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 Juin 1944, la bataille aéronavale de la Mer des philippines

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Starling
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MessageSujet: Juin 1944, la bataille aéronavale de la Mer des philippines   Mar 24 Fév 2015, 14:18

19/20 juin 1944 La bataille de la Mer des Philippines
La seconde mort de l’aéronavale japonaise

La phase préliminaire

En septembre 1943 l'État-Major de la Marine Impériale Japonaise met la dernière main à l'élaboration de sa nouvelle politique opérationnelle. Le principe en est de concentrer toute la puissance de la Flotte Combinée pour détruire enfin la Pacific Fleet. Alors que depuis le début de 1943 le potentiel du corps de bataille japonais est soigneusement préservé après les pertes subies au cours des durs combats des Salomons ; l’État-Major nippon en revient au vieux mythe de la « grande bataille décisive » susceptible de déterminer à elle seule l’issue du conflit.

Le 1er mars 1944 est créée la Première Flotte Mobile. Regroupant près de 90% des moyens de surface de la Flotte Combinée, elle est placée sous le commandement du Vice-amiral Ozawa Jizaburo. Quelques années plus tôt (1939/1940) ce spécialiste des porte-avions à la tête de la 1ere Division de porte-avions participa aux côtés d’hommes tels Yamamoto Isoroku (alors chef de la Flotte Combinée) et Ugaki Matome son chef d’état-major, à la mise en place des tactiques aéronavales japonaises. Deux ans après les Américains, les Japonais organisent leur commandement à la mer autour de la composante porte-avions. Désormais, au sein d’une escadre c’est le commandant des porte-avions qui assume la direction tactique de l’ensemble des opérations.
Le 3 mai 1944 l’Amiral Shimada Shigetaro, Chef d’État-Major de la Marine Impériale, enjoint au commandant de la Flotte Combinée, l’Amiral Toyoda Soemu de provoquer dès que possible une rencontre avec la 5ème  Flotte au plus près des bases de la flotte japonaise. Ces bases se situent dans les Indes néerlandaises au plus près des gisements de pétrole de Bornéo. Le brut est raffiné dans les installations de Tarakan et Balikpapan, en cas d’urgence et moyennant certaines contingences (encrassement des brûleurs, risques d’explosions …) il peut être brûlé tel quel dans les chaudières. Les sous-marins américains ayant fait subir de tels préjudices à la flotte logistique nipponne il fut décidé de rapprocher les navires des gisements de pétrole pour limiter les transports de carburant. Déjà, au deuxième trimestre de 1944 l’état des réserves disponibles ne permettait pas aux japonais d’envisager un déploiement de la Flotte Combinée au-delà des Mariannes.

1-Le plan A-Go:
Le plan A-Go prévoit d’attirer la 5ème Flotte soit près de l’archipel des Palau soit dans les Carolines occidentales pour deux raisons :
-leur proximité des bases aériennes des Mariannes et des Philippines
-ces deux théâtres placent la Flotte Combinée à moins de 1000 milles nautiques de ses bases de ravitaillement de Bornéo.
On sait que les Mariannes constituaient le principal objectif des Américains sur la route du Japon. Lors de la réunion du Comité des Chefs d’État-Majors tenue à Casablanca le 14 janvier 1943, l’Amiral Ernest King avait prévenu :
« Les Mariannes sont la clé de la situation du fait de leur position dans les lignes de communications japonaises. »
Néanmoins, les discussions au sein de l’État-Major japonais font rapidement apparaître le risque de voir les Américains attaquer directement les Mariannes avant le mois de juillet. Ceci bien avant que les planificateurs japonais ne disposent des réserves de mazout nécessaires pour faire opérer la Flotte Combinée dans les parages de cet archipel à 1600 milles de Bornéo. En conséquence il est décidé début mai d’utiliser le pétrole brut non raffiné directement dans les chaudières des navires de la 1ère Flotte Mobile et d’organiser une base avancée dans la rade de Tawi-Tawi dans l’archipel des Sulu à 180 milles au nord-est de Tarakan à Bornéo. Une flotte d’une dizaine de pétroliers doit stationner sur rade pour constituer un stock flottant, effort d’autant plus conséquent que les tankers sont désormais une denrée rare au Japon.

