951.

A l'issue de la première phase, le système propulsif était complet tout comme l'armement principal (8 canons de 380mm) et l'armement secondaire (9 canons de 152mm en trois tourelles) mais la DCA et les radars étaient encore absents.

En novembre 1951 commença donc la dernière phase des travaux qui virent l'amélioration du contrôle de tir de l'armement principal, des modifications sur les canons de 152mm pour le tir antiaérien, la recalibration du contrôle de tir, le débarquement des canons de 20 et de 40mm, l'installation de 24 canons de 100mm modèle 1945 en douze affûts doubles répartis en quatre groupes de trois, l'installation d'un CIC (Combat Information Centre), l'installation de deux gyroscopes pour le contrôle de tir. A la fin de 1951, la tourelle I fût mise sous cocon ainsi qu'une partie de la tourelle II, la remise en service de cette dernière nécessitant deux semaines de travaux.

Les travaux virent aussi l'installation de 14 affûts doubles de 57mm modèle 1948, des canons Bofors fabriqués sous licence en France. Huit canons de 40mm en affûts simples furent débarqués en 1952 et les derniers canons de 20mm en 1954.

En service enfin

Le Jean Bart au Havre en 1955

Le Jean Bart fût admis au service actif le 1er mai 1955 dix neuf ans (!) après sa mise sur cale. Sa première mission fût une mission de prestige. Il est en effet désigné pour transporter au Danemark, le président de la république René Coty.

Le cuirassé appareille de Brest le 10 mai, rallié au large des Casquets le 11 par l'escorteur d'escadre Surcouf puis après des manoeuvres en Manche, le cuirassé et l'escorteur d'escadre entrent au Havre le lendemain et s'amarrent au quai du Bassin Théophile Ducroq. René Coty embarqua le 13 mai transportant le couple présidentiel jusqu'à trois miles de Copenhague, laissant le Surcouf les transporter jusqu'à Copenhague.
Le lendemain, le cuirassé reçoit la visite du roi du Danemark, Frederic IX et de son épouse la reine Ingrid. Quittant le Danemark le 19 mai, il mouille devant Oslo le lendemain et y reste jusqu'au 25 mai, date à laquelle le Jean Bart prend le chemin du retour arrivant à Brest le 27 mai.

Au mois de juillet, le Jean Bart représenta la France aux célébrations du 175ème anniversaire du débarquement des troupes françaises de Rochambeau chargées d'aider les insurgents américains en 1780, arrivant à Hampton Roads le 8 juillet 1955 et étant de retour à Brest le 26 juillet.

Après diverses sorties sur les côtes de Bretagne, le Jean Bart devint le navire amiral de la division d'entrainement de l'escadre de la Méditerranée, arrivant à Toulon le 17 octobre, le contre-amiral Cirier y posant sa marque le 21 octobre 1955. L'hiver 1955/56 fût des plus calme avec un seul grand exercice (Ajax II), les autres sorties se limitant aux Salins d'Hyères pour des entrainements à la Défense Antiaérienne à la Mer (DAM)


A Toulon, trois vétérans : le Jean Bart, le Suffren et l'Emile Bertin

Le 26 juillet 1956 après plusieurs semaines de tension, Nasser ordonna la prise du canal et la nationalisation de la compagnie du Canal afin notament de financer la construction du barrage d'Assouan.

La solution militaire est rapidement la seule alternative possible et des plans sont rapidement dressés. Le plan de l'opération Muskeeter/Mousquetaire est mis au point le 18 août 1956.

La marine nationale est encore mal remise des pertes de la seconde guerre mondiale et les programmes de construction d'après guerre sont à leurs balbutiements.

La Royale déploie ainsi les porte-avions Arromanches et La Fayette; le cuirassé Jean Bart; les croiseurs Georges Leygues et De Grasse; les escorteurs d'escadre Surcouf, Cassard; Bouvet et Kersaint; les escorteurs rapides Le Corse, Le Bordelais, Le Boulonnais et Le Brestois; 8 escorteurs, un navire de commandement, trois dragueurs, le LSD Foudre accompagné par quatre LST et trois LSH.

De son côté la marine de sa majesté déploie le porte-avions lourd Eagle, les porte-avions légers Bulwark et Albion avec 90 appareils de combat; les croiseurs Jamaica Glasgow et Royalist; cinq destroyers de classe Daring, trois destroyers, quatre frégates, le navire de commandement Tyne, un LSH, quatre LST, huit LCT et plusieurs dragueurs.


Le Jean Bart, le Suffren et le Montcalm

Le 8 juillet 1956, la marine française décide donc de confier une mission opérationelle au Jean Bart qui quitte le Groupe Ecole Sud (GES) le 13 juillet. Son équipage passe de 757 à 1280 hommes mais le cuirassé ne peut armer que la tourelle II de 380mm, la tourelle axiale de 152mm; deux groupes de 100mm (soit six tourelles doubles) et trois groupes de 57mm. Le 7 septembre, le cuirassé effectua une école de feu avec le croiseur léger Georges Leygues.

Le 24 octobre 1956, le Jean Bart quitta Toulon pour Alger où il arriva deux jours plus tard. Il y embarqua le Commando Hubert et les bérets verts du 1er régiment étranger de parachutistes du 29 au 31 octobre avant d'appareiller le 1er novembre et de gagner l'Egypte en compagnie de la Force Navale d'Intervention.

