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  [Biographie] Aritomo GOTŌ

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Takagi
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MessageSujet: [Biographie] Aritomo GOTŌ   Mer 30 Déc 2015, 14:37


L'unique photo connue de Gotō Aritomo, en tenue de contre-amiral avec toutes ses décorations.

Gotō Aritomo (五藤 存知) naît le 23 janvier 1888 à Kuroda, ancienne capitale du fief d’Owari-Kuroda dans l’actuelle préfecture d’Ibaraki au nord de Tōkyō.

Une famille de samouraïs

Sa famille paternelle descend d’une lignée de samouraïs de Kuroda, longtemps au service de la maison Tokugawa. Parmi ses ancêtres, le plus connu est Gotō Tamekiyoshi, qui avait servi Kazutoyo Yamauchi (1546-1605), premier daimyō de la lignée Kazutoyo à se ranger sous la bannière des Tokugawa lors de la bataille de Sekigahara (20 et 21 octobre 1600) qui a marqué la fin de l’époque Sengoku (les « royaumes combattants ») et le début de la longue paix de l’époque Tokugawa. Le nom de la famille Gotō (五藤 signifie « cinq glycines ») vient de son blason, qui représentait cinq fleurs de glycine de Chine.

En 1888, ce lointain lignage s’est quelque peu dilué : le père d’Aritomo, Gotō Konchi, est le fondateur et le premier calligraphe du pavillon Meiji du sanctuaire shintō de Toshogu, situé à Mito, chef-lieu de la préfecture d’Ibaraki. Konchi et son épouse Kane, qui vivent très modestement, ont six enfants dont trois meurent en bas âge ; Aritomo est leur troisième fils. Il grandit et fait ses études à Mito. Son prénom Aritomo (prononcé à la japonaise) s’écrit avec les deux kanji qui, lus à la chinoise, se prononcent Sonchi, jeu de mots (ou plutôt de kanji) qui rappelle la filiation avec son père.


Le sanctuaire Toshogu de Mito, tel qu'on peut le voir aujourd'hui dans le quartier de Miyamachi.
Les bâtiments, détruits par les bombardements de 1945, ont été reconstruits après la guerre.

Premiers pas dans la Marine Impériale

En 1907, il réussit le concours d’entrée à l’académie navale d’Etajima qu’il intègre le 21 septembre. Sa promotion, qui est la 38e de l’académie navale, compte plusieurs personnages qui deviendront célèbres pendant la guerre du Pacifique, dont Kurita Takeo, Mikawa Gunichi, Totsuka Michitaro et Sugiyama Rokuzo. Le 18 juillet 1910, Aritomo obtient son brevet de l’académie ; il est classé 30e sur 148. Mais c’est sur mer plus qu’à l’école qu’il va faire preuve de ses compétences.

La croisière d’application qu’il effectue comme midship à bord du croiseur protégé KASAGI (16 octobre 1910) puis du cuirassé pré-dreadnought SATSUMA (6 mars 1911) lui fait découvrir Honolulu, San Francisco, San Pedro (Californie), Acapulco  et Panama.


Le cuirassé IWAMI, ex-OREL russe saisi en 1905, photographié à Kure le 2 novembre 1907.

Sa première affectation opérationnelle l’envoie à bord du cuirassé IWAMI, où il embarque le 1er décembre 1911 avec le grade d’enseigne de vaisseau de deuxième classe. Une deuxième affectation à bord du navire-base de sous-marins TOYOHASHI du 12 juillet au 19 décembre 1912 lui permet de compléter sa formation initiale : après l’artillerie, les torpilles. Le 20 décembre, il entre au cours élémentaire de l’école d’artillerie suivi, le 24 mai 1913, du cours élémentaire de l’école des torpilles.


Le navire-base de sous-marins TOYOHASHI, photographié à Yokosuka le 25 septembre 1905 alors qu'il était classé transport de torpilles.

Le 1er décembre 1913, promu enseigne de vaisseau de première classe et breveté de ses deux écoles, il est nommé officier d’armes du destroyer MURAKUMO (classe MURAKUMO de 1898).


Le destroyer KAGERŌ de la classe MURAKUMO, photographié à Kure en 1920.

La guerre de 1914-1918

La guerre qui éclate en juillet 1914 en Europe se limite dans un premier temps, pour le Japon, à lutter contre la présence allemande dans le Pacifique. Le 10 octobre, l’enseigne de vaisseau Gotō est nommé commandant de la 4e brigade spéciale de l’infanterie de marine, créée pour participer à l’occupation des colonies et bases allemandes du Pacifique. Le 28 décembre, la mobilisation et l’organisation de l’unité étant bien lancées, il est remplacé à ce poste par un officier plus ancien et il est affecté à l’état-major du « corps expéditionnaire des archipels extérieurs des mers du sud ». Le 1er mars 1915, il prend le commandement de la station radio que la Marine Impériale installe temporairement sur l’île de Kusaie (aujourd’hui Kosrae dans les États Fédérés de Micronésie) pour combler un trou de communication entre les îles Marshall, les archipels des Salomons et de Nouvelle-Irlande et les îles Carolines. C’est son caractère et son autonomie qui lui valent ces commandements malgré son jeune âge : il n’est pas du genre à se retrancher derrière des demandes de moyens pour attendre et ne pas agir, il prend les moyens techniques et humains qu’on lui confie et il fait au mieux. En outre, il fait preuve d’un enthousiasme communicatif qui entraîne l’adhésion de ses subordonnés, même plus âgés, et l’empathie de ses pairs et de ses supérieurs.


L'île de Kusai (aujourd'hui Kosrae) sur un fond de carte des états actuels. La photo en médaillon montre l'île.

Trois mois plus tard, le 30 juin 1915, il reprend la mer comme adjoint à l’officier d’armes du croiseur protégé CHIKUMA. Il y reste dix-huit mois – une affectation particulièrement longue pour un officier de la Marine Impériale de cette ancienneté, à l’époque. Il y est très apprécié en tant que chef de quart pour son grand sens marin et en tant qu’officier pour ses qualités de meneur d’équipe, déjà révélées lors de ses commandements à terre.


Le croiseur protégé CHIKUMA, photographié à l'occasion de sa prise d'armement à Sasebo en mai 1912.

Le 1er décembre 1916, alors qu’il n’a que 28 ans, il est envoyé suivre le cours supérieur de l’académie navale (cours destiné aux futurs commandants) puis, le 1er avril 1917, le cours supérieur de l’école des torpilles. Ce même 1er avril, il est promu lieutenant de vaisseau.

Le 1er décembre 1917, il embarque sur le croiseur de bataille KONGŌ à bord duquel il passe la fin de la première guerre mondiale.

D’une guerre à l’autre : la mer, la mer et encore la mer

Le 11 décembre 1918, Gotō Aritomo est nommé adjoint à l’officier d’armes du destroyer TANIKAZE (classe TANIKAZE), alors en armement. Le 1er avril 1919, il est promu chef du service torpilles de ce destroyer.

Le 1er décembre 1920, il revient à terre, cette fois comme instructeur à l’école des torpilles. Le 15 décembre 1922, il prend en outre la responsabilité des séances d’instruction maritime auprès des établissements scolaires (à cette époque, les armées organisent des séances de formation élémentaire dans les écoles, en utilisant les associations de réservistes et d’anciens marins comme instructeurs). Il enseigne le B-A.ba de la propulsion mécanique. Il faut dire que l’enthousiasme de notre homme pour les choses de la mer ainsi que son adhésion sans faille à l’institution qu’est la Marine Impériale font mouche parmi son jeune public.

Il retrouve la mer en 1923 : le 1er avril, il embarque comme officier de manœuvre du croiseur cuirassé de défense côtière YAKUMO, qui sert à l’instruction des cadets bien que n’étant pas classé navire-école. À son bord, il est promu capitaine de corvette le 1er décembre.


Le croiseur cuirassé YAKUMO, ici à l'ancre en Australie pendant sa campagne de formation des cadets en 1928.

Commence ensuite une longue série de commandements à la mer qui en dit plus long sur les capacités d’Aritomo à commander que bien des explications. Il faut dire que notre homme, réfractaire aux intrigues, aux coteries et aux factions qui agitent les états-majors, demande systématiquement à être embarqué. Dans son esprit, tout temps passé à autre chose qu’à s’entraîner pour être prêt le moment venu est du temps perdu.

Le 10 mai 1924, il prend le commandement du destroyer de deuxième classe TSUTA (classe MOMI de 1919).


Le destroyer ASHI de la classe MOMI, sister-ship du TSUTA.

Un an et demi plus tard, le 1er décembre 1925, il prend le commandement du destroyer URAKAZE (classe URAKAZE de 1915) puis, le 1er décembre 1927, celui du destroyer NUMAKAZE (classe MINEKAZE de 1919).


Le destroyer URAKAZE, photographié ici à Wuhan (Chine) au début des années 30.

Le 1er mars 1928, il commande le destroyer NOKAZE (classe MINEKAZE), suivi le 11 juillet par le destroyer n°25 (futur UZUKI de la classe MUTSUKI) puis, le 23 juillet, par le destroyer NADAKAZE (classe MINEKAZE).

Le 10 décembre, il est promu capitaine de frégate, dix jours seulement après les premiers de sa promotion.


Le destroyer YŪKAZE de la classe MINEKAZE, classe à laquelle appartiennent les NUMAKAZE, NOKAZE et NADAKAZE, tous commandés par Gotō Aritomo.
La photo montre le YŪKAZE lors de sa prise d'armement à Nagasaki en 1921.



Le destroyer n°25, futur UZUKI de la classe MUTSUKI, photographié en août 1925 pendant ses essais.

Le 15 janvier 1929, il est nommé commandant pour armement (gisōin-chō) du destroyer URANAMI (classe FUBUKI I) qu’il commande (kan-chō, 25 avril 1929) ensuite à la mer.


Le destroyer URANAMI à l'occasion de manœuvres en formation en septembre 1932.

Le 2 novembre 1931, il prend le commandement de la 27e division de destroyers, forte de quatre navires de la classe MINEKAZE.

Le 1er décembre 1932, il commande le destroyer MATSUKAZE (classe KAMIKAZE de 1922) et la 1e division de destroyers, qui compte quatre unités de la classe KAMIKAZE.

À ce poste, il est promu capitaine de vaisseau le 15 novembre 1933.


Le destroyer MATSUKAZE photographié au mouillage dans les années 1930.

Un an plus tard, le 15 novembre 1934, il prend le commandement de la 10e division de destroyers qui aligne les quatre unités de la classe FUBUKI III, mises en service en 1932-33.


Le croiseur léger NAKA, conducteur de flottille, photographié à Kure en 1933.

Le 15 novembre 1935, il est nommé au commandement du croiseur léger NAKA (classe JINTSŪ), qui embarque l’état-major d’une flottille de destroyers. C’est, pour un temps, son dernier commandement dans le monde des destroyers, où laisse un souvenir fort par son habileté tactique et sa grande maîtrise des manœuvres en formation. Les équipages qu’il a formés sur des destroyers anciens armeront des unités plus récentes à la fin des années 1930. Le commandement d’un croiseur léger lui sert de passerelle vers ceux de bâtiments plus importants et, le 1er décembre 1936, il est nommé commandant du croiseur lourd ATAGO suivi, le 12 juillet 1937, de celui du croiseur lourd CHŌKAI, qui est un des croiseurs japonais ayant la meilleure réputation de par l’excellence de l’entraînement de son équipage.


Le croiseur lourd ATAGO lors de ses essais à puissance maximale dans la baie de Sukumo le 13 février 1932.


Le croiseur lourd CHŌKAI (au premier plan) au mouillage de Yokosuka le 7 octobre 1935.
Les grandes manœuvres viennent d'être annulées après l'incident de la Quatrième Flotte du 26 septembre et toute la flotte est rentrée.

