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 Les traités navals de 1922 à la seconde guerre mondiale

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NIALA
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MessageSujet: Les traités navals de 1922 à la seconde guerre mondiale   Mer 08 Juil 2015, 20:52

Voici donc pour répondre à une demande et pour lancer le débat sur ce sujet un article sur les traités navals que j'avais jadis rédigé.

La marine française et les traités navals entre les deux guerres

Les Traités navals constituent le milieu international au sein duquel s'est développé notre marine entre 1919 et 1939 ils ont formatés dans une certaine mesure notre marine comme toutes les marines des pays signataires.
Le plus important de tous par ses conséquences sur les marines du monde entier est le Traité naval de Washington.
D'abord en chiffrant les tonnages maximum par pays pour les grandes puissances navales il a fixé pour deux décennies la hiérarchie de ces marines.
C'est ainsi qu'il fixe et reconnaît la prééminence des marines des Etats- Unis et de l'Empire britannique en limitant leur tonnage total à 525 000 tonnes
En second vient le Japon dont le tonnage total est limité à 315 000 tonnes
En troisième vient la France et l'Italie avec un tonnage total limité à 175 000 tonnes.
Cette parité entre la France et l'Italie va exacerber la rivalité entre les deux nations pour profiter au mieux des possibilités offertes par les traités; bien souvent en ce qui concerne l'Italie en trichant un peu avec les tonnages autorisés par navire.

Le Traité naval de Washington du 6 février 1922
-Il défini le déplacement type: qui connu sous le nom de déplacement Washington (en abrégé tw) aura cours jusqu'à la guerre:
Déplacement du navire achevé,avec son équipage complet,ses machines et chaudières prêt à prendre la mer, tout son armement, ses munitions,équipements, vivres,eau douce, approvisionnement divers, rechanges de toute nature qu'il doit emporter en temps de guerre ;mais sans combustible et sans eau de réserve pour l'alimentation des machines et chaudières ; cela favorise donc l'autonomie des navires, c'était demandé par les anglo-saxons dont les navires devaient sillonner les mers loin de leurs bases sans contrainte.

-les navires de ligne à construire sont limités au déplacement de 35 000t; l'armement principal au calibre de 406mm
-les porte-avions au déplacement de 27 000 t; leurs canons au calibre de 203mm
-les croiseurs au déplacement de 10 000 t; leurs canons au calibre de 203mm
.L'incidence pour la France sera la construction de 7 croiseurs lourds armés chacun de 8 canons de 203mm; la transformation du cuirassé Béarn en porte-avions; et ce n'est qu'en 1935 que nous mettrons sur cale notre premier cuirassé de 35 000 t; le Richelieu et encore en limitant le calibre des canons au 380mm ; entre temps nous auront construits les deux Dunkerque de 26 000 t pour contrer les cuirassés de poche allemands.

Le traité naval de Londres du 22 avril 1930
Il fait suite du Traité de Washington qui venait à échéance en 1931; il précise nommément les navires de ligne à déclasser, la limite d'age pour procéder au remplacement de tous les navires; il limite les porte-avions à construire à 10 000 t et leur artillerie au calibre 155mm;il limite le déplacement des sous-marins à 2000 t et le calibre de leur artillerie à 130 mm, à l'exception de 3 sous-marins limités à 2800 t et l'artillerie au 203mm; c'est cette clause qui nous permettra d'achever le Surcouf, déjà lancé.
Les navires de tonnage égal ou inférieur à 600 t ne sont pas compris dans les limites par le traité; d’où la construction de nombreux torpilleurs de 600 t, dont nos Melpomène.
Fait suite la nature des bâtiments déclassés conservés comme ponton, pour l'instruction ou des expériences, le détail des matériels et armements à démonter pour qu'ils ne soient plus considérés comme des navires de combat; suivie de la liste des bâtiments spéciaux d'un déplacement supérieur à 600 t autorisés; pour la France cette liste est arrêtée à 28644 t; on y trouve notamment le Commandant Teste, le Gladiateur, les Castor et Pollux et 17 avisos anciens.

A la fin de 1934 le Japon annonce qu'il n'était plus lié par le Traité de Washington; c'est l'époque ou dans le plus grand secret il entame les études d'un super-cuirassé qui aboutera à la classe Yamato .
La France refuse la reconduction des limitations quantitatives du même Traité de Washington.
;
Accord naval anglo-allemand du 18 juin 1935
Il marque le début du réarmement allemand. La Grande Bretagne accorde au Reich allemand de limiter sa flotte à 35% de la flotte britannique de l'époque, ce qui est considérable.
En outre dans cette limite le tonnage total des sous-marins allemands autorisé est égal au tonnage total des sous-marins britanniques; les Scharnhorst ; Admiral Hipper ; destroyer des classes Maas et Z et surtout le développement rapide de la flotte sous-marine allemande, sont consécutifs à cet accord; surtout que l'Allemagne n'ayant jamais cessé les études sur ces différents types de navires, la construction peut débuter immédiatement.

Le traité de Londres du 22 mars 1936
Il reprend pour l'essentiel, les termes du Traité de Washington, avec cependant les modifications suivantes; le calibre de l'artillerie principale des navires de ligne est limité au calibre 356mm, cette limite ne sera jamais appliquée, sauf pour les King George V britanniques; le tonnage des porte-avions est limité à 23 000 t, et le calibre de leur artillerie au 134mm;la aussi seul les Illustrious britanniques seront construits selon ces limites.