Les Américains ont une idée assez précise des forces en présence à Tawi-Tawi, grâce à la capture de documents à Hollandia. Ces informations sont recoupées par les observations des sous-marins disposés aux points de passage obligés entre les bases indonésiennes et la Mer des Philippines. À partir du 14 mai les sous-marins USS Bonefish et Ray signalent des convois de tankers à destination de Tawi-Tawi. Vers le 25 mai les coastwatchers philippins identifient 6 porte-avions, 10 cuirassés et croiseurs, 30 destroyers et une dizaine de pétroliers mouillés dans la rade.

Le plan japonais s’appuie sur la participation des avions basés à terre à partir d'un chapelet d’aérodromes s’échelonnant entre Chichi-Jima dans l’archipel des Bonins, Saïpan et Guam aux Mariannes, Yap dans les Carolines et enfin les Palau. 540 appareils y sont déployés. Les prévisions japonaises estiment que les 500 appareils opérationnels sur ces bases seraient à même de détruire 30% de la flotte américaine.
Les avions japonais mènent des reconnaissances à très longue distance à compter du 27 mai. Le 5 juin la Task Force 58 est découverte dans le lagon de Majuro. Ces vols de plusieurs milliers de kilomètres portaient le nom de Teishin pour audacieux. Ils furent le fait notamment d’appareils Nakajima C6N Myrt. Le Saïun en japonais est peut-être le meilleur appareil de reconnaissance de la seconde guerre mondiale avec une vitesse de 650 km/h et une autonomie supérieure à 5000 km.

2-La pêche miraculeuse de l’England:
Mai 1944 est un mois faste pour les forces anti-sous-marines américaines. Dix-sept des 25 submersibles japonais opérant entre Bougainville, les Mariannes et la Nouvelle-Guinée sont coulés. Sur les 7 bâtiments composant la ligne NA ; orientée sud-ouest/nord-est au Nord-est de Manus (archipel des Amirautés) 6 sont coulés par le seul destroyer d’escorte USS England entre le 26 et le 31 mai. L’England opère au sein de la ComCortDiv 39. Ces succès empêcheront les Japonais de regrouper leurs sous-marins quinze jours plus tard, quand la 5ème Flotte se positionna devant Saïpan.

3-L'appareillage de la 1ère Flotte Mobile:
Le 13 juin, la 1ère Flotte Mobile prend la mer cap au nord nord-est vers les Philippines. Après un ravitaillement effectué dans le détroit des Guimaras dans l’archipel des Philippines, l’État-Major d’Ozawa reçoit le 15 vers 09h00 l’information selon laquelle les forces américaines débarquent sur Saïpan. L’opération A-Go est lancée et au sortir du détroit de San Bernardino vers 18h35 la 1ère Flotte Mobile, accompagnée à distance par les tankers, met le cap vers les Mariannes pour engager la 5ème Flotte. Les Japonais sont repérés par le sous-marin USS Flying Fish au sortir du détroit. Il est prévu que la 1ère Flotte Mobile soit rejointe le 16 juin dans l’après-midi par la puissante escadre de l’Amiral Ugaki en Mer des Philippines.
Le 17 au soir l'Amiral Ozawa reçoit des informations précises sur les forces américaines opérant autour de Saïpan. Celles-ci font notamment état du fait que 2 des 4 Task Groups américains opèrent des raids sur l’archipel des Volcanos au Nord. Les Japonais ont également appris que Spruance commande la 5ème Flotte. Ozawa pressent alors que son prudent adversaire ne s’aventurera pas au-delà d'une certaine distance des sites de débarquement. En clair il lui faudrait aller débusquer les porte-avions de la Task Force 58 du Vice-amiral Marc Mitscher.
Si les forces japonaises sont largement inférieures tant quantitativement que qualitativement à la Carrier Force américaine en revanche Ozawa sait pouvoir compter sur un triple avantage:
-le soutien de l'aviation basée à terre à Guam, Yap, Rota et Saïpan.
-un rayon d'action de ses appareils en moyenne supérieur d'environ 100/150 nautiques aux avions américains.
-les alizés de sud-est permettant à ses porte-avions de lancer leurs raids tout en continuant à se rapprocher des forces américaines soit un gain non négligeable d'une trentaine de milles lors de chaque lancement.