La guerre contre la Chine vient tout juste d’éclater (juin 1937), amenant la flotte japonaise à se déployer loin de ses secteurs habituels. En août, le CHŌKAI est intégré à la 4e division de croiseurs (qui groupe les quatre unités de la classe TAKAO) et effectue avec elle une patrouille en mer de Chine orientale. Après une escale à Port-Arthur, la 4e division effectue une deuxième patrouille, plus au sud avant de rentrer à Sasebo où elle arrive le 21 novembre. Réduite aux seuls CHŌKAI et MAYA mais accompagnée d’autres navires, elle effectue une campagne en mer de Chine méridionale, rentre à Takao (Taiwan) le 13 avril 1938, effectue une école d’artillerie à l’ouvert de la baie d’Ariake (Kyūshū) en septembre-octobre, puis repart pour participer à une démonstration de force en mer de Chine méridionale le 17 octobre. Le 15 novembre 1938, alors que le CHŌKAI est en escale à Magong (Taiwan), Gotō Aritomo termine son commandement et passe la suite au capitaine de vaisseau Hoshina Zenshiro.


Le croiseur lourd CHŌKAI (à droite) au mouillage dans la baie d'Ariake en compagnie de son sister-ship MAYA le 3 avril 1939.

Que faire, après de telles affectations, quand on ne veut pas mettre les pieds dans un état-major ? Le 15 novembre 1938, Gotō Aritomo prend le commandement du cuirassé MUTSU, qui est alors un des deux plus puissants cuirassés du Japon et qui vient de rentrer de la même mission en mer de Chine méridionale que le CHŌKAI. Le cuirassé est cependant placé en situation de réserve, avec un équipage réduit, à Sasebo le 15 décembre 1938. La Marine Impériale, à court d’effectifs en cette période de mise en service de plusieurs grandes unités neuves, gère les priorités et réaffecte ses marins sur d’autres unités…


Le cuirassé MUTSU lors de sa sortie de refonte en 1936.

Au chômage technique, privé de sorties en mer, Gotō Aritomo n’attend pas la reprise d’activité de son bâtiment ; le 1er février 1939, il prend le commandement du vieux croiseur cuirassé YAKUMO, qu’il a déjà connu est qui est maintenant navire-école au profit des cadets de l’académie navale. Il effectue à son bord une unique corvette d’instruction avant de quitter son commandement le 15 mai. Puis il prend brièvement le commandement du cuirassé YAMASHIRO le 15 septembre 1939 pour huit semaines d’entraînement individuel. Le 1er novembre, il termine son commandement du MUTSU, qu’il avait conservé pendant ses passages sur le YAKUMO et le YAMASHIRO. Gotō Aritomo a ainsi été l’un des rares officiers de marine à commander deux cuirassés en même temps… C’est encore Hoshina Zenshiro qui lui succède, cette fois comme commandant du MUTSU.


Le vieux croiseur cuirassé YAKUMO, utilisé comme navire-école pour les cadets d'Etajima.


Le cuirassé YAMASHIRO, ici en train d'effectuer ses essais à pleine puissance en mer Intérieure le 14 décembre 1934.

Le 15 novembre, quittant le YAMASHIRO, il est propulsé à la tête de la 2e escadrille de destroyers en même temps qu’il est promu contre-amiral. Il préside à la modernisation de son escadrille, qui remplace un à un ses destroyers anciens par huit nouvelles unités de la classe KAGERŌ en quelques mois entre la fin de 1939 et celle de 1940. Gotō Aritomo s’attache à entraîner ses équipages à tirer le meilleur profit de leurs nouveaux navires en vue de la guerre généralisée qui se prépare. Quand il passe la suite au capitaine de vaisseau Tanaka Raizō le 15 septembre 1941, la 2e escadrille s’est bâtie une solide réputation d’efficacité, notamment en combat de nuit. Ses officiers sont rompus à la prise d’initiative, au canonnage et au torpillage au débotté sur tout ce qui se présente. Ils sont également parmi les mieux formés à la protection des convois et à la lutte anti-sous-marine (avec les moyens japonais d’avant-guerre…). Ils sont tellement habitués à travailler ensemble qu’ils n’ont presque pas besoin de se parler au moment de l’action : chacun sait ce qu’il a à faire.


Vus depuis le KAKO, le FURUTAKA et le KINUGASA dans le détroit de Bungo en octobre 1941.
Avec l'AOBA, ces trois bâtiments forment la sixième division de croiseurs.

(à suivre)


Dernière édition par Takagi le Jeu 31 Déc 2015, 19:13, édité 2 fois (Raison : corrections de détail)
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MessageSujet: Re: [Biographie] Aritomo GOTŌ   Mer 30 Déc 2015, 14:39

L’avancée vers le sud : six mois de Blietzkrieg

Avant même la fin de son poste de commandant d’escadrille, Aritomo sait qu’il n’ira pas à terre : cinq jours plus tôt, le 10 septembre 1941, Yamamoto l’a déjà nommé commandant de la 6e division de croiseurs, qui aligne les quatre unités des classes FURUTAKA et AOBA. Certes, il s’agit là des croiseurs lourds à la fois les plus anciens, les moins bien protégés et les moins bien armés de la Marine Impériale, mais Yamamoto sait ce qu’il fait en les confiant à cet amiral atypique : il va en avoir besoin pour couvrir et appuyer de nombreux débarquements dans les mers du Sud, à des milliers de milles de la métropole et de ses arsenaux, dans des eaux souvent mal cartographiées. Pour cela, il a besoin d’un navigateur et d’un manœuvrier hors pair, d’un meneur et d’un commandant autonome, capable d’agir avec les moyens dont il dispose et de se débrouiller pendant des mois en économisant ses forces, son carburant et ses munitions. Yamamoto l’apprécie particulièrement et sait qu’il peut compter sur lui.

Atypique, Gotō l’est à plusieurs titres, au point qu’on l’a parfois qualifié de martien parmi les officiers généraux de la Marine Impériale : depuis 1915, et hormis quelques postes d’instructeur, il n’a jamais cessé de naviguer, il vit à bord de ses navires, sans aucune attache à terre, et est réfractaire à l’ambiance codifiée des états-majors. Il n’est bien qu’en mer, sur une passerelle, mais sait prendre du recul et peser les risques – mieux sans doute que s’il commandait à distance. Pour lui, chaque instant doit être passé à s’entraîner et à s’entraîner encore, à peaufiner l’entretien et le réglage des installations, de manière à être aussi prêt que possible quand viendra l’heure d’agir.

Et cette heure est venue : le 30 novembre, la 6e division gagne les îles Bonin (aujourd’hui Ogasawara) et prend ancrage à Hahajima. Le but de cette manœuvre est de soustraire la division aux regards de la métropole pendant ses derniers préparatifs. Le 2 décembre, elle reçoit le célèbre signal 新高山登れ1208 (« Escaladez le mont Niitaka 1208 ») envoyé par le NAGATO, navire-amiral de la flotte et qui fixe la date du début des hostilités au 8 décembre dans le calendrier japonais. Le 4, la 6e division appareille de Hahajima avec les destroyers KIKUZUKI, YŪZUKI, UZUKI et OBORO pour soutenir le débarquement sur la base américaine de Guam dans les Mariannes. Le débarquement a lieu le 10 décembre à 06h25 ; l’île (défendue par 500 hommes) capitule à 06h45. Puis la 6e division gagne la base avancée de Truk dans les Carolines. Le 13, elle en repart pour appuyer le deuxième débarquement sur Wake, le premier ayant échoué le 8 décembre. L’île capitule le 23 décembre, quelques heures après la mise à terre des fusiliers marins japonais.

Le 10 janvier 1942, les quatre croiseurs de Gotō sont de retour à Truk. Ils n’ont encore vu aucun ennemi sur mer ni dans les airs.


Carte montrant les principaux lieux cités dans le texte.

Ils en repartent le 18 avec le porte-hydravions CHITOSE qui leur confère une appréciable capacité de reconnaissance aérienne pour l’opération suivante : la couverture rapprochée de la force d’invasion chargée de prendre les deux bases navales de Kavieng et de Rabaul. Le 21, l’AOBA repêche l’équipage australien d’un PBY Catalina abattu par la chasse du SHŌKAKU, qui couvre les débarquements sur les îles de l’Amirauté et sur la côte septentrionale de la Nouvelle-Guinée, débarquements contre lesquels, pour la première fois, les porte-avions américains interviennent – trop tard pour gêner la mise à terre des troupes et le succès de l’opération. Rabaul et Kavieng sont rapidement prises le 23 janvier sans que la force de Gotō, qui croise à une cinquantaine de milles au nord, ait besoin d’intervenir.

Les Japonais réutilisent promptement Rabaul et en font une de leurs plus solides bases avancées du Pacifique Sud ; Kavieng, dont le mouillage est plus en retrait et beaucoup moins bien aménagé, sert de base de sous-marins. Le 24, l’AOBA (qui porte la marque de Gotō) ravitaille en mer auprès du pétrolier IRŌ, puis gagne seul Rabaul pour y déposer les quatre aviateurs australiens le 26. Il en repart au bout de trois heures pour rejoindre sa division et y revient avec elle le 30 janvier. Les KAKO, FURUTAKA et KINUGASA ravitaillent à leur tour sur rade auprès de l’IRŌ. Le lendemain soir, la 6e division repart précipitamment et gagne Roi-Namur dans la partie nord de l’atoll de Kwajalein, base aéronavale japonaise que les Américains viennent d’attaquer. Elle y arrive le 4 février, croise devant Kwajalein jusqu’au 6 sans trouver de force américaine d’invasion, puis rentre à Truk où elle mouille l’ancre le 10.


Le pétrolier ravitailleur IRŌ.

Elle y reste un peu moins de trois semaines ; pour les équipages et pour les machines, c’est la première pause après deux mois d’opérations ininterrompues. L’entretien élémentaire des installations est effectué, les hommes prennent un peu de repos. Ils apprécient leurs croiseurs, malgré les limites de leurs capacités militaires : ceux-ci sont tiennent très bien la mer, leurs intérieurs sont moins encombrés que ceux des autres croiseurs, leurs installations sont remarquablement fiables. Et ils ont un chef de division hors du commun, qui partage entièrement leur mode de vie et qui sait les mener sur la voie de l’efficacité au combat.

Le 2 mars, la 6e division quitte Truk pour Rabaul où elle arrive le 5. Elle y rejoint la 18e division de croiseurs (TENRYŪ, TATSUTA, KIYOKAWA MARU), les mouilleurs de mines TSUGARU et OKINOSHIMA et la 6e escadrille de destroyers (YŪBARI et six destroyers anciens). L’ensemble part le jour même effectuer les débarquements sur Lae et Salamaua, ce qui est chose faite le 8 mars.

Puis la 6e division de croiseurs gagne Buka sur l’île de Bougainville pour y couvrir le débarquement du 9. Après un passage à Rabaul du 11 au 14, elle retourne à Buka le 15 mars pour y couvrir l’arrivée de renforts et de matériels acheminés par cargo. Le 17, elle sort pour une semaine d’entraînement puis gagne le canal de Möwe qui sépare Kavieng des deux îles Nusa, à l’extrémité occidentale de la Nouvelle-Irlande. Le mouillage y est réputé sûr : les petits fonds empêchent les sous-marins ennemis d’y pénétrer, le ravitaillement en produits frais est possible auprès des habitants des îles, et la Marine Impériale a installé une base aérienne et un point d’appui pour ses sous-marins à Kavieng, bourg fondé par les Allemands au début du siècle et dont le « port » se limite à quelques appontements en bois  jetés par-dessus la grève. La 6e division y prend ancrage le 26 et en repart le lendemain pour Rabaul, qui n’est à quelques heures de navigation.


Photo contemporaine du canal de Möwe, entre Kavieng dont on devine une partie de l'agglomération à gauche et les îles Nusa à droite.