Le cuirassé arriva à Limassol le 4 novembre après un transit effectué à 25 noeuds. Après avoir transféré ses troupes sur les navires du groupe amphibie, il assura une mission d'appui feu, tirant le 6 novembre seulement quatre obus de 380mm. Le Jean Bart quitta Port Said le 7 novembre pour rentrer à Toulon où il arriva le 13 novembre via Limassol. Le 1er décembre, il retrouva le Groupe Ecole Sud.

La dernière sortie à la mer eut lieu du 11 au 19 juillet 1957 quand tous ses canons tirèrent pour la dernière fois. Le 1er août 1957, il fût placé en Réserve A.


Le Jean Bart fût le dernier cuirassé mis en service dans le monde

La fin d'un cuirassé


Le Jean Bart quittant un des bassins Vauban au début des années soixante

En dépit d'un budget en augmentation et de fonds américains généreux, le budget de la défense était tendu. Le maintien d'un cuirassé en service posait de sérieux problèmes en terme de coût de fonctionement et de pression sur les ressources humaines (911 hommes soit l'équivalent du croiseur antiaérien De Grasse [950] ou de deux escorteurs d'escadre [350 chacun]).

La Royale rechignait cependant à se séparer d'un navire dans lequel elle avait investit des sommes rondelettes. Aussi, elle étudia plusieurs projets de modernisation/transformation :

-Projet 1 : modernisation de la DCA avec le remplacement des 12 affûts doubles de 100mm par 12 affûts simples de 100mm modèle 1953 qui devaient remplacer aussi en partie les canons de 57mm.

-Projet 2 : transformation en cuirassé lance-missiles avec plusieurs sous-variantes qui prévoyaient l'installation de rampes lance-missiles sur la plage arrière et sur les côtés à la place des canons de 152mm et des tourelles de 57mm pour un total de 24 à 90 missiles type Terrier et 4 à 6 ramples. Des variantes plsu extrêmes prévoyaient même le débarquement d'une ou des deux tourelle de 380mm qui portaient le nombre de missiles à 125 ou 325 pour six à huit rampes.

-Projet 3 : transformation du Jean Bart pour l'entrainement du personnel au tir de missiles Terrier avec une rampe double Mk10 à la place de la tourelle axiale de 152mm plus la conduite de tir nécessaire qui aurait été débarquée après les essais.


Le Jean Bart en 1964 alors qu'il n'était plus que bâtiment-école à quai

Aucun de ces projets ne vit le jour et à partir d'août 1957, le Jean Bart servit de bâtiment école à flot à l'Angle Robert en compagnie de l'ancien croiseur lourd Suffren et de l'ancien croiseur léger Montcalm.

Placé en réserve B le 1er janvier 1961, le Jean Bart fût condamné le 10 février 1970 sous la marque Q466. Il est vendu à la démolition à la Société Nationale des Chantiers Varois Les Abeilles le 21 juin 1970 et démantelé au Bregaillon.


La démolition du Jean Bart

Je terminerai demain avec le Clemenceau, le Gascogne, les Alsace et les caractéristiques techniques

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MessageSujet: Re: FRANCE CUIRASSES CLASSE RICHELIEU   Lun 08 Fév 2010, 10:55

Historique (2) : Le Clemenceau et Le Gascogne

Le Clemenceau

Le Clémenceau est un dérivé des Richelieu

Genèse

Les différentes configurations proposées par le STCN pour le Cuirassé Clémenceau

La fin des années trente coincida avec la dégradation de la situation politique en Europe : la guerre était proche. Sur le plan naval, une course au «35000 tonnes» avait été déclenchée par la mise sur cale du Littorio et du Vittorio Veneto en 1934 et se poursuivait.

La rivalité franco-italienne était particulièrement visible dans le domaine des cuirassés. La construction des Dunkerque avait entrainé la construction des Littorio et la construction de ces derniers poussa la France à commander deux «35000 tonnes», les Richelieu et les Jean Bart.

Conséquence logique, les italiens répondirent aux Richelieu par deux nouveaux Littorio baptisés Roma et Impero et comme la Royale et la Regia Marina se marquaient à la culotte, la France commanda deux nouveaux cuirassés le 2 mai 1938 (tranche 1938bis).

Cette tranche votée le 2 mai 1938 à financé deux cuirassés (Clémenceau et Gascogne), un croiseur léger (le De Grasse), cinq torpilleurs de classe Le Hardi, cinq torpilleurs légers classe Le Fier, six sous marins(un type Rolland Morillot, deux type Aurore et trois type Emeraude), un aviso colonial classe Bougainville, 4 avisos de classe Chamois, 6 ravitailleurs d'hydravions type Goéland, trois pétroliers classe Adour et quatre chasseurs de sous marins.

Le 2 décembre 1937, le chef d'état major de la marine nationale, le vice-amiral Darlan demanda au Service Techniques des Constructions Navales (STCN), une étude pour les nouveaux cuirassés avec les caractéristiques de base suivantes :

-Huit canons de 380mm en deux tourelles quadruples concentrées à l'avant comme sur les Richelieu ou une à l'avant et une à l'arrière ou neuf canons de 380mm en trois tourelles triples (deux avant et une arrière)

-Armement secondaire composé soit de canons de 130mm soit de canons de 152mm soit un mix de canons de 152mm et de canons de 100mm

-Une catapulte et deux hydravions mais sans hangar

-Protection identique à celle du Richelieu

Le STCN dessina trois catégories d'études appelées «A» «B» et «C», les variantes A étant armées de deux tourelles quadruples de 380mm concentrées à l'avant, les variantes B étant armées de deux tourelles quadruples de 380mm (une avant et une arrière) et les variantes C de trois tourelles triples de 380mm.