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MessageSujet: Re: Juin 1944, la bataille aéronavale de la Mer des philippines   Mar 24 Fév 2015, 14:19

4-Les faiblesses du plan A-Go:
Outre l'échec de leurs sous-marins, les Japonais n’ont pas d’idée précise sur l’objectif des Américains avant la mi-juin. Seulement 172 avions sont envoyés dans les Mariannes. Le 27 mai les forces de Mac-Arthur lancent une offensive sur Biak sur la côte nord de la Nouvelle-Guinée achevant de semer le trouble au sein de l'État-Major japonais. Dans le même temps début juin le Silent Service prélève son tribut sur le train d'escadre japonais dans les eaux de Tawi-Tawi. Lorsque le 11 juin la TF 58 lance ses premiers raids sur Saïpan la 1ère Flotte Mobile a déjà perdu 3 pétroliers et 4 destroyers. Le plan A-Go est fragilisé par l'excessive place donnée aux appareils basés à terre dans le déroulement des opérations. La chaîne de commandement prévalant pour l'emploi de ces avions est complexe et si Ozawa en a la responsabilité de fait, ces forces; la 1ère Flotte Aérienne de l’Amiral Kakuta; sont directement rattachées à l'Amiral Toyoda.
D’autre part, les aviateurs de la marine japonaise sont, dans leur ensemble, inférieurs à leurs adversaires américains, la plus grande partie des derniers bons pilotes étant affectée à l'instruction au Japon.
Grâce aux bases à terre Ozawa compte lancer ses appareils embarqués au-delà de leur rayon d’action théorique dans le but, une fois l’attaque réalisée, de les faire atterrir pour ravitaillement et reconditionnement sur les aérodromes de Guam et Saïpan en vue d’une nouvelle attaque. Ceci a l‘avantage de placer la 1ère Flotte Mobile en dehors du rayon d’action des Catalina basés à Manus dans l’archipel des Amirautés ainsi que des avions de la Task Force 58. D’autre part ces attaques doivent se coordonner avec celle des 500 appareils de la 1ère Flotte Aérienne basés principalement dans les Palau (134 appareils), à Yap et Truk (107) et aux Mariannes. Mais rapidement les escadrilles des Mariannes vont être quasiment anéanties par les attaques préventives menées entre le 11 et le 18 juin. Le 11, 225 Hellcat, sont lancés des porte-avions sur les aérodromes des Mariannes. Ils détruisirent au sol ou en l'air les trois-quarts des appareils de la 1ère Flotte Aérienne pour la perte de 12 avions. Les Japonais perdent 124 appareils rien qu’au-dessus de Saïpan lors des combats aériens. Kakuta pour sauver la face minore considérablement ses pertes dans ses comptes rendus à Ozawa. Quand la 1ère Flotte Mobile lancera ses raids le 19 juin, ses forces seront devenues négligeables.