Le 28 mars, les 6e et 18e divisions de croiseurs appareillent pour couvrir le débarquement sur Shortland (30 mars) et celui sur Kieta (Bougainville, 31 mars), avant de rentrer à Rabaul le 1er avril, le temps de refaire les pleins en quelques heures. Puis les deux divisions reviennent prendre mouillage dans le canal de Möwe du 2 au 5 avril. Le 7, elles gagnent Manus dans les îles de l’Amirauté où elles ne restent que vingt-quatre heures, le temps de se faire délibérément repérer. Puis, le 8 avril, elles regagnent Truk où se prépare l’opération MO – la prise de Port Moresby. Le 10, les quatre croiseurs lourds, les deux croiseurs légers et le croiseur auxiliaire mouillent dans la grande base avancée de Truk. Les équipages débarquent les torpilles arrivées à échéance de visite, en embarquent de nouvelles, effectuent l’entretien de base des équipements et des machines, recomplètent les stocks de munitions, embarquent des vivres et profitent de quelques sorties à terre. Du courrier leur est distribué, rédigé sur des cartes-correspondance sans enveloppe pour que la censure militaire puisse filtrer toute nouvelle jugée néfaste au moral.

L’opération MO et la bataille de la mer de Corail

La force de couverture rapprochée de l’opération est constituée du porte-avions léger SHŌHŌ, récemment mis en service, de son destroyer d’accompagnement (le SAZANAMI de la classe FUBUKI) et des quatre croiseurs de la 6e division. Fidèles à la tactique navale japonaise d’avant-guerre, ils doivent naviguer en deux groupes : le porte-avions et sa conserve dans l’un, les quatre croiseurs dans l’autre, afin de ne pas se brider mutuellement dans leurs manœuvres respectives. Mais les Américains, qui ont commencé à casser les codes de chiffrement de la Marine Impériale, ont vent de l’opération MO et prennent des mesures pour s’y opposer.

L’opération commence par la prise de Tulagi, dans les Salomons orientales. La 6e division de croiseurs couvre ce premier débarquement à distance, en restant au mouillage (pour économiser le pétrole…) le 3 mai dans la baie de la Reine Carole près de Buka. Le lendemain, elle y est rejointe par la force d’invasion de Port-Moresby : la 6e escadrille de destroyers (YŪBARI, quatre destroyers anciens et un ex-destroyer reclassé comme patrouilleur), le groupe de douze transports de troupes conduit par le mouilleur de mines TSUGARU, trois dragueurs de mines et trois pétroliers.


La sixième division de croiseurs en manœuvres.
La photo montre au premier plan le canon antiaérien de 120mm/45 Type 10 de l'affût n°2 (babord avant) du KAKO.
Derrière, on voit une partie de la tour treillis d'un des projecteurs de 110cm et un des portemanteaux de mise à l'eau de la drome.
Au loin, les deux autres croiseurs en manœuvre sont le FURUTAKA (au centre) et le KINUGASA (à droite).
La photo a été prise quelque part entre 1939 et 1942.

Ce même 4 mai, l’attaque du porte-avions américain YORKTOWN sur Tulagi bouleverse le plan japonais d’attaque. Le destroyer KIKUZUKI et trois dragueurs de mines sont coulés, quatre autres navires endommagés dont le grand mouilleur de mines OKINOSHIMA, qui doit être pris en remorque par le transport KINRYŪ MARU pour se replier sur Rabaul. La 6e division de croiseurs appareille précipitamment pour Guadalcanal et Tulagi, tandis que la force de couverture à distance du vice-amiral Takagi Takeo, qui comprend les SHŌKAKU et ZUIKAKU, deux croiseurs lourds et six destroyers qui croisaient au nord des îles Salomons, contourne l’archipel par l’est pour engager les porte-avions américains dans ce qui va passer à la postérité sous le nom de bataille de la mer de Corail.

L’arrivée sur zone de cette force permet à Gotō de reprendre l’escorte de la force d’invasion ; le 5 mai, sa 6e division mouille à Shortland où elle refait les pleins auprès de l’IRŌ. Le lendemain matin, elle est attaquée au mouillage par quatre B-17 qui ratent leurs cibles. Le 7, elle appareille et effectue sa jonction avec le groupe du SHŌHŌ et avec le groupe de transport ; l’ensemble fait route en trois groupes vers la passe Jomard (archipel de la Louisiade), choisie comme porte d’entrée dans la mer de Corail.


Récupération d'un hydravion Kawanishi E7K2 Type 94.

La force d’invasion n’atteindra jamais la passe : le matin du 7, à 08h20 et alors que le SHŌHŌ prépare un raid aérien contre Port-Moresby prévu le lendemain, un hydravion E7K2 de reconnaissance du FURUTAKA repère les porte-avions américains au sud des Louisiades. À 08h30, le contact est confirmé par un E7K2 du KINUGASA. Depuis Rabaul, le vice-amiral Inoue Shigeyoshi ordonne de réarmer les avions du SHŌHŌ avec des armes antinavires et rappelle les croiseurs de Gotō en protection rapprochée, mais c’est trop tard : à 10h50, les premiers avions américains attaquent. Les croiseurs de Gotō sont encore trop éloignés pour être d’une quelconque utilité, le SAZANAMI est très limité en antiaérien et le petit porte-avions succombe rapidement sous une avalanche de bombes et de torpilles. Stoppé à la dérive et en proie aux flammes, il n’est assisté que du SAZANAMI tandis que Gotō reçoit d’Inoue l’ordre de se replier au nord. À 11h35, le SHŌHŌ prend une gîte inquiétante, sa proue s’enfonce jusqu’au pont, puis le porte-avions se retourne quille en l’air et coule avec 631 de ses membres d’équipage. Le SAZANAMI n’a récupéré que 225 survivants.


La fin du SHŌHŌ au nord de la passe Jomard.
On notera que le porte-avions n'a aucune escorte rapprochée : son destroyer d'accompagnement (pratiquement dépourvu de DCA)
est hors du champ de la photo, comme le sont les croiseurs de la sixième division.

Inoue suspend l’opération MO et ordonne à tous les navires de sa 4e flotte de se replier, laissant l’escadre de Takagi continuer la bataille les 7 et 8 mai. Le 8, le SHŌKAKU ayant été endommagé, Inoue détache le FURUTAKA et le KINUGASA de la 6e division pour l’escorter pendant son repli tandis que les deux autres croiseurs de Gotō, l’AOBA et le KAKO, escortent les transports jusqu’aux îles Shortland où ils ravitaillent en pétrole.

Le 10, l’opération MO est officiellement annulée, marquant un coup d’arrêt au blitzkrieg naval auquel les Japonais se sont livrés depuis le 7 décembre 1941. Ce même 10 mai, le KINUGASA et le FURUTAKA arrivent à Kieta, laissant le SHŌKAKU continuer vers Truk.

Le 11 mai, l’AOBA et le KAKO quittent Shortland et gagnent la baie de la Reine Carole (Buka) que l’OKINOSHIMA, torpillé deux fois par le sous-marin S-42 dans le canal de Saint-George sur son trajet vers Nauru, tente de gagner à la remorque du destroyer MOCHIZUKI. Le 12, le mouilleur de mines coule à 06h40 avant d’entrer dans la baie. En arrivant dans la baie pratiquement au même moment, le KAKO talonne sur un banc de corail non cartographié ; il y reste planté jusqu’à la marée haute du lendemain matin, qui le remet à flot. Une inspection interne de la coque n’y révèle aucune voie d’eau.

Le 13, le KINUGASA et le FURUTAKA appareillent de Kieta et gagnent Shortland pour y refaire les pleins. Ils en repartent le 15. Pendant ce temps, l’AOBA et le KAKO quittent la baie de la Reine Carole, font une brève escale à Truk les 16 et 17 et rentrent à Kure (Japon) qu’ils touchent le 22 mai pour un passage au bassin bien mérité. Les dégâts à la coque du KAKO sont réparés.

Le KINUGASA et le FURUTAKA font une escale à Truk du 17 au 31 mai, puis rentrent aussi à Kure le 5 juin pour passage au bassin et entretien.

La 6e division de croiseurs passe ainsi la bataille de Midway à quai ou au bassin pour une remise en état de ses quatre bâtiments qui viennent de connaître six mois d’opérations ininterrompues. Les hommes prennent quelques jours de permissions.

Le 16 juin, l’AOBA et le KAKO quittent Kure, effectuent des entraînements individuels et de groupe avec le TENRYŪ et le TATSUTA dans le détroit de Bungō, puis les quatre croiseurs regagnent Truk qu’ils touchent le 23. Le 28 juin, ce sont les KINUGASA et FURUTAKA qui quittent Kure, s’entraînent dans les secteurs d’exercice, puis transitent vers Truk où ils jettent l’ancre le 4 juillet.


Des aviateurs japonais posent avec des autochtones devant un hydravion F1M2 sur l'hydrobase de la baie de Rekata en 1942.

L’AOBA et le KAKO n’y sont déjà plus : le 30 juin, ils sont partis pour Kieta (Bougainville) en escorte d’un petit convoi. Après une escale les 5 et 6 juillet à Kieta, ils partent pour la baie de Rekata sur la côte nord-est de Santa Isabel et où les transports d’hydravions KAMIKAWA MARU et KIYOKAWA MARU ont installé une hydrobase. Les Japonais sont en train d’y construire une base à terre dans le but de pouvoir retirer et redéployer les deux transports – déjà, à cette époque, l’immobilisation de navires de transport commence à peser, l’industrie métropolitaine japonaise réclamant à cor et à cri la reprise du trafic maritime, pratiquement interrompu depuis novembre 1941.

Le 7 juillet, le KINUGASA et le FURUTAKA quittent Truk et gagnent Kieta où ils ravitaillent le 9.


Un hydravion E13A1 en cours de récupération par l'AOBA en 1942.

Avec Mikawa Gunichi à Savo

Pendant ce temps, le 6 juillet, deux unités du génie qui n’avaient pas pu être débarquées sur Midway sont arrivées sur une île proche de Tulagi – une île pratiquement inconnue alors mais dont le nom va passer à la postérité : Guadalcanal. Leur mission est d’y construire une piste d’aviation sur un terrain dégagé près du cap Lunga. Les travaux commencent le 9 : abattage des cocotiers, récupération de leurs troncs pour construire des baraquements, débroussaillage, aplanissement de la piste et des aires de stationnement. L’aérodrome doit couvrir l’avancée japonaise vers les Nouvelles-Hébrides et les Fidji.


Les croiseurs lourds FURUTAKA et KINUGASA en manœuvres en 1941.
Chacun embarque deux hydravions de reconnaissance E7K2.

Le 14 juillet 1942, le commandement japonais se réorganise. Le secteur des mers du sud est découpé en deux : celui des Mers du Sud (autour de Truk, Palaos, des Marshall et des Gilbert, c’est-à-dire des îles sur lesquelles le Japon avait reçu mandat de la SDN en 1919) dont la 4e flotte garde la charge, et celui des Mers du Sud Extérieures (autour de la Nouvelle-Guinée, des Salomons, des Bismarck et des îles de l’Amirauté, toutes récemment conquises) confiées à une nouvelle flotte créée pour l’occasion : la 8e flotte, commandée par le vice-amiral Mikawa Gunichi (camarade de promotion de Gotō à Etajima) qui porte sa marque sur le CHŌKAI. La 18e division de croiseurs qui aligne les vieux TENRYŪ et TATSUTA et quatre destroyers anciens lui sont rattachés. Sa mission principale est de verrouiller le vaste triangle entre Rabaul, la Nouvelle-Guinée et les Salomons. Une des conclusions des analyses menées par l’état-major de la Marine Impériale est que les batailles de la mer de Corail et de Midway, toutes deux menées en limite du périmètre d’expansion japonais face à une marine américaine en plein réveil, auraient dû être livrées avec l’appui de l’aviation navale basée à terre. Deux axes d’avancée ont été retenus, de part et d’autre de la mer des Salomons : l’archipel des Salomons d’une part, d’où la construction du terrain d’aviation de Lunga, et la baie de Milne à l’extrémité orientale de la Nouvelle-Guinée d’autre part, où les Japonais vont tenter de s’emparer du village de Rabi pour y installer une base aérienne censée couvrir l’avancée de l’armée sur la piste Kokoda vers Port-Moresby.