Les bâtiments de surface autres que les bâtiments de lignes et les portes avions sont désormais répartis selon trois sous classes:
(a) les bâtiments de 10 000 t à 3000 t armés de canons d'un calibre supérieur à 155mm (limité au 203mm)
(b) les bâtiments de 10 000 t à 3000 armés de canons d'un calibre égal ou inférieur à 155 mm
(c) les bâtiments de tonnage égal ou inférieur à 3000 t, armés de canons d'un calibre égal ou inférieur à 155 mm
Ce traité verra peu d'applications en dehors du royaume britannique, sauf en ce qui concerne la classifications des navires:

les croiseurs lourds étant classés en (a)
les croiseurs légers en (b)
les contre-torpilleurs ; torpilleurs et avisos en (c)

Le traités et accords de 1938
Ils sont rappelés pour mémoire parce qu'ils seront pas suivi d'application; le gouvernement britannique se limite au déplacement de 40 000 T pour les navires de ligne; le 2 décembre 1938 le gouvernement italien adhère au traité naval de Londres de 1936; l'Allemagne déclare transformer deux croiseurs catégorie (b), en catégorie (a), ce sera les Admiral Hipper et Blucher.
Le 28 avril 1939 le Reich dénonce le traité de Londres, toutefois il continue à en observer les limites bénévolement!
Ensuite la guerre balaiera toute ces tentatives pour limiter l'armement naval.


Alain
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Loïc Charpentier
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MessageSujet: Re: Les traités navals de 1922 à la seconde guerre mondiale   Mer 08 Juil 2015, 23:30

La vache! A peine suggéré, déjà développé!  Tous mes compliments pour l'efficacité.

En fait, tout autour de ce joli enrobage technique, parfaitement bien résumé par Niala, il y avait un environnement très conséquent de magouilles géopolitiques.
Je n'avais rien prévu de particulier sur le sujet, envisageant, simplement, une discussion 'normale" mais, après la présentation claire, ci-dessus, je prends le risque de vous soumettre un vieux projet d'article, jamais publié. Bien entendu, ma "vision" des faits, même si elle est étayée par des documents sérieux, n'est pas nécessairement celle de tous. Alors, ne me tapez pas trop fort sur la tête!  lol!

1921-1930 – L’illusion du désarmement naval

A l’initiative des États-Unis, les vainqueurs du conflit  – Royaume-Uni, France, États-Unis, Italie et Japon - se réunissent, à Washington, à partir du 11 novembre 1921. Habilement, les États-Unis ont établi un ordre du jour qui porte  sur la question de la limitation de l’arme navale mais, également, selon les subtilités du langage diplomatique, sur les questions du Pacifique et de l’Extrême-Orient, qui, elles, visent directement les intérêts japonais en Chine et en Sibérie. Le but inavoué des américains est de remettre en question l’alliance navale anglo-japonaise de 1902 et limiter le développement de la marine japonaise. Français & italiens n’y jouent, en réalité, que les cautions participatives. Grâce à un service d’espionnage cryptographique, baptisé « Black Chamber », les États-Unis vont, sans vergogne, exploiter les dépêches échangées entre les délégations et leurs gouvernements, particulièrement, celles émises par les Japonais, connaissant, ainsi, par avance, les conditions minimales acceptables par  ses derniers, sans les contraindre à quitter la table des négociations. Après trois mois de délibérés, les cinq nations conviennent d’un rapport des forces, qui deviendra célèbre sous l’intitulé de 5 : 5 : 3 : 1,75 : 1,75. En tant qu’Article IV des accords, il correspond au tonnage maximal (exprimés en tons américaines ou britanniques, 1 ton = 1 016 kg) de cuirassés autorisé pour chaque marine de guerre – USA & GB (Commonwealth): 525 000 tons, chacun, le Japon, 315 000 tons (60%), la France & l’Italie : 175 000 tons (33%) -. Les termes des Articles V & VI, à l’instigation du Royaume-Uni, définissent les limites du déplacement standard– une notion des plus confuses et difficile à calculer avec exactitude – des futurs cuirassés, dorénavant désignés Capital Ships, et le calibre de leur armement principal, soit 35 000 tons, 16’’ ou 406 mm. La durée de service minimale (Chapitre 2 – Partie III – Section 1) est fixée à vingt ans, à partir du commissionnement et la mise en chantier du remplaçant ne peut s’effectuer qu’à dater du dix-septième anniversaire du bâtiment de référence. La Grande-Bretagne, arguant de l’importance de son domaine maritime, s’est arrangée pour que le déplacement standard ne prenne pas en compte les tonnages embarqués de mazout et d’eau douce. Le Traité navale de Washington est ratifié à partir 6 février 1922 mais avec plus ou moins de bonne volonté de la part de certains signataires. Le Japon, malgré l’officialisation de facto de son statut de troisième force navale, se sent floué par rapport aux anglo-saxons, d’autant que l’accord naval anglo-japonais de 1902 est définitivement passé à la trappe, et voit surtout d’un mauvais œil le tonnage que se sont « attribués » les États-Unis. La France, en dépit de son empire colonial se retrouve ravalée au rang de puissance navale mineure, au même titre qu’une Italie, dépourvue de colonie, qui n’en attendait pas tant. La mise en vigueur du Traité de Washington est officiellement fixée au 21 août 1923 mais la France parvient, néanmoins, à imposer une date limite d’application, fixée au 31 décembre 1936. Compte tenu de l’importance de leurs flottes de cuirassés, américains et, surtout, britanniques, pour respecter le tonnage maximal autorisé, se sont engagés à ferrailler plusieurs unités, dûment listées. En sus, les États-Unis et le Japon mettent fin à leurs programmes, respectivement, de six bâtiments de la classe South Dakota  et  de quatre Amagi, tous d’un déplacement de 48 000 tonnes, armés de 406 ou de 410 mm et mis en chantier entre 1920 et 1921 ; sauf que l’avancement des chantiers américains variait de 10 à 35% dans le meilleur des cas, alors qu’au moins, deux bâtiments nippons avaient dépassé les 40% d’achèvement.

