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 [Biographie] Takashige EGUSA

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Takagi
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Takagi

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Date d'inscription : 03/09/2010

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MessageSujet: [Biographie] Takashige EGUSA   [Biographie] Takashige EGUSA EmptyDim 05 Mai 2019, 05:21

[Biographie] Takashige EGUSA 000_ba10

Le 29 septembre de l’an 42 de l’ère Meiji (1909), Kita (キタ), épouse d’Egusa Kyuemon (江草衛門), chef du tout petit village agraire d’Arima (有間) dans la préfecture de Hiroshima, donne naissance au troisième fils du couple : on le prénomme Takashige (隆繁). Ce prénom, formé des kanji signifiant « prospérité » (隆) et « abondance » (繁), montre que, pour les parents, c’est une bénédiction : avoir trois garçons dans une famille d’agriculteurs, c’est avoir trois paires de bras robustes pour aider aux champs et pour s’occuper d’eux dans leur vieillesse. Kyuemon et Kita auront d’ailleurs la chance d’avoir un quatrième garçon, douze ans après Takashige et après le départ de son frère aîné de la maison. Kyuemon n’est pas n’importe qui : depuis des générations, sa famille tient le rôle de chef du village de père en fils. Les Egusa n’ont pas toujours été paysans : quatre siècles avant la naissance de Kazumi, Shizuo et Takashige (les trois premiers fils de la famille), leur lointain ancêtre Egusa Izunokami Mototada avait été un seigneur de la guerre allié de Kusonoki Masahige, épitome de la fidélité à l’empereur Go-Daigo. Après sa mort, il a été déifié (Izunokami signifie « esprit d’Izu ») et enterré dans le pavillon de Sakurayama dans l’enceinte du temple de Kibitsu près duquel la famille Egusa habite.

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Le hameau d'Arima, aujourd’hui simple quartier de la municipalité de Fukuyama dans la préfecture de Hiroshima

Une enfance à l’époque de la fin de la petite paysannerie

Au début du XXème siècle, la vie est rude à Arima. Le village est situé dans les montagnes à l’est de Hiroshima. Les terres cultivables n’y sont pas extensibles et la démographie explose, obligeant les puînés à partir grossir les rangs du prolétariat urbain à leur majorité. Le luxe et le superflu y sont inconnus, à part peut-être le saké dont Kyuemon est un grand buveur. Plusieurs familles ont déjà compris que l’école est la seule planche de salut pour leurs enfants, et peut-être aussi pour eux-mêmes. La précarité de l’existence et le besoin de travailler dur pour vivre façonnent la mentalité du jeune Takashige, que l’on décrit comme un garçon réfléchi et discret, capable de prendre des résolutions et de s’y tenir sans s’encombrer de l’avis des autres dès son jeune âge. Il a beau être le petit dernier de sa famille, il affirme tôt son indépendance et son autonomie. À l’âge de six ans, il entre à l’école primaire d’Arima, à 500m de la maison de ses parents. Il y reste sept ans. Il y pratique le sumo, mais c’est dans les couloirs de l’école qu’il épate ses camarades pendant les récréations en effectuant des saltos avant pratiquement sans élan, faisant preuve d’une impressionnante maîtrise de son jeune corps et de ses émotions. Un de ses camarades d’école dira de lui que sa musculature n’a d’égale que ses nerfs d’acier. En avril 1923, il entre au collège de Fuchū, la ville la plus proche d’Arima et ancienne capitale de la province de Bingo. Déjà, Takashige a une idée en tête : il ambitionne d’entrer à l’Académie Navale d’Etajima qui n’est qu’à quatre-vingts kilomètres d’Arima à vol d’oiseau.

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Egusa Takashige au collège. Il a environ treize ans.

À cette époque, l’entrée en vigueur du traité de limitation des armements navals de Washington laisse pléthore d’officiers de marine sur le carreau : nombreux sont ceux qui se voient obligés de prendre une retraite prématurée et de se reconvertir. L’un d’eux, le capitaine de corvette Shirai Tokitaro, se fait ainsi professeur de sport et de kendō au collège de Fuchū. Il encourage le jeune Takashige dans sa vocation et l’aide moralement et physiquement à s’y préparer. À la fin de l’été 1925, à l’âge de quinze ans, Takashige présente le concours d’entrée à Etajima où il veut entrer comme cadet dès la sortie du collège. Il sait que la partie est rude : seul un candidat sur trente est admis. Mais le concours d’entrée est ouvert à tous, aucune coterie n’y ouvre de passe-droit et tous les collégiens de quatrième année peuvent y entrer, pourvu qu’ils sortent dans les 3% de tête au classement et qu’ils satisfassent aux critères médicaux, plutôt stricts. La sélection par l’argent n’y a pas cours non plus : la Marine Impériale prend en charge tous les frais, verse une modeste solde aux cadets et paie les trajets en train entre l’académie et le domicile des parents à l’occasion des vacances. Notre collégien est résolu à y entrer, cela fait plus de deux ans qu’il s’y prépare.

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Le collège où Takashige a effectué ses dernières années de scolarité à Fuchū. C’était alors un robuste bâtiment en pierre de taille caractéristique de la période Taishō.
 
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La banlieue sud de Fuchū telle qu’on la découvre aujourd’hui. Arima est de ce côté-ci du fleuve Ashida.

Takashige reçoit sa convocation aux épreuves quelques semaines avant la date. Le premier jour, dès 8h du matin, commence la visite médicale. Les candidats ne satisfaisant pas aux critères sont écartés le soir même. Les autres se voient remettre une simple feuille de papier sur laquelle figure le calendrier des épreuves scolaires qui commencent quelques jours plus tard. La première épreuve est celle de mathématiques ; elle commence à 9h. Puis vient l’épreuve d’anglais à 12h30. À l’issue de ces deux épreuves, on laisse les candidats reprendre leurs esprits jusqu’à 18h, tandis que leurs copies sont notées et classées. À 18h, ceux qui ont raté une épreuve – ou les deux – se voient remettre leur fiche de renseignement et leur photo ; pour eux, c’est fini. Takashige n’en fait pas partie. Le lendemain, il planche sur les sujets de géométrie puis de sciences physiques. À 18h, la séance d’élimination se reproduit. Takashige n’est toujours pas appelé. Le troisième jour, les survivants passent les épreuves d’histoire japonaise puis de langue japonaise. Cette fois, aucune séance d’élimination ne clôt la journée, les mauvaises notes n’étant pas éliminatoires. Le quatrième jour, les candidats sont interrogés par la police militaire de la marine, dans le but de repérer et d’écarter les candidats issus de familles ayant des accointances communistes, ce qui n’est pas du tout le cas de la famille Egusa.

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Le grand bâtiment en briques rouges de l’Académie Navale d’Etajima.

Puis Takashige rentre chez ses parents à Arima. Commencent alors deux semaines d’attente des résultats qui doivent être communiqués par télégramme. Quand celui-ci arrive, Takashige est reçu ! Comme demandé, il répond immédiatement par un autre télégramme pour confirmer son souhait de devenir officier de marine et d’intégrer le cours des cadets à Etajima à partir de mars 1926. Mais quelques jours plus tard, il est foudroyé par un deuxième télégramme : l’examen des radiophotographies qu’on lui a faites le premier jour a montré des signes de tuberculose. La maladie étant considérée comme incurable au Japon à cette époque, il ne peut intégrer l’académie. Le coup est rude pour l’adolescent. Mais bien vite il se reprend, refusant tant la maladie que le renoncement à sa vocation. Il passe une contre-visite à l’issue de laquelle il apparaît que le diagnostic du médecin de la marine est erroné. Mais il n’existe aucune procédure d’appel en cas de refus d’admission à l’Académie Navale, et Takashige doit se résoudre à se re-présenter aux épreuves de l’été 1926. Il en profite pour parfaire sa préparation et, la date venue, il est encore reçu haut la main. Après quelques jours d’attente, il reçoit une belle lettre lui annonçant son « adoption par la Marine Impériale » accompagnée d’un aller simple en train jusqu’à Etajima. Un de ses camarades de collège, Sato Zenichi, est aussi admis. Les deux garçons intègrent la 58ème promotion de l’Académie Navale le 1er avril 1927. La promotion compte initialement 133 membres.

L’expérience de la formation militaire

La liste des matières enseignées à Etajima peut impressionner mais n’est pas très éloignée de ce qui se pratique dans les écoles et académies navales d’Occident. Des militaires dûment qualifiés et expérimentés enseignent les bases de l’aéronautique, les communications, l’architecture navale, l’artillerie, les torpilles, l’histoire militaire, la navigation, les grandes lignes de l’organisation de la Marine Impériale, le matelotage, la timonerie, la stratégie navale, la doctrine d’emploi de la flotte et le b.a.-ba des diverses tactiques. Des professeurs issus du civil prennent en charge la chimie, les grands classiques chinois, l’économie, les langues étrangères, l’éducation générale, l’hygiène, la littérature japonaise, le droit de la mer, la conduite d’équipes, la logique, les mathématiques, la philosophie, les sciences physiques et la psychologie, tantôt en les approfondissant, tantôt en n’en abordant que les fondamentaux. Dans les langues étrangères, par exemple, l’enseignement de l’anglais dure les quatre années et s’appuie sur les acquis antérieurs des élèves, mais seules des notions de français et d’allemand sont vues lors des deux dernières années.

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Au centre : Egusa Takashige en tenue de cadet de la Marine Impériale, le bras droit par-dessus l’épaule d’un camarade de promotion.

En plus de ces enseignements, la formation comprend une initiation à l’infanterie sur les pentes du mont Furutaka, la pratique des armes portatives, le maniement de la baïonnette et des manœuvres de corps de débarquement. Chaque automne, un camp d’infanterie est organisé au Camp d’Entraînement de l’Armée de Haramura, près de Hiroshima avec au programme de longues marches de nuit et des simulacres d’embuscade que les cadets doivent déjouer.

Et, évidemment, le sport tient une grande place : arts martiaux japonais (bo-taoshi, jūdō, kendō, sumō), natation, aviron, et en option des sports d’équipe comme le rugby, le football, le baseball ou le basket. Les sports sont pratiqués après 15h30, c’est-à-dire dix minutes après la fin des matières académiques. Aux sports d’équipe, Takashige se fait remarquer par son indépendance de caractère : il est souvent narquois devant leurs règles qui lui paraissent très artificielles et il marque un certain détachement face aux remarques qu’on lui fait, ce qui ne plait guère à ses moniteurs et à ses camarades de promotion dont certains lui reprochent de manquer d’esprit d’équipe et de combativité. Le fond du problème est que Takashige n’a nul besoin des autres pour décider ce qu’il doit faire…

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L’épreuve annuelle de natation des cadets ralliait Iwakuni à Etajima en traversant la baie de Hiroshima, soit une distance de près de 16 km à faire en douze heures (de 8h à 20h).

Le samedi après-midi, il n’y a rien au programme sauf le ménage des chambrées, le rangement des caissons, le nettoyage des halls, des escaliers et des corridors. Le dimanche est le seul jour de véritable repos ; encore les sorties sont-elles limitées à l’île d’Etajima et au village homonyme, qui est loin d’être un endroit touristique mais qui permet aux cadets de sortir un peu du milieu militaire. Ils y trouvent des salles où jouer aux cartes ou aux échecs en prenant un thé, mais guère plus. Quand la météo le permet, une sortie en mer peut être organisée l’après-midi sur les cotres d’instruction. Trois semaines de permission à Noël et quatre autres en juillet permettent aux cadets de rentrer chez eux, en train payé par la marine. Les fils d’agriculteurs qui rentrent chez eux en juillet peuvent ainsi participer aux moissons : c’est pour cette raison que les plus longues vacances sont illogiquement calées entre les deux premiers trimestres de l’année scolaire.