La piste de Lunga (qui ne s'appelle pas encore Henderson Field) que les Japonais ont construite à Guadalcanal.
La photo a été prise en juillet 1942. On y voit au premier plan la plantation d'hévéas dont il a fallu arracher une partie pour construire la piste.

Ce même 14 juillet, la division de Gotō est toujours dispersée : l’AOBA et le KAKO sont à Kieta, le FURUTAKA e le KINUGASA dans la baie de Rekata. Se déplaçant par paires sans se regrouper tant qu’ils sont dans le rayon d’action de l’aviation américaine, ils effectuent plusieurs missions de déception dans les Salomons, la Nouvelle-Bretagne et la Nouvelle-Irlande, dans le but de fixer sur eux les missions de reconnaissance américaines sans jamais laisser à l’ennemi le temps d’organiser une attaque. Le 26 juillet, la 6e division se regroupe enfin au mouillage du canal de Möwe, près de Kavieng : Rabaul est à portée des avions américains de Port-Moresby, Kavieng ne l’est pas – ou plutôt : pas encore.

Le 26, le CHŌKAI arrive à Rabaul où se trouve déjà la 18e division de croiseurs. Le 27, la 6e division de Gotō lui est rattachée. Mikawa, qui craint une action américaine contre les Salomons, s’est opposé au transfert à Truk de la 6e division et a au contraire demandé son rattachement à la 8e flotte. Le 30, Mikawa transfère à terre les cent trois hommes de son état-major (qui n’est pas le bienvenu…) et, le lendemain, envoie le CHŌKAI au mouillage du canal de Möwe pour qu’il y soit à l’abri des attaques aériennes. Là, les équipages bénéficient de quelques rares sorties à terre mais passent l’essentiel de leur temps à bord des croiseurs qui restent à six heures d’appareillage tandis que, à Rabaul, Mikawa prépare le débarquement dans la baie de Milne, prévu pour la deuxième quinzaine d’août. Les Japonais s’attendent alors à ce que les troupes de MacArthur contre-attaquent en Nouvelle-Guinée.

Sur Guadalcanal, les travaux de l’aérodrome (repérés pratiquement dès le début par un avion américain puis suivis par le réseau d’observateurs côtiers australiens) avancent plus vite que prévu : le soir du 6 août, ils sont pratiquement terminés. Les hommes du génie reçoivent double ration de saké pour fêter l’exploit. Ils ne s’inquiètent pas de l’absence de tous les travailleurs indigènes, qu’ils supposent rentrés dans leurs familles.


La petite base navale que les Japonais ont occupée et développée sur la petite île de Tulagi, photographiée avant l'attaque américaine.

Ce n’est pourtant pas le saké qui leur gâche leur lendemain de fête, mais le débarquement au matin du 7 août de la 1e division de Marines sur Lunga, Tulagi et Florida (la grande île dont Tulagi n’est qu’une extension). En l’apprenant, Yamamoto ordonne à Mikawa de réagir rapidement. Il sait qu’il n’a que peu de temps pour contester à l’ennemi l’implantation de sa tête de pont sur Guadalcanal : après, il sera trop tard, l’ennemi sera trop fort et il aura un aérodrome à sa disposition. Un convoi de six transports de troupes est rapidement formé à Rabaul et cinq cent dix-neuf fusiliers marins y embarquent en urgence. Mikawa envoie à Gotō l’ordre d’appareiller de Möwe et de se rendre à l’est de Bougainville, et au CHŌKAI celui de venir le récupérer avec son état-major à Rabaul.


Le vieux croiseur léger TENRYŪ, photographié dans la Mer Intérieure en 1932.


Le croiseur léger YŪBARI, photographié avant la guerre. Ce navire expérimental avait servi de banc de test à plusieurs solutions techniques utilisées sur les croiseurs lourds des classes AOBA et FURUTAKA.

En fin de matinée, le CHŌKAI touche brièvement Rabaul et rembarque Mikawa et la partie de son état-major utile à la mer tandis que Gotō l’attend au large en utilisant ses hydravions en patrouille anti-sous-marine. Puis il repart avec les croiseurs légers TENRYŪ et YŪBARI et le vieux destroyer YŪNAGI, direction le point de rendez-vous qu’il a fixé à Gotō à l’ouvert du canal Saint-Georges. Pendant ce temps, les bombardiers torpilleurs G3M et G4M basés à Rabaul escortés par des A6M attaquent la force américaine et, malgré les Wildcat qui les interceptent, touchent le transport GEORGE F. ELLIOTT (qui finit par couler) et le destroyer JARVIS, pour le prix exorbitant de trente-six avions perdus. À 14h, le groupe du CHŌKAI fait sa jonction avec la 6e division de croiseurs. Le sous-marin américain S-38 repère la force qui avance en ligne de file à 8 milles l’ouest du cap Saint-Georges, mais il est trop près pour lancer ses torpilles. Après que les croiseurs se sont éloignés, il fait surface et rend compte par radio de sa prise de contact sur « deux destroyers et trois bâtiments plus grands mais non identifiés faisant route au 140 à grande vitesse ». Commence alors une kyrielle de défaillances et de cafouillages de la chaîne américaine de commandement, aggravées par d’importantes lacunes du renseignement.


Carte montrant l'approche de Mikawa avant la bataille de Savo.


Navires américains de la force d'invasion de Tulagi pris sous l'attaque des avions torpilleurs japonais le 8 août 1942.
Sur la gauche, on distingue mal plusieurs avions d'attaque Type 1 (G4M Betty) au milieu d'éclats de DCA.
Le destroyer au premier plan est le BAGLEY ou le HELM.
Au loin, à gauche, on devine un croiseur lourd de la classe NEW ORLEANS près d'une haute gerbe d'eau.
La colonne de fumée que l'on voit au centre marque probablement la tombe d'un avion.

En fin d’après-midi, le convoi de troupes appareille de Rabaul, avec comme seule « escorte » rapprochée ses trois ex-destroyers convertis en transports rapides et deux autres déclassés en patrouilleurs, tous délestés d’une bonne part de leur armement d’origine. À 21h25, le S-38 torpille le MEIYŌ MARU (5627t), navire-amiral du groupe des transports, qui coule en cinq minutes avec trois cent soixante-treize hommes d’équipage et de troupe. Mikawa, qui a appris entretemps que l’ennemi était plus fort que prévu sur terre et sur mer autour de Guadalcanal, ordonne le lendemain matin au reste du groupe de rentrer à Rabaul et décide de continuer avec sa seule force de croiseurs.

Mikawa contourne le cap Saint-Georges mais ne fait pas immédiatement route vers les Salomons orientales. Il contourne Buka et Bougainville par le nord puis fait mettre route au sud-est à 18nd en restant hors de vue depuis Bougainville. Son intention est d’engager l’ennemi de nuit, échappant ainsi aux avions américains et profitant de l’entraînement accumulé par la Marine Impériale au combat de nuit. Il sait qu’il n’aura aucune couverture aérienne. Arrivée à 55 Nq au large de Kieta, Mikawa fait patienter sa force pendant six heures en attendant l’heure propice pour embouquer le détroit de Bougainville puis le chenal central des Salomons (celui que les Américains vont bientôt baptiser « the slot », la rainure, et qui va plus tard servir de voie rapide aux destroyers de l’Express de Tōkyō). Pendant qu’il tourne en rond devant Kieta, il adopte une formation très espacée pour éviter que l’ennemi devine ses intentions en cas de repérage : un croiseur isolé faisant des ronds dans l’eau au large de Kieta est moins inquiétant qu’un groupe de croiseurs avançant en formation de combat.

Le lendemain matin à 06h25, chacun des quatre croiseurs lourds de Gotō lance un hydravion de reconnaissance. Les deux E7K2 des KINUGASA et FURUTAKA explorent le nord des Salomons, tandis que les deux E13A1 des AOBA et KAKO explorent le sud et les parages de Tulagi. Le dispositif est complété par deux grands hydravions H6K de patrouille maritime qui partent de Rabaul pour explorer la mer des Salomons plus au sud. Le E13A1 de l’AOBA évite habilement les chasseurs en se cachant dans les nuages et, en restant hors de portée de la DCA, survole le bras de mer entre Guadalcanal et Florida en poussant jusqu’à être à portée de vue de Tulagi. En milieu de journée, à son retour à bord de l’AOBA, il rend compte de la présence d’un cuirassé (il s’agit en fait du croiseur CHICAGO), un porte-avions léger, quatre croiseurs, sept destroyers et quinze transports d’assaut, en trois groupes séparés. Bien qu’assez approximatif, ce rapport apprend à Mikawa que l’ennemi a divisé ses forces et qu’il a ses chances en cas de rencontre avec l’un de ces groupes.  L’amiral japonais ordonne alors à ses navires de reprendre la formation de combat et commence à descendre parallèlement à la côte orientale de Bougainville, en restant hors de vue. À 15h30, des renseignements rapportés par les G4M permettent d’affiner la situation : Mikawa pense avoir en face de lui trois croiseurs lourds, un certain nombre de destroyers et treize transports devant Tulagi, et un autre groupe de vingt-sept transports et d’autres destroyers devant Lunga.

Entretemps, à 10h26 puis à 11h10, deux Hudson australiens de reconnaissance basés dans la baie de Milne relocalisent la force de Mikawa. Les veilleurs du CHŌKAI repèrent le premier et le voient tourner une dizaine de minutes à 30 000 m de distance, puis le deuxième qui s’approche à portée de tir : le CHŌKAI lui décoche une salve de six obus de 203mm avec ses tourelles avant et l’avion fait demi-tour. Le premier Hudson identifie correctement les croiseurs et les signale par radio, mais le rapport est modifié par la base de Milne qui signale « trois croiseurs, trois destroyers et deux ravitailleurs d’hydravions » au lieu de cinq croiseurs et un destroyer, laissant penser aux destinataires que la force ne peut pas avancer bien vite et qu’elle n’a pas vocation à livrer un combat de surface. D’ailleurs, la force de Mikawa est toujours en ordre dispersé. Les deux Hudson reprennent ensuite le silence radio et ne font leur rapport qu’à leur retour à Milne, plusieurs heures plus tard, en rétablissant l’identification des bâtiments qu’ils ont vus. Mais leur rapport met du temps à être acheminé jusqu’aux forces navales stationnées devant Guadalcanal : l’amiral Turner, qui commande la force d’assaut, dépend du commandement du Pacifique Sud de l’amiral Ghormley, et les Hudson du commandement du Pacifique Sud-Ouest du général MacArthur ; les communications entre les deux théâtres ne sont pas bonnes. Bilan : Turner n’apprend la découverte des Hudson qu’à 18h45. Il se laisse leurrer par l’identification initiale erronée des navires et pense qu’il s’agit d’un groupe de porte-hydravions qui se dirige vers la baie de Rekata.

D’autres avions de reconnaissance auraient pu lui signaler l’approche de Mikawa : les PBY basés à Ndeni dans les îles Santa Cruz et les B-17 basés à Espiritu Santo dans les Nouvelles-Hébrides, tous deux sous commandement de Ghormley ; mais les premiers surveillent la route maritime entre Truk et les Salomons, trop au nord pour voir les croiseurs japonais, et les seconds sont en limite extrême de portée et sont trop dispersés au moment où Mikawa pénètre dans la rainure… Turner ne fait prendre aucune disposition particulière pour faire face à une attaque de surface de nuit : la force en station près de l’île de Savo, entre Guadalcanal et Florida, lui paraît suffisante pour parer aux attaques que, selon lui et selon les renseignements américains, les Japonais sont incapables de monter dans un laps de temps aussi court. Il ne sait pas qu’aucun avion allié n’a reconnu « la rainure » dans l’après-midi.

