La suite.
A 0736 les navires amiraux des deux escadres disposent enfin d'une
ligne de tir dégagée l'un sur l'autre ; l'amiral Cilliax et l'amiral
Tovey ordonnent tous les deux d'ouvrir le feu sur ce qu'ils considèrent
à juste titre comme la pièce maîtresse du dispositif adverse. Le
Renown, qui suit de près le King Georges V, doit, à son grand malheur,
retenir son tir pour ne pas atteindre un des destroyers qui
s'interposent entre lui et le Tirpitz, et se contente d'envoyer des
obus éclairants au dessus des navires allemands.
A cette
distance, les marques sont vites trouvées et en moins d'une minute, le
cuirassé allemand et son homologue anglais sont atteints respectivement
à trois et deux reprises. Un des obus anglais explose sur la plage
arrière du Tirpitz et désempare les tourelles Caesar et Dora. Sur le
King Georges V, les dommages sont sérieux mais l'artillerie n'est pas
touchée ; par contre, des éclats ont endommagé le poste de direction de
tir principal.
Pendant ce temps, les destroyers britanniques
engagent au canon l'Admiral Scheer, qui, bien que touché à plusieurs
reprises, ne subit aucun dommage significatif grâce à son épaisse
cuirasse. Le cuirassé de poche engage chacun des trois destroyers de la
deuxième division (Fury, Intrepid et Icarus) avec respectivement ses
pièces de 280, 150 et 105 mm. Le premier est broyé par deux obus de
gros calibre et explose lorsque l'incendie fait détoner sa soute à
munitions. Les deux autres sont tous les deux atteints à l'arrière par
un projectile qui allume un feu dans leur soute arrière, qui doit être
noyée pour éviter l'explosion.
A 0737, le tir des deux
cuirassés, déréglé par les coups reçus, ne donne aucun résultat. Par
contre, le Scheer engage le King Georges V et l'atteint d'un obus qui
désempare sa tourelle arrière. Le croiseur allemand et les destroyers
britanniques continuent à se cannoner, sans obtenir de résultat
significatif.
A 0738, le Tirpitz place deux obus sur le King
Georges V, qui subit de nouveau des dommages substantiels. En
particulier, les communications entre la passerelle de commandement et
le reste du navire sont temporairement coupées.
A 0739, le
Renown peut enfin ouvrir le feu car le Foxhunter, qui bloquait sa ligne
de tir sort de sa ligne et abat sur tribord (cap à l'ouest) pour éviter
la collision. Sur le King Georges V, les ordres de désengagement donnés
par l'amiral Tovey ne parviennent pas encore aux destinataires car les
obus allemands ont neutralisé les communications à l'intérieur du
navire. Les deux bâtiments de ligne font pleuvoir un déluge d'obus sur
le Tirpitz, qui encaisse 4 projectiles de 14 pouces et un de 15 pouces.
Deux
des obus ricochent sur le blindage du cuirassé, mais les autres
infligent des dégâts importants. Un obus perce la cuirasse sous la
tourelle Bruno, la neutralisant, et allume un incendie dans la soute à
munitions avant, qui devient vite incontrôlable.
Le King Georges V
est atteint par 3 obus du Tirpitz et 4 du Scheer. Bien que cinq de ces
obus ricochent sur le blindage du navire amiral britannique, les
dommages qu'il encaisse sont conséquents : de nombreux eux illuminent
désormais ses superstructures et ses deux mâts sont abattus, emportant
avec eux radars, postes de direction de tir et projecteurs.
Les
destroyers ont engagé un duel perdu d'avance avec l'artillerie
secondaire des navires allemands. Le Scheer est atteint par cinq obus
de 4,7 pouces qui ne l'endommagent tandis que l'Icarus est atteint par
un projectile de 105 mm du Tirpitz et deux de 150 mm du Scheer, et perd
l'usage de sa dernière tourelle.
A 0740, le Tirpitz qui n'a plus
qu'une tourelle (Caesar) en état de marche parvient à placer un obus
sur le King Georges V, tandis que le Scheer en met deux. Les dégâts
sont modérés mais commencent à s'accumuler. Les navires de lignes
britanniques atteignent leur cible à 4 et 3 reprises. Le Tirpitz
commence à accuser le coup et l'incendie au niveau de la soute à
munitions avant devient dangereux.
Le Scheer et l'Icarus placent
respectivement l'un sur l'autre deux obus de 150 mm et 5 de 4,7 pouces,
qui n'infligent pas de dommages significatifs.
A 0741, Le
Tirpitz touche une dernière fois le King Georges V. Cet obus, pas plus
que les trois du Scheer ne cause pas de dommage particulièrement
important, mais l'état du cuirassé britannique, illuminé comme un sapin
de Noël par les incendies qui dévorent ses superstructures, commence à
être inquiétant.
Le navire cependant continue à tirer juste et place
5 nouveaux obus sur le Tirpitz, contre 4 au Renown. L'un d'entre eux
atteint l'avant des superstructures et démolit la passerelle de
commandement, tuant entre autres le capitaine du navire et blessant
grièvement l'amiral Cilliax. Il ne survivra pas longtemps à ce drame :
à peine a t'il repris ses esprits qu'une gigantesque flamme jaillit de
la plage avant du Tirpitz. La seconde d'après, le navire est disloqué
par une série d'explosions, se casse en deux et disparaît,
engloutissant la totalité de son équipage.