Entre 1922 et 1931, la Royal Navy, comme elle y est autorisée par le Traité de Washington, lance deux nouveaux battleships, le Nelson et le Rodney, mis en chantier en décembre 1922 et commissionnés en 1927. Ce sont les seuls navires de ligne construits par un signataire du traité, entre 1922 et 1931. Ils correspondent à une classe qui brillait, jusque là, par son absence dans la marine britannique, des bâtiments armés de canons de 16’’ (406 mm). Si les projets  G3, de 1921, et N3, de 1922,  48 400 tonnes et 9 pièces de 406 mm ou 457 mm, existaient bel et bien sur le papier, seuls, les Etats-Unis, avec leur classe South Dakota et les Japonais, avec la série des Amagi, avaient entamé la construction de bâtiments similaires; leurs abandons dans le cadre du traité de Washington, arrangera fort une Grande-Bretagne, confrontée à des difficultés budgétaires, après ses dépenses militaires de la Grande Guerre. Les deux navires de la classe Nelson, équipés de 10 pièces de 16’’ (406 mm), sont sensés combler ce manque, sauf qu’entre temps, le traité a été ratifié et qu’il s’agit, dès lors, de respecter la clause des 35 000 tons ! Effectivement, à leur lancement, le déplacement standard des deux navires ne dépasse pas 33 730 tons mais il correspond, en quelque sorte, à un déplacement de « temps de paix » car les concepteurs ont pris des dispositions techniques pour améliorer la protection en cas de conflit  et, à partir de 1937, le tonnage des deux sister-ships, ne cessera d’augmenter, à l’occasion de cales sèches et de refontes. Esthétiquement, le résultat est quelque peu novateur, avec un armement principal regroupé en trois tourelles triples à la proue, mais beaucoup plus discutable sur le plan des  performances car les bâtiments, pénalisés par un rapport longueur/largeur insuffisant, sont incapables de dépasser une vitesse maximale de 23 nœuds et la trop grande proximité des canons perturbe, lors des salves, la trajectoire des obus.

Le bel ordonnancement, mis en place en 1922, va se fissurer au tournant des années 1930, avec la mise en construction, par l’Allemagne, en 1929, du Panzerschiff  Lützow – rebaptisé ultérieurement Deutschland -. Ironiquement, les clauses draconiennes du Traité de Versailles avaient contraint la Reichsmarine à ne conserver qu’une flotte de vieux cuirassés pré-dreadnought, lancés entre 1905 et 1908, or l’article 190 dudit  traité autorise l’Allemagne à remplacer, poste pour poste, ses cuirassés, après 20 ans de service, sous réserve que leur tonnage standard ne dépasse pas les 10 000 tonnes (métriques !). Le Lützow remplace, donc, le Linienschiff Preußen, en service depuis le 12 juillet 1905, et, officiellement, son déplacement standard respecte les limites imposées ; en réalité, suivant les critères allemands, définis en 1889, son déplacement réel est de 14 290 tonnes et, selon la convention de Washington que l’Allemagne n’a, bien entendu, pas signée, de 12 630 tonnes. Grâce à la technique du blindage soudé, moins lourd que le rivetage traditionnel, la Reichsmarine disposera ainsi d’un bâtiment fortement cuirassé, puissamment armé de 6 pièces de 28 cm (11’’) – alors que l’article XII du traité naval de 1922 stipulait que, seuls, les cuirassés pouvaient porter des calibres supérieurs à 8’’ (203 mm) ! -, aux caractéristiques supérieures à celles des croiseurs lourds existants et capable, de surcroit, d’atteindre une vitesse de 28 nœuds, dépassant celle des plus rapides cuirassés ou croiseurs de bataille britanniques. Manifestement, le Lützow est taillé pour la guerre de course. La France et l’Italie, qui y voient une entorse inacceptable aux clauses du Traité de Versailles, émettent de vives protestations qui restent sans écho du côté de Londres ou de Washington, le Sénat américain ayant, de toute façon, refusé de ratifier le Traité de Versailles; Deutsche Werk, à Kiel, peut donc tranquillement poursuivre la construction du premier des trois Panzerschiffe, surnommés « cuirassés de poche » par la presse occidentale. A la mise en chantier, en juin 1931, de l’Admiral Scheer, le gouvernement français réplique en budgétant un cuirassé  de 26 500 tonnes standard, le Dunkerque, armé de 8 pièces de 330 mm, mis sur cale en décembre 1932, et programme également une grande refonte, entre 1931 & 1934, pour 4 anciens cuirassés post-dreadnought, le Paris, lancé en 1912, et les Bretagne, Provence, & Lorraine, lancés en 1913. La mise en chantier du Strasbourg, second bâtiment de la classe Dunkerque, ne sera signée qu’en juillet 1934 alors que le troisième et dernier « cuirassé de poche », l’Admiral Graf Spee, vient d’être lancé le mois précédent.

1930-1934 - Le Traité prend eau.

Comme le prévoyait le traité naval de 1922, à l’échéance de la huitième année, les puissances signataires sont invitées à se réunir, cette fois-ci à  Londres, pour  convenir des éventuelles corrections à apporter aux termes du traité, compte-tenu des évolutions techniques. Le premier traité de Londres, est ratifié, après 9 mois de concertations, le 27 octobre 1930 et traite, plus particulièrement, des porte-avions et des sous-marins. Les limites, établies en 1922, pour le déplacement standard et le calibre principal des cuirassés sont reconduites in extenso. La Grande-Bretagne, les États-Unis et le Japon s’engagent, de nouveau, à désarmer une série de bâtiments ; une aimable « tartufferie » qui consiste à officialiser la mise au rencart de « vieilles dames hors d’âge », construites en 1912 et commissionnées en 1914. La France et l’Italie, qui différeront la ratification du document final, n’ayant toujours pas usé de leurs droits de mise en chantier de 1927 & 1929, sont autorisées, chacune, à construire deux unités de 35 000 tons – suite au naufrage du cuirassé France, en août 1922 (!), la marine française se voit, également, accorder le lancement d’un troisième bâtiment - tandis que les autres signataires s’engagent à ne construire aucun nouveau navire de ligne, entre 1931 et 1936, année-butoir du Traité de Washington.

Le 30 janvier 1933, le General-Feldmarschall von Hindenburg, Reichspräsident, confie le poste de Chancelier du Reich à Adolf Hitler. Membre permanent de la SDN, depuis septembre 1926, l’Allemagne est conviée à participer, à partir de septembre 1933, à la Conférence Générale sur le Désarmement, dont une partie du programme vient, au mieux, faire doublon, au pire, interférer avec les traités navals de Washington* et de Londres. Elle en claque la porte, le 14 octobre, se considérant traitée comme une nation mineure, et démissionne de la SDN, cinq jours plus tard. Le 28 octobre 1934, l’Italie fasciste, objet de toutes les critiques, lors de ladite conférence, à propos du conflit « colonial» qu’elle mène en Éthiopie, met en chantier, à grands renforts de propagande, deux unités de 35 000 tons, le Littorio et le Vittorio Veneto ; pour le gouvernement français, c’est une atteinte directe à l’équilibre des forces navales en Méditerranée qui, compte-tenu du réarmement patent de l’Allemagne, ne se considère plus, désormais, astreint à respecter les clauses de limitations.