Malheureusement pour lui, Mikawa est entré dans la « rainure » aux alentours de 16h en contournant la pointe nord-ouest de Choiseul. Il communique alors ses dernières instructions : « Lors de notre approche, nous passerons au sud de l’île de Savo et nous attaquerons le groupe principal devant le mouillage de Guadalcanal, après quoi nous irons devant Tulagi pour attaquer l’ennemi au canon et à la torpille, puis nous nous retirerons au nord de Savo. »


Pour protéger les transports à l’ancre devant Lunga, Turner répartit ses navires en trois groupes :
  • une force Sud, censée barrer le passage entre le cap Esperance et l’île de Savo, comprenant les croiseurs australiens CANBERRA et AUSTRALIA, l’américain CHICAGO et les destroyers PATTERSON et BAGLEY ;
  • une force Nord, au nord de Savo, avec les croiseurs VINCENNES, ASTORIA, QUINCY et les destroyers HELM et WILSON ;
  • une force Est enfin, à l’est de Lunga et des transports, avec les croiseurs SANJUAN et HOBART et les destroyers MONSSEN et BUCHANAN.


L’ensemble est commandé par le vice-amiral australien Crutchley à bord de l’AUSTRALIA. Pour répondre à une convocation de Turner, celui-ci se rend à une conférence d’état-major avec son croiseur, dégarnissant la force Sud et la laissant se reposer après deux journées de tensions et d’attaques aériennes.

Les deux porte-avions américains qui couvrent l’opération reçoivent le même message que Turner à 18h45. L’amiral Fletcher qui les commande envisage un temps d’envoyer à l’attaque les torpilleurs de la VT-8 du SARATOGA, mais le commandant du porte-avions l’en dissuade : ses pilotes ne sont pas entraînés pour une attaque, un retour et un appontage de nuit. Et Fletcher retire prématurément ses porte-avions, laissant aux croiseurs US le soin de repousser une éventuelle attaque que lui aussi juge improbable.


Vues depuis la plage avant du KAKO : les deux tourelles de 203mm, l'abri navigation, la passerelle de veille optique en haut de la tour et le télépointeur principal.

Du côté japonais, tout au long de l’après-midi, Mikawa ignore la position des porte-avions américains mais sait qu’ils sont là puisque leurs avions sont repérés à plusieurs reprises. Il envoie les hydravions de la 6e division en reconnaissance par groupes de quatre jusqu’à la tombée de la nuit, puis envoie les derniers se poser à Buin pour ne pas avoir à les récupérer en pleine nuit et partir au combat avec eux à bord. Mikawa ne garde qu’un hydravion sur chacun de ses croiseurs lourds pour lancer les bombes éclairantes lors de la prise de contact et pour régler les tirs. À la tombée de la nuit, Mikawa ne sait toujours pas où sont les porte-avions US mais il n’a pas été attaqué ni, apparemment, repéré.

Rompant le silence radio, il a fait passer ses ordres : vitesse de transit 24nd, vitesse de combat 26nd, formation des croiseurs lourds en ligne de file espacée de 500m avec les croiseurs légers sur bâbord avant et le destroyer sur tribord, consignes d’ouverture du feu conformes aux ordres permanents d’opération.

Ces ordres permanents d’opération reflètent la tactique de combat de surface de nuit que la Marine Impériale a longuement mise au point dans l’entre-deux-guerres et plus particulièrement au cours des manœuvres navales des années 1930 : s’approcher à allure discrète, en silence radio et tous feux masqués, ne pas allumer les projecteurs en premier mais laisser les hydravions repérer l’ennemi et le démasquer à l’aide de bombes éclairantes, lancer si possible les torpilles en premier puis ouvrir le feu au canon, chaque navire étant autonome pour choisir ses cibles. Ce n’est qu’après avoir fait but qu’on peut allumer les projecteurs pour achever l’ennemi le plus vite possible. On notera que cette tactique ne demande aucun échange radio et qu’elle ne laisse que quelques minutes à chacun des navires pour délivrer toute la puissance de son armement. Mais lors des manœuvres d’avant-guerre, c’est celle qui s’est montrée la plus efficace.

Avant le coucher du soleil, Mikawa fait mettre aux postes de combat de nuit. Il envoie par radio un court message qui est diffusé à l’ensemble des équipages : « Conformément à la meilleure tradition de la Marine Impériale, nous allons engager l’ennemi en combat de nuit. J’attends de chacun de vous qu’il fasse de son mieux. » Puis les Japonais passent en silence radio complet jusqu’au moment de l’action. L’approche se passe sans anicroche mais à bord des croiseurs japonais la tension est palpable. Les équipages sont parfaitement entraînés et encadrés, mais c’est leur premier accrochage d’importance avec l’ennemi. Personne n’arrive à se reposer, même pendant le bol de riz (nom nippon du casse-croûte) servi directement aux postes de combat.

Les croiseurs mettent à 16nd pour filer leurs paravanes de tenue de formation ; il s’agit d’un flotteur remorqué et doté d’ailettes dont un déflecteur soulève une gerbe d’eau visible à quelques dizaines de mètres. Le croiseur suivi laisse filer la longueur de câble correspondant à l’intervalle entre passerelles de la ligne de file, et le suiveur n’a qu’à maintenir la gerbe par le travers de sa passerelle. Ainsi, il n’est pas besoin de radar pour tenir la formation. Une fois les paravanes à l’eau, les Japonais remettent à 24nd.

Les guetteurs nocturnes (spécialement sélectionnés pour leur acuité visuelle nocturne et qui passent leurs journées en lumière tamisée, ne prenant le quart que la nuit) scrutent la nuit à l’aide de leurs excellentes optiques, sachant que c’est sur eux que repose une bonne part des chances de succès : aucun des navires de Mikawa n’a le moindre radar. Entre 23h00 et 23h13, le CHŌKAI, le KAKO et l’AOBA catapultent chacun un hydravion ; c’est la première fois que les pilotes sont catapultés en pleine nuit ; d’habitude, le croiseur stoppe et met l’hydravion à l’eau à l’aide de sa grue, mais là Mikawa ne veut pas prendre le risque de ralentir : il craint la présence de sous-marins. Les hydravions (un F1M2 du CHŌKAI, deux E13A1 du KAKO et de l’AOBA) sont armés de bombes éclairantes ; leur mission est de repérer, identifier et signaler les cibles, puis de les illuminer sur ordre. Ils mouillent également un fanal lumineux à trente milles au nord-ouest du cap Esperance, pour servir d’amer aux croiseurs lors de leur repli après la bataille.

À 23h35, la vigie du CHŌKAI signale une lueur à l’horizon : ce sont les transports incendiés par les G4M qui continuent à brûler dans la nuit. Le CHŌKAI est encore à 60Nq de Tulagi, ce qui donne une bonne idée de la qualité de veille optique japonaise…

Deux des groupes que Turner a placés en sentinelles de part et d’autre de Savo disposent des nouveaux radars SC, mais chacun de ces groupes pris séparément est en infériorité par rapport à la force de Mikawa. À partir de 23h45, les Américains entendent des avions leur tourner autour en pleine nuit : c’est le F1M2 du CHŌKAI qui repère la formation et qui se positionne pour larguer ses bombes éclairantes de manière à ce que les cibles se détachent en silhouette face aux canons des Japonais. Le RALPH TALBOT identifie correctement l’avion comme « un hydravion monomoteur embarqué » mais cette information n’est pas relayée, privant le reste de la formation US d’une alerte précieuse. Un jeune officier du QUINCY émet l’hypothèse qu’il pourrait s’agir d’un avion ennemi, mais personne ne l’écoute : ce jeune homme a la réputation d’être un inquiet de naissance…  À 00h45, l’enseigne de vaisseau Kiyose qui pilote le F1M2 du CHŌKAI envoie les premiers comptes rendus de prise de contact : il a repéré et identifié le groupe Sud.

La malchance étant du côté américain, les deux destroyers équipés de radars SC sont trop loin au moment où Mikawa arrive, et la force japonaise passe entre eux sans être repérée. À 00h44 puis à 00h54, les veilleurs japonais repèrent le destroyer BLUE à environ 9000m de distance. Mikawa change de route et fait réduire la vitesse à 22nd pour diminuer la taille des vagues d’étrave. À 00h58, ses veilleurs repèrent le RALPH TALBOT à 16000m. Ils maintiennent leur route, passant à moins de 2000m du BLUE sur lequel pas moins de trente-quatre canons de 203, neuf de 140 et douze de 120mm sont pointés. Arrivé au bout de son rail de patrouille, le BLUE fait nonchalamment demi-tour et s’éloigne, échappant ainsi à un anéantissement brutal qui aurait trahi l’arrivée des Japonais. Mikawa reprend sa route initiale, refait mettre à 26nd, puis à 30nd. Il rompt le silence radio, prévient sa force de la présence de trois croiseurs au sud de Savo, et lui ordonne de se tenir prête pour attaquer à la torpille.

À 01h25, Kiyose rend compte d’un autre contact : il a trouvé la force Nord. Mikawa donne liberté de manœuvre à tous ses navires pour appliquer les ordres d’opérations et pour attaquer indépendamment. La meute est lâchée.  Les croiseurs de Gotō gardent la formation. À 01h31, les vigies japonaises repèrent un navire sur bâbord. C’est le destroyer JARVIS, endommagé la veille par les G4M et qui rentre cahin-caha aux Nouvelles-Hébrides. On ne saura jamais si l’équipage du destroyer a vu passer les croiseurs de Mikawa à grande vitesse : il est en avarie complète de radio et il sera coulé le lendemain avec tout son équipage. La file des croiseurs le remonte, passe à 1100m de lui, au point que le personnel présent sur la passerelle du TENRYŪ remarque qu’il n’y a personne à l’extérieur. Le JARVIS ne manœuvrant pas, Mikawa l’ignore, pariant qu’il ne l’a pas vu.

À 01h33, les vigies japonaises signalent les destroyers et les croiseurs de la force Sud à 12500m de distance qui passent devant le GEORGE F. ELLIOTT, torpillé la veille par les G4M et qui brûle. Sur les croiseurs japonais, les télépointeurs acquièrent leurs objectifs, les conduites de tir cherchent des solutions, les trouvent, les affichent. À 01h36, alors que la tension est à son comble sur les croiseurs de Gotō, les lourdes plateformes lance-torpilles sont pointées, les gyrodéviations recopiées dans les torpilles, la vitesse des Longue Lance réglée sur « grande ». À 01h38, les premières torpilles quittent leurs tubes et tombent à l’eau dans l’habituel sifflement de l’air comprimé.