5-Du 15 au 17 juin côté américain:
En avril 1944 une conférence interarmes avait fixé l’objectif de la prochaine poussée américaine dans le Pacifique: les Mariannes. Cet archipel est un nœud de communication essentiel pour les Japonais entre la métropole et les derniers bastions du Pacifique. D’autre part les îles de Guam, Saïpan et Tinian offrent la place nécessaire à la construction d’aérodromes pour les B 29. L’invasion aura pour nom de code Forager, il est prévu de s’emparer de Saïpan le 15 juin puis de Tinian et de Guam. Pour cela les Américains alignent 775 navires de tous types portant 250 000 marins et 100 000 soldats de l’Army et des Marines.
Spruance est informé de l’appareillage de la 1ère Flotte Mobile le 13 juin grâce à une observation du sous-marin USS Redfin, alors que ses forces matraquent Saïpan depuis deux jours. Le chef de la 5ème Flotte ordonne alors un raid aéronaval sur Chichi et Iwo Jima pour y museler les appareils japonais stationnés dans les Bonins et les Volcanos au nord de Saïpan. Ce raid est réalisé du 14 au 16 juin par les Task Groups 58.1 et 4 sous le commandement du Contre-amiral Joseph Jocko Clark. Malgré de mauvaises conditions météorologiques et après une première série d’attaques aux résultats mitigés, une trentaine d’appareils japonais sont détruits au sol dans la matinée du 16 juin sur Iwo Jima. Les contraintes de temps données par Spruance frustrèrent Clark d’un succès plus marquant mais le 17 au soir la force de raid est revenue dans le giron de Mitscher.
Jusqu’au 18 juin, seuls les sous-marins apportent des indications quant à la progression japonaise. L’USS Seahorse parvient le 15 juin à repérer l’escadre de ligne du Contre-amiral Ugaki à 200 milles dans l’est de San Bernardino. Cette information venant s’ajouter aux autres, incite Spruance à repousser le débarquement sur Guam initialement prévu le 18 juin.
Le 17 juin à 05h40 l’USS Cavalla repère deux pétroliers et trois destroyers à 400 milles dans l’est de San Bernardino. Il s’agit de la 2ème Flotte Logistique suivant à 100 milles plus au nord la force principale d’Ozawa. A 21h15 le Cavalla repère une partie de la 1ère Flotte Mobile.
L’information n’arrive à Mitscher sur le Lexington que vers 03h45 le 18 juin. Prenant contact avec Lee il lui propose de lancer le plus rapidement possible ses cuirassés rapides sur l’escadre japonaise pour provoquer un combat de surface en attendant au lever du jour une attaque en règle des appareils de la TF 58. Mitscher et Lee ont reçu de Spruance une assez grande latitude d’action dans le cadre de l’opération Forager.
Lee s’oppose à ce plan. Convaincu de la supériorité de ses sept cuirassés en matière de détection, de conduite de tir et de volume de feu, le chef du TG 58.7 ne veux pas hypothéquer cette supériorité au cours d’un combat de nuit hasardeux ; soumis aux aléas des communications, au manque de maîtrise de certains de ses équipages et surtout à l’emploi des long lance par les croiseurs lourds et des destroyers japonais.
Lee commandait l’escadre américaine qui dans la nuit du 14 au 15 novembre 1942 rencontra la formation de l’Amiral Kondo au nord de Guadalcanal. Dans un combat de cuirassés resté célèbre le Washington coula le Kirishima de quelques bordées dévastatrices. Mais néanmoins les Japonais coulèrent trois destroyers et endommagèrent le dernier mais surtout mirent hors de combat le South Dakota. Le Washington demeuré seul, intact et in-détecté, aurait très bien put subir le même sort que sa conserve au cours de ce combat confus et longtemps indécis.