*La Société des Nations était, à l’origine, une initiative américaine, mais les États-Unis, en refusant de ratifier, en 1919, le Traité de Versailles, s’en étaient automatiquement exclus.

1935-1939 – Naufrage des traités navals

L’Allemagne, devenue national-socialiste, n’étant signataire ni du Traité de Washington de 1922, ni de ses avenants de 1930, se doit d’acquérir une stature navale officielle. Pour ce faire, elle décide, en 1935, de traiter directement avec la puissance navale de référence, la Grande-Bretagne. En usant habilement des inclinations pro-germaniques du gouvernement britannique en place et des vieilles rivalités qui sévissent toujours entre Royal Navy et Marine Nationale Française, elle obtient, le 18 juin 1935, avec la bénédiction des États-Unis, parfaitement indifférents aux affres européennes, la ratification d’un accord séparé qui lui garantit un tonnage permanent égal à 35% de celui du Royaume-Uni - accessoirement de 45% pour le tonnage des sous-marins – alors même que le traité original de Washington, en 1922, n’en accordait que 33% à la France et l’Italie ! Dans l’esprit britannique, l’accord bilatéral anglo-allemand de Londres est sensé favoriser la détente dans un contexte militaire européen quelque peu tendu mais, ipso facto, il abroge purement et simplement le Traité de Versailles, au grand dam de la France. L’Allemagne, assurée de l’issue favorable du traité, a anticipée, dès le mois de mai, en mettant en chantier deux cuirassés de la classe 26 500 tonnes, le Gneisenau  et le Scharnhorst. La France y répond, le 22 octobre 1935, par la mise en construction du Richelieu, son premier cuirassé de la classe  35 000 tons, retardée, jusque là, faute d’infrastructures adaptées et, accessoirement, par soucis budgétaires. Au cours des études, les français ont rapidement constaté- ils ne seront pas les seuls ! – que le respect d’un déplacement standard de 35 000 tons et d’un calibre d’artillerie principale de 406 (16’’) frise la quadrature du cercle; le constat reste tout aussi définitif avec un armement pourtant limité au calibre 15’’ (380 mm), retenu par la Marine Nationale. Depuis 1920, le pouvoir de pénétration des munitions navales qui s’est encore amélioré, et l’aviation embarquée, devenue une réelle menace pour les navires de ligne, exigent une protection adaptée qui vient lourdement grever le déplacement des navires. Même en regroupant l’artillerie principale, en 2 tourelles quadruples, à l’avant du bâtiment, selon une disposition assez proche de celle adoptée par les Britanniques pour leur classe Nelson - solution qui a l’avantage de réduire la longueur de la ceinture cuirassée mais prive le bâtiment, en retraite, d’artillerie principale -, l’exigence d’un rapport longueur/largeur suffisant pour atteindre la vitesse de 30 nœuds implique, nécessairement, un dépassement de tonnage.

Conformément au calendrier, un an avant l’échéance du Traité de Washington, le 9 décembre 1935, les cinq signataires se réunissent à Londres. Bien entendu, l’Allemagne n’y est pas conviée même en tant qu’observateur, les français s’y étant opposés, mais, par le biais de l’accord naval, signé six mois plus tôt, elle est directement concernée par les réductions de tonnage ou de calibre que viendrait à accepter la Grande-Bretagne. La France, l’Italie et le Japon s’y rendent en trainant les pieds et les dissensions ne tardent pas à  se révéler au grand jour. Dès le 15 janvier, le Japon, constatant que son quota de tonnages reste définitivement  indexé sur ceux des USA et du Royaume-Uni, se retire des négociations. Pour des raisons toujours inexpliquées, les Britanniques proposent de limiter le déplacement standard du capital-ship à  25 000 tons et le calibre de son artillerie principale à 12’’ (305 mm), alors qu’ils ont sous le coude le programme de la classe King Georges V, 35 000 tons et 14’’, mise en chantier 6 mois plus tard ! Une fois n’est pas coutume, la proposition déchaine l’unanimité contre elle. Le 27 février 1936, l’Italie annonce qu’elle ne ratifiera pas le nouveau traité. Le texte définitif du 25 mars 1936 conserve la limite des 35 000 tons mais réduit, cependant, le calibre maximal à 14’’ (356 mm). Les clauses complémentaires, ayant tendance à stipuler une chose et son contraire, autorisent la France et l’Italie à mener à terme leurs chantiers en cours, malgré un calibre supérieur. En dernier ressort, l’Article 26 autorise les signataires à se libérer « provisoirement » des contraintes stipulées s’ils considèrent que la sécurité de leur nation est menacée et, dans l’éventualité où une majorité se révèlerait opposée à ces nouvelles limitations – sous-entendus, le Japon, la France et l’Italie – celles du traité initial serviraient automatiquement de référence, à savoir, l’impossible conjonction des 35 000 tons et du calibre maximal de 406 mm ! Le second traité de Londres est sensé prendre effet au 1er janvier 1937 … avec une date-butoir au 1er juillet et une période d’application courant jusqu’au 31 décembre 1942.  