Le 19 mars 1938, le vice-amiral Darlan sélectionna la variante A2 pour le troisième cuirassé de classe Clemenceau. Il s'agissait d'un navire armé de deux tourelles quadruples de 380mm concentrées à l'avant, de quatre tourelles triples de 152mm (deux arrières axiales et deux latérales juste en arrière du bloc passerelle), de six affûts doubles de 100mm modèle 1937, un affût dérivé du modèle 1931 installé sur l'Algérie et en catastrophe sur le Richelieu. Ce nouvel affût double en pseudo-tourelle aurait du équiper les avisos-dragueurs Chamois et Elan, le croiseur léger De Grasse et les torpilleurs légers type Le Fier tandis que la DCA légère devait être composé de six affûts doubles ACAD (Affût Contre-Avions Double) modèle 1935 et neuf affûts quadruples de 13.2mm. Les installations d'aviation étaient identiques à celles du Richelieu.

Présentation

Georges Clémenceau

Le troisième Richelieu fût baptisé du nom de l'un des plus célèbres hommes politique français du vingtième siècle, Georges Clemenceau (1841-1929). Vendéen, le jeune Georges Clemenceau nait dans une famille républicaine dont le père médecin est emprisonné par Napoléon III après l'attentat d'Orsini, condamné à la déportation en Algérie mais libéré avant le départ du navire pénitentiaire à Marseille.

Bachelier en 1858 après des études au lycée qui porte aujourd'hui son nom, Georges Benjamin Clemenceau devient docteur en médecine en 1865 tout s'engageant politiquement, passant 77 jours en prison en 1862. Elu maire du 18ème arrondissement le 5 novembre 1870 (il avait été nommé à ce poste quelques semaines auparavant), il milite à l'aile gauche démissionant durant la Commune étant jugé trop modéré par les communards et pas assez dur par les versaillais.

Elu député de Paris en 1876, il acquiert le surnom du «Tigre» pour la férocité de ses attaques, devenant un tombeur de ministère et un opposant farouche à la colonisation. En 1885, il est député dans le Var à Draguignan et à Paris, choisissant de représenter les varois qui le réélisent en 1889.

Après s'être opposé à son ancien protégé, le général Boulanger, il est battu aux élections de 1893 après que l'opposition l'eut accusé d'avoir trempé dans le scandale du canal de Panama même si personne ne pu apporter la preuve de la corruption.

Sa traversée du désert est brève, Georges Clemenceau revient au premier plan en devenant l'un des fers de lance du camp dreyfusard, c'est en effet dans son journal L'Aurore qu'Emile Zola publie le 13 janvier 1898 son célèbre «J'accuse». Il quitte l'Aurore en décembre 1899 fondant le journal Le Bloc qui disparaît en mars 1902.

Elu sénateur du Var en avril 1902, il obtient en mars 1906 le portefeuille de l'Intérieur, s'intitulant fièrement du titre de «premier flic de France». Il devient président du conseil en octobre 1906 restant en poste jusqu'en juillet 1909.

Redevenu journaliste, il redevint président du conseil le 16 novembre 1917 à 76 ans, cumulant avec le ministre de la Guerre («La guerre est une chose trop sérieuse pour la laisser faire par militaires»).

Devenu le «Père la victoire» le 11 novembre 1918, il est blessé par un anarchiste le 19 février 1919 mais reprend rapidement ses activités, faisant preuve d'une vigueur impressionante pour son âge. Il dirige la conférence de paix de Paris qui aboutit au traité de Versailles de juin 1919.

Il échoue à l'élection présidentielle face à Paul Deschanel le 17 janvier 1920 et démissione le lendemain, 18 janvier mettant un terme à sa carrière politique à l'âge de 79 ans. Il se retire en Vendée, trouvant cependant encore la force voyager. Il meurt le 24 novembre 1929 à l'âge de 88 ans et est enterré en Vendée près de Mouchamps.

Construction

Le projet final du Clémenceau

Le Clémenceau est mis sur cale dans la forme n°4 du Salou le 17 janvier 1939, jour où la coque du Richelieu à été mise à flot. Le calendrier prévisionnel prévoyait un lancement dès 1941 pour une mise en service en 1943.

Les travaux sont suspendus le 28 septembre 1939 en raison de la mobilisation générale qui perturbe l'Arsenal de Brest et la nécessité d'accélerer l'achèvement du Richelieu. Les travaux reprirent le 6 décembre 1939 mais sans précipitation et le 10 juin 1940, le cuirassé n'était achevé qu'à 10% (soit 3600 tonnes d'acier assemblé) et lorsque la Wehrmacht entra dans l'Arsenal, le bassin fût mis en eau.

Dans un premier temps, les allemands étudièrent l'achèvement du cuirassé sous le code de Schlachtschiff R mais la Kriegsmarine devint rapidement réaliste et abandonna cette idée. Le tronçon de coque est obturé aux deux extremités et sortie du bassin en 1941 puis mouillée à Landévennec pui ramenée en rade-abri et embossée devant la base sous marine.


La coque du Clémenceau

Le 27 août 1944, elle est coulée par un bombardement allié. L'épave est mise en vente le 23 février 1948 mais ne trouve pas acquéreur. Renflouée, elle est conduite à Poullic Allor où échouée, elle se brise en deux en septembre 1948. Elle est finalement vendue à la démolition le 1er août 1951.