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Un dortoir des cadets à Etajima. Chaque cadet a un lit à une moustiquaire sur cadre, et un coffre en bois pour ranger ses affaires. Une penderie à côté du dortoir accueille les uniformes sur des cintres.

Le 18 novembre 1930, après avoir endurci pendant ses quatre années à Etajima son autonomie et sa résilience, Egusa Takashige est promu aspirant, à l’occasion d’une cérémonie à laquelle assistent le prince Fushimi, le commandant en chef de la flotte et le chef d’état-major de la marine. Les prix et distinctions y sont remis en mains propres, puis (après le départ du prince et de son aréopage), un repas d’adieu clôt le temps à Etajima et les cadets embarquent sans transition sur les croiseurs du groupe-école, sous les vivats des promotions suivantes. C’est alors que Takashige tourne définitivement la page de son enfance paysanne et de sa scolarité : il a réussi, il est officier de marine, un monde nouveau s’ouvre à lui en commençant par une croisière d’instruction dont il n’aurait jamais pu rêver autrement. Sa promotion ne compte plus que 112 membres.

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Le croiseur école YAKUMO, ici photographié le 18 avril 1919 lors d’une escale à Wellington.

Au moment où il embarque sur le croiseur école YAKUMO, Takashige n’est pas spécialement attiré par l’aviation navale ; il envisage une carrière dans les forces de surface. N’étant plus dans l’ambiance scolaire qui lui a pesé, il s’investit dans ses fonctions de midship pour en tirer le meilleur profit.

Le groupe-école de la Marine Impériale, basé à Kure et commandé par le vice-amiral Sakonji Seizo, comprend le YAKUMO (CV Sato Saburo) et l’IZUMO (CV Mori Tsukahara du corps des ingénieurs mécaniciens de marine). Outre les 112 aspirants frais émoulus d’Etajima, il embarque 36 ingénieurs mécaniciens, 15 commissaires et 42 aspirants devenus officiers par promotion interne à la marine, qui embarquent tous à Maizuru, première escale de la croisière d’application.

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Photo de classe à bord du Yakumo. Egusa Takashige est au quatrième rang, troisième à partir de la gauche.

Après Maizuru, le groupe fait escale à Chinhae (Chinhai pour les Japonais) puis à Inchon en Corée. Vient ensuite Dalian (Dairen) en Mandchoukouo, d’où les midships partent visiter les hauts lieux des combats de la guerre contre la Russie en 1904-1905 autour de Port-Arthur, à 50km au sud. L’escale suivante est l’ancienne colonie allemande de Tsingtao (Chingdao) en Chine, puis un chenalage sur le Yangtsékiang emmène les deux croiseurs à Shanghai. Pour Takashige, l’architecture de la concession internationale de Shanghai, sa ville chinoise grouillante d’agitation et son quartier japonais sont étourdissants : la plus grosse ville où il a vécu jusqu’alors est Fuchū, qui ne compte que quelques milliers d’habitants et dont l’urbanisme ne saurait être comparé à celui de Shanghai. Puis le groupe rentre le 30 décembre 1930 à Sasebo, le port où était basée en 1905 l’escadre de Tōgō Heihachirō, vainqueur à Tsushima (bataille à laquelle le vieux YAKUMO avait participé) et dont l’arsenal emploie quelque 60 000 personnes – un autre choc d’échelle pour le jeune homme. C’est la fin de la première partie de la croisière d’application. Takashige rentre chez lui pour deux semaines de permissions, la tête pleine des pensées que lui suggère le réveil économique, démographique et militaire du Japon.

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Sur les hauteurs qui dominent la rade de Port-Arthur, les canons Armstrong de 152mm qui ont coulé la flotte tsariste prise au piège dans la rade.

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Fortifications russes dont les troupes du général Nogi ont fini par venir à bout en 1905.

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Stèle en mémoire de la prise de la crête 203 depuis laquelle les Japonais ont pu prendre les fortifications russes sous le feu de leur artillerie. La sanglante prise de cette crête a marqué un tournant de la bataille – qui annonçait déjà ce qui allait se passer à Verdun dix ans plus tard.

Avant de réembarquer, il suit une initiation de quelques semaines sur l’aéronautique puis il gagne Yokosuka près de Tōkyō où l’attend le YAKUMO pour la deuxième partie de la croisière d’application. L’appareillage a lieu le 5 mars 1931. Keeling, Bako, Hong-Kong, Singapour, Colombo, Aden, Port-Saïd, le canal de Suez, Naples, Toulon, Marseille (d’où les midships prennent le train pour aller voir Paris et Versailles), Malte, Alexandrie, re-canal de Suez, Djibouti, Colombo, Batavia, Manille, Palau, et retour à Sasebo le 6 août 1931… une ouverture sur le monde dont bien peu de Japonais bénéficient, des réceptions organisées par plusieurs grandes marines, la découverte de plusieurs civilisations, de plusieurs modes de vie qui n’ont rien à voir avec ceux de l’Empire du Soleil Levant. Egusa Takashige revient avec un phonogramme et une collection de disques vinyle de musique classique européenne qu’on ne trouve pas au Japon à cette époque. Des camarades relèvent son calme imperturbable, son insensibilité au mal de mer, sa profonde dévotion bouddhiste, son application au travail et la sincère empathie qu’il a manifestée envers les diverses conditions humaines côtoyées lors des escales et à bord.

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Le croiseur école IZUMO en escale à Hong Kong avec la promotion 1930 de l’Académie Navale (celle de Takashige).

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Cérémonie à Marseille pour les cadets. Ils prendront ensuite le train à la gare Saint-Charles pour aller visiter Paris et Versailles.

1e guerre sino-japonaise : d’une vocation à l’autre

Très peu de temps après le retour du groupe-école au Japon, le 18 septembre 1931, éclate l’incident dit du chemin de fer de Mandchourie près de Liutiaogou, qu’une faction militariste crée et instrumente pour entraîner le Japon dans une série de guerres qui vont durer quatorze années.

Pour Takashige, le retour au Japon n’est pas synonyme de congés : les midships doivent suivre quatre mois de cours complémentaires de spécialités : artillerie, torpilles, transmissions et aviation, en autant de cours de quatre semaines dispensés dans quatre écoles différentes.

Le 24 décembre 1931, Egusa Takashige reçoit sa première affectation d’officier à bord du croiseur lourd HAGURO. Le contraste avec le vieux et poussif YAKUMO est saisissant : mis en service le 19 mai 1929, le HAGURO est un des plus puissants et des plus rapides croiseurs lourds du monde. Il embarque des torpilles et une artillerie principale dont il n’existe aucun équivalent dans les autres marines. Quand Takashige intègre les 773 officiers et marins de son équipage, il touche du doigt la politique de la Marine Impériale : avoir des unités techniquement supérieures à celles de l’adversaire et servies par des équipages supérieurement entraînés afin de pallier à l’infériorité numérique dans laquelle elle se trouverait en cas de conflit contre les USA. Le modèle plaît à Takashige ; il le fait sien et l’adopte comme ligne de conduite.

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Le croiseur lourd HAGURO dans l’estuaire du Yangtsékiang en 1932. Takashige est à bord.

Le prétendu incident de Mandchourie prenant la forme d’une première guerre sino-japonaise, le HAGURO effectue plusieurs missions de transport de troupes vers Shanghai. Depuis les plateformes de veille et de défense aérienne, Takashige assiste à ses premiers combats. Il y assiste mais n’y participe pas : la marine chinoise, indigente, ne se mesure pas à son homologue japonaise, et c’est en l’air qu’ont lieu les combats. À plusieurs reprises, au-dessus de lui, les escadrilles de l’armée et de la marine affrontent les chasseurs chinois. En partant de la mer, l’avion peut frapper loin à l’intérieur des terres comme en mer ; un croiseur lourd, aussi puissant soit-il, ne le peut pas. Parallèlement, Takashige remarque l’inefficacité de la DCA du HAGURO même contre les biplans chinois : malgré la technicité de leurs conduites de tir, les canons de 120mm ratent pratiquement toujours leurs cibles. Takashige note que les pilotes chinois zigzaguent et que cela suffit à dérégler les tirs. Cette période à bord du HAGURO marque l’éveil de la vocation du jeune officier.

Au cours d’une permission qu’il passe en famille, Takashige (qui n’a que 22 ans) annonce son intention de devenir pilote de l’aéronavale. Ses proches essaient de l’en dissuader, arguant que c’est trop dangereux, mais il leur répond calmement : « Quoi que vous me disiez tous, je piloterai un avion. » Ceux qui le connaissent savent que c’est peine perdue que d’essayer de le faire changer d’avis et que sa décision n’a pas été prise en cinq minutes. La discussion cesse.

Entretemps, après dix-huit mois d’aspirant, Takashige est promu enseigne de vaisseau de deuxième classe le 1er avril 1932. Le 1er septembre, il apprend qu’il est sélectionné pour la prochaine session du Kaigun Renshu Kōkūtai  (escadrille de formation de l’aéronavale), prévue l’année suivante.

Le 15 décembre 1932, son temps à bord du HAGURO prend fin et il est affecté sur le vieux croiseur TSUSHIMA, déclassé comme navire de défense côtière de deuxième classe mais maintenu au service à cause du conflit en Chine pour y servir de navire-base à un groupe de canonnières fluviales sur le Yangtsé. Takashige prend mal ce transfert sur cette antiquité du siècle précédent. Pour lui, c’est une rétrogradation, une perte de temps ; il craint de ne rien y apprendre d’utile. À son bord, il retourne à Shanghai et à ses combats aériens vécus à distance. Heureusement, cet embarquement ne dure pas : le 15 mars 1933, le vieux croiseur rentre en métropole et l’enseigne de vaisseau Egusa le quitte pour rallier le Kaigun Renshu Kōkūtai.

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Le vieux croiseur cuirassé TSUSHIMA, hors d’âge mais maintenu au service pour la guerre contre la Chine.

Le centre de formation des pilotes de l’aéronavale est implanté à Kasumigaura dans la préfecture d’Ibaraki, à une centaine de kilomètres au nord-est de Tōkyō. Initialement créé en 1921 comme une copie de l’école britannique de Cranwell, il en avait hérité des modes de fonctionnement très « British » : formation au pilotage, certes, mais aussi mode de vie de gentlemen contrastant assez fortement avec le régime en vigueur à bord des navires de la Marine Impériale… En 1923, le capitaine de vaisseau Yamamoto Isoroku en a pris le commandement et y a instauré un régime bien plus exigeant : le niveau des cours a été relevé, leur contenu recentré sur les missions du pilote d’aéronavale, les critères d’admission ont été rendus plus exigeants ; la rudesse du régime et des règles disciplinaires auxquels sont soumis les élèves sont désormais censés les endurcir. Ces réformes ont survécu au départ de Yamamoto en 1925. La mentalité frugale, tenace et perfectionniste du jeune Egusa va s’y épanouir comme l’iris sur un sol pierreux. Certaines traditions cranwelliennes ont cependant survécu au passage de Yamamoto : à Kasumigaura, Egusa Takashige laisse pousser une impressionnante moustache à l’anglaise.

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L’école de pilotage de Kasumigaura.