Le 25 juin 1936, le Japon dénonce officiellement le traité de Washington ; de toute manière, le calibre de 460 mm qu’il prévoit d’utiliser pour son programme de 4 cuirassés de la classe Yamato, qui débutera en novembre 1937, le met d’office hors limites. Le 1er juillet et le 20 octobre, l’Allemagne met, respectivement, en chantier les cuirassés Bismarck & Tirpitz. Malgré un déplacement officiellement annoncé pour 35 000 tons, leur déplacement standard de 41 000 tonnes est, en réalité, très proche de celui du Richelieu ou de la classe Littorio ; leur armement de 8 canons de 38 cm les met, en théorie, hors des nouvelles  limites du traité mais, à ces dates, celui-ci n’est toujours pas en vigueur ; il en est de même pour le  Jean Bart, sister-ship du Richelieu, dont la quille est posée le 12 décembre 1936.  Les britanniques, qui ont du bien s’amuser en proposant de ramener les limites à 25 000 tons & 12’’, mettent en chantier entre le 1er janvier et le 1er juillet 1937, les cinq cuirassés de la classe King Georges V – leurs premiers navires de ligne construits depuis 1922 ! -. S’ils satisfont aux limites fixées en mars 1936 pour l’artillerie, avec trois tourelles au calibre de 14’’ (356 mm), leur déplacement standard de 36 727 tonnes, même converti en tons, reste, désespérément, supérieur au tonnage limite autorisé, prouvant, si c’était nécessaire, que les meilleures intentions ne sont pas toujours compatibles avec les contraintes techniques. Les Etats-Unis, qui, eux-aussi, n’ont plus effectué de mise en chantier depuis 1920, mettent sur cale, le 27 octobre 1937, le North Carolina, première de deux unités de la classe 35 000 tons et se retrouvent confrontés aux mêmes difficultés, d’autant que le calibre retenu pour les trois tourelles triples est de 406 mm.

En 1938, l’essentiel des flottes de ligne américaines et britanniques a, dorénavant, atteint ou dépassé les vingt ans de limite d’âge et exige de nouvelles mises en chantier. Le temps des aimables rêveries s’achève et les amirautés renouent avec la réalité. Le respect du tonnage standard maximal autorisé s’est avéré une douce utopie et ses limites doivent impérativement être revues à la hausse. En avril 1938, les USA, la Grande-Bretagne & la France se réunissent une nouvelle fois. Les britanniques proposent 40 000 tons, déplacement qui correspond, fort curieusement, à celui des deux bâtiments de la classe Lion, armés de 9 x 16’’ (406 mm), qu’ils se préparent à mettre en chantier. Américains et français, conscients qu’une augmentation de 5 000 tons n’aurait qu’une validité temporaire et nécessiterait de nouvelles négociations avant l’échéance 1942, souhaitent fixer, une bonne fois pour toute, la limite du tonnage standard à 45 000 tons, d’autant que l’US Navy ne peut rester les bras croisés tandis que la marine japonaise, déliée des traités, a entrepris, depuis novembre 1937, la mise en chantier de la classe Yamato. Le 30 juin 1938, un nouveau et ultime protocole actualise le second traité naval de Londres en portant la limite du déplacement à 45 000 tons et en revenant au calibre maximal de 16’’, retenu dès 1922. L’Italie, absente des négociations, accepte, en juillet, de ratifier le protocole ; ce sera sa dernière participation à un accord entre anciens alliés de 1914-1918 car son soutien actif aux forces franquistes, au côté de l’Allemagne, lors de la Guerre d’Espagne, a favorisé un nouvel axe d’alliance entre Rome et Berlin. Dans un ultime élan vertueux, le gouvernement britannique va s’efforcer d’inciter les autres nations européennes à respecter la limite de 40 000 tons, qu’elle-même s’est imposée, mais échoue, sans grande surprise, dans sa tentative de convaincre l’Allemagne, en décembre 1938, qui dénoncera, le 28 avril 1939, l’accord naval anglo-allemand, pour signer, d’abord, avec l’Italie, le 22 mai, un accord militaire d’assistance mutuelle et, le 22 août, à quelques jours du déclenchements des opérations contre la Pologne, le traité de non-agression avec l’URSS.

Dès lors, il n’est plus question d’une quelconque limitation, les États-Unis mettent, successivement, en chantier, entre juillet 1939 & février 1940, les 4 cuirassés de la classe Dakota et, entre juin 1940 & janvier 1941, 4 des 6 unités de la classe Yowa, tandis que la Grande-Bretagne met sur cale, en juin et juillet 1939, les deux bâtiments de la classe Lion. Néanmoins, hormis l’US Navy, qui bénéficiera d’un sursis jusqu’en décembre 1941, les flottes occidentales, notamment celles de la Grande-Bretagne et de la France, entreront en guerre avec des  navires de ligne qui, pour la plupart, sont des vétérans du Premier conflit mondial ! Un résultat inattendu des traités de « désarmement naval ».

Après-guerre, il a été fréquemment reproché au Japon, à l’Allemagne et, même, à l’Italie d’avoir contrevenu aux clauses limitatives des Traités navals de 1922 et de 1936. En réalité, aucune marine ne pouvait techniquement s’y conformer. De plus, l’Allemagne, vu son statut de « Vaincu » n’y avait jamais été directement associée. Quant aux États-Unis et la Grande-Bretagne, largement pourvus en navires de ligne récents, à la fin de la Première Guerre Mondiale, ils les avaient juste concoctées pour assurer leur tranquillité et conforter leur prédominance. Le seul résultat tangible de ces traités est la disparition des batailles navales en ligne, la dernière en date restant celle du Jutland (31 mai-1er juin 1916), due, en partie, pourrait-on dire, à l’absence de combattants mais surtout à l’évolution des flottes de combat et au rôle majeur des porte-avions dans les flottes de surface.

Sources :
• Conférence de Washington (juillet 1921- février 1922) – Ministère des Affaires Etrangères, documents diplomatiques – Bibliothèque Nationale de France.
• International Treaty for the Limitation & Reduction of Naval Armament (22 avril 1930 -27 octobre 1930) – fac-similé.
• Anglo-German Naval Agreement (18 juin 1935) – fac-similé.
• Treaty for the Limitation of Naval Armament (25 mars 1936) & Avenant du 30 juin 1938 – fac-similé.