Le projet PA28

Le premier Clemenceau aurait du être un porte-avions du programme PA28. Il s'agit d'un navire de 20110 tonnes à pleine large, long de 229.50m large de 25m et tirant d'eau de 6.50m, une vitesse de 32 noeuds et une distance franchissable de 7700 miles nautiques à 18 noeuds, un armement composé de 16 canons de 100mm en huit tourelles doubles et de 16 canons de 57mm en huits affûts doubles, un pont d'envol de 220m de long sur 25m de large, deux catapultes, huit brins d'arrêt et un groupe aérien composé de 47 appareils. Sa mise en chantier n'aura jamais lieu, les travaux étant abandonnés le 31 mai 1949 ce qui avec le recul fût une bonne chose puisqu'il aurait été dépassé dès l'apparition de la catapulte vapeur et de la piste oblique.


Le porte-avions Clémenceau fût le premier porte-avions construit neuf en France

Le premier navire de la marine nationale à porter le nom du «Tigre» fût donc le premier porte-avions construit comme tel dès l'origine en France. Mis sur cale à l'Arsenal de Brest en novembre 1955 lancé le 21 décembre 1957 et admis au service actif le 22 novembre 1961. Durant ses 36 années de carrière, ce navire participa à toutes les grandes opérations de la marine française notament au Moyen Orient, dans l'Océan Indien et dans l'Adriatique. Désarmé le 1er octobre 1997, sa démolition est l'objet de polémiques interminables jusqu'à sa vente à Able UK Ltd le 1er juillet 2008, le Q790 arrivant à Hartepool le 7 février 2009

Caractéristiques : déplacement à pleine charge 32500 tonnes longueur 265m largeur 51.20m tirant d'eau 7.50m (8.60m en charge) vitesse maximale 32 noeuds distance franchissable 7500 nautiques à 18 noeuds

Armement : 8 canons de 100mm en deux groupes de deux pièces bientôt réduit à 4, les 4 pièces débarquées étant remplacées par deux lanceurs SATCP Crotale tandis que 5 mitrailleuses de 12.7mm étaient embarquées.

Pont d'envol de 259m de long sur 35m de large avec une piste oblique orientée à 8° (165.5m de long sur 29.5m de large) Piste axiale de 93m de long sur 28m de large. Hangar de 180m de long sur 22.24m de large et 7m de haut relié au pont d'envol par deux ascenseurs (un axial de 17m sur 13m et un latéral de 16m sur 11m capacité : 15 tonnes). Deux catapultes BS5 et 4 brins d'arrêt.

Groupe aérien : 37 avions (15 Super Etendard, 4 Etendard IVP, 8 Crusader F-8P, 6 Bréguet Alizé, 2 Dauphin et 2 Super Frelon).

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MessageSujet: Re: FRANCE CUIRASSES CLASSE RICHELIEU   Lun 08 Fév 2010, 10:57

Le Gascogne


Le 19 mars 1938, parallèlement au choix de la variante A2 pour le futur Clémenceau, le vice-amiral Darlan choisit la variante B3ter pour un quatrième «35000 tonnes». Ce nouveau design marquait une rupture par rapport aux trois navires précédents puisqu'une tourelle quadruple était installée à l'avant et la seconde à l'arrière. L'armement secondaire était également modifié : trois tourelles triples de 152mm (deux à l'avant derrière la tourelle I de 380mm et la troisième derrière la tourelle II de 380mm) et pour la DCA, huit tourelles doubles de 100mm modèle 1937 installés latéralement par groupes de deux latéralement à l'avant et à l'arrière.

La DCA légère était également composée de six affûts doubles ACAD modèle 1935 de 37mm installés par deux groupes de deux à l'avant de part et d'autres de la tourelle II de 152mm, les deux dernières étant installés un pont au dessus des groupes arrières de 100mm. Trente six mitrailleuses de 13.2mm étaient également embarquées en neuf affûts quadruples

Les installations aéronautiques étaient d'abord prévues au milieu du navire avec un hangar et deux catapultes mais au final une seule catapulte fût installée à la poupe avec un hangar sous le pont blindé. Le Gascogne aurait été le premier cuirassé à embarquer le Farman NC420, un bimoteur chargé de remplacer le Loire 130.

Les premières commandes de matériels furent passées en juin 1939 mais les travaux préparatoires furent suspendus comme ceux du Clemenceau le 28 septembre 1939. Les travaux du Gascogne (nommé ainsi pour rendre hommage au travail de Darlan originaire de cette région) ne reprirent que le 12 avril 1940.

Au 1er juin 1940, seulement 6% du matériel avait été rassemblé, la mise sur cale dans la forme Caquot était prévue à l'été 1940 pour un lancement au printemps 1942 et une admission au service actif en juin 1944. Cependant le 10 juin 1940, les travaux furent suspendus et ne furent jamais repris.

La classe Alsace


Le Traité de Londres du 25 mars 1936 limitait le déplacement des cuirassés à 35000 tonnes et un calibre maximum de 356mm. Cependant une clause imposée par l'US Navy permettait d'armer les cuirassés de canons de 406mm au cas où les japonais ne signeraient le traité. L'US Navy invoqua cette clause le 31 mars 1937 permettant aux North Carolina d'être armés de neuf canons de 406mm à la place des 12 canons de 356mm. Au printemps 1938, un protocole franco-américano-anglais permettait la construction de cuirassés de 45000 tonnes.