6-Le 18 juin et nuit du 18 au 19:
Fidèles à leur habitude les Japonais lancent dès l'aube leurs hydravions de reconnaissance. Il est essentiel de repérer au plus vite la Task Force 58 afin de frapper les Américains en limite de portée. Vers 15h30 l’Amiral Ozawa reçoit un rapport détaillé de l’hydravion 15, confirmé plus tard par le n°17. La Task Force 58 est identifiée à 100 milles dans l’Ouest de Saïpan à 420 milles de la 1ère Flotte Mobile. En fin d’après-midi après concertation avec son État-Major Ozawa ordonne un cap sud-ouest pour conserver un écart de 400 milles. Le but du maître tacticien japonais est de frapper dès le lendemain matin, en dehors du rayon d’action des appareils américains.
À réception du message de l’hydravion 17 le Contre-amiral Obayashi ComCarDiv 3 (Zuiho, Chitose, Chiyoda) décide de lancer sur les Américains. 67 avions commencent à décoller à 16h30. C’est alors que survint l’ordre de mettre cap au sud-ouest. Cela signifie que le raid aurait à atterrir à Guam. Or on a alors aucune nouvelle des installations de l’île, régulièrement bombardées. La mission est prudemment annulée.
Les reconnaissances aériennes menées par les Américains dans l’après-midi du 18 manquent la 1ère Flotte Mobile de 60 milles. Il faut garder à l’esprit que durant le même temps les appareils de la TF 58 attaquent sans relâche les aérodromes et les infrastructures japonaises sur les îles.
Après le raid sur Chichi et Iwo Jima les quatre Task Group achèvent de se regrouper et Spruance prend alors une décision qui va s’avérer capitale pour le déroulement de la bataille qui s’annonce. Il choisit de privilégier la couverture des opérations de débarquement sur Saïpan.
Spruance décide de recaler les porte-avions vers l’ouest lors de la journée du 18, avant de les rapatrier vers l’est en soirée, peu soucieux lui aussi de perdre sa supériorité dans un combat de nuit jugé par trop aléatoire. Ainsi après avoir fait route à l’ouest sud-ouest sur 115 milles durant l’après-midi, les porte-avions mettent cap à l’est nord-est au crépuscule, au moment où le raid lancé par l’Amiral Obayashi aurait pu arriver au contact.
Mitscher pense qu’il faut se rapprocher de l’escadre japonaise dont les écoutes électroniques viennent de donner une position à peu près correcte à 300 milles dans l’ouest sud-ouest du point de demi-tour américain. Pour lui, les porte-avions d’escorte peuvent très bien couvrir le débarquement en cours et assurer les frappes sur les îles.
Spruance après concertation avec son staff décide vers 01h50 de maintenir une route vers le nord-est. Craignant que les écoutes et les observations des sous-marins USS Stingray et Finback; n’aient identifié qu’une partie de l’escadre japonaise et ne voulant pas risquer d’être débordé par le nord ou par le sud, Spruance joue la prudence en se repliant vers l’archipel. Les Japonais ont habitué leurs adversaires à opérer selon des plans complexes avec plusieurs escadres réparties sur une vaste zone. Mais là ce n’est plus le cas.
Les reconnaissances nocturnes lancées par l’Enterprise, lancées de trop loin, manquent l’avant-garde d’Ozawa d’une cinquantaine de milles.

Spruance ignore encore que vers 01h15 un PBM Mariner ; arrivé depuis peu à Garapan sur la côte ouest de Saïpan (alors que l’investissement de l’île n’en est qu’à ses débuts) ; a obtenu un contact radar identifiant 40 navires en deux groupes à seulement 300 milles de la position de la TF 58. Son message radio n’est pas capté. Si le rapport de contact avait été connu au cours de la nuit on peut penser que Mitscher aurait été autorisé à lancer un raid dès le petit matin.


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MessageSujet: Re: Juin 1944, la bataille aéronavale de la Mer des philippines   Mar 24 Fév 2015, 14:20

La bataille de la Mer des Philippines

Le 19 juin au lever du jour, un premier appareil d’éclairage japonais est aperçu. Vers 06h00 un second est abattu par une Combat Air Patrol à 37 milles de l’Indianapolis le navire amiral de Spruance. Ça sent la poudre et les Américains n’allaient pas avoir longtemps à attendre.

1-Le « tir aux dindons des Mariannes»:
Le 19 juin, il règne sur la zone un temps clair, assorti d’une visibilité exceptionnelle. Venue cap au sud-ouest depuis l’aube (06h19 exactement), la TF 58, située au vent de la flotte japonaise allait devoir revenir périodiquement en route aviation au nord-est (à 07h06, 07h41, 08h00 et 08h30) pour lancer et récupérer les patrouilles et les reconnaissances. Durant toute cette matinée les porte-avions américains restent grosso modo dans la même zone en faisant d’incessants allers-retours.
Spruance « suggère » à Mitscher de mener une nouvelle série de raids de neutralisation sur Guam et Rota si les premières reconnaissances matinales vers l’ouest devaient ne rien donner. Mitscher et le Contre-amiral Montgomery y sont ouvertement opposés et recommandent de se consacrer à la recherche de le flotte japonaise en vue d’une frappe en divertissant un minimum d’appareils sur Guam. Les amiraux de la Task Force 58 n’apprécient pas d’être coincés entre les îles et les porte-avions japonais. Mais Spruance refuse en argumentant du fait que l’essentiel est de couvrir les opérations de débarquement. En manœuvrant ainsi les forces américaines peuvent gêner les tentatives japonaises d’utiliser les bases à terre pour attaquer la Task Force 58 ou pour ravitailler les raids aériens en provenance de la 1ère Flotte Mobile. Et c’était exactement ce qu’envisageait le plan A-Go.