Dernière édition par Loïc Charpentier le Jeu 09 Juil 2015, 00:03, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Les traités navals de 1922 à la seconde guerre mondiale   Mer 08 Juil 2015, 23:35

bonsoir
merci Alain pour cour cet excellent résumé. mais un détail me chiffonne; sont-ce bien les Hipper et Blücher qui devaient être armés de 152 ? je croyais qu'il s'agissait des Lützow et Seydlitz…
je n'ai pas encore lu l'article de Loïc Charpentier. je m'y attaque.
bonne soirée.
p.s.
décidément ! je commençais tout juste à lire…
le Lützow rebaptisé Deutschland ???
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MessageSujet: Re: Les traités navals de 1922 à la seconde guerre mondiale   Jeu 09 Juil 2015, 00:22

Heye a écrit:

décidément ! je commençais tout juste à lire…
le Lützow rebaptisé Deutschland ???

Désolé, je "m'avais gourationné', il convient de lire... KMS Deutschland jusqu'au 15.11.1939, puis renommé, à cette date, KMS Lützow.



Dernière édition par Loïc Charpentier le Jeu 09 Juil 2015, 01:16, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Les traités navals de 1922 à la seconde guerre mondiale   Jeu 09 Juil 2015, 11:16

Heye a écrit:
bonsoir
merci Alain pour cour cet excellent résumé. mais un détail me chiffonne; sont-ce bien les Hipper et Blücher qui devaient être armés de 152 ? je croyais qu'il s'agissait des Lützow et Seydlitz…
je n'ai pas encore lu l'article de Loïc Charpentier. je m'y attaque.
bonne soirée.
p.s.
décidément ! je commençais tout juste à lire…
le Lützow rebaptisé Deutschland ???
Tu as raison, les allemands ont notifié la décision d'armer de 203 mm des croiseurs prévus pour porter du 152 mm en décembre 1938, à cette date les deux Hipper étaient déjà lancés, ce qui prête à confusion c'est qu'ils ont cité deux croiseurs alors qu'ils étaient en réalité trois; il s'agit des Prinz Eugen, Lutzow et Seydlitz qui comme je l'ai dit dans l'article sur les croiseurs allemands étaient une nouvelle classe prévue à l'origine pour porte des canons de 152 mm.

En ce qui concerne le Deutschland il a été renommé Lutzow en février 1940 sur demande d'Hitler ; après la perte du Graf Spee, il craignait par dessus tout le symbole que pourrait consister la perte d'un navire portant le nom de la nation allemande.
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MessageSujet: Re: Les traités navals de 1922 à la seconde guerre mondiale   Jeu 09 Juil 2015, 12:02

[quote="NIALA"]
Heye a écrit:

En ce qui concerne le Deutschland il a été renommé Lutzow en février 1940 sur demande d'Hitler ; après la perte du Graf Spee, il craignait par dessus tout le symbole que pourrait consister la perte d'un navire portant le nom de la nation allemande.

D'après la source (fiable), dont j'ai inséré un extrait, le changement de nom date du 15.11.1939 (voir point g )... Dodolf avait du avoir une prémonition. lol!
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MessageSujet: Re: Les traités navals de 1922 à la seconde guerre mondiale   Jeu 09 Juil 2015, 12:13

Loïc Charpentier a écrit:
NIALA a écrit:
Heye a écrit:

En ce qui concerne le Deutschland il a été renommé Lutzow en février 1940 sur demande d'Hitler ; après la perte du Graf Spee, il craignait par dessus tout le symbole que pourrait consister la perte d'un navire portant le nom de la nation allemande.

D'après la source (fiable), dont j'ai inséré un extrait, le changement de nom date du 15.11.1939 (voir point g )... Dodolf avait du avoir une prémonition. lol!
Je doute que le changement de nom du Deutschland date de 15 novembre 1939; j'ai deux sources concordantes qui donnent la date de février 1940; en outre en novembre 1939 il y avait un autre Lutzow en construction, le 3ém croiseur de la classe Prinz Eugen qui a été vendu à l'URSS en 1940; il n'est pas pensable qu'il y ait deux Lutzow en même temps.
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MessageSujet: Re: Les traités navals de 1922 à la seconde guerre mondiale   Jeu 09 Juil 2015, 13:19

NIALA a écrit:

Je doute que le changement de nom du Deutschland date de 15 novembre 1939; j'ai deux sources concordantes qui donnent la date de février 1940; en outre en novembre 1939 il y avait un autre Lutzow en construction, le 3ém croiseur de la classe Prinz Eugen qui a été vendu à l'URSS en 1940; il n'est pas pensable qu'il y ait deux Lutzow en même temps.

Exact, c'est exact... sauf que le schwere Kreuzer Lützow n'a jamais été "recetté" par la Kriegsmarine ; autrement dit, son nom de baptême n'a jamais été officialisé.

Le Deutschland, rebaptisé Lützow, lui, était un Panzerschiffe , "navire cuirassé", et en tant que Ersatz  Preußen, était une sorte de compromis "versaillais/washingtonien" sensé remplacer le vieux  cuirassé predreadnought Preußen, retiré du service le 05.04.29.

Il n'y a, donc, jamais eu deux Lützow en service.









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MessageSujet: Re: Les traités navals de 1922 à la seconde guerre mondiale   Jeu 09 Juil 2015, 13:28

Il est, vraisemblable, qu'en novembre 1939, la cession du croiseur "Lützow" à l'URSS était, déjà, ficelée, car la remise du bâtiment s'est effectuée le 11 février 1940.
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MessageSujet: Re: Les traités navals de 1922 à la seconde guerre mondiale   Jeu 09 Juil 2015, 15:55

Voici l'état du croiseur Lutzow sister-ship du Prinz Eugen lors de son remorquage vers l'URSS le 15 avril  1940, il n'a jamais été terminé.