La France était cependant gênée par l'absence d'infrastructures pour construire et entretenir de tels géants des mers. La découverte des cuirassés de type H de la Kriegsmarine de 56000 tonnes (même si le 2ème bureau l'estimait à seulement 40000 tonnes) poussa l'amiral Darlan à demander l'étude de nouveaux cuirassés au STCN le 20 juillet 1939 et de nouveaux canons de 400,406 et 420mm à la Direction des Armes Navales (DAN).A la fin de 1939, le STCN dessina différentes études pour des navires de 40000, 42500 et 45000 tonnes (déplacement standard).

Le projet A dessinait un navire de 252m de long sur 35m de large, un déplacement de 40000 tonnes standard, une vitesse de 31 noeuds et un armement composé de 9 canons de 380mm en trois tourelles triples (deux avant et une arrière), 9 canons de 152mm en trois tourelles triples (une avant et deux arrières, installées derrière les tourelles II et III de 380mm), de 16 canons de 100mm en huit tourelles doubles groupées deux par deux et installées latéralement plus une DCA légère composée de canons de 37 et de 25mm.

Le projet B dessinait un navire de 256m de long sur 35.5m de large, un déplacement de 42500 tonnes standard, une vitesse de 31 noeuds et un armement composé de 9 canons de 406mm en trois tourelles triples (deux avant et une arrière), 9 canons de 152mm en trois tourelles triples (une avant et deux arrières, installées derrière les tourelles II et III de 406mm), de 16 canons de 100mm en huit tourelles doubles groupées deux par deux et installées latéralement plus une DCA légère composée de canons de 37 et de 25mm.

Le projet C dessinait un navire de 265m de long sur 35.5m de large, un déplacement de 45000 tonnes standard, une vitesse de 32 noeuds et un armement composé de 12 canons de 380mm en trois tourelles quadruples (deux avant et une arrière), 9 canons de 152mm en trois tourelles triples (une avant et deux arrière, derrière les tourelles II et III de 380mm), 24 canons de 100mm en douze tourelles doubles installées latéralement plus une DCA légère composée de canons de 37 et de 25mm.

Le projet A resta rapidement le seul en piste car le projet C était trop gros pour les infrastructures françaises (et la construction de nouvelles ne se faisait pas en un jour) et le projet B introduisait un quatrième calibre d'artillerie principale après le 340 des Bretagne, le 330 des Dunkerque et le 380 des Richelieu.

Deux cuirassés furent autorisés le 1er avril 1940, le premier aurait été mis sur cale après le lancement du Joffre en 1941 ce qui aurait du décaler la construction du Painlevé tandis que le second aurait du être mis en chantier à partir de 1942 dans la nouvelle forme 10 du Laninon mise en chantier en 1939 (310m de long sur 42m de large).
Les commandes de matériel auraient du commencer à la mi-1940. Une note de l'Etat-Major Général du 15 mai 1940 proposait les noms de Alsace, Normandie, Flandre et Bourgogne. La suite de l'histoire est connue : les Alsace ne furent jamais construits.

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MessageSujet: Re: FRANCE CUIRASSES CLASSE RICHELIEU   Lun 08 Fév 2010, 11:13

Caractéristiques Techniques

Le Richelieu

Ecorché du Richelieu

Déplacement : standard officiel 35000 tonnes standard réel 37250 tonnes charge normale 40927 tonnes pleine charge 44698 tonnes

Sur le déplacement standard réel, la coque représentait 20.2%, l'artillerie 15%, 39.2% pour la protection et 7% pour les machines

Dimensions : longueur (hors tout) 247.85m (entre perpendiculaires) 242.00m largeur : 33.08m tirant d'eau (charge normale) 9.22m (pleine charge) 9.90m

Propulsion : 4 turbines à engrenages Parson réparties en une salle des machines avant et une salle des machines arrières, alimentées par six chaudières Sural réparties en une salle des chaudières avant et une salle des chaudières arrière.

Les chaudières Sural (Suralimentées) sont des chaudières à trois petits tubes, équipées de quatre brûleurs Hugé du Templé avec une pression de 27 kg/cm² et une température de 350°.

Les Richelieu sont prévu pour produire 155000ch pour permettre aux cuirassés d'atteindre la vitesse de 32 noeuds.

La vapeur produite entraine quatre lignes d'arbre : les lignes d'arbres extérieures sont entrainées par la salle des machines avant (les lignes d'arbre passent sous la salle des chaudières arrière, sous la salle des machines arrières et sous la salles des turbogénérateurs arrières) tandis que les lignes d'arbre intérieures sont entrainées par la salle des machines arrière. Chaque ligne d'arbre est munie d'une hélice quadripale d'un diamètre de 4.88m.

Pour éviter qu'un coup chanceux n'immobilise le navire, le système propulsif qui s'étend des tranches K à O est du type fractionné avec la salle des chaudières avant (tranche K), la salle des machines avant (tranche L), la salle des chaudières arrière (tranche M), la salle des machines arrière (tranche N) et la salle des turbogénérateurs arrière (tranche O, la salle avant est situé dans les fonds entre les deux tourelles quadruples de 380mm).