--Les premières attaques japonaises en provenance de Guam:
Vers 05h30 les radars détectent les premiers appareils en provenance de Guam. Un Judy est abattu par un Hellcat du Monterey et un Val descendu par la DCA. De 05h50 à 10h00 les Combat Air Patrols sont dirigées vers une succession de pistes radar en provenance du sud. Entre 06h30 et 07h20 une section du Belleau Wood est envoyée sur Guam à 100 milles du porte-avions pour reconnaître un écho. Les chasseurs américains tombent sur un essaim d’appareils japonais au-dessus de l’aérodrome d'Orote. Les contrôleurs aériens battent le rappel et environ une trentaine de Hellcat se retrouve à converger vers Guam. Quelques appareils japonais sont abattus les autres ont le temps de se poser. Peu après 08h00 un nouveau contact est établi à 80 milles au sud-ouest volant en direction de Guam. Là encore il ne peut s’agir d’un raid lancé de porte-avions. Une trentaine de Hellcat sont lancés par trois des Task Group. A 08h24 certains des chasseurs américains opérant sur Guam sont eux aussi dirigés vers ce groupe d'hostiles. Ces appareils arrivent en fait de Yap et de Truk. L’Amiral Kakuta tente de renforcer ses forces décimées par une semaine combats. Le dog-fight qui s’ensuit oppose 33 Hellcat et une trentaine de Zero qui sont presque tous abattus. A 09H59 les radars de veille s’illuminent de nouveaux échos cette fois-ci plein ouest à 150 milles. A 10h10 Mitscher ordonne une fois de plus aux porte-avions de prendre la route aviation et de se préparer à envoyer tous les chasseurs disponibles. A 10h23 il est rappelé aux postes de combat alors que le message Hey Rube est envoyé aux chasseurs en action au-dessus de Guam leur intimant l’ordre de rallier…
-Le 21 février 1942 alors que tous ses chasseurs sauf deux sont lancés aux trousses d’un raid japonais retournant à Rabaul après son attaque, le Lexington (premier du nom) rappela en urgence les Wildcat pour contrer un second raid menaçant le porte-avions. On pourrait traduire Hey Rube (emprunté au vocabulaire des bateleurs dans les carnavals de rue) par « magnez-vous de rappliquer » ! Ce message fait partie de la légende du Lexington et le navire amiral de Mitscher aux Mariannes était le CV 16 Lexington le 4e Essex admis en service actif-

... Les porte-avions lancent des sections de Hellcat vers l’ouest. Les bombardiers, eux aussi lancés pour dégager les ponts d’envol et limiter les risques d’incendies, sont placés en stand-by à quelques distances dans l’est.
Les Japonais arrivent.