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MessageSujet: Re: Les traités navals de 1922 à la seconde guerre mondiale   Jeu 09 Juil 2015, 19:56

NIALA a écrit:
Voici l'état du croiseur Lutzow sister-ship du Prinz Eugen lors de son remorquage vers l'URSS le 15 avril  1940, il n'a jamais été terminé.
… malgré des velléités de reprise/poursuite des travaux… et nouveaux baptêmes de la coque (Tallin ? Petropavlosk ?) C'était sans doute une gageure (pour les Soviétiques) que de penser pouvoir l'amener jusqu'à l'achèvement… seuls ? avec le concours des Allemands ?
On aurait pu imaginer que le déclenchement de l'opération Barbarossa eût été la cause de l'arrêt des travaux, mais c'est dès le mois de mai 1941 que ça s'est arrêté…
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MessageSujet: Re: Les traités navals de 1922 à la seconde guerre mondiale   Jeu 09 Juil 2015, 21:30

A partir d’août 1941 l'ex Lutzow a été utilisé comme batterie flottant lors du siège de Leningrad, il avait deux tourelles en état de marche, et une DCA a été installée à bord, il a été sérieusement endommagé en décembre 1941, réparé il a été utilisé encore comme batterie flottante jusqu’à la fin de la guerre, puis utilisé comme caserne il a été démoli en avril 1958.
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MessageSujet: Re: Les traités navals de 1922 à la seconde guerre mondiale   Jeu 09 Juil 2015, 21:42

Le voici photographié en octobre 1955 à Leningrad il sert alors de caserne sous le nom de Dniepr: 

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MessageSujet: Re: Les traités navals de 1922 à la seconde guerre mondiale   Ven 10 Juil 2015, 09:29

Superbes explications pour les traités de constructions navales Niala et Loic thumright

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MessageSujet: Re: Les traités navals de 1922 à la seconde guerre mondiale   Ven 10 Juil 2015, 10:02

JollyRogers a écrit:
Superbes explications pour les traités de constructions navales Niala et Loic thumright

Nous ne nous étions pas concertés mais le résumé "technique" de Niala était parfait pour servir d'introduction à l'aimable "magouille" que constituera l'application dudit traité. Je m'étais limité aux seuls navires de ligne car c'était, de loin, la partie la plus exemplaire.
Il est amusant de constater comment, de nos jours, la révélation des écoutes de la NSA a fait du bruit, alors que la méthode est aussi vieille que les relations diplomatiques. lol!
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MessageSujet: Re: Les traités navals de 1922 à la seconde guerre mondiale   Ven 10 Juil 2015, 10:54

En somme comme souvent il y a la théorie et la pratique; ne dit on pas que l'enfer est pavé de bonnes intentions. cheers
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MessageSujet: Re: Les traités navals de 1922 à la seconde guerre mondiale   Ven 10 Juil 2015, 10:59

NIALA a écrit:
En somme comme souvent il y a la théorie et la pratique; ne dit on pas que l'enfer est pavé de bonnes intentions. cheers

Oui, mais, là, ne je suis pas du tout certain que les intentions étaient si "bonnes" que çà. lol!
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MessageSujet: Re: Les traités navals de 1922 à la seconde guerre mondiale   Ven 10 Juil 2015, 13:39

la petite question qui me taraude c'est, la taille des cuirassés et leurs masses.

pourquoi vouloir une vacance de cuirassé, mais permettre que les nouvelles unités, prennent du poids, de la longueur et de la vitesse????
pourquoi 35.000tw, pourquoi plus de 30 nœuds?
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MessageSujet: Re: Les traités navals de 1922 à la seconde guerre mondiale   Ven 10 Juil 2015, 14:14

Il faut voir la limitation de tonnage à 35 000 t par rapport aux projets en cours en 1922. Les britanniques avaient à l'étude des croiseurs de bataille du type G3 de 48400 t armés de 9 canons de 406 mm; des cuirassés les N3 de 48500 t armés de 9 canons de 457 mm; les USA la classe BB49 South Dakota de 43200t et 12 canons de 406 mm; les croiseurs de bataille de la classe Lexington de 43500 t et 8 canons de 406 mm; le japon construisait déjà les Kaga de 39900 t et 10 canons de 410 mm et les croiseurs de bataille de la classe Amagi de 41217 t et 10 canons de 410 mm; c'est pour arrêter la construction de ces cuirassés énormes qui coûtaient très cher à construire alors qu'au sortir de la première guerre mondiale les grandes nations avaient besoin de se refaire économiquement que les Anglo-saxons se sont mis d'accord et ont imposés aux autres la limitation du tonnage des cuirassés à 35000 t et le calibre des canons au 406 mm.

Les G3 et N3 ont été réduits pour entrer dans les limites du traité de Washington et ont donné les deux Nelson; les South Dakota ont été annulés, et les Lexington, Kaga et Amagi ont été soit transformés en porte-avions pour ceux dont la construction était avancée, soit annulés pour les autres.
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MessageSujet: Re: Les traités navals de 1922 à la seconde guerre mondiale   Ven 10 Juil 2015, 14:32

ok mais pourquoi de tel batiments, retour d'exp WWI?
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MessageSujet: Re: Les traités navals de 1922 à la seconde guerre mondiale   Ven 10 Juil 2015, 15:25

C'est la course effrénée aux armements, chacun voulait avoir le plus gros cu- irassé; mais ce n'était plus gérable financièrement surtout après la guerre qui avait appauvri tout le monde, la seule façon de ne pas se laisser distancer, tout en gardant son rang était donc de se mettre d'accord sur des limites que tout le monde s’engageait à respecter, c'est la raison première du traité de Washington à l'initiative des USA; surtout que le japon commençait à faire peur avec leur programme de 8-8; ils envisageaient de mettre sur cale 8 cuirassés, dont les deux premiers les Mutsu et Nagato ont été les premiers cuirassés au monde armés de canons de 406 mm; et 8 croiseurs de bataille armés eux aussi de 406 mm; ils avaient même un projet, la classe 13 de 47500 t armés de 8 canons de 457 mm; il fallait suivre, mais ils n'en avaient plus les moyens, la seule façon de ne pas se laisser distancer était donc un traité international pour faire stopper ces constructions.
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MessageSujet: Re: Les traités navals de 1922 à la seconde guerre mondiale   Ven 10 Juil 2015, 15:53

NIALA a écrit:
Il faut voir la limitation de tonnage à 35 000 t par rapport aux projets en cours en 1922. Les britanniques avaient à l'étude des croiseurs de bataille ...