Quand le destroyer PATTERSON finit par repérer le CHŌKAI, à moins de 5000m, il est beaucoup trop tard : les Japonais ont déjà lancé leurs torpilles et s’apprêtent à ouvrir le feu au canon. À peine le PATTERSON commence-t-il à rendre compte par radio de sa découverte que les fusées éclairantes du F1M2 illuminent la scène, silhouettant les navires de la force Sud. Sans se concerter, les artilleurs nippons prennent le CANBERRA pour cible et lui assènent vingt-quatre coups de 203mm au but en moins de trois minutes. Son commandant et son directeur de tir sont tués, ses deux salles des chaudières s’emplissent de la vapeur des fuites des tubulures crevées, laissant le croiseur sans propulsion ni énergie électrique. Le croiseur encaisse aussi deux torpilles, apparemment lancées par le BAGLEY puisqu’elles frappent du côté opposé aux Japonais. Le CANBERRA, à la dérive et privé de toute source d’énergie pour faire face à ses incendies et à ses voies d’eau, est condamné ; il n’a même pas eu le temps de pointer ses tourelles… Le PATTERSON s’en tire mieux, avec un seul obus au but à l’arrière, mais il ne parvient pas à lancer ses torpilles avant que l’ennemi l’ait dépassé. Le BAGLEY part en giration serrée sur sa gauche, lance ses torpilles mais rate toutes ses cibles – sauf le CANBERRA. Le CHICAGO a le réflexe de manœuvrer vivement pour parer les torpilles et le CANBERRA pris pour cible devant lui, mais trop tard : une Longue Lance du KAKO lui arrache l’étrave. L’onde de choc endommage le télépointeur principal. Ses propres obus éclairants de 127mm ne marchent pas et n’illuminent rien. Puis un obus l’atteint dans la mâture, tuant deux hommes, et le commandant le fait venir à l’ouest pendant 40mn, rompant le combat et oubliant que Crutchley lui a laissé le commandement…  Il oublie même de prévenir les autres navires américains de son repli. En s’éloignant, il fait donner ses canons de 127mm sur l’arrière de la ligne japonaise où se trouve le TENRYŪ, sans grand résultat. Quant au JARVIS, il échange brièvement quelques coups de canon avec le vieux YŪNAGI sans aucun résultat de part et d’autre avant que le destroyer japonais ne dégage vers l’ouest pour contourner Savo par le Nord.


Prise depuis l'aileron tribord de la passerelle du CHŌKAI, une vue des projecteurs en action lors de l'engagement contre le groupe Nord à Savo.
Outre l'éclat du projecteur de 110cm, on distingue les montants du mât principal, le capot de la cheminée avant et des drisses.

Il est 01h44. La première phase de la bataille est finie. Elle n’a duré que six minutes. La force Sud est hors de combat. Elle n’a pas empêché les croiseurs japonais de passer. Ceux-ci sont déjà en train de pointer leur artillerie principale et leurs plateformes lance-torpilles sur les cibles suivantes.

Mikawa fait alors route vers la force Nord que la force Sud n’a pas eu le temps de prévenir. Sa force s’est scindée en deux : d’un côté, le CHŌKAI, l’AOBA, le KAKO et le KINUGASA en ligne de file, de l’autre le TENRYŪ, le YŪBARI et le FURUTAKA. La surprise a été telle et l’action contre la force Sud tellement rapide que les Américains de la force Nord n’ont pas eu le temps d’armer tous leurs moyens. Or, à 01h44, les premières Longue Lance filent de leurs tubes et rentrent dans l’eau dans leur direction. À 01h50, le CHŌKAI et le YŪBARI allument leurs projecteurs, et les 203mm entrent en action. Ce n’est qu’alors que le commandant de l’ASTORIA arrive à la passerelle ; craignant de tirer sur des unités amies, il ordonne de cesser le feu. En face, le directeur de tir du CHŌKAI a corrigé ses premières salves et ordonne le feu à volonté. Atteint à plusieurs reprises par des obus de 203 et 120mm, l’ASTORIA prend feu. Entre 02h00 et 02h15, le KAKO, le KINUGASA et le FURUTAKA se joignent aux tirs du CHŌKAI, incendient sa salle des machines et le privent de sa puissance propulsive. Pendant l’accrochage, l’ASTORIA a reçu au moins soixante-cinq obus mais est cependant parvenu à tirer une douzaine de salves ; trois obus ont atteint le CHŌKAI, tuant trente-quatre hommes et en blessant quarante-huit. Un des obus a traversé de part en part mais sans exploser la tourelle de 203mm n°1 du CHŌKAI, bloquant un des canons.


Prise depuis l'aileron tribord de la passerelle du YŪBARI, une vue des projecteurs en action lors de l'engagement contre le groupe Nord à Savo.
On voit clairement les faisceaux des deux projecteurs et le départ de coups d'une tourelle de 140mm arrière.

Pendant ce temps, l’AOBA s’en prend au QUINCY, l’illumine au projecteur et ouvre le feu, bientôt rejoint par le FURUTAKA et le TENRYŪ. Pris à parti des deux bords, le croiseur américain encaisse plusieurs coups au but qui déclenchent un incendie sur son pont à hydravion, détruisent une de ses tourelles principales et font exploser une soute à munitions de 127mm. Puis Le TENRYŪ lui loge deux de ses torpilles dans la coque, ouvrant deux larges brèches par où s’engouffre l’eau. Le QUINCY a toutefois réussi à tirer quelques salves de 203mm, dont l’une a détruit la chambre des cartes du CHŌKAI, juste derrière la passerelle où se tient Mikawa et qui servait de PC opérations à son état-major. À 02h10, plusieurs obus japonais atteignent  la passerelle du QUINCY, tuant ou blessant tout le personnel qui s’y trouve. En tout, le croiseur a reçu au moins trente-six obus de 203, 140 et 120mm. Puis à 02h16 une Longue Lance de l’AOBA lui donne le coup de grâce : il prend rapidement de la bande à bâbord et s’enfonce par l’arrière.


Pris dans les faisceaux des projecteurs des croiseurs japonais qui le dépassent, le QUINCY coule par l'arrière.

Le VINCENNES, comme ses deux infortunés confrères, n’est pas encore prêt à l’action quand, à 01h50, il voit les Japonais allumer leurs projecteurs et ouvrir le feu sur l’ASTORIA puis sur le QUINCY. Puis le KAKO le prend pour cible avec ses canons. Le VINCENNES réplique à 01h53 mais est presque aussitôt atteint par des obus japonais. Son commandant ordonne d’accélérer à 25nd (au lieu de 10) mais, à 01h55, deux Longue Lance du CHŌKAI l’éventrent. Le KINUGASA joint ses tirs à ceux du KAKO et enregistre plusieurs coups au but. Le VINCENNES répond, réussit à atteindre le KINUGASA dont l’appareil à gouverner est légèrement endommagé. À 02h03, c’est une torpille du YŪBARI qui l’achève : toutes ses chaudières détruites, ses superstructures et sa coque percées de pas moins de cinquante-sept obus, le VINCENNES ralentit, s’arrête, en feu d’un bout à l’autre, et s’enfonce sans que les pompes, privées d’électricité, ne puissent rien y faire. À 02h16, son commandant ordonne l’évacuation. Il coule à 02h50.

À 02h16, Mikawa fait cesser le feu. Quand il dépasse la force Nord, il sait qu’il l’a anéantie. Il n’a perdu aucun navire, mais ne s’est pas encore fait rendre compte des dégâts. Sa formation s’est dispersée et il ne sait plus bien où sont ses navires, qui étaient suivis dans la chambre des cartes qui a été détruite. Il a dépensé beaucoup de torpilles, et le lever du jour risque de voir revenir les avions américains – il ne sait toujours pas où sont les porte-avions ennemis. Enfin, il pense avoir rempli sa mission : sans force de couverture, les Américains vont devoir annuler leur débarquement et éloigner leurs transports, selon l’analyse qu’il fait de la situation. En outre, son croiseur amiral est désormais privé de son PC opérations, d’une bonne part de ses moyens radio, et de ses cartes de navigation alors que l’endroit est fort mal cartographié. Il décide donc sagement de rompre le combat et de filer se mettre à l’abri des avions avant l’aube. À 02h20, il ordonne le repli.
 
Dans son retrait, la force japonaise croise le RALPH TALBOT qui vire vers l’ouest. Le destroyer américain parvient à lancer quatre torpilles qui ratent leur cible mais encaisse plusieurs obus au but. Il trouve refuge sous une averse.

La bataille de Savo est finie. Les Japonais ont coulé quatre croiseurs ennemis (en plus du QUINCY et du VINCENNES, l’ASTORIA, dont les incendies sont incontrôlables, finit par couler et les Américains sabordent le CANBERRA le lendemain), en ont endommagé gravement un autre (le CHICAGO, dont le commandant se suicide en comprenant les erreurs qu’il a commises) ainsi qu’un destroyer.


Deux destroyers américains évacuent l'équipage du CANBERRA avant d'achever le croiseur.

Le succès est quelque peu terni lors du retour de la 6e division de croiseurs à Möwe, le matin du 10 août. Le sous-marin américain S-44 repère la file des quatre croiseurs près de l’île de Simberi et lance quatre torpilles Mk10 à 650m de distance sur le dernier navire de la formation, qui se trouve être le KAKO. Trois de ces torpilles atteignent leur but, qui chavire et qui coule en cinq minutes. Les trois croiseurs survivants font demi-tour, reviennent sur les lieux à grande vitesse et profitent du fait que le S-44 a dû plonger profondément pour recharger ses tubes pour repêcher une bonne part des six cent trente-neuf membres d’équipage du KAKO. D’autres le sont le lendemain par le destroyer UZUKI.


Carte montrant l'île Simberi près de laquelle le S-44 a coulé le KAKO. La peinture en médaillon fige l'impact de la première torpille.

Le 10 août à 16h10, la 6e division de croiseurs est de retour à Möwe.

(à suivre...)


Dernière édition par Takagi le Mer 06 Jan 2016, 02:19, édité 6 fois (Raison : Corrections de détail + légende de la photo du YŪBARI)
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MessageSujet: Re: [Biographie] Aritomo GOTŌ   Mer 30 Déc 2015, 14:46

Les débuts de l’Express de Tōkyō avec Tanaka Raizō

Pas question de se reposer pour autant : la réaction à l’offensive américaine mobilise tous les moyens de la Marine Impériale. Yamamoto y voit le moyen de remporter une forme de décision avant le printemps 1943, date à laquelle il sait que ses stocks de pétrole d’avant-guerre seront épuisés. À Möwe, les trois survivants de la 6e division de croiseurs effectuent des réparations provisoires, aidés par les équipes et les moyens de la base sous-marine de Kavieng.

Le 17 août 1942, ils quittent le mouillage du canal de Möwe, direction la baie de Rekata sur Santa Isabel qu’ils touchent le 19. Le lendemain, ils en repartent pour se positionner à Shortland. Le 23, le CHŌKAI les rejoint à son retour de Truk où il a pu partiellement réparer les dégâts subis à Savo. Le 23, la force appareille pour fournir une escorte rapprochée aux convois de renforts que la Marine Impériale tente d’acheminer à Guadalcanal sous la couverture de ses porte-avions dont c’est la première grande sortie depuis Midway. Elle doit aussi bombarder l’aérodrome pour clouer au sol, au moins pour quelques heures, les SBD américains.  Peu après son appareillage, le 23, elle est attaquée en plein jour par un PBY de la VP-23 qui essaie courageusement de s’en prendre au FURUTAKA mais qui rate sa cible.

Les débuts de l’affaire sont des plus confus. Dès la matinée du 23, les Américains repèrent un des convois de débarquement japonais et ordonnent au SARATOGA de l’attaquer. Des avions partent aussi de Henderson Field. Les Japonais, se sachant repérés, ordonnent à leurs trois convois de débarquement de se retirer temporairement pour se mettre hors de portée. La force de croiseurs de Mikawa et Gotō les accompagne jusqu’à Shortland. Là-dessus, la nuit tombe et avec elle des ordres contradictoires sur la marche à suivre le lendemain matin.

La journée du 24 est marquée par l’engagement, des deux côtés, des groupes de porte-avions dans ce qui est passé à la postérité sous le nom de première bataille de Santa Cruz ou des Salomon Orientales aux USA, ou de Deuxième Bataille de la Mer des Salomons (第二次ソロモン海戦) au Japon. Aux premières heures du 25, les transports repartent de Shortland pour tenter une deuxième approche. Ils sont repérés à 02h23 par un PBY. Peu après, les CHŌKAI, KINUGASA, FURUTAKA, AOBA et le croiseur léger YURA envoient leurs hydravions bombarder Henderson Field et les baraquements des Marines avec des bombes anti-personnel à fragmentation.