La promotion 1933 compte 34 futurs pilotes d’avion et une trentaine de futurs pilotes d’hydravion, lesquels s’entraînent depuis le lac de Kasumigaura. Pour les pilotes passés par l’Académie Navale, la formation dure neuf mois. Pendant les trois premiers mois, les élèves pilotes suivent des cours en salle le matin et s’initient au pilotage sur des K2Y (Avro 504 construit sous licence). Puis, pendant les trois mois suivants, les appareils sont remplacés par des Yokosuka K5Y Type 93 d’entraînement intermédiaire sur lesquels ils se forment aux manœuvres aériennes, au vol en formation et aux instruments, et à l’usage de la radio. Au terme de ce deuxième trimestre, et avant son passage sur avion d’armes, Egusa Takashige choisit sa spécialité : il sera pilote d’avion d’attaque, convaincu qu’il est qu’un bon pilote d’avion d’attaque n’a rien à craindre de la DCA et que l’aviation d’attaque constitue un des futurs fers de lance de l’aéronavale. Il gagne alors la base aérienne de Tateyama pour son dernier trimestre de formation. Il y suit la formation au torpillage et au bombardement (alors horizontal) sur avion d’armes. Il s’y montre un officier pilote prometteur, tant par son application à absorber les enseignements et à se les approprier dans sa propre logique que par ses qualités humaines d’empathie et sa capacité à s’attirer l’adhésion des autres. Le 15 novembre 1933, il obtient son brevet de pilote et est promu enseigne de vaisseau de première classe.

Dans les deux semaines qui suivent, alors qu’il s’entraîne à l’appontage et au décollage depuis un porte-avions, il apprend que la Marine Impériale va mettre en service un nouveau type d’appareil : le bombardier en piqué Aichi D1A1 Type 94. Séduit par l’efficacité et la précision de la technique du bombardement en piqué, et convaincu que les bâtiments de surface sont incapables de parer ce genre d’attaque, Takashige se met en tête que des groupes embarqués de bombardiers en piqué pilotés par des équipages d’experts parfaitement entraînés seraient un atout décisif pour la Marine Impériale qui sera forcément surclassée en nombre en cas de conflit. Il se porte volontaire pour cette nouvelle technique.

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Un bombardier en piqué Aichi D1A. Sur ce type d’appareil, Egusa Takashige fait ses premières armes et se taille une réputation.

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Les porte-avions HŌSHŌ et KAGA déployés pour la guerre contre la Chine en 1937. C’est sur le HŌSHŌ que Takashige s’est formé aux manœuvres d’appontage et de décollage depuis un pont.

Fin novembre 1933, sa formation de pilote terminée, il gagne sa première unité opérationnelle, le Groupe Aérien Tateyama (l’unité qui l’a formé). Le 29 avril 1934, il embarque sur le porte-avions HŌSHŌ au sein d’un détachement de huit D1A1. Le porte-avions est alors engagé dans les opérations en Chine. Egusa Takashige y retrouve le combat, mais cette fois-ci à bord des avions qu’il regardait d’en bas quand il était à bord du HAGURO ou du TSUSHIMA.

Le D1A1 exige du pilote une grande concentration et une grande application, notamment lors du piqué, mais Takashige montre rapidement qu’il sait le maîtriser et en tirer le meilleur parti. À coup d’expérimentations et d’améliorations, une tactique efficace d’attaque en piqué voit le jour, bientôt transcrite dans un manuel à l’usage des pilotes. Egusa Takashige est l’un des pilotes qui y ont le plus contribué.

En 1936, à l’arrivée du D1A2 qui corrige les défauts de jeunesse du D1A1, la tactique est au point. Parmi les missions du Groupe Aérien Tateyama figure l’entraînement tactique des pilotes, soit depuis la terre, soit depuis le porte-avions RYŪJŌ. Les pilotes des bombardiers en piqué se forment et accumulent des dizaines et des dizaines d’heures de vol.

Le 16 novembre 1936, l’EV1 Egusa se voit confier ses premières responsabilités hiérarchiques : on lui confie une compagnie du Groupe Aérien Saeki, créé en février 1934 à Saeki sur la côte nord-est de Kyūshū. L’unité profite des nombreux passages de navires de guerre japonais dans le détroit de Bungo pour s’entraîner à l’attaque de cibles rapides. La marine convertit le vieux cuirassé SETTSU en navire-cible radiocommandé, et les D1A peuvent s’entraîner à l’attaquer en mer à l’aide de bombes chargées à la peinture. Le 11 juillet 1937, le Groupe Aérien Saeki est intégré au 2ème Rengo kōkūtai (groupe aérien combiné) et devient le 12ème kōkūtai ; il compte douze chasseurs A4N, douze avions torpilleurs B3Y et dix-huit bombardiers en piqué D1A1 et D1A2, chacun des trois types d’avion constituant un daitai. Egusa Takashige commande le daitai des bombardiers en piqué.
 
(à suivre)


Dernière édition par Takagi le Ven 31 Mai 2019, 07:10, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: [Biographie] Takashige EGUSA   [Biographie] Takashige EGUSA EmptyDim 05 Mai 2019, 05:21

2e guerre sino-japonaise

En Chine, l’ « incident du pont de Marco Polo » le 7 juillet 1937 ravive le conflit. En moins de trois semaines, il devient évident que l’incident a dégénéré en une deuxième guerre sino-japonaise. Le 7 août, le 12ème kōkūtai part pour Dairen (Dalian) en Mandchourie. Au bout d’une semaine, une première mission est assignée aux bombardiers en piqué : repérer et détruire à l’aide de bombes de 30kg des mines dérivantes que la guérilla chinoise a mouillées dans le fleuve Liao et qui ont été emportées à la mer où elles menacent les navires marchands et leur escorte. Les eaux sont boueuses, les pilotes ne sont pas habitués à chercher des mines dérivantes depuis les airs, les viseurs des D1A ne permettent pas de cibler des mines, le repérage impose aux pilotes de voler trop bas pour attaquer en piqué comme ils ont l’habitude de le faire, et les bombes de 30kg exigent un impact direct pour détruire une mine. Egusa s’applique cependant à mettre en place un quadrillage aérien de la baie de Popohai (aujourd’hui baie de Liaodong). Ces sorties ne donnent absolument rien mais aucun navire ne saute sur une mine.

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Un D1A du 12e kōkūtai déployé en Chine.

La dernière semaine d’août, un nouvel ordre arrive : les bombardiers en piqué du 12ème kōkūtai doivent désormais effectuer des patrouilles armées entre la péninsule de Liaodong et celle de Shangdong, qui marquent la limite entre la mer de Bohai et la mer Jaune. Une bonne partie de la zone est hors du rayon d’action des D1A, ce qui amène Egusa à déplorer le manque de connaissances aéronautiques de l’état-major naval. Fort heureusement, aucun partisan chinois n’est assez fou pour s’aventurer dans ces eaux étroitement contrôlées par la Marine Impériale japonaise. L’inanité de ces missions devient bien vite évidente et, dès le 31 août 1937, le 12ème kōkūtai est rapatrié sur la base aérienne d’Ōmura à Kyūshū ; en tout, il n’est resté que trois semaines en Mandchourie.

Le 12ème kōkūtai ne reste à Kyūshū que quelques jours : le 5 septembre, restructuré autour de dix-huit chasseurs A4N (plus six appareils de réserve) et dix-huit bombardiers en piqué D1A (plus six appareils de réserve), il part pour Shanghai. Il y est rejoint le 9 septembre par le 13ème kōkūtai qui a le même nombre d’avions mais dont les chasseurs ont été remplacés par des A5M tout neufs. Les deux groupes sont basés dans le vaste parc du lycée de Kungda (Gongda en chinois). Autour de la ville, Chinois et Japonais renforcent leurs moyens en vue de la bataille de Shanghai qui se profile ; les Chinois massent d’importants moyens aériens à Nankin.

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Septembre 1937 à Kungda. L’enseigne de vaisseau Egusa est en troisième position à partir de la droite. On le reconnaît aisément à sa moustache.

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L’ancien lycée de Kungda près de Shanghai, réquistionné par les Japonais. Le bâtiment sert de logement et les pelouses du parc servent de piste. Les bombardiers en piqué sont contre le bâtiment. À gauche, on reconnaît des appareils de reconnaissance. Il y a aussi des chasseurs monoplans A5M qu’on reconnaît à leurs ailes éliptiques.

À Kungda, la logistique n’a pas suivi : les D1A n’ont pas de bombes de 250kg, ils doivent se contenter de six bombes de 60kg. Seule l’impressionnante précision de leurs attaques en piqué leur permet de détruire leurs objectifs, malgré le manque de puissance de ces bombes : ils réduisent des positions d’artillerie à Pootung, dispersent des concentrations de troupes sur la route de Hangchow et attaquent les retranchements de Ta-Chang-Chen et de Liuchiahsing. Le 19 septembre, un de ces raids de bombardement est intercepté près de Ta-Chang-Chen par une importante formation de vingt-trois chasseurs chinois ; seule la prompte intervention des douze A5M d’escorte permet d’éviter le massacre des dix-sept D1A. La leçon porte : les A4N du 12ème kōkūtai sont remplacés par des A5M entre octobre et novembre.

Le 3 octobre, les D1A du 12ème kōkūtai reçoivent une deuxième leçon. Partis attaquer les batteries de DCA installées devant le siège du Parti Nationaliste Chinois de Hsiakuan à la sortie ouest de Nankin, ils tombent au-dessus de Nankin sur un barrage de DCA comme ils n’en ont jamais vu. La densité et la précision des tirs chinois surprennent les Japonais qui avancent en ligne de file à 3000m d’altitude comme des oies au-dessus d’un banc de canardeurs surarmés. Après que deux D1A sont abattus, Egusa (qui mène la deuxième section de la ligne) fait zigzaguer sa formation à grande vitesse, déréglant le tir des artilleurs au sol. Puis ses D1A piquent sur les objectifs à Hsiakuan et les atteignent. Aucun D1A d’Egusa n’est abattu. Celui-ci en tire une leçon : l’approche en file indienne à moyenne altitude doit être proscrite. Lors du raid suivant sur les mêmes batteries, les D1A passent en trombe à basse altitude et par petits groupes au-dessus de la DCA de Nankin qui n’a pas le temps de régler son tir. Au retour de ce raid, le moteur du D1A lâche Egusa, mais celui-ci, qui a potassé à fond les manuels techniques et de pilotage, sait ce qu’il faut faire : il pique légèrement à plusieurs reprises sur le trajet du retour pour étouffer le début d’incendie, et parvient ainsi à rentrer à Kungda.

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La plus célèbre photo d’Egusa devant un D1A2 à Kungda.

La réputation de compétence et de sang-froid d’Egusa dépasse vite le cadre du 12ème kōkūtai : les Chinois distribuent des prospectus avec sa photo et promettent une récompense en cas de capture…La récompense est la plus élevée qu’offrent les Chinois pour un aviateur nippon : ils le prennent pour le commandant du kōkūtai, tant pour ses exploits qu’à cause de son impressionnante moustache. Parmi ses compatriotes des 12ème et 13ème kōkūtai, la réputation d’Egusa n’est pas usurpée : il sait créer et améliorer les tactiques, son bons sens adossé à de solides connaissances lui fait distinguer ce qui est possible de ce qui ne l’est pas, son intelligence s’attache à faire au mieux ce qui est possible tout en entraînant l’adhésion de ses hommes, il fait toujours attention à éviter les pertes et il a à cœur d’entraîner ses équipages pour qu’ils tirent le meilleur parti de leurs avions, fidèle en cela aux résolutions qu’il a prises à bord du HAGURO. Les anciens camarades de promotion d’Etajima qui le traitaient de couard et de mauviette sur le terrain de rugby s’étonnent de ce qu’ils prennent pour un changement – prouvant par là qu’ils ne le connaissent pas.