A bord de l'Icarus
cependant, on est à peine de profiter du spectacle : le duel avec les
navires allemands se paie très cher. Le destroyer, atteint par 2 obus
de 150 mm du Scheer et un du Tirpitz, est maintenant sévèrement avarié,
ayant perdu ses deux mâts et toute son artillerie. Le croiseur allemand
est lui atteint par 8 autres obus de 4,7 pouces, dont l'un démolit la
conduite de tir des pièces de 150 mm.
La surprise provoquée
par l'explosion du Tirpitz passée, le combat reprend de plus belle.
L'Admiral Scheer, le seul survivant de l'escadre allemande, continue à
pilonner le King Georges V (ainsi que les destroyers avec son
artillerie secondaire), et est pris pour cible par le Renown et
l'Intrepid. L'Icarus, dont l'artillerie est démantelée continue
courageusement le combat et lance trois torpilles sur le Scheer en
dépit des circonstances plus que difficiles (direction de tir
neutralisée et angle de tir défavorable). Le navire amiral britannique,
quant à lui, rompt prudemment le combat et met le cap au sud pour
panser ses blessures.
A moins de 10,000 yards, les pièces de
28 cm du Scheer et celles de 15 pouces du Renown peuvent difficilement
rater leur cible, et à 0743 le King Georges V encaisse quatre obus,
dont l'un manque de peu de faire exploser sa soute à munitions arrière.
En retour, le croiseur allemand est atteint, à quatre reprises
également, par le Renown. Malheureusement pour lui, il n'a pas le
capacité d'encaissement du cuirassé britannique, et il est à moitié
désemparé par les dommages subis. La moitié de son armement est
neutralisé et sa passerelle de commandement est dévastée par un coup
direct dans les superstructures.
Les dégâts sont cependant moindres
que sur l'Icarus, qui, atteint de deux obus de 15 cm, est totalement
désemparé. Les superstructures ravagées et dévorées par les flammes,
les compartiments machines envahis par l'eau et la fumée, le navire
commence à perdre lentement de la vitesse et ne peut plus que lutter
pour sa survie. De son côté, l'Intrepid n'est atteint que par deux obus
de 105 mm qui ne causent que des dommages superficiels.
Malgré
les destruction la tourelle arrière du Scheer ainsi que les pièces de
15 et 10,5 cm encore opérationnelles continuent à tirer sur le King
Georges V et les deux destroyers. A 0744, le navire amiral britannique
est de nouveau atteint par un obus de 28 cm, qui ricoche sur le
blindage du navire. L'Intrepid est atteint sur sa plage avant par deux
obus de 105 mm qui démantèlent ce qui reste de son artillerie
(tourelles A et B).
En deux salves, le Renown met un point final à
cette mêlée confuse en plaçant six obus sur le croiseur allemand qui
n'en peut plus. Chassés par les flammes et la fumée, les servants
évacuent les pièces qui n'ont pas été détruites, et les mécaniciens les
chambres des machines.
Le croiseur de bataille britannique
atteint encore son adversaire à quatre reprises à 0745, puis constatant
l'absence de riposte, cesse le feu et ordonne à l'Intrepid d'achever le
Scheer à la torpille. Le destroyer manoeuvre tandis que sa cible
ralentit puis s'arrête, puis à 0757 lance trois torpilles. Le croiseur
allemand est atteint par deux d'entre elles à 0759 et commence à
chavirer lentement. A 0807, il bascule et disparaît dans le fond de
l'Atlantique nord.
Epilogue :
Avec la levée du
jour, les navires valides (essentiellement le Renown et le Foxhunter)
s'efforcent de recueillir les survivants tandis que les autres entament
un difficile combat contre les incendies et les voies d'eau.
A bord
de l'Intrepid et de l'Echo, les feux sont rapidement maîtrisés et les
deux destroyers se joignent vite aux opérations de sauvetage. Le King
Georges V et l'Icarus, plus sévèrement touchés, ne parviennent pas à
juguler les feux qui les dévorent. Très rapidement, le destroyer doit
être évacué. A bord du cuirassé, tout est fait pour tenter de sauver le
navire : les soutes sont noyées pour prévenir leur explosion et le
Renown arrose les superstructures avec ses puissantes lances à
incendie. Les équipes incendie, qui ont perdu trop d'hommes et de
matériel du fait des obus allemands, sont incapables de maîtriser les
feux, et le navire doit être abandonné après plusieurs heures de lutte. Sabordé, le navire amiral de la Home Fleet disparaît à son tour peu
avant midi.
Le bilan de l'engagement est lourd pour
les deux partis. L'escadre allemande, composée du Tirpitz, de l'Admiral
Scheer et de l'Admiral Hipper a été totalement détruite. La Royal Navy
a payé très chèrement ce succès puisqu'un cuirassé, deux croiseurs
lourds et trois destroyers ont été coulés. Compte tenu de l'avantage
britannique dans tous les domaines, on peut difficilement qualifier
l'engagement de franc succès tactique.