Les Richelieu sont équipés de quatre turbogénérateurs de 1500 kW, trois diesels alternateurs de 1000 kW et deux moteurs diesels d'urgence de 140 kW. La quantité de mazout est 5866 tonnes

Performances : Les performances prévisionnelles du Richelieu et du Jean Bart étaient une vitesse de 32 noeuds et une distance franchissable de 9500 miles nautiques à 15 noeuds et de 3450 miles nautiques à 30 noeuds.

Les essais du Richelieu en 1940 sont naturellement pressés par une situation difficile et sont bien différents des essais menés en temps de paix.

-Le 14 avril 1940 lors des premiers essais en haute mer, le Richelieu déplaçant 40927 tonnes en début d'essais dévellopa une puissance totale de 90114 ch pour une vitesse de 26.8 noeuds. L'après midi même, lors d'un essai d'une 1h, le Richelieu déplaçant 40927 tonnes en début d'essais dévellopa 123080 ch pour une vitesse de 30.11 noeuds.

-Le 13 juin 1940 au matin pour l'essai «3h30 à puissance maximale», le Richelieu déplaçant 43800 tonnes dévellopa une puissance de 155000ch pour une vitesse maximale de 32 noeuds.

L'après midi même lors d'un essai d'une demi-heure à puissance forcée, le Richelieu déplaçant 43800 tonnes dévellopa une puissance de 179000ch pour une vitesse maximale de 32.63 noeuds.

Protection

Ceinture blindée : la ceinture blindée des Richelieu est inclinée à 15.24° entre les frames 51.50 à 182.95 soit de la tranche P (soutes à munitions de 152mm) à la tranche G (soutes à munitions de 380mm avant) et cloturée aux extremitées par deux bulkheads tranversaux. La ceinture s'étend sur une hauteur de 6.25m avec une prolongation sous la ligne de flottaison sur 2.5m

Protection verticale : ceinture principale 330mm bulkhead avant 355mm bulkhead au dessus du pont blindé intermédiaire 233mm

Protection horizontale : pont blindé supérieur au dessus des soutes à munitions 170mm pont blindé supérieur au dessus des machines 150mm pont blindé intermédiaire 40/50mm (100mm au dessus des hélices et 150mm au dessus des lignes d'arbre)

Bloc passerelle : face avant et latérales 340mm arrière 280mm toit 170mm tube de communication 160mm

Tourelles quadruples de 380mm : face avant 430mm faces latérales 300mm toit 170 à 195mm face arrière 270mm (T.I) et 260mm (T.II) barbettes au dessus du PBS 405mm barbettes en dessous du PBS 80mm

Tourelles de l'artillerie secondaire : face avant 130mm côtés et toit 70mm face arrière 60mm barbette 100mm

Conduite de tir

PCT de 380mm du Richelieu

Mis à part l'installation d'un DEM durant la période dakaroise, la conduite de tir fût jusqu'à la réfonte de 1943 et l'installation de radars assuré par une serie de télémètres optiques.

Pour l'armement principal, le Richelieu disposait d'un télémètre de 14m , d'un télémètre de 8m installés respectivement à l'avant et à l'arrière et un télémètre de 14m pour chaque tourelle de 380mm.

Pour l'armement secondaire, le Richelieu disposait d'un télémètre de 8m installé orienté vers l'avant, de deux télémètres de 6m (un orienté vers l'avant et un autre orienté vers l'arrière et installé au dessus de la cheminée) et d'un télémètre de 8m par tourelle de 152mm

Pour les canons de 100mm, le Richelieu disposait de deux télémètre de 4m installés sur les ailerons de passerelle. Pour la DCA, il y à quatre télémètres de 1.5m.

Pour l'usage général, le Richelieu disposait d'un télémètre de 3m installé au dessus du pont de navigation, de deux télémètres de 4m installés à la base du bloc passerelle et de deux télémètres d'un mètre pour la navigation.

En 1945, le Richelieu disposait d'un radar de veille aérienne type SA2 , d'un radar de veille surface type SF, d'un radar de navigation type SG1, d'un radar de conduite de tir type 284, d'un radar de veille aérienne type 281 et d'un radar de conduite de tir pour la DCA type 285.


Un radar de veille aérienne type 281

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MessageSujet: Re: FRANCE CUIRASSES CLASSE RICHELIEU   Lun 08 Fév 2010, 11:30

Armement

(Prévu à la construction)

Canons de 380mm modèle 1935

Les tourelles quadruples de 380mm du Richelieu lors de son rapide déploiement en Indochine

Comme les Dunkerque, les Richelieu sont armés de 8 canons répartis en deux tourelles quadruples qui sont en réalité deux tourelles doubles accollées. Le calibre est cependant porté de 330mm à 380mm pour permettre aux nouveaux cuirassés français de rivaliser avec les Littorio.

Le canon de 380mm modèle 1935 est construit en acier, auto-fretté et chemisé d'une longueur de 45 calibres pour un poids total de 94.310 tonnes et une longueur de 17.100m de long. La culasse qui s'ouvre vers le haut et le canon est assisté par un système hydro-pneumatique.


Ecorché de la tourelle de 380mm

Les tourelles de 380mm ont été conçues et fabriquées par Saint Chamond. Pesant 2476 tonnes en ordre de combat, la tourelle modèle 1935 permet aux canons de 380mm de pointer en site de -5° à +35° à raison de 5.5° par seconde et en azimut sur 156° (142° pour la tourelle II) de chaque côté à raison de 5°.