Je n'aurais pas dit mieux!
A la fin de la Première Guerre Mondiale, même les Brits, qui en étaient les concepteurs, avaient fini par comprendre que le croiseur "très" lourd ou dit "de bataille" n'était pas la panacée. Il coûtait beaucoup plus cher à construire qu'un cuirassé mais, au final - tout au moins, selon leur concept -, il ne pouvait pas le remplacer et, dans la bataille en ligne, se retrouvait relégué au rôle du croiseur "normal". Résultat, on se retrouvait avec trois catégories de grands bâtiments, les cuirassés, les croiseurs de bataille et les croiseurs, sachant que les deux premières n'étaient pas "interchangeables" et que croiseurs de bataille et grands croiseurs (protégés) faisaient, quasiment, le même boulot mais pas au même coût.
La solution technique était le cuirassé "rapide" - qui condamnait, à terme, le croiseur de bataille - mais, comme toutes ces grosses unités étaient des réalisations de temps de paix - il faut compter 5-6 ans pour  leur construction et la Der des Ders n'a duré qu'un peu plus de quatre -, la mise au point d'un bâtiment de ligne (armement, cuirasse), doué de la vitesse d'un croiseur n'avait pas eu le temps d'aboutir. Accessoirement, la technologie des turbines à vapeur, appliquée aux grosses unités, était relativement récente, en 1914, et ce n'était pas le seul domaine qui avait acquis de l'expérience durant la guerre (télémétrie, direction de tir, armement, etc.).
Sinon, le problème était inchangé, plus le poids augmente, plus l'allongement est nécessaire, tout en respectant, pour atteindre la vitesse souhaitée, un ratio longueur/largeur le plus proche de 7:1 (voire supérieur).

C'est là, que çà a commencé à coincer... En prévoyant des pièces de 406 mm sur un cuirassé, il convient que sa cuirasse soit apte à encaisser de tels pêlots! Donc, on augmente les épaisseurs de blindage - du côté des qualités d'aciers, on avait plus ou moins fait le tour -, avec, pour conséquence, une augmentation de poids (en plus du rab de celui des tourelles!)... on est amené à allonger (et élargir) la coque... augmenter la puissance de la machinerie, le volume des soutes à combustibles, etc. pour, en dépit du surpoids, atteindre plus de 30 noeuds, soit 10 noeuds de plus qu'un cuirassé de la 1ère Guerre Mondiale"!... à ce petit jeu-là, on atteint très vite la "quadrature du cercle"!  Surtout quand, pour enquiquiner les "copains", on s'est fixé le déplacement à 35 000 tons... Comme disait Robert Lamoureux dans "Mais où est la 7ème Cie"... "Si je tenais le c.. qui...!".

L'évolution de l'aéronautique navale et du porte-avion a sérieusement chamboulé celle du cuirassé "rapide" mais, avant 1939, l'idée directrice générale (Angleterre, Allemagne, Etats-Unis, France, Italie, Japon) était son développement... Pas de bol!
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MessageSujet: Re: Les traités navals de 1922 à la seconde guerre mondiale   Ven 10 Juil 2015, 16:07

Le problème technique n'est pas le seul, il y a aussi le politique et surtout le prestige du gros cuirassé, il n'y a qu'a voir comment les britanniques ont baladé sur toutes les mers du globe le HMS Hood dont ils était si fiers, le plus puissant cuirassé(1) du monde disaient ils, quand le Bismarck l'a coulé d'une salve dans la soute à munitions ça a été quasiment un deuil national, la blessure d'amour propre a certainement été plus forte que la tristesse d'avoir perdu 1418 marins ce jour là.
(1) je dis cuirassé et non croiseur de bataille à dessein, il y a aussi le prestige des mots employés!
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MessageSujet: Re: Les traités navals de 1922 à la seconde guerre mondiale   Ven 10 Juil 2015, 16:24

NIALA a écrit:
Le problème technique n'est pas le seul, il y a aussi le politique et surtout le prestige du gros cuirassé, il n'y a qu'a voir comment les britanniques ont baladé sur toutes les mers du globe le HMS Hood dont ils était si fiers, le plus puissant cuirassé(1) du monde disaient ils, quand le Bismarck l'a coulé d'une salve dans la soute à munitions ça a été quasiment un deuil national, la blessure d'amour propre a certainement été plus forte que la tristesse d'avoir perdu 1418 marins ce jour là.
(1) je dis cuirassé et non croiseur de bataille à dessein, il y a aussi le prestige des mots employés!

C'est, justement, tout le problème britannique, avoir pris, durant l'entre-deux guerres, les battlecruisers de la classe Hood pour des cuirassés. En mai 1941, la désillusion sera à la hauteur de l'excès de confiance.
En ce qui concerne l'analyse du prestige du cuirassé (du Vainqueur), je plussoie.
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MessageSujet: Re: Les traités navals de 1922 à la seconde guerre mondiale   Ven 10 Juil 2015, 17:04

NIALA a écrit:
[…] c'est pour arrêter la construction de ces cuirassés énormes qui coûtaient très cher à construire alors qu'au sortir de la première guerre mondiale les grandes nations avaient besoin de se refaire économiquement que les Anglo-saxons se sont mis d'accord et ont imposés aux autres la limitation […]
NIALA a écrit:
[…] ce n'était plus gérable financièrement surtout après la guerre qui avait appauvri tout le monde, […] c'est la raison première du traité de Washington à l'initiative des USA […]
Je ne suis pas sûre que l'on puisse dire que les États-Unis étaient économiquement/financièrement exsangues au sortir de la Première Guerre mondiale (… l'Empire britannique, oui, certainement) ; en revanche ils (les USA) avaient bien à satisfaire le pacifisme profond de leur opinion publique, et le désir du Congrès de diminuer le fardeau des dépenses militaires.  
Citation :
[…] surtout que le Japon commençait à faire peur avec leur programme de 8-8 […]
… incontestablement ; combiné aux ambitions expansionnistes dudit Empire
Citation :
[…] il fallait suivre, mais ils n'en avaient plus les moyens, la seule façon de ne pas se laisser distancer était donc un traité international pour faire stopper ces constructions.
Qui ça, « ils » ? Les Britanniques, certes… mais les USA ne les avaient-ils pas encore ?… à condition (mais pas des moindres) d'affronter le Congrès et l'Opinion ?…
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