Le matin du 26, deux des trois groupes japonais de transport sont pris à partie par des avions, en ordre dispersé mais avec une efficacité certaine, poussant l’amiral Yamamoto à ordonner leur retrait – et avec eux celui de la force de Mikawa.

Le soir du 26, l’affaire est bouclée. La force rentre à Rabaul pour ravitailler, puis la 6e division de croiseurs gagne Kieta (Bougainville) où elle reste en alerte à six heures.

Le 27, Gotō gagne Shortland avec l’AOBA et le FURUTAKA. Il y rencontre le contre-amiral Tanaka Raïzō qui commande la 2e escadrille de destroyers et qui rentre de la bataille où elle a échoué à acheminer les renforts jusqu’à Guadalcanal. Les deux hommes, qui se connaissaient et s’appréciaient avant-guerre, échangent leurs impressions et discutent des effets néfastes de l’atomisation du commandement japonais entre la 8e Flotte et la 11e Flotte Aérienne, morcellement qui a été à la source d’ordres contradictoires. Le temps leur est compté : le matin même, Tanaka doit appareiller pour tenter un débarquement diurne sur Lunga avec ses quatre destroyers. Les deux amiraux mettent au point les derniers détails de leur coopération. Le plan d’opération prévoit que les croiseurs de Gotō n’appareilleront qu’en cas de besoin ; Tanaka explique ses intentions s’il est attaqué, afin que Gotō comprenne sans que les deux hommes aient besoin de communiquer par radio.

Le 28, alors que le KINUGASA rejoint ses sister-ships à Shortland, un hydravion E13A1 de l’AOBA part en reconnaissance. Il signale à Tanaka et à la 8e Flotte un croiseur et deux destroyers américains au mouillage de Tulagi. Le raid de Tanaka est maintenu, mais ce ne sont pas ces navires qui l’interceptent mais les SBD basés à Guadalcanal. Ils coulent deux destroyers et obligent les deux autres à se replier. C’en est fait des raids en plein jour : désormais, les Japonais effectueront leurs virées de renfort et de ravitaillement en pleine nuit, à l’abri des avions.

Le soir du 28, après avoir récupéré son hydravion, la 6e division de croiseurs retourne à Kieta et y reprend l’alerte, sans mettre bas les feux pour rester à deux heures d’appareillage et en autonomie électrique. Les croiseurs ne quittent le mouillage que pour aller ravitailler à Rabaul, à tour de rôle pour laisser en permanence deux croiseurs disponibles à Kieta. Au cours d’une de ces allées et venues, le 12 septembre à 21h, le FURUTAKA est attaqué à la torpille par le sous-marin américain S-47, de nuit et en surface (on voit là un des inconvénients de ne pas avoir de radar sur les croiseurs japonais…). L’équipage du sous-marin entend clairement trois explosions, mais vu que le FURUTAKA n’enregistre aucun coup il s’agit probablement d’explosions prématurées ou en fin de course des vieilles torpilles Mk10.

Cette alerte ponctuée d’allées et venues pour refaire les pleins dure tout le mois de septembre. À Kieta, Gotō profite du temps qu’il a pour entraîner ses équipages à la lutte contre les sinistres et à la lutte antiaérienne contre ses propres hydravions qui servent de plastron.


La rade et le port de Kieta tel qu'ils apparaissaient dans les années 1980 et, en médaillon, tel qu'on les découvrait sur une carte postale de 1940.

La bataille du Cap Esperance

Après l’échec de l’offensive d’août, les Japonais fixent au 20 octobre leur deuxième d’assaut massif sur l’aérodrome de Guadalcanal. En préparation, ils font acheminer par l’Express de Tōkyō une bonne partie des 2e et 38e divisions d’infanterie de l’Armée Impériale. La Marine Impériale s’engage à acheminer en outre le matériel lourd et à bombarder l’aérodrome pour le neutraliser pendant l’attaque. Le 1er octobre, la 6e division de croiseur quitte Kieta et gagne Shortland en vue de l’opération.

De leur côté, les Américains, réalisant que la 1e division de Marines ne peut tenir seule indéfiniment, décident de commencer à la renforcer et à la relever par des unités de l’US Army. Le 8 octobre, 2837 hommes du 164e régiment d’infanterie embarquent à Nouméa sur une force de transports dont l’arrivée à Guadalcanal est prévue le 13. Pour la couvrir, ils déploient la Task Force 64 de l’amiral Scott ; celle-ci prend position le 9 octobre au sud de Guadalcanal, près de l’île Rennell, prête à intervenir au moindre signal d’approche d’une force japonaise. L’amiral Scott, qui sait ce qui l’attend, fait effectuer un entraînement de groupe au combat de nuit. Sa TF64 comprend les croiseurs lourds SAN FRANCISCO et SALT LAKE CITY, les croiseurs légers BOISE et HELENA, et les destroyers FARENHOLT, DUNCAN, BUCHANAN, McCALLA et LAFFEY.

Le plan japonais mis au point par l’état-major de la 8e flotte de Mikawa pour préparer l’offensive du 20 prévoit un Express de Tōkyō d’une ampleur exceptionnelle : en plus de six destroyers dont cinq chargés de troupes, le Groupe de Renfort du contre-amiral Jojima Takatsugu qui se rassemble à Shortland comprend les porte-hydravions NISSHIN et CHITOSE chargés de 728 soldats, quatre obusiers lourds, deux pièces d’artillerie lourde, un canon antiaérien, plusieurs blindés et véhicules ainsi que d’importantes quantités de munitions – toutes choses que les destroyers sont incapables d’acheminer – à destination de Tassafaronga. Les trois croiseurs de la 6e division, accompagnés des destroyers FUBUKI et HATSUYUKI, constituent une force à part, commandée par Gotō Aritomo et chargée de bombarder Henderson Field avec des obus incendiaires Type 3. Vu que les Américains n’ont jamais réussi à intercepter un Express de Tōkyō, les Japonais n’ont prévu aucun groupe de combat antisurface.


Carte montrant les lieux évoqués dans la bataille du cap Esperance.

Le 11 octobre à 08h du matin, le groupe de Jojima appareille de Shortland, à temps pour une arrivée nocturne à destination après avoir parcouru la fin des 220Nq du trajet à l’abri des Dauntless. Dans la matinée, deux raids aériens partent de Rabaul : un premier de dix-sept chasseurs A6M3 arrive au-dessus de Henderson Field juste après midi, suivi trois quarts d’heure plus tard par un deuxième de quarante-cinq bombardiers G4M escortés par trente autres A6M. Le raid ne cause que peu de dégâts mais empêche les bombardiers de la Cactus Air Force d’attaquer les transports de Jojima, au-dessus duquel d’autres A6M de la 11e flotte aérienne se relaient toute la journée jusqu’à la tombée de la nuit.

À 14h00, le groupe de Gotō appareille à son tour de Shortland en embouque « la Rainure ». À 14h45, un B-17 américain de reconnaissance signale une force japonaise en route vers Guadalcanal. Il s’agit de la force de Jojima, qui se trouve entre Choiseul et Kolombangara, à 180Nq de Guadalcanal. Le pilote se trompe sur l’identification des deux porte-hydravions et signale deux croiseurs et six destroyers. À 16h07, Scott décide d’intercepter cette force et quitte les parages de Rennell pour contourner Guadalcanal par l’ouest. Il lance deux hydravions Kingfisher qui ne trouvent pas le groupe de Jojima mais qui repèrent celui de Gotō qui descend « la rainure » à 30nd. Tout est dès lors en place pour l’engagement qui va passer à la postérité sous nom de bataille du Cap Esperance (du nom de la pointe nord-ouest de Guadalcanal) ou de Deuxième Bataille de Savo du côté allié, ou encore de bataille navale de l’île Savo (サボ島沖海戦) du côté japonais.


La plage avant de l'AOBA telle que Gotō a dû la voir souvent depuis la passerelle.

Le plan de Scott est simple : garder tous ses navires sur une seule ligne, avec les destroyers aux deux extrémités pour parer à tout retournement et faire effectuer une veille radar sur 300° par tous les navires. En cas de rencontre, les destroyers devront illuminer l’ennemi au projecteur et l’attaquer à la torpille tandis que les croiseurs tireront sur tout ce qui bouge, sans attendre d’ordre d’ouverture du feu du navire-amiral qu’est le SAN FRANCISCO.

À 22h00, Scott tourne le cap Hunter sur la côte sud-ouest de Guadalcanal. Trois de ses croiseurs lancent un hydravion chacun, équipés de bombes éclairantes, dont l’un s’écrase au catapultage. La force américaine remonte au nord en direction du cap Esperance. Au même moment, le groupe de renfort de Jojima se faufile le long des montagnes qui forment la pointe nord-ouest de Guadalcanal, masqués aux radars US par les hauteurs du cap Esperance. Les vigies japonaises ne voient pas l’ennemi, lui aussi masqué. À 22h20, Jojima envoie un message radio à Gotō pour lui confirmer qu’il n’y a aucun navire américain dans le secteur. La visibilité est médiocre, la Lune est déjà couchée, les nuages sont bas et la nuit est ponctuée d’averses. On ne voit même pas l’horizon.

À 22h33, les navires de Scott passent le cap Esperance : FARENHOLT, DUNCAN et LAFFEY en tête, suivis des SAN FRANCISCO, BOISE, SALT LAKE CITY et HELENA, puis des BUCHANAN et McCALLA qui ferment la marche. La distance entre les navires est faible, de 500 à 700 yards, pour pouvoir concentrer les tirs et tenir la formation sans risque de se tirer les uns sur les autres.

Un peu plus au nord, avançant à 30nd, le groupe de bombardement de Gotō essuie plusieurs averses tropicales. L’AOBA est en tête, suivi des FURUTAKA et KINUGASA ; le FUBUKI est sur le travers bâbord de l’AOBA et le HATSUYUKI sur le travers tribord. En passant à hauteur de l’île de Savo, Gotō fait réduire à 26nd pour faciliter la tenue de formation et permettre la circulation sur les ponts, notamment sur le pont torpilles de ses cinq navires.

Vers 23h, les vigies du groupe de Jojima entendent des avions leur tourner autour et identifient un hydravion monomoteur. C’est le Kingfisher du SAN FRANCISCO, qui rend compte de sa découverte à Scott. L’amiral, pressentant que ce groupe n’est pas la force principale, ne modifie pas sa route et continue à remonter au nord-est en direction de Savo. La nouvelle du repérage de l’hydravion par les vigies japonaises n’arrive pas jusqu’à Gotō ; elle aurait pourtant pu l’avertir que les Américains ont des croiseurs ou des cuirassés dans les parages.

À 23h08, le HELENA prend un contact radar à plus de 33 000m, mais il n’en rend compte qu’à 23h25, suivi à 23h26 par le SALT LAKE CITY. À 23h30, le HELENA précise que ce n’est pas un contact, mais quatre, qui avancent en formation à vitesse élevée ; à 23h32, les contacts sont à 25 300m. À 23h33, Scott ordonne à sa ligne de faire un 180° pour barrer le T aux arrivants mais une partie des navires interprètent l’ordre comme un virage tout à la fois, et l’autre partie comme un virage de ligne dans les eaux du destroyer de tête : en quelques minutes, la ligne américaine est rompue et chasse pour se reformer. Apprenant que les trois destroyers qui étaient en tête le remontent à grande vitesse sur tribord, Scott craint que les contacts radars qui lui parviennent soient les échos de ces destroyers.