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Plus relax mais toujours en Chine

La chute de Nankin et le repli de l’armée chinoise marquent la fin des activités des 12ème et 13ème kōkūtai autour de la capitale chinoise. Les deux groupes quittent Kungda pour Daikojo (Dajiaochang pour les Chinois) d’où ils couvrent l’attaque sur Nanchang. Mais Egusa Takashige n’y est pas : le 1er décembre, promu lieutenant de vaisseau, il est nommé officier aviation du RYŪJŌ qui est pour quelques mois le porte-avions école de l’aéronavale. À la mi-mars 1938, le RYŪJŌ retrouve son statut de porte-avions opérationnel et forme avec le SŌRYŪ la 2ème division de porte-avions. Il part pour les Mariannes pour entraînement individuel puis retourne en Chine avec le SŌRYŪ. Egusa prend alors le commandement du daitai des bombardiers en piqué du RYŪJŌ. Le petit porte-avions arpente la mer de Chine méridionale pour fournir un appui aérien aux opérations terrestres près de Hong Kong, Canton et Hankow. Encore une fois, comme en 1937, les victoires japonaises à terre font que la Marine Impériale retire rapidement ses porte-avions, devenus inutiles par l’éloignement du front depuis la côte. En novembre, le RYŪJŌ est de retour au Japon.

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Le porte-avions léger RYŪJŌ à bord duquel le lieutenant de vaisseau Egusa a été nommé le 1er décembre 1937.

Montées en puissance

Le capitaine de frégate Okamura Motoharu, pilote de chasse réputé et commandant le 12ème kōkūtai, a été très impressionné par Egusa au cours des nombreuses missions qu’ils ont conduites ensemble au-dessus de la Chine. Il le sait excellent pilote, excellent formateur, déterminé, courageux, humain, réaliste et très efficace. À l’occasion d’une escale de la Flotte Combinée au mouillage dans la baie de Beppu en décembre 1938, il invite le lieutenant de vaisseau Egusa chez lui à Beppu. Kyuemon, le père de Takashige, vient de mourir le 8 décembre, mais l’invitation d’Okamura a un autre but que ce dernier a en tête depuis quelque temps : présenter sa jeune sœur Kiyoko à Takashige. Les deux familles se livrent aux coutumes protocolaires pendant les mois qui suivent la fin du deuil et, le 20 octobre 1939, le mariage est célébré à Tōkyō sous le parrainage shintō du contre-amiral Onishi Takijiro. Après un bref voyage de noces à Hakone, haut lieu du parc national qui va du mont Fuji à la presqu’île d’Izu, le couple emménage à Kamakura, près de Yokosuka où Takashige a été nommé capitaine de compagnie et instructeur au bombardement en piqué le jour même de son mariage. Cédant à son épouse, il y arrive avec une moustache bien moins exubérante que celle qu’il avait en Chine.

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Takashige en visite chez son frère aîné Kazumi que l’on voit à gauche. Entre eux, au premier plan, c’est Kita, leur mère, venue habiter chez son fils à Ashida après le décès de Kyuemon. Ashida est aujourd’hui un quartier de Fukayama.

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Mariage de Takashige et Kiyoko le 20 octobre 1939.

La base aéronavale de Yokosuka est située sur l’île de Natsu, reliée au reste de l’agglomération par un pont. Elle accueille une base à terre avec une piste de 450m. La base d’hydravions, le Centre de Recherches Aéronautiques et l’usine d’aviation Yokosuka sont sur la côte est de l’île, face à la base navale. Takashige y passe les derniers mois de 1939 à entraîner des dizaines de pilotes à son art de l’attaque de précision en piqué. Il s’y investit à fond : en Europe, la guerre a déjà éclaté et tout le monde a suivi la chute de la Pologne où les bombardiers en piqué allemands se sont illustrés. La campagne de France en mai 1940 ne fait que confirmer l’importance du bombardier en piqué dans les succès de la Luftwaffe et de la Wehrmacht.

Le 19 juillet 1940, la naissance de Hiroyuki, premier enfant de Takashige et Kiyoko, leur fait brièvement oublier l’actualité. Trois jours plut tôt, le gouvernement Yonai est tombé, remplacé par un nouveau cabinet mené par le prince Konoye mais contrôlé par les militaristes. Le nouveau gouvernement entreprend de se rapprocher de l’Allemagne et de l’Italie. Le 26 septembre 1940, à l’occasion d’un Conseil Privé, la guerre contre les USA est déclarée inévitable à échéance de douze à dix-huit mois. Pour le ministre de la marine, l’amiral Oikawa Koshiro, la seule chance d’emporter la décision est de frapper vite et fort, le Japon n’ayant pas les moyens de tenir tête longtemps aux États-Unis. Il reste à la Marine Impériale un an pour s’entraîner à fond et mettre toutes les chances de son côté, un an pour que le lieutenant de vaisseau Egusa partage son savoir-faire, forme un maximum de pilotes leur enseigne comment esquiver la chasse et la DCA, comment placer leurs bombes dans un cercle de 10m au terme d’un piqué à 60°. Takashige se dépense sans compter dans la création de ce vivier de pilotes d’exception.

La technique vient décupler sa motivation et améliorer encore ses résultats : en 1940, l’AKAGI et le KAGA reçoivent les premiers bombardiers en piqué Aichi D3A1 pour les essais d’appontage et de décollage depuis un porte-avions. À Yokosuka, c’est Egusa Takashige qui dirige l’équipe d’essais en vol ; il effectue lui-même plusieurs vols d’évaluation et de qualification opérationnelle. Sans attendre la fin de ces essais, la marine déploie un groupe de D3A1 sur la base de Hankow en Chine d’où ils appuient les unités de l’armée dans leurs combats au sol. Fin septembre, les D3A1 de du 14ème Corps Aérien gagnent les bases de Gia Lam, Lao Kay et Phu Lang Thuong occupées par les Japonais en Indochine française. De là, ils couvrent une partie de la Chine du sud, de la mer de Chine méridionale et du golfe de Siam. En décembre 1940, Takashige apprend qu’il est nommé commandant de la flottille des bombardiers en piqué du porte-avions SŌRYŪ à compter du 25 août 1941, laquelle flottille vient d’être rééquipée en D3A1.

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Un D3A bichonné par les mécaniciens sur une base en Chine.
Cet appareil gomme la plupart des défauts de son prédécesseur D1A et va se montrer
d’une redoutable efficacité aux mains de pilotes hors pair.

Contrairement au D1A, le D3A est équipé de freins de piqué ; sa grande stabilité en piqué permet au pilote de mieux ajuster ses attaques. Lors des grandes manœuvres navales de 1940, les D3A placent 53,7% de leurs 123 bombes au but sur le navire-cible SETTSU, un score à faire pâlir d’envie les aviateurs anglais ou américains. Egusa est convaincu qu’il peut faire mieux en effectuant sa ressource encore plus bas. Ses appareils effectuent deux à trois sorties par jour, analysent leurs résultats, améliorent les tactiques, apprennent à contrer l’effet du vent, abaissent l’altitude de largage en-dessous des 600m, puis des 450m. Les pilotes se concentrent sur la visée tandis que le mitrailleur égrène les altitudes au fur et à mesure du piqué. En amorçant leur ressource à 400m d’altitude, au moment où ils larguent leur bombe, les D3A frôlent la surface de la mer à 20 ou 30m… mais les effets sont dévastateurs, la précision impressionnante.

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Schéma d’attaque des bombardiers en piqué japonais.

Parallèlement, profitant de la mise en service de nouveaux porte-avions et de la modernisation des anciens, et commandée depuis le 30 août 1939 par le visionnaire Yamamoto, la flotte améliore rapidement ses tactiques. Les porte-avions ne sont plus employés seuls mais en groupe : cela leur permet de communaliser leurs groupes aériens, de leur faire mener des attaques massives tout en gardant assez d’avions pour mener une deuxième attaque ou pour protéger les porte-avions. En 1937, un groupe aéronaval japonais pouvait aligner une soixantaine d’avions et en utiliser au maximum une trentaine en même temps ; il était très vulnérable quand son unique porte-avions récupérait ses appareils. S’il avait utilisé tous ses avions d’attaque, il ne pouvait pas renouveler son action avant une demi-journée nécessaire au réarmement des avions. En 1940, les quatre porte-avions lourds opérant en groupe pouvaient lancer des attaques de cent avions tout en en gardant autant pour une deuxième frappe deux ou trois heures après, et en conservant pendant tout ce temps une protection de chasseurs.

À l’automne 1941, les dés sont jetés. Les meilleurs pilotes sont retirés des unités d’entraînement et la Marine Impériale leur confie des postes dans les flottilles embarquées. À partir de septembre, les flottilles suivent un entraînement intensif dans la baie de Kagoshima. Promu capitaine de corvette le 15 octobre 1941, Egusa Takashige se voit confier le commandement tactique des quatre-vingts D3A1 des six porte-avions lourds qui constituent le fer de lance de la Flotte Combinée. Ils concentrent la crème des pilotes de bombardiers en piqué de la marine. Egusa pousse leur entraînement à fond. En moyenne, ses D3A obtiennent entre 30 et 34% de coups au but, à comparer aux 25% des Stuka allemands et aux 3% des bombardiers en vol horizontal.

La tactique est au point : les vagues d’attaque comptent trois sections de neuf D3A chacune, couverts par des chasseurs A6M. Ils transitent à environ 6000m, descendent à 3000m à l’approche des cibles et se positionnent pour attaquer dans l’axe de la cible afin de réduire le nombre de pièces de DCA battantes et de pouvoir contrer les évasives de la cible. Arrivés à une vingtaine de milles de la cible, ils se mettent en ligne de file et partent en glissade à 10° pour accélérer et ainsi réduire le temps dont disposent les conduites de tir trouver des solutions de tir. La manœuvre sert aussi à dérégler les conduites de tir archaïques qui supposent le but à altitude constante. Les sections attaquent plusieurs navires simultanément pour obliger la DCA à diviser ses tirs. Quand des torpilleurs B5N participent à l’attaque, D3A et B5N se coordonnent, aucune esquive de la cible n’étant valable à la fois contre les torpilles et contre les attaques en piqué. Arrivés presque à la verticale de leurs cibles, les D3A piquent aux alentours de 65°, aérofreins sortis, en ligne de file par sections de neuf comme ils l’ont appris à l’entraînement. Une rafale des mitrailleuses de 7,7mm de capot permet à l’avion de tête de régler l’avance de sa trajectoire sur la cible. Le mitrailleur scande l’altitude tous les 100m. Arrivé à 400m, le pilote largue sa bombe de 250kg et tire sur le manche pour redresser, et le D3A dégage en trombe à quelques dizaines de mètres de la cible pratiquement au moment où sa bombe explose. S’il rate la cible, les suivants dans la file ajustent leur course pour corriger l’écart.

Tora ! Tora ! Tora !

En octobre, tous les pilotes de la force de raid de Nagumo sont rassemblés sur la base de Karasebaru dans le sud de Kyūshū, et le capitaine de frégate Genda leur dévoile enfin une vaste maquette murale de l’objectif : la rade de Pearl Harbor dans les Hawaii. Les pilotes en sont estomaqués…

Début novembre, Takashige bénéficie d’une permission avant le grand départ. La deuxième grossesse de Kiyoko ne se passe pas bien et Hiroyuki est très malade. Takashige ne regagne pas son escadrille l’esprit léger.

Le 2 novembre, les 2ème et 11ème dépôts de munitions de l’aéronavale reçoivent l’ordre d’embarquer sur les porte-avions les dotations complètes en munitions de combat. L’heure n’est plus aux bombes d’exercice. Le 5, les porte-avions embarquent du carburant en bidons pour accroître leur autonomie : sur le SŌRYŪ, quelque 400t de fuel sont ainsi réparties dans les coursives. Le 11 novembre, l’escadre de Nagumo, qui est toujours au mouillage, s’impose un silence radio complet. Le 17, les six porte-avions appareillent indépendamment, accompagnés chacun de leur unique destroyer de conserve, et gagnent discrètement la baie de Hitokappu dans les Kouriles. Là, les radios (dont les opérateurs habituels sont restés à Kagoshima pour faire croire aux Américains que les porte-avions y sont encore) restent muettes, fusibles enlevés et manipulateurs démontés et rangés sous clef. Des réunions permettent de peaufiner les derniers détails, donnant lieu à un important ballet de chaloupes sur la rade. Le 26 novembre à 6h du matin, toujours en silence radio, la force de raid lève l’ancre et s’enfonce dans les brumes du Pacifique nord, loin de toute route commerciale.