--Les quatre raids de l’aéronavale japonaise de 10h00 à 14h50:
-Le premier raid japonais décolle à 08h30 des porte-avions de la CarDiv 3 situés 100 milles en avant du corps de bataille d’Ozawa au plus près des Américains. Il s’agit de 61 Zero dont 45 équipés d’une bombe de 550 livres et 16 en protection, ainsi que de 9 torpilleurs Jill. Ce raid  est un peu tardif, car les premières reconnaissances lancées dès 04h45 (16 hydravions Jake des croiseurs et cuirassés de l’avant-garde) puis à 05h15 (14 Kate des porte-avions de la CarDiv 3) n’ont transmis que des résultats fragmentaires. La moitié des appareils lancés par les porte-avions est abattue par les CAP. Néanmoins à 07h30 un Jake aperçoit le TG 58-4 et les cuirassés de Lee. C’est sur ce point de contact, désigné « 7 I », qu’Ozawa dirige le premier raid.
Les 64 appareils japonais qui sont parvenus à leur point de regroupement en vue de l’attaque cerclent quelques instants à environ 70 milles du Lexington. Ces quelques minutes de délai permettent aux chasseurs lancés vers 10h25 de se placer en position d’interception. Vers 10h40, 8 Hellcat de l’Essex engagent un groupe de 40 appareils japonais à 60 milles du Lexington : 24 Zero bombardiers flanqués des 16 chasseurs d’escorte.
Il s’ensuit une mêlée au cours de laquelle les pilotes du fabled fifteen revendiquent 20 victoires. Puis rallient 8 Hellcat du Cowpens, 12 du Bunker Hill ainsi que des sections du Princeton et du Hornet. 25 avions japonais sont abattus lors de cette première interception. Les 40 autres poursuivirent leur chemin vers les porte-avions mais sont pris à partie par de nouveaux groupes de Hellcat notamment du Monterey, du San Jacinto et des Grim Reapers de l’Enterprise qui en descendent 16 de plus. La vingtaine d’appareils restants, peuvent s’approcher du Task Group 58.7. Les cuirassés de Lee sont positionnés entre les 4 groupes de porte-avions (environ 15/25 nautiques dans l’ouest) et les Japonais et sont disposés en cercle autour de l’Indiana qui opère la direction radar du groupe. Les cuirassés élèvent un puissant rideau de DCA qui gêne considérablement les assaillants. Seuls trois ou quatre peuvent mener à bien leur attaque et un Zero parvient à toucher le South Dakota qui malgré 27 morts et 23 blessés reste à son poste. Les croiseurs lourds Minneapolis et Wichita sont manqués. A 10h57 la première attaque est terminée.
Les chasseurs américains appontent peu à peu pour ravitailler, à lui seul le TG 58.2 a mis en l’air 50 Hellcat. Les premiers rapports verbaux des pilotes montrent que si, une fois les combats individuels engagés, les pilotes japonais tirent bien partie des qualités manœuvrières de leurs avions et opèrent habilement par paire ; en revanche ils ne mettent en œuvre aucune tactique défensive au niveau des formations. Les chasseurs laissent les bombardiers livrés à eux-mêmes et ces derniers se font tailler en pièces. Les sources japonaises confirment que 42 appareils du premier raid ont été abattus : 8 chasseurs de couverture, 32 chasseurs bombardiers et 2 torpilleurs.
-Le deuxième raid japonais est le plus important de la journée. Il comprend 53 Judy, 27 torpilleurs Jill et 48 Zero. C’est une formation homogène et puissante composée des meilleurs pilotes, ceux du CarDiv 1 comprenant les porte-avions Taiho, Shokaku et Zuikaku. Sur ces 128 appareils plusieurs connaissent des soucis mécaniques et doivent revenir à leur porte-avions. De plus, la formation passe au-dessus de l’escadre d’avant-garde de l’Amiral Kurita dont les canonniers, un peu nerveux, abattent ou endommagèrent 10 avions supplémentaires. Ce sont 109 avions qui sont détectés à 11h07 au sud-ouest à 115 milles du Lexington. Ils approchent par l’ouest en direction du point « 7 I ». L’Essex obtient un écho à 160 milles, mais il s’agit de leurres largués par un Judy du Taiho. La ruse fonctionne car plusieurs CAP sont envoyées sur ce point. A 11h39 le raid est finalement d’abord intercepté par une douzaine de Hellcat de l’Essex. Les pilotes de l’Essex sont rejoints par 43 autres Hellcat: une grande partie de la VF 16 « Airedales » du Lexington, 13 appareils du Yorktown et enfin 4 avions du Bata an qui dégringolent de l’altitude de 24 000 pieds après une course effrénée de 20 minutes pour se joindre à la curée.
C’est un massacre : sur une surface de 12 milles de long l’océan est piqueté de tâches de carburant et de débris enflammés. Néanmoins une vingtaine de Judy et de Zero s’extirpent du combat et parviennent en vue du TG 58.7. Navigant sur l’arrière des porte-avions le groupe Lee se retrouve en première ligne après le demi-tour opéré vers l’est par l’ensemble de la Task Force à 10h23.