Comme pour tous les projectiles de ce calibre, les obus de 380mm des Richelieu sont composées du projectile et des gargousses. L'obus perforant modèle 1936 pèse 890kg avec une charge militaire de 21.9kg et est propulsé par quatre charges SD21 (poids total 288kg). Sa portée maximale varie de 10000m (site +5°) à 37800m (41700m théorique) (site +35°), pouvant perforer 249mm à 38000m. La cadence de tir est de 1.3 à 2 coups par minute


Ci-dessus les obus de 380mm et ci-dessous les gargousses


Après guerre, un obus explosif à été dévellopé, un obus explosif de 879kg modèle 1949 (portée inconnue mais sûrement proche du précédent)

Les Richelieu peuvent embarquer 832 obus perforants de 380mm.

Canons de 152mm modèle 1930

Les tourelles de 152mm du Richelieu

Comme pour les Dunkerque, la marine nationale décida d'équiper les Richelieu d'un armement secondaire polyvalent, les 16 canons de 130mm cédant la place à 15 canons de 152mm en cinq tourelles triples avec une tourelle axiale arrière et quatre tourelles latérales (deux latérales arrière et deux latérales avant)

Le canon de 152mm modèle 1930 est construit en acier, auto-fretté et chemisé d'une longueur de 55 calibres pour un poids total de 7.780tonnes et une longueur de 8.860m. La culasse qui s'ouvre vers le haut et le canon est assisté par un système hydro-pneumatique.

Les tourelles triples de 152mm modèle 1936 ont été conçues et construites par Saint Chamond. Pesant 228 tonnes en ordre de combat, la tourelle modèle 1936 permet aux canons de 152mm de pointer en site de -6° (-8° pour la tourelle axiale) à +90° à raison de 8° par seconde et en azimut sur 132° de chaque côté pour la tourelle axiale, de 170° pour les tourelles latérales arrières et de 180° pour les tourelles latérales avant à raison de 12° par seconde.

La cadence de tir est théoriquement de 5 à 6 coups par minute mais à l'usage, la fragilité du matériel limitant la cadence de tir à 3 voir 4 coups par minute.

La portée maximale en tir antisurface (site +45°) est de 26960m et en tir antiaérien (+80°) de 14000m avec un obus explosif de 56kg.La dotation en munitions est de 400 coups par tourelle soit un total de 2000 coups pour le navire

Canon de 37mm modèle 1935

Sur les plans d'origine, les Richelieu devaient embarquer six affûts ACAD (Automatique Contre Avions Double) modèle 1935. Le dévellopement de cet affût double prend énormément de retard et le seul prototype est monté à bord de l'aviso Amiens qui couvre le cuirassé Courbet à Cherbourg avec apparemment une grande efficacité.

Sur les Richelieu, deux affûts auraient été installés latéralement entre les deux tourelles de 380mm tandis que les quatre autres auraient été installées entre les tourelles de 152mm latérales.

Le canon de 37mm modèle 1935 est un canon de 70 calibres tirant des obus/projectiles de 816g à une distance maximale théorique de 8000m à raison de 165/172 coups par minute. L'affût double ACAD pèse 8070kg et peut pointer en site de -10° à +85° et en azimut sur 360°. . La dotation en munitions est inconnue.

Mitrailleuses de 13.2mm modèle 1929

Affût CAQ (Contre-Avions Quadruple) de 13.2mm

Les canons de 37mm ACAD modèle 1935 devaient être complétés par 32 mitrailleuses de 13.2mm en huit affûts quadruples (CAQ Contre-Avions Quadruples). Cette mitrailleuse de 76 calibres tire des cartouches de 122g à une distance maximale de 7200m (+45°) en tir antisurface et de 4200m en tir antiaérien à raison de 200 à 250 coups par minute (pratique). La mitrailleuse pouvait pointer en site de -10° à +90° et en azimut sur 360°.

(1940-1943)

Deux canons de 380mm sur le toit de la Base sous marine de Brest avec le Richelieu en arrière plan

-8 canons de 380mm modèle 1935 en deux tourelles quadruples à l'avant

-9 canons de 152mm modèle 1930 en trois tourelles triples


affûts doubles de 100mm sur le Richelieu

-12 canons de 100mm modèle 1930 en six affûts doubles modèle 1931. Ce canon de 45 calibres tire des obus de 24kg à une distance maximale en tir antisurface de 15900m (+45°) et en tir antiaérien de 10000m (+80°) à raison de 10 coups par minute (16 théoriquement).

L'affût CAD (Contre-Avions Double) modèle 1931 permet aux canons de 100mm de pointer en site de -10 à +80° et en azimut sur 80° de chaque côté


Canons de 37mm modèle 1933

-8 canons de 37 mm modèle 1933 en quatre affûts CAD. Ce canon de 50 calibres tire des obus de 730g à une distance maximale de 8000m (théorique) et de 5000m (pratique) à raison de 15 à 21 coups par minute (pratique). Le canon peut pointer en site de -15° à +80° et en azimut sur 360°. Ils remplacent les affûts ACAD encore en essais en 1940 (six affûts doubles étaient prévus)

-16 mitrailleuses de 13.2mm en quatre affûts quadruples (CAQ Contre-Avions Quadruples)

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MessageSujet: Re: FRANCE CUIRASSES CLASSE RICHELIEU   Lun 08 Fév 2010, 11:40

(Après refonte aux Etats Unis)

Richelieu aspect final

-8 canons de 380mm modèle 1935 en deux tourelles quadruples à l'avant


Canon de 380mm préservé sur la Penfeld

-9 canons de 152mm modèle 1930 en trois tourelles triples

-12 canons de 100mm modèle 1930 en six affûts doubles modèle 1931


Affût quadruple de 40mm

-56 canons de 40mm Bofors (14 affûts quadruples) et 50 canons de 20mm Oerlikon en affûts simples

Après guerre, la DCA légère est modifiée avec le débarquement de treize Oerlikon de 20mm qui sont remplacés par onze Bofors de 40mm en affûts simples. En Indochine, il débarque quatre affûts simples de 40mm et 34 Oerlikon mais quatre nouveaux Bofors sont embarqués en 1952 . Tous les canons de 40 et de 20mm sont débarquées en 1956 à Brest.