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Le SŌRYŪ à l’ancre dans la baie de Hitokappu dans les Kouriles avant le raid sur Pearl Harbor. À son bord, le capitaine de corvette Egusa commande l’ensemble des bombardiers en piqué de la Force de Raid.

Pour cette mission, les points d’emport des bombes de 60kg sous les ailes des D3A ont été démontés ainsi que les carénages des antennes de radiogoniométrie pour gagner un peu de finesse donc d’autonomie. L’avion d’Egusa, immatriculé BI-231, a sa dérive peinte en rouge vif. Cette particularité permet aux autres pilotes de retrouver facilement le chef de groupe après l’attaque, après que leur formation s’est désagrégée après avoir piqué sur les cibles. Ses stabilisateurs arrière portent, comme les autres D3A, les marques de déflection de 5 en 5 degrés qui permettent au mitrailleur d’estimer la dérive pendant le vol, afin que le pilote puisse retrouver plus facilement le porte-avions au retour.

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Les D3A se préparent sur le pont du HIRYŪ.

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Un D3A s’envole du ZUIKAKU pour l’attaque de Pearl Harbor.

Le 2 décembre, Nagumo reçoit le message crypté confirmant l’attaque et en fixant la date au 8 décembre dans le calendrier japonais. Aux premières heures du samedi 7 décembre, veille de l’attaque, les pilotes apprennent qu’aucun des porte-avions américains, censés être leurs cibles prioritaires, n’est à la base. Les D3A de la première vague s’en prendront donc aux aérodromes avec des bombes conventionnelles. Dans la nuit du samedi au dimanche, les mécaniciens préparent les cent quatre-vingt-trois avions de la première vague d’attaque, dont cinquante-et-un D3A1 chargés des attaques de précision. Et le dimanche matin à 06h15 les premiers appareils quittent le pont des porte-avions. Egusa ne fait pas partie de cette première vague. Il a choisi de faire partie de la seconde, dont il sait qu’elle ne bénéficiera plus de l’effet de surprise et qu’elle se heurtera à une opposition. Pour lui, commander, c’est aussi montrer l’exemple du courage.

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Le D3A1 n° BI-231 du capitaine de corvette Egusa, en photo d’époque et en profil en couleurs.

En l’absence des porte-avions américains, les D3A1 de la première vague s’en prennent aux aérodromes de Hickam Field et de Ford Island. Une heure après la première vague, la deuxième prend l’air. Ses quatre-vingt-un D3A1, commandés par Egusa et répartis en quatre groupes, ont liberté de s’en prendre à des « cibles d’opportunité » selon ce qui se présente Les dix-huit D3A1 du SŌRYŪ et du HIRYŪ du groupe d’Egusa contournent les montagnes par l’est et, zigzaguant pour déjouer la DCA, font une passe au-dessus de l’allée des cuirassés pour repérer et choisir leurs cibles. Egusa veut s’assurer que les porte-avions ennemis ne sont pas rentrés au port après le passage dévastateur de la première vague. Il ne les trouve pas mais repère le cuirassé NEVADA qui essaie de s’échapper de la souricière. Comme à l’exercice et malgré les tirs de la DCA, les dix-huit bombardiers en piqué placent sept bombes de 250kg au but en quelques minutes, forçant le NEVADA à s’échouer pour ne pas risquer de couler dans la passe.

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Un D3A photographié par un soldat américain au-dessus de Hickam Field pendant l’attaque sur Pearl Harbor.

De retour à bord du SŌRYŪ, Egusa fait son rapport au commandant du porte-avions : la Flotte du Pacifique a reçu un coup terrible, mais les infrastructures et les stocks de carburant de la base navale sont intacts, ainsi que les porte-avions américains qui sont peut-être dans les parages et qu’il faudrait rechercher et attaquer. Mais à bord de l’AKAGI, Nagumo, qui sait sa force de raid vulnérable à une attaque aérienne, a déjà pris sa décision de ne pas lancer de troisième vague d’attaque et de se replier. Egusa s’en voudra longtemps de ne pas avoir trouvé les mots pour convaincre ses chefs du bien-fondé de ses vues et de ne pas avoir eu accès au contre-amiral Yamaguchi, commandant la deuxième division de porte-avions et qui porte alors sa marque sur le SŌRYŪ.

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Quand Takashige arrive au-dessus de Pearl Harbor avec la deuxième vague, il ne bénéficie plus de l’effet de surprise. Il effectue cependant un tour de la rade pour vérifier que les porte-avions américains ne sont pas rentrés. Cette photo a été prise par le second-maître Ishii Miki, mitrailleur qui fait équipage avec Egusa.

Le 16 décembre, alors que la flotte rentre au Japon, Nagumo détache les porte-avions SŌRYŪ et HIRYŪ, les croiseurs lourds TONE et CHIKUMA et les destroyers TANIKAZE et URAKAZE pour appuyer le deuxième débarquement sur Wake. Le groupe est commandé par le contre-amiral Abe Hiroaki, commandant la 8e division de croiseurs. Il prévoit de lancer une attaque aérienne des défenses de l’île le 22 décembre. Mais le 20 décembre, la nouvelle tombe que les Américains vont envoyer des avions sur Wake. Abe avance l’attaque au 21 pour les surprendre au sol avant qu’ils aient le temps d’organiser des patrouilles. Il fait mettre ses six navires à trente nœuds et, à 7h du matin le 21, dix-huit D3A1 menés par Egusa et escortés par des chasseurs A6M2 attaquent l’île. Ils n’y trouvent pas les avions annoncés : l’unique chasseur américain présent sur l’île est au sol, la DCA sporadique et inefficace. Elle est réduite au silence par les chasseurs et les bombardiers. En fait, les Américains ont fait rentrer à Pearl Harbor le groupe du porte-avions SARATOGA avec les F2A-3 Buffalo et les munitions destinés à l’île quand ils ont décelé la présence des porte-avions japonais dans les parages. D’autres vagues d’attaque japonaises suivent dans la journée ; les D3A1 détruisent les pièces d’artillerie des défenses côtières. Le 23, le débarquement japonais emporte l’île en quelques heures.

Le retour au Japon le 29 décembre permet à Takashige de retrouver brièvement sa famille, mais la préparation des opérations suivantes bat déjà son plein. Intégré avec son sister-ship à la force aéronavale chargée de couvrir les débarquements dans les Moluques, le SŌRYŪ repart le 12 janvier 1942. Avec son demi-frère HIRYŪ et leur escorte, il gagne Palaos puis le mouillage de Kendari sur la côte orientale des Célèbes, récemment sécurisé le 21 janvier.

La première cible est la « Gull force » australo-néerlandaise retranchée sur l’île d’Amboine. Les derniers chasseurs Buffalo de celle-ci ayant été abattus lors des attaques du début janvier et la force n’ayant jamais reçu les pièces antiaériennes qu’elle réclame, les D3A d’Egusa ne rencontrent aucune opposition quand ils s’en prennent aux batteries et aux retranchements le 24 janvier en prélude au débarquement japonais. L’efficacité des attaques en piqué des trente-cinq Val des deux porte-avions aplanit les défenses. Après une estimation des dégâts, Egusa renouvelle son attaque le 25. Le 30, la force amphibie japonaise débarque sur l’île qui tombe le 3 février.

Nagumo regroupe ensuite les quatre porte-avions AKAGI, KAGA, HIRYŪ, SŌRYŪ  et leur escorte à Davao dans les Philippines puis, après avoir ravitaillé dans la baie de Staring (devant Kendari), il traverse la mer de Banda pour attaquer Port Darwin d’où partent les renforts et le ravitaillement vers les Indes Néerlandaises. Le 19 février, Nagumo envoie un avion reconnaître la rade dès potron-minet ; sa radio étant en panne, ses observations ne servent à rien. À 190 Nq au nord-ouest, les porte-avions lancent tout de même leur attaque à 08h45 : cent quatre-vingt-huit avions, dont soixante-et-onze D3A, coordonnent leur attaque avec celle de bombardiers G3M et G4M partis de Kendari et Amboine. Les nombreux navires présents sur rade sont pris par surprise, les alertes des guetteurs à terre n’ayant pas été transmises à temps. Neuf chasseurs P-40 essaient de s’en prendre aux bombardiers en piqué mais sont prestement abattus par les A6M d’escorte. Comme à l’exercice, les D3A d’Egusa s’en prennent au transport de munitions NEPTUNA (dont le déchargement est bloqué par une grève des dockers australiens…) et au dépôt de carburant proche : c’est un carnage. Atteint de plusieurs bombes, le cargo chavire, cales ouvertes, dans le carburant enflammé qui s’écoule dans la rade, et les charges de fond qu’il transporte explosent. Le massacre ne s’arrête pas là : quelque quarante-six navires sont sur rade, offerts sans défense à la force dévastatrice des B5N, des D3A, des G3M et des G4M. Vingt-et-un sont coulés, deux autres ne trouvent leur salut qu’en s’échouant et plusieurs autres sont endommagés. Aux dires des Australiens eux-mêmes, ce sont les bombardiers en piqué qui contribuent le plus au carton : leurs résultats sont très supérieurs à ceux des bombardiers conventionnels, qu’il s’agisse des B5N ou des bimoteurs. C’en est fait de Darwin en tant que menace à l’avancée nippone : la force de Nagumo retourne ravitailler en baie de Staring le 21 février et laisse les forces de surface écraser l’escadre alliée en Mer de Java les 27 et 28 février tandis qu’elle croise au sud de l’archipel indonésien pour y intercepter toute velléité d’intervention.

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L'explosion du NEPTUNA pendant l'attaque japonaise sur Darwin.

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Le cargo ZELANDIA en flammes pendant l'attaque japonaise sur Darwin.

Le 28, les cuirassés et les croiseurs de l’amiral Kondo, qui assurent l’avant-garde du groupe de Nagumo, tombent près des îles Coco sur le destroyer américain EDSALL qui rentre en Australie avec des survivants du vieux LANGLEY, coulé la veille par l’aviation terrestre. Fort habilement, le vieux destroyer esquive la plupart des coups, manœuvre pour dérégler les tirs japonais à grande distance, tend des rideaux de fumée en joue au chat et à la souris pendant une demi-heure. Jusqu’à ce que huit D3A de l’AKAGI et neuf du SŌRYŪ, menés par Egusa, lui rappellent que l’époque n’appartient plus aux habiles manœuvres des surfaciers mais à l’aviation d’attaque comme le jeune aspirant l’avait pressenti à bord du HAGURO dix ans plus tôt. L’EDSALL a beau gigoter et cracher un ultime rideau de fumée, il est frappé de plusieurs bombes qui le laissent en flammes, sans barre et sans propulsion face aux canonniers du CHIKUMA. C’est sa fin.

Plus au nord, un chūtai de neuf D3A du KAGA essaie de renouveler l’exploit, cette fois sur le pétrolier PECOS, mais n’enregistre qu’un seul coup au but malgré des conditions favorables, la taille de la cible et son faible armement. Le tanker finit par couler, mais à leur retour les pilotes se font vertement rabrouer par Egusa qui pointe l’inefficacité de leur attaque. La leçon porte et, le 5 mars, Egusa à la tête de 180 avions neutralise Tjilatjap sur la côte sud de Java : trois navires coulés, quatorze tellement endommagés qu’ils seront achevés les jours suivants ou sabordés à l’approche de l’armée japonaise.