À 23h42 et 23h44, le HELENA et le BOISE reportent leurs contacts radar au SAN FRANCISCO. La distance décroît très rapidement, les deux escadres avançant l’une vers l’autre à plus de 1500m/mn. Dépourvus de radars et desservis par la mauvaise visibilité qui gêne les veilleurs, les Japonais n’ont toujours pas conscience de la présence de l’ennemi. À 23h45, l’AOBA et le HATSUYUKI ne sont plus qu’à 4500m des premiers navires américains ; les veilleurs du HELENA du SALT LAKE CITY les aperçoivent. Deux minutes avant, celles de l’AOBA ont pris un contact visuel sur un navire inconnu, mais Gotō, qui ne s’attend pas à trouver une force américaine dans le secteur, se dit que ce doit être une partie du groupe de Jojima. À 23h45, à la minute même où les vigies américaines prennent les croiseurs japonais en contact visuel, les vigies de l’AOBA identifient les intrus comme des navires américains, mais Gotō n’est toujours pas convaincu et ordonne qu’on leur envoie le signal lumineux d’identification. Les timoniers s’y emploient quand le HELENA, le BOISE, le SALT LAKE CITY puis le SAN FRANCISCO ouvrent le feu à 23h45 avec leur artillerie principale et secondaire, imités quelques secondes plus tard par le FARENHOLT et le LAFFEY.


Carte de la bataille du cap Esperance telle que le capitaine de vaisseau Kijima, chef d'état-major de Gotō, l'a reconstituée de mémoire après la guerre.
La carte comporte quelques imprécisions : par exemple, le HATSUYUKI a été remplacé par le MURAKUMO, et les cinématiques sont approximatives.

En quelques minutes, l’AOBA est atteint par vingt-quatre obus de 152 et 203mm ainsi que par seize de 127mm qui, à cette distance, n’ont aucune peine à traverser ses blindages. Sa tourelle principale n°2 est traversée de part en part par un obus qui la met hors service, sa tourelle n°3 est détruite par un autre obus. Quatre de ses chaudières sont temporairement mises hors d’usage. Dans les superstructures, plusieurs appareils de radio, de navigation et de veille sont pulvérisés, dont la conduite de tir principale, et leurs servants mutilés ou tués. Les réseaux électriques et de communication interne du bloc passerelle sont mis hors d’usage. Plusieurs obus traversent l’abri navigation de part en part sans exploser mais en faisant un carnage parmi le personnel présent. Gotō Aritomo a les deux pieds arrachés par un obus ; tombé sur le pont au milieu des débris, des morts et des blessés, il continue à crier ばからよう ! (bakarayō ! qu’on peut traduire par « bande de crétins ! »), toujours convaincu qu’il est que ce sont des Japonais qui lui ont tiré dessus…

L’AOBA et le FUBUKI abattent enfin vivement sur leur droite, suivis par le FURUTAKA, tandis que le KINUGASA et le HATSUYUKI dégagent à gauche. L’AOBA, toujours pris pour cible, tend un écran de fumée et s’éloigne de la ligne ennemie. Les Américains changent de cible. À 23h49, un obus frappe le FURUTAKA sur son pont torpilles, déclenchant un incendie qui désigne le croiseur à d’autres tirs. Pas moins de quatre-vingt-dix obus de tous calibres l’atteignent. À 23h58, c’est une torpille du BUCHANAN qui explose dans sa salle des machines avant. Au moment de son virage, le FUBUKI ne se trouve plus qu’à 1300m du SAN FRANCISCO et du BOISE qui entreprennent de le canarder à bout portant, bientôt rejoints par d’autres navires américains. Rapidement écrasé sous les obus, le FUBUKI commence à couler.


Peinture représentant le FURUTAKA pris pour cible dans la bataille du cap Esperance.

Voyant que l’AOBA et le FURUTAKA essaient de s’échapper vers le nord-ouest derrière le rideau de fumée tendu par l’AOBA, Scott ordonne de les poursuivre et fait mettre au cap 330. Le KINUGASA, qui avait jusqu’alors échappé au carnage en venant sur sa gauche avec le HATSUYUKI, en profite pour tenter une attaque : à 00h00, une de ses salves de 203mm rate de peu le SALT LAKE CITY à 8000m puis deux Longue Lance passent au ras du BOISE à 00h06. Le BOISE et le SALT LAKE CITY allument leurs projecteurs pour éclairer leurs cibles. Mal leur en prend : les artilleurs du KINUGASA logent quatre obus de 203mm dans le BOISE dont deux sous la flottaison dans la soute à munitions avant et dont l’explosion tue près de cent hommes ; la voie d’eau oblige le BOISE à sortir de la ligne et à rompre le combat, pendant que le KINUGASA et le SALT LAKE CITY échangent plusieurs coups au but. Le KINUGASA s’en tire avec des dégâts mineurs (deux vedettes de sa drome détruites), mais le SALT LAKE CITY, atteint dans une salle des chaudières, est contraint à ralentir.

À 00h20, Scott a perdu le contact. Sa formation commençant à se disperser, il lui ordonne de venir au cap 205 pour l’éloigner de la zone de combat. La bataille est finie. Elle a duré trente-cinq minutes.

Pendant leur retraite, les Japonais perdent le FURUTAKA, dont la propulsion a rendu l’âme à une vingtaine de milles au nord-ouest de Savo. L’équipage s’est battu pendant deux heures pour essayer de sauver le navire, mais n’a rien pu faire. Les cinq cent dix-huit survivants de son équipage sont recueillis par le HATSUYUKI. Les Japonais perdent aussi deux destroyers du groupe de Jojima, coulés par des attaques aériennes. Le seul succès de l’opération a été le débarquement du matériel terrestre par le NISSHIN et le CHITOSE, ainsi que des soldats par les destroyers de l’Express de Tōkyō.

Le 12 octobre, avant que l’AOBA atteigne Shortland, Gotō Aritomo meurt à l’infirmerie des suites de l’hémorragie qu’il a subie à la passerelle dévastée de son croiseur. C’est son chef d’état-major, le capitaine de vaisseau Kijima Kikunori, qui assume le commandement de ce qu’il reste de la force quand elle arrive à Buin.


L'AOBA photographié à Buin (Bougainville) le 13 octobre 1942, au lendemain de la bataille du Cap Esperance. Le navire, qui porte les stigmates de la bataille, débarque ses morts et ses blessés dans une barge. Dans la bataille, huit officiers et soixante-et-onze membres d'équipage ont été tués, dont le contre-amiral Gotō Aritomo. L'AOBA a encaissé plusieurs coups au but, la plupart sur son flanc gauche pendant qu'il faisait demi-tour devant la ligne ennemie qui lui barrait le T. Le mât principal s'est effondré sur l'affût de 120mm n°1 (tribord avant). La passerelle de navigation n'est plus qu'un amas de ferrailles, le télépointeur principal est détruit, la tourelle principale n°2 est bloquée, la n°3 a explosé, la conduite de tir antiaérien et un des canons de 120mm bâbord sont détruits ainsi que la tour du projecteur bâbord. La salle des chaudières n°2 est endommagée et ses quatre chaudières ne fonctionnent qu'à puissance réduite. La photo, prise depuis le CHŌKAI par Miyakawa Katsumi, photographe de la Marine Impériale, a été déclassifiée pour publication par le Daihonhei Kaigunbu le 9 novembre 1942.

En apprenant la mort de Gotō ce 12 octobre 1942, Yamamoto le fait nommer vice-amiral à titre posthume et, à l’arrivée de l’AOBA à Truk le 15, il vient à bord en personne se rendre compte des dégâts et écouter les témoignages des survivants. Triste fin pour Gotō Aritomo qui avait passé sa vie à se préparer au combat : non sans raisons, certains historiens attribuent à son obstination à nier la présence des Américains la cause première de sa défaite et de sa mort. Kijima Kikunori, quant à lui, y a vu le fruit vénéneux du manque de coordination entre la 8e Flotte et la 11e Flotte Aérienne, qui a privé Gotō de reconnaissances aériennes efficaces dans l’après-midi du 11. Dans le livre qu’il a écrit sur la bataille du cap Esperance, Charles O. Cook, qui était enseigne de vaisseau sur le HELENA au moment des faits, emploie une formule moins tranchée mais qui est peut-être plus près de la réalité : « Au cap Esperance, la bataille s’est jouée à trois et c’est la chance qui est sortie vainqueur. »

salut


Dernière édition par Takagi le Mar 29 Aoû 2017, 19:44, édité 6 fois (Raison : Corrections de détail + légende de la carte de Kijima)
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MessageSujet: Re: [Biographie] Aritomo GOTŌ   Mer 30 Déc 2015, 14:48


Vus depuis la plage de Tassafaronga, le cap Esperance à gauche et l'île de Savo à droite. En médaillon, un timbre commémoratif des Îles Salomons représentant le CHŌKAI, navire-amiral de Mikawa à Savo.
salut
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MessageSujet: Re: [Biographie] Aritomo GOTŌ   Mer 30 Déc 2015, 15:39

bonjour
ça valait la peine d'attendre. récit passionnant, et belles images.  thumleft merci.
vivement le prochain article !
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MessageSujet: Re: [Biographie] Aritomo GOTŌ   Mer 30 Déc 2015, 17:03

Bravo belle biographie et iconographie impressionnante  thumleft
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LE BRETON
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MessageSujet: Re: [Biographie] Aritomo GOTŌ   Mer 30 Déc 2015, 20:42


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Takagi
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MessageSujet: Re: [Biographie] Aritomo GOTŌ   Jeu 31 Déc 2015, 04:47

Merci, merci ... Embarassed
J'ai transmis vos appréciations à mon fils qui m'a aidé à trouver les sources et les photos. D'ailleurs, il a lu vos réponses. Au début, il me demandait pourquoi je passais du temps à faire cet article, puisque d'après lui "tout existe déjà sur le Web". Il a changé d'avis depuis. Certes, tout existe (parfois dans des livres, pas sur le Web), mais dans quel état ? J'ai été surpris de voir la vacuité des biographies de Gotō que l'on trouve sur les sites autorisés... L'homme méritait mieux. Les photos, les cartes et les détails de la vie à bord des croiseurs n'ont certes rien à voir avec le genre biographique pur et dur (pour autant qu'il y en ait un), mais permettent de saisir le monde dans lequel notre homme a vécu.
D'ailleurs, puisque j'ai affaire à des amateurs d'iconographie, j'ai rajouté une photo de l'artillerie principale du KAKO à un endroit où il y avait trop de texte (et avant que le KAKO ne soit déclaré coulé...).
Quand je compare le résultat (vingt-et-une pages A4 de texte en police 11, sans photos, plus deux pages de légendes de photos) aux notices biographiques que l'on trouve ici et là, je me dis que tout n'avait pas été écrit ! Les anglophones n'ont plus qu'à faire marcher les traducteurs automatiques.  Mr.Red  Au Japon, mon article a déjà trouvé des lecteurs. cheers

Je n'ai plus qu'à trouver une autre idée...
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MessageSujet: Re: [Biographie] Aritomo GOTŌ   Jeu 31 Déc 2015, 05:35

Les dégâts infligés à l'étrave du CHICAGO par la Longue Lance du KAKO :


Vue de bâbord : l'extrémité de l'étrave a été arrachée sous la flottaison


Côté tribord : l'onde de choc a sévèrement déformé la coque

study
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MessageSujet: Re: [Biographie] Aritomo GOTŌ   Jeu 31 Déc 2015, 08:10

un seul mot Bravo !
beau travail documentaire thumleft
Du jamais fait en français et a priori même du jamais fait tout court ...

Un commentaire concernant la légende de la photo représentant le Shoho, on ne voit aucun navire auprès de lui car effectivement les procédures japonaises en cas d'attaques aériennes sont de laisser une marge de manoeuvre maximale aux porte-avions (notamment). A cette époque les manoeuvres évasives violentes sont considérées comme le moyen le plus efficace de contrer une attaque aérienne, même si au final les mouvements du navire dérèglent les solutions de tir de la DCA.
Les Américains adopteront des règles de tenue de navigation en escadre plus strictes, avec des bâtiments plus proches moins manoeuvrant (quoique ...) mais avec une concentration de DCA plus importante. Il convient de remarquer à la décharge des Japonais que leur DCA ne sera jamais véritablement le point fort de leurs bâtiments.
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