Projet non abouti de refonte de l'armement du Richelieu

Aviation

A Dakar, Catapultage d'un Loire 130

-Un hangar aviation de 25m de long, de 7.2m (réduit à 5.9m au niveau des tourelles latérales de 152mm) de large et de 5m de haut pour deus hydravions Loire 130 les ailes repliées. Il était prévu un total de cinq Loire 130 : deux dans le hangar, deux en place sur les catapultes et un cinquième sur le toit du hangar mais dans les faits seulement trois Loire 130 de la flottille 4E furent embarqués

-Deux catapultes installées parallèlement à la poupe

-Grue de 4.5 tonnes

-Quantité précise de carburant inconnue probablement aux alentours de 18 à 19000 litres. Leur protection anti-incendie est soignée avec le remplacement du kérosène consommé par un gaz inerte, des sprinklers permettent d'étouffer un incendie.

Les catapultes furent débarquées avant la refonte aux Etats Unis et le hangar aviation réutilisé pour stocker les munitions de la DCA.


Le Loire 130 et ci-dessous le raté Loire 210


Peintures et marques diverses

D'octobre 1939 à la mi-1940, le Richelieu est peint en gris moyen sauf pour les télémètres peint en blanc pour des questions de précision (la chaleur déforme les distances), le pont principal et les ponts des superstructures sont en teck sauf le pont principal au délà du brise-lame qui est peint en gris métallisé; le capot de cheminée, les ancres, les chaines et la partie de la coque sous la flottaison sont peints en noirs.

Durant les réparations à Dakar, le Richelieu fût repeint en gris clair avec une bande gris foncée verticale à la poupe. Une fois la section P réparée, elle fût peinte en gris moyen. Des marques de neutralités furent également apposées sur la tourelle II (bandes tricolores)

Autres Equipements

Embarcations

-Trois bateaux à moteur de 11m et trois bateaux de 10.8m

-Deux bateaux à moteur de 9m et deux embarcations à moteur de 11m

-Deux embarcations de 13m non motorisées et une pinasse de 13m

-Deux baleinières de 8m et deux Dinghy de 5m

-Deux radeaux de 3m

Ancres

-Trois ancres Guerigny à la proue

-Un ancre à tribord, un ancre à babôrd et une ancre de chasse

Equipements radios

-Un poste radio MF d'une portée de 1000 miles nautiques et un autre poste MF d'une portée de 400 miles nautiques

-Deux postes radios MF d'une portée de 300 miles nautiques

-Un poste radio BF d'une portée de 2000 miles nautiques et un autre d'une portée de 1000 miles nautiques

-Un poste de transmission d'urgence d'une portée de 100 miles nautiques

Equipage

En temps de guerre l'équipage du Richelieu est de 1569 officiers, officiers mariniers et marins.

Les commandants du «Cardinal» ont été les suivants :

-Le capitaine de vaisseau Marzin du 15 octobre 1939 au 27 février 1941

-Le capitaine de vaisseau Deramond du 27 février 1941 au 29 avril 1943

-Le capitaine de vaisseau Lambert du 29 avril 1943 au 6 mai 1944

-Le capitaine de vaisseau Merveilleux du Vignaux du 6 mai 1944 au 31 octobre 1945

-Le capitaine de vaisseau Géli du 31 octobre 1945 au 10 mai 1947

-Le capitaine de vaisseau Rosset du 10 mai 1947 au 10 mai 1949

-Le capitaine de vaisseau Antras du 10 mai 1949 au 23 décembre 1950

-Le capitaine de vaisseau Castelli du 23 décembre 1950 au 3 mai 1952

-Le capitaine de vaisseau Allain du 3 mai 1952 au 21 septembre 1953

-Le capitaine de vaisseau Reynaud du 21 septembre 1953 au 26 mars 1956

-Le capitaine de vaisseau Duthu du 26 mars 1956 au 6 septembre 1957

Des officiers supérieurs ont également fait du Richelieu leur navire amiral comme le Contre-Amiral Merveilleux du Vignaux (2 novembre au 11 novembre 1946), le Vice-Amiral Jaujard (20 avril 1947-20 octobre 1948), le contre-amiral Champion (14 mai 1952 au 23 septembre 1954) et le contre-amiral Cirier (23 septembre 1954 au 20 octobre 1955)

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MessageSujet: Re: FRANCE CUIRASSES CLASSE RICHELIEU   Lun 08 Fév 2010, 11:42

clausewitz a écrit:
Opération Cockpit (16-21 avril 1944)

Carte de l'opération Cockpit

Claus,
Pour les cartes, plans & schémas, certaines ne sont pas très lisibles...
Perso...faudra peut être les scannés en + haute résolution, car parfois on a du mal à lire le texte sur les plans
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FRANCE CUIRASSES CLASSE RICHELIEU
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