Dans l’escadre, la réputation d’Egusa et la précision de ses attaques sont désormais connues : on lui attribue le surnom de « dieu de l’attaque en piqué ». Sa capacité à expliquer, à faire passer son savoir-faire et à chercher toujours à améliorer l’efficacité et la cohésion des groupes aériens qu’on lui confie le font apprécier des équipages. Ses anciens camarades de promotion qui avaient pointé du doigt son manque de combativité en sports collectifs et qui le tenaient en piètre estime sont obligés de réviser leur jugement. Ils n’ont pourtant encore rien vu.

(à suivre)


Dernière édition par Takagi le Sam 09 Nov 2019, 18:27, édité 4 fois
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MessageSujet: Re: [Biographie] Takashige EGUSA   [Biographie] Takashige EGUSA EmptyDim 05 Mai 2019, 05:22

Carnage en océan Indien

Au retour de sa mission d’interdiction au sud des Indes Néerlandaises, Nagumo rentre en baie de Staring pour ravitailler ; il y arrive le 11 mars. Le KAGA, endommagé en touchant un récif en entrant dans la baie, rentre à Sasebo pour réparation ; les SHŌKAKU et ZUIKAKU, qui reviennent d’une mission de couverture des débarquements en Nouvelle-Irlande et en Nouvelle-Guinée, le remplacent. Le 26, la force reprend la mer, traverse la mer de Timor puis longe Java et Sumatra par le sud en direction de l’océan Indien où elle entre le 2 avril. Nagumo a reçu mission d’y écraser la force navale hétéroclite que l’amiral anglais Somerville commence à réunir pour protéger le sous-continent indien – une force sous-dimensionnée, sous-équipée et fractionnée, plus impressionnante sur le papier que dans la réalité.

[Biographie] Takashige EGUSA 178_in10
La force de Nagumo en Océan Indien. De gauche à droite, on reconnaît l'AKAGI, le SŌRYŪ, le HIRYŪ et les quatre cuirassés rapides de la classe KONGŌ.
La photo a été prise depuis un des deux SHŌKAKU.

Les reconnaissances aériennes ne découvrent d’abord aucune force navale britannique à la mer. Nagumo ayant retardé son appareillage, les Britanniques l’attendaient plus tôt et sont déjà repartis ravitailler aux Maldives. Le 4, la force annexe commandée par le contre-amiral Ozawa Jizaburō commence à s’en prendre au trafic marchand dans le Golfe du Bengale. Le 5 avril, Nagumo lance une attaque sur les bases navales et aériennes de Ceylan. Cent vingt-cinq avions dont trente-six D3A1 y participent. Ni les Hurricane ni les Fulmar n’empêchent le raid : les Japonais perdent sept avions, les Britanniques vingt-sept (dont quinze Hurricane). Plusieurs navires sont atteints dans les ports, le destroyer TENEDOS et le cargo armé HECTOR coulés, la base sous-marine de Colombo en partie détruite. Regrettant d’avoir dispersé ses forces, Somerville les rappelle pour les reconcentrer. C’est ainsi que les deux croiseurs lourds DORSETSHIRE et CORNWALL reçoivent l’ordre de rentrer à Trincomalee pour ravitailler avant de rejoindre le reste de la force. Le 5, ils sont repérés à 170 Nq au sud-ouest de Ceylan par un hydravion de reconnaissance du croiseur TONE. Le pilote, trop éloigné des croiseurs britanniques, les identifie à tort comme des destroyers. Qu’importe la modestie des cibles : Nagumo envoie les D3A1 de l’AKAGI, du SŌRYŪ et du HIRYŪ sous les ordres d’Egusa investiguer le secteur et couler ce qu’ils trouvent. Pendant qu’ils s’approchent, un autre avion de reconnaissance relocalise les cibles et corrige leur identification : ce sont deux croiseurs lourds.
Les Anglais interceptent les échanges radio des Japonais et savent qu’ils sont repérés. Ils montent à vitesse maximale et se préparent à l’attaque. À 13h38, les D3A1 repèrent leurs sillages et les remontent. En voyant s’approcher les bombardiers, les Britanniques tentent désespérément de leur échapper en zigzaguant frénétiquement mais ils ne parviennent qu’à dérégler le tir de leur propre DCA dont les conduites de tir sont dépassées. Par petits groupes de trois, les bombardiers d’Egusa s’approchent et fondent sur leurs cibles, dos au soleil comme à l’entraînement. C’est encore un massacre. Emmené par Egusa, le premier trio place deux bombes de 250kg sur le DORSETSHIRE ; chacun de trios suivant place une, deux ou trois bombes au but. En quelques minutes, le croiseur est condamné. À quelques centaines de mètres de là, le CORNWALL subit un sort analogue de la part des avions de l’AKAGI. Ce jour-là, les bombardiers en piqué japonais enregistrent 77% de coups au but – le double des Stuka allemands, sur une cible en mouvement qui plus est.
Le journal d’opérations de l’AKAGI a gardé la trace des messages laconiques qu’Egusa a envoyés en approchant et en attaquant les deux infortunés croiseurs. « Navires ennemis en vue. Préparez-vous à attaquer. Groupe aérien de la 1e division, occupez-vous du premier. Groupe aérien de la 2e division, occupez-vous du deuxième. » Suit un silence pendant lequel l’état-major de l’AKAGI ne peut qu’imaginer ce qui se passe. Puis les premiers résultats tombent : « Le premier navire est stoppé, à la dérive. Il donne une forte bande. Le deuxième navire est en feu. » Puis, après quelques minutes à peine : « Le premier navire a coulé » et enfin « Le deuxième navire a coulé. » Entre le premier message et le dernier message, il ne s’est écoulé que dix-neuf minutes.

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Ci-dessus et ci-dessous : le calvaire et la rapide mise à mort des croiseurs DORSETSHIRE et CORNWALL

[Biographie] Takashige EGUSA 18210

L’attaque du DORSETSHIRE et du CORNWALL reste comme la plus dévastatrice des attaques en piqué de toute la guerre, tous théâtres confondus : les quelques bombes qui ont raté leurs cibles sont tombées si près qu’elles ont soit endommagé les coques, soit gêné les artilleurs et le personnel de passerelle en soulevant d’imposantes gerbes d’eau et en trempant les optiques.

À bord de l’AKAGI, Fuchida Mitsuo utilise une formule de judo lorsqu’il rend compte de l’attaque au contre-amiral Nagumo : « Les navires de surface n’avaient aucune chance face à notre groupe d’attaque. C’était si facile ! Il suffisait de leur faire une clé au bras. » Il n’empêche : Egusa Takashige vient de démontrer encore une fois que l’aviation embarquée peut disposer à sa guise de deux grands bâtiments de combat pleinement alertés et maîtres de leur manœuvre. Autour de Nagumo, les officiers qui ont gravi tous les échelons de leur carrière à bord des unités de surface en sont tout déconfits : Yamamoto avait raison et, comme le clame encore Fuchida : « La puissance navale est en pleine évolution. Une nouvelle ère s’ouvre. Ce qui vient de se passer est la victoire de la puissance aéronavale. »

Le 9, après s’être éloigné pour ravitailler en mer, Nagumo revient vers Trincomalee pour attaquer le port. Ayant eu vent de l’attaque, les Britanniques ont fait appareiller en urgence le vieux porte-avions HERMES et son escorte la veille au soir par crainte que les Japonais les trouvent au port. Les avions japonais attaquent la base à 7h du matin ; les chasseurs et les défenses antiaériennes ne les arrêtent pas. Alors que les assaillants se regroupent pour rentrer à bord des porte-avions, un hydravion de reconnaissance du cuirassé HARUNA localise l’HERMES à 07h55. Nagumo lance quelque quatre-vingt-cinq D3A1 escortés par neuf A6M2, en plusieurs groupes qu’Egusa espace pour ratisser l’océan. Un de ces groupes débusque l’HERMES accompagné du destroyer VAMPIRE et ses trente-deux D3A1 les coulent en vingt minutes. Les Britanniques dénombrent pas moins de quarante impacts de bombes de 250 et 60kg sur le porte-avions et sont époustouflés de la précision de l’attaque ; des servants de la défense antiaérienne témoigneront avoir vu plusieurs D3A1 sortir de leur piqué plus bas que le pont du porte-avions.
Le groupe mené par Egusa ne trouve d’abord que le pétrolier BRITISH SERGEANT : six D3A1 l’expédient prestement par le fond. Puis, un peu plus au sud, neuf autres D3A s’en prennent au cargo ATHELSTONE et à la corvette HOLLYHOCK, qu’ils coulent tous deux sans difficulté. Puis Nagumo et Ozawa se retirent de la zone : ils n’ont pas anéanti la force de l’amiral Somerville, sauvée par les hésitations de son chef, mais celle-ci préfère se scinder en deux et se retirer en Afrique et à Bombay, d’où elle ne menace plus l’avancée japonaise en Asie du Sud-Est. De retour au Japon, Egusa explique à un de ses amis qui lui demande comment il s’y est pris pour couler les deux croiseurs : « C’était beaucoup plus simple que d’attaquer le SETTSU. C’est tout. » L’entraînement acharné a porté ses fruits…
 
[Biographie] Takashige EGUSA 185_he10
La fin de l’HERMES (photo bien connue)

L’escadre de Nagumo rentre à Hashirajima près de Kure le 22 avril 1942. La veille de l’arrivée, le SŌRYŪ desserre son groupe aérien à Kasanohara près de Kanoya (Kyūshū). Le 23, Takashige est accueilli en héros. Chez lui, profitant d’une permission, il retrouve son épouse, tout juste remise de la naissance compliquée de son second fils, Toshimasa, le 20 décembre précédent.

Midway

Les vacances en famille sont de courte durée car Nagumo prépare déjà l’opération suivante : l’attaque sur Midway, qui doit attirer les porte-avions américains dans un piège. De Kasanohara, les groupes aériens d’attaque gagnent Iwakuni (de l’autre côté de la baie de Hiroshima) pour reprendre l’entraînement. Depuis Pearl Harbor en effet, il y a eu pas mal de remplacements parmi les pilotes et l’entraînement n’est plus à la hauteur de ce qu’il était en décembre comme le note le prudent Nagumo dans son rapport de mission. L’entraînement en Mer Intérieure dure près d’un mois ; le 24 mai, le SŌRYŪ récupère son groupe aérien (vingt-et-un A6M, vingt-et-un B5N2, vingt-et-un D3A1 et deux prototypes du D4Y1 qui souffrent de problèmes de jeunesse et qui ne doivent servir que d’appareils de reconnaissance, auxquels il faut ajouter les appareils de réserve). Et le 27 mai, c’est l’appareillage pour une sortie dont le moins que l’on puisse dire est qu’elle va fortement contraster avec l’euphorie du raid sur Colombo.

Dès le matin du 5 juin (le 4 dans le calendrier américain), les Japonais savent qu’ils sont repérés et suivis. Trop d’avions américains ont été détectés pour que ce soit une coïncidence ou pour espérer qu’ils n’aient rien vu. Avant le lever du jour, les porte-avions japonais ont lancé la première vague d’attaque sur l’île de Midway ; ni Egusa ni les D3A1 du SŌRYŪ n’y participent. De 7h à 10h30, Takashige assiste depuis le porte-avions au ballet des chasseurs A6M et de la DCA qui repoussent les B-17, les Vindicators, les PBY, les B-26 et les Devastators. Accompagné par le croiseur lourd CHIKUMA qui le protège de sa DCA, le SŌRYŪ esquive habilement les coups en manœuvrant à pleine vitesse. Egusa compte les bombes et les torpilles qui ratent leur cible. Il note aussi que la DCA réussit à abattre plusieurs Devastators malgré les manœuvres serrées des navires.

[Biographie] Takashige EGUSA 190_va10
Un D3A1 attaque l’aérodrome de Midway.

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Le SŌRYŪ esquive les bombardiers conventionnels à Midway.

Entretemps, l’hydravion de reconnaissance du TONE a repéré et signalé la présence d’une escadre américaine accompagnée d’un porte-avions mais Nagumo a déjà ordonné le réarmement des avions d’attaque en bombes explosives pour une deuxième attaque sur l’ïle. Takashige observe en expert admiratif le départ et l’éloignement du D4Y n°BI-201 qui doit relever l’hydravion du TONE. Nagumo décide d’attendre le réarmement des B5N2 avec des torpilles pour lancer une attaque groupée, plus efficace. Il aurait pu envoyer les D3A1, plus rapides à réarmer, pour mener une première attaque indépendamment ; il ne le fait pas. Puis la première vague d’avions revient et apponte, retardant le départ de la deuxième qui reste au hangar tandis qu’un temps précieux s’écoule. En fin de compte, le SŌRYŪ et le HIRYŪ doivent lancer chacun trois A6M et dix-huit D3A1 entre 10h30 et 11h. Pendant tout ce temps, Egusa ronge son frein : après avoir passé des années à entraîner ses pilotes à devenir la crème des bombardiers en piqué, après avoir raté les porte-avions US à Pearl Harbor, il voit ses avions cloués sur le pont du hangar central du SŌRYŪ suite à une série d’ordres timorés… alors que les porte-avions américains sont enfin là ! À 10h24, bien avant que la pontée soit prête à décoller (les D3A1 sont toujours au hangar), les vigies hurlent l’alerte : douze Dauntless de la VB-3 du Yorktown piquent sur le SŌRYŪ. En quelques minutes, le porte-avions encaisse trois bombes de 450kg qui déforment son pont d’envol, dévastent ses hangars et encore plus bas ses machines mal protégées, et qui déclenchent un incendie qui devient rapidement incontrôlable. Avec les autres aviateurs, appliquant les consignes en cas d’incendie, Takashige a trouvé refuge sur le pont d’envol quand une violente explosion le projette à la mer, sonné, blessé et brûlé. Il est repêché, méconnaissable, par le destroyer ISOKAZE. Gravement brûlé au visage, sur le côté gauche du corps et au bras, et après avoir passé plusieurs heures dans l’eau salée, il peine à respirer. Les infirmiers de l’ISOKAZE font de leur mieux auprès des nombreux blessés jusqu’à ce que ceux-ci soient transférés sur le porte-hydravions CHIYODA, qui dispose d’un médecin et de meilleures installations médicales. C’est à son bord que Takashige rentre au Japon.

[Biographie] Takashige EGUSA 200_ch10
Le porte-hydravions CHIYODA à bord duquel Egusa, blessé, rentre au Japon.

Convalescence

Obligé de rester quelques semaines à l’Hôpital de la Marine Impériale à Yokosuka, Takashige n’est pas un patient facile. En particulier, il sait que son épouse Kiyoko n’a pas été informée de son sort – comme c’est le cas pour tous les blessés et les morts de Midway. Dès que son état le permet, il se met en tête d’aller la retrouver afin de passer du temps avec elle avant de retourner combattre. Un jour de l’été 1942, en rentrant de chez une amie, Kiyoko a la surprise de le trouver chez eux, qui attend. Elle découvre un mari couvert de bandages et le bras gauche inerte en écharpe, qui ne lui dévoile que les circonstances dans lesquelles il a été blessé, sans relater l’ensemble de la bataille.

Le 10 juillet 1942, Egusa est nommé instructeur au kōkūtai de Yokosuka. N’étant pas entièrement remis de ses blessures, il ne peut toujours pas voler, mais il recommence à s’occuper utilement l’esprit. Sa famille déménage à Kamakura et c’est là, auprès d’elle, qu’il achève sa longue convalescence. À cause de ses brûlures au visage, il a dû raser sa moustache.

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À  sa sortie de convalescence, Takashige n’a plus de moustache. Il reprend du service comme instructeur.

De l’aviation embarquée à l’aviation d’attaque basée à terre et à la bataille des Mariannes

Le 15 octobre 1942, il apprend qu’il va être affecté à partir du 1er février 1943 à bord du porte-avions RYŪHŌ qui est l’ancien ravitailleur de sous-marins TAIGEI converti en porte-avions léger. Les travaux de conversion s’achèvent le 30 novembre. Ce jour-là, Egusa est à bord du HŌSHŌ pour former les nouveaux pilotes à l’appontage et au décollage sur porte-avions. Au retour à quai du HŌSHŌ le 1er février 1943, il apprend qu’il est désormais chargé de tester les premiers bombardiers bimoteurs P1Y1 Ginga. Le RYŪHŌ attendra. Il attendra tellement longtemps que Egusa n’y mettra jamais les pieds.

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Le nouveau bimoteur multirôles P1Y1 Ginga (nom de code Frances chez les Alliés)

Le P1Y est le fruit d’un programme lancé en urgence en 1940 et qui vise la polyvalence du Junker Ju-88 allemand, à la fois bombardier conventionnel, bombardier en piqué et torpilleur. Après les coûteuses campagnes de Midway et de Guadalcanal, la Marine Impériale sait qu’elle n’aura plus jamais la suprématie en termes de nombre de porte-avions dont elle avait joui au début du conflit et elle compte sur ses groupes aériens basés à terre pour épauler ses groupes embarqués. Dans ce contexte, le P1Y est très attendu pour remplacer les G3M et les G4M trop vulnérables et pour conférer aux groupes à terre une capacité d’attaque en piqué à grande distance, rôle dans lequel l’expérience d’Egusa est irremplaçable.
L’avion est exceptionnel : il peut transporter en soute deux bombes de 500kg ou une torpille de 800kg et affiche une autonomie de près de 2600 Nq. La production de ses composants est confiée à plusieurs industries, l’arsenal de Yokosuka n’assurant que l’assemblage final pour gagner du temps.

Takashige est de loin le plus qualifié des pilotes d’essai, bien qu’il n’ait plus pratiqué l’attaque à la torpille depuis sa sortie du Kaigun Renshu Kōkūtai. Il s’y réentraîne, sans négliger pour autant le bombardement en piqué. Ce dernier reste la tactique la plus précise, mais l’entrée en service du chasseur Hellcat et l’apparition des fusées de proximité dans les obus de la DCA américaine ont rendu l’attaque en plein jour et à très faible distance des grands bâtiments U.S. terriblement coûteuse, et l’attaque à la torpille paraît moins risquée. En outre, les Japonais savent que les Américains privilégient désormais l’utilisation du radar, la direction de la chasse et le maintien de la formation antiaérienne de leurs Task Forces par rapport à la manœuvre évasive, ce qui leur fait croire que les unités américaines sont vulnérables à une attaque à la torpille puisqu’elles ne zigzaguent pas et ne mettent pas à grande vitesse quand elles sont attaquées.

Les différentes tactiques d’emploi du P1Y sont mises au point en quelques mois, les manuels rédigés, imprimés et distribués. Malgré les problèmes de fiabilité de l’appareil, qui exige une maintenance qu’on ne trouve pas sur les bases sommaires, les pilotes s’entraînent dans les secteurs d’exercice de Yokosuka, et mer intérieure. Le 15 août 1943, la première unité opérationnelle de Ginga est formée : le 521e kōkūtai. Takashige en prend le commandement. L’unité est basée à Kisarazu dans la préfecture de Chiba (la presqu’île qui ferme la baie de Tōkyō à l’est), ce qui permet à Takashige de rentrer chez lui assez souvent. En septembre, Kiyoko donne naissance au troisième enfant du couple – une fille, prénommée Haruko.

[Biographie] Takashige EGUSA 215_eg10
Le capitaine de frégate Egusa commandant le 521e kōkūtai

À côté de sa vie de famille à laquelle il consacre tout le temps qu’il peut, Egusa se dépense sans compter pour que le 521e kōkūtai soit à la hauteur des attentes. L’escadrille fait partie de la 1e Flotte Aérienne qui aligne un millier d’avions et qui se prépare à contrer la grande offensive américaine attendue pour 1944. La situation du Japon a bien changé depuis la campagne de Chine : Takashige sait que la partie sera aussi rude qu’essentielle. En avril 1944, il est devenu clair que les Mariannes sont la prochaine cible des Américains. Egusa sait que son unité n’est pas prête mais il en emmène une partie à Miyajima (le nom que les Japonais ont donné à Guam) sur la toute nouvelle base aérienne de Tomioka (aujourd’hui Tiyan, l’aéroport international de Guam). Les autres échelons du 521e kōkūtai suivent par petits groupes. L’ensemble de la 1e Flotte Aérienne est dispersé sur Tinian, Guam, Saipan, Yap, Palaos, Iwo Jima et d’autres îles afin de ne pas offrir de cible trop tentante à l’ennemi et parce qu’aucune base japonaise ne peut accueillir autant d’avions. Cette dispersion complique la coordination des attaques mais le vice-amiral Kakuta, qui commande ladite flotte, prévoit de la reconcentrer dès qu’il saura quelle île les Américains viseront et de coordonner ses attaques avec la flotte de porte-avions reconstituée à grand peine depuis la fin 1942 et commandée par le vice-amiral Ozawa.

L’état-major nippon commet cependant l’erreur de vouloir défendre à tout prix le verrou fortifié de Biak sur la côte nord de la Nouvelle-Guinée. Peu avant l’offensive américaine sur les Mariannes, une partie de la 1e Flotte Aérienne est envoyée dans le secteur. Elle y perd des avions et des pilotes victimes de la malaria, mais surtout elle ne dispose que de la moitié de ses avions dans le secteur des Mariannes quand les Américains s’en approchent le 9 juin 1944. Les Américains n’ont évidemment pas l’intention de laisser les Japonais appliquer leur plan : des raids préventifs sur la plupart des aérodromes des Mariannes empêchent la 1e Flotte Aérienne de se concentrer et d’épauler la 1e Flotte Mobile d’Ozawa. Les douze porte-avions lourds de l’amiral Spruance anéantissent en quatre jours les capacités offensives de Kakuta, avant même qu’Ozawa n’arrive.

Au moment des premières attaques, Egusa est sur l’aérodrome n°2 près du village de Wasile sur l’île de Guam avec trente de ses Ginga. Il s’y trouve aussi dix-sept D4Y Suisei du 753e kōkūtai dont une douzaine seulement sont opérationnels, et cinquante-neuf A6M des 261e et 265e kōkūtai dont une dizaine sont en réparation. Il n’y a pas là de quoi forcer le passage à travers l’écran de la chasse et de la DCA américaines, Takashige le sait. Il n’a pas envie de sacrifier tous ses hommes et tous ses avions pour un résultat nul, obnubilé qu’il est par les porte-avions américains. Il opte donc pour une attaque à la torpille au crépuscule et après une approche en rase-vague pour passer sous la couverture radar. Pour ne pas laisser aux Américains le temps de détruire un à un ses avions au sol, il décide de ne pas attendre Ozawa et d’attaquer dès l’après-midi du 15 juin, troisième jour de l’offensive américaine. Il ne reste déjà plus qu’une dizaine de P1Y en état de vol. Fidèle à lui-même, il prend part à l’attaque.

Deux groupes prennent l’air dans les dernières lueurs du jour : le premier compte dix D4Y armés de bombes, le deuxième les dix P1Y, trois D4Y et six A6M – peu de chose en vérité pour s’en prendre à l’armada américaine.

Le groupe des dix Suisei arrive le premier sur le Tak Group 58.7 qui comprend quatre porte-avions (ENTERPRISE, LEXINGTON, SAN JACINTO et PRINCETON), le cuirassé NORTH CAROLINA, quatre croiseurs et neuf destroyers. Les rapides bombardiers en piqué sont repérés au radar et interceptés par la Combat Air Patrol du SAN JACINTO qui abat six des D4Y. Ce premier raid a attiré la chasse sur lui : personne ne s’intéresse au deuxième groupe, qui arrive tellement bas que les radars ne le détectent que fort tard et furtivement, à 22 000 m de l’ENTERPRISE. Ce sont les vigies du NORTH CAROLINA qui repèrent en premier une partie des bimoteurs qui ne sont plus qu’à 10 000 m. Le cuirassé ouvre le feu, donnant ainsi l’alerte aux autres navires du groupe. Les P1Y disparaissent dans le crépuscule, puis ressurgissent à 4000m. La DCA se déchaîne, guidée par les télépointeurs Mk.37 équipés de radars. Les Mk.14 des 40mm sont inefficaces dans l’obscurité et les traceurs des 40mm éblouissent les canonniers avant que les avions soient très près. Il n’empêche : les quatre P1Y qui attaquent le groupe sur bâbord sont descendus par le NORTH CAROLINA, le LEXINGTON et les destroyers d’écran, et cinq des six qui s’en prennent au LEXINGTON par l’avant le sont également. Un seul Ginga s’échappe apparemment, passant entre le LEXINGTON et l’ENTERPRISE avant de dégager sur sa gauche. Plusieurs torpilles passent de part et d’autre du LEXINGTON, mais aucune ne touche. Une bombe tombe à 750m de l’ENTERPRISE, probablement larguée par un des D4Y auxquels personne n’a prêté attention.

[Biographie] Takashige EGUSA 220_dc10
Tir de DCA des navires américains le soir où le groupe d’Egusa attaque : les traceurs sont ceux des 40mm.

[Biographie] Takashige EGUSA 225_pl10
Reconstitution de la dernière attaque d’Egusa Takashige.

C’est fini. Ni Egusa Takashige ni aucun de ses hommes ne rentreront à Guam. Le Japon vient de perdre un des grands experts du bombardement en piqué dans l’anonymat d’un obscur accrochage mineur en marge de la bataille aéronavale des Mariannes. C’en est fait du vaillant guerrier qui perfectionnait son art dans l’espoir de triompher d’un ennemi supérieur en nombre mais moins bien entraîné : le combat naval et aéronaval est entré dans l’ère de la technologie et de la puissance de feu brute.

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Dernière édition par Takagi le Lun 06 Mai 2019, 05:11, édité 3 fois
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MessageSujet: Re: [Biographie] Takashige EGUSA   [Biographie] Takashige EGUSA EmptyDim 05 Mai 2019, 06:57

récit très interessant,
j'ai un doute sur la photo donnée pour être située à Marseille
le site ressemble à celui de l'escalier de la gare st charles, mais plusieurs détails me semblent étranges
-le batiment à l'angle de la rue n'est pas dans le bon style, d'ailleurs l'immeuble actuel est clairement un truc fait au XIXe bien différent, une seule bombe est tombée à cet endroit en 44, plus bas, justifiant les immeubles actuels, plus modernes
-les statues et le passage (en arriere sur la gauche) ne correspondent pas
-la rambarde de l'escalier ne correspond pas
-le boulevard d'athènes semble bien large
-la tenue de parade de la gendarmerie fait très victor hugo, et correspondrait plutôt à celle de l'italie (plume)

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MessageSujet: Re: [Biographie] Takashige EGUSA   [Biographie] Takashige EGUSA EmptyDim 05 Mai 2019, 11:04

thumright Passionnant ! Superbe article [Biographie] Takashige EGUSA Smiley_a
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MessageSujet: Re: [Biographie] Takashige EGUSA   [Biographie] Takashige EGUSA EmptyDim 05 Mai 2019, 20:17

patzekiller a écrit:
récit très interessant,
Merci
Citation :
j'ai un doute sur la photo donnée pour être située à Marseille
le site ressemble à celui de l'escalier de la gare St Charles, mais plusieurs détails me semblent étranges
-le batiment à l'angle de la rue n'est pas dans le bon style, d'ailleurs l'immeuble actuel est clairement un truc fait au XIXe bien différent, une seule bombe est tombée à cet endroit en 44, plus bas, justifiant les immeubles actuels, plus modernes
-les statues et le passage (en arriere sur la gauche) ne correspondent pas
-la rambarde de l'escalier ne correspond pas
-le boulevard d'athènes semble bien large
-la tenue de parade de la gendarmerie fait très victor hugo, et correspondrait plutôt à celle de l'italie (plume)

Il se peut que l'album de la promotion 1930 d'Etajima soit erroné, mais la légende de la photo dit bien Marseille et précise la date du 17 mai 1931.
Je connais assez bien Marseille et je ne reconnais pas l'endroit. Je n'ai pas non plus trouvé cet endroit à Naples (seule escale italienne de la croisière) mais je ne connais pas cette ville, je me suis contenté d'une recherche sur le Net.
Ceci dit, pourquoi comparer cette place avec l'escalier de la gare Saint-Charles ? scratch
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MessageSujet: Re: [Biographie] Takashige EGUSA   [Biographie] Takashige EGUSA EmptyLun 06 Mai 2019, 01:23

bonsoir
enfin une nouvelle biographie d'un marin japonais ! merci Takagi, j'apprécie chaque fois. encore, encore ! [Biographie] Takashige EGUSA Ta_clap
Yamamoto (katérapé); est l'arbre qui cache la forêt.
et on parle du D3A…  l'un de mes avions préférés.
comme un célèbre auteur, j'ai un faible pour les bombardiers en piqué (Dauntless; Stuka, Val).
cela dit, et bien qu'ils n'aient pas été des pilotes d'aéronavales, les équipages de Stuka ont aussi prouvé leur valeur.
ne serait-ce que lors des batailles de Crète ou du Dodécanèse.
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MessageSujet: Re: [Biographie] Takashige EGUSA   [Biographie] Takashige EGUSA EmptyLun 06 Mai 2019, 17:50

Takagi a écrit:

Il se peut que l'album de la promotion 1930 d'Etajima soit erroné, mais la légende de la photo dit bien Marseille et précise la date du 17 mai 1931.
Je connais assez bien Marseille et je ne reconnais pas l'endroit. Je n'ai pas non plus trouvé cet endroit à Naples (seule escale italienne de la croisière) mais je ne connais pas cette ville, je me suis contenté d'une recherche sur le Net.

Ceci dit, pourquoi comparer cette place avec l'escalier de la gare Saint-Charles ? scratch

ben moi je suis marseillais de souche et j'ai passé les 30 premières années de ma vie à st lazare, le quartier juste à coté de st charles. j'ai connu le coin avant même la construction des passages sous l'autoroute (lorsqu'il ont creusé, j'ai le souvenir de l'atroupement car ils avaient trouvé une bombe non explosée).

il n'y a pas des masses d'escaliers à Marseille et clairement aucun autre dans ce format là. ce que tu qualifie de place, surélevée par rapport au public en arrière plan correspondrait au 1er palier du dit escalier, le seul avec cette largeur. pour s'en convaincre, il suffit de jeter un œil à google earth , il y a d'ailleurs un point panoramique 360 dans l'application.
les autres paliers sont plus étroits
ensuite on est en 1900 et des brouettes, à cette époque pas de car qui viennent chercher les touristes, on descend du bateau à la joliette ou devant le quai d'honneur de la mairie, au pire, devant le fort st nicolas et on part en ordre serré. on descend le port, on remonte la canebière sous les vivas de la populace et on remonte le boulevard d'athènes pour se trouver au pied du dit escalier. là, on monte jusqu'au premier palier où la largeur permet la cérémonie en question (et évite de rester sur la chaussée). total du trajet en OS environ 15 minutes, un peu plus depuis la joliette, avec la rue de la république à descendre.


si c'est Marseille : ça a sacrément changé, cf tous les détails cités ; et il n'y a pas d'autre endroit aux alentours (et meme en ville) similaires ,cf la légende de la photo

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MessageSujet: Re: [Biographie] Takashige EGUSA   [Biographie] Takashige EGUSA EmptyMar 07 Mai 2019, 04:57

Ça fait plusieurs fois que je corrige des scories de rédaction dans l'article. C'est amusant : je l'ai relu plusieurs fois sur mon traitement de texte habituel mais je n'avais rien remarqué. Le simple fait de modifier la mise en page pour une publication sur le Net fait ressortir les erreurs, les phrases replâtrées sans être nettoyées ensuite, les fautes de frappe et de concordance des temps...
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MessageSujet: Re: [Biographie] Takashige EGUSA   [Biographie] Takashige EGUSA EmptyJeu 09 Mai 2019, 09:42

Citation :
En l’absence des porte-avions américains, les D3A1 de la première vague s’en prennent aux aérodromes de Hickam Field et de Ford Island. Une heure après la première vague, la deuxième prend l’air. Ses quatre-vingt-un D3A1, commandés par Egusa et répartis en quatre groupes, ont liberté de s’en prendre à des « cibles d’opportunité » selon ce qui se présente Les dix-huit D3A1 du SŌRYŪ et du HIRYŪ du groupe d’Egusa contournent les montagnes par l’est et, zigzaguant pour déjouer la DCA, font une passe au-dessus de l’allée des cuirassés pour repérer et choisir leurs cibles. Egusa veut s’assurer que les porte-avions ennemis ne sont pas rentrés au port après le passage dévastateur de la première vague. Il ne les trouve pas mais repère le cuirassé NEVADA qui essaie de s’échapper de la souricière. Comme à l’exercice et malgré les tirs de la DCA, les dix-huit bombardiers en piqué placent sept bombes de 250kg au but en quelques minutes, forçant le NEVADA à s’échouer pour ne pas risquer de couler dans la passe.

Petites précisions à ce très bel article thumleft

Les Val de la première vague sont dès la conception du raid dédiés aux missions d'interdiction aérienne et leurs objectifs sont les aérodromes notamment Wheeler et Ford (Wheeler est le premier objectif traité par les "Japs" dès 07h50/55). Les équipages appareils de la 5e division (Shokaku Zuikaku CA Hara) sont considérés comme les moins aguerris et sont affectés aux missions d'attaque au sol (ce sont les Val du Zuikaku de mémoire qui attaquent Ford et sont les premiers à larguer sur la rade elle même). Sur la rade la première vague est composée des Kate torpilleurs des 1ere (24) et 2e divisions (16) et des 49 Kate bombardiers horizontaux des 1ere et 2 e division menés par Fuchida sur "Battleships Row". Les Kate de la 5e attaquent entre autre Hickham Field.

Les Val de la deuxième vague menés par Egusa (78 je crois) mènent effectivement des attaques d'opportunité rendues délicates par la fumée des incendies de mazout ... et la DCA bien réveillée Egusa lance sur un des croiseurs amarrés aux quais de l'arsenal. Les avions qui attaquent le Nevada sont ceux (23) du Kaga qui seront les seuls à réaliser un assaut coordonné durant l'attaque.
Pour les pilotes de bombardiers en piqué PH est un peu frustrant pas de p-a, faible visibilité et au final des % de coups au but relativement médiocres au regard des ratios atteints à l'entraînement (55%) sans parler de ceux qu'ils auront dans l'océan Indien ...

à lire la biographie très bien faite d'Egusa

https://www.amazon.fr/Fist-Sky-Takashige-Illustrious-Dive-Bomber/dp/0859791173
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