Les survivants du raid n°2 sont accueillis par une DCA déchaînée sans compter 16 Hellcat du Yorktown placés en maraude. L’Alabama, l’Iowa et le Sodak sont attaqués sans résultats, l’Indiana encaisse un chasseur qui le frappe à la ligne de flottaison.
6 Judy plus avisés poursuivent vers l’est et tombent sur le Task Group 58.2 du Contre-Amiral Alfred Montgomery. Quatre bombardiers attaquent le Wasp et les deux autres le Bunker Hill. Dans les deux cas les explosions des bombes tombant à proximité font des morts et des blessés sur les ponts d’envol. Seuls deux avions peuvent rallier comme prévu Rota et Guam. Quelques torpilleurs Jill et 6 Judy parviennent jusqu’au Task Group 58.3 du Contre-Amiral Black Jack Reeves un peu plus au nord et attaquent l’Enterprise et le Princeton sans résultats, bien qu’une torpille ait explosé dans le sillage du Big E.
97 appareils sur les 128 que comptait le raid n°2 sont détruits : 42 Judy, 23 Jill et 32 Zero.
-Le troisième raid est constitué de 47 avions du CarDiv 2 : 15 Zero, 25 Zero chasseurs-bombardiers et 7 Jill. Il est lancé entre 10h00 et 10h15 vers le point 7 I dont on a vu que suite au demi-tour des porte-avions américains il est devenu sans objet à partir de 10h23. Le groupe est donc redirigé vers un nouveau point de contact, 3 Ri situé plus au nord, où vers 10h00 une reconnaissance du Shokaku a identifié trois porte-avions et leur escorte. Seuls 20 avions du groupe reçoivent le message. La majorité rallie le point de contact initial et n’y trouvant rien retourne vers ses porte-avions. Les autres atteignent le point 3 Ri puis obliquent vers le sud à 12h55. Le groupe japonais est traqué depuis une demi-heure par les radars du TG 58.1 situé au nord-est de l’escadre américaine. Le Capitaine de corvette Ridgway contrôleur aérien du groupe Clark dirige 8 Hellcat du Hornet, et 4 du Yorktown sur l’hostile alors que trois sections du Langley sont placées en position d’attente, au grand dam des pilotes de la VF 32 qui râlent ouvertement sur le fait que ce sont toujours les flottilles des big decks qui sont servies les premières. Les chasseurs du Hornet revendiquent 6 Zero à partir de 13h01 et deux Hellcat du Langley abattent un septième vers 13h20 alors qu’il venait de prononcer une attaque infructueuse sur l’Essex. Le raid n°3 ne perd que 7 avions.
-À partir de 11h00 le CarDiv 2 lance 64 avions, soit 27 bombardiers en piqué Val, 9 Judy et 28 Zero dont 10 bombardiers. S’y rajoutent 18 chasseurs lancés du Zuikaku. Les 82 avions se dirigent vers un point 15 Ri relevé par les reconnaissances du Shokaku. Néanmoins la position de ce contact, 120 milles au sud de la Task Force 58, est fausse suite à une erreur de navigation. N’ayant rien trouvé au-dessus du point de contact une partie des appareils se dirige vers Rota. Ce faisant ils tombent sur le groupe Montgomery en pleine opération de récupération d’une partie de ses chasseurs. Les Judy attaquent le Cabot, le Wasp et le Bunker Hill vers 14h30 mais une fois de plus sans succès. 8 Judy sont abattus ainsi que des appareils du Zuikaku pris en écharpe par les CAP du Wasp. L’intensité de la DCA et les qualités manœuvrières des commandants de porte-avions ; notamment Clifton « Ziggy » Sprague …

-Devenu Contre-amiral, Sprague est à la tête du Task Group 77.4.3 qui livre un combat homérique contre l’escadre de l’Amiral Kurita lors de la bataille de Samar le 25 octobre 1944-

... sur le Wasp ; permettent d’éluder les attaques de ce raid qui faillit bien surprendre les Américains. Ce sera une des rares occasions de la journée durant laquelle les contrôleurs aériens évaluent mal l’altitude des assaillants ce qui explique que ceux-ci échappent aux chasseurs du Monterey dépêchés sur place les premiers mais à une altitude trop importante.
Le reste du raid se dirige sur Guam. Sur le point d’arriver à Orote ils sont interceptés à 14h49 par une des dernières CAP encore en l’air, 12 Hellcat du Cowpens. Ce groupe est rallié par 7 chasseurs de l’Essex et 8 du Hornet, ces derniers étant en l’air depuis 11h30. Les Hellcat abattent 30 des 49 appareils japonais, les 19 autres se posent à Orote souvent très endommagés.
73 appareils du raid n°4 sont abattus ou mis totalement hors de combat.
Une des bizarreries de ces combats est que les Américains interceptèrent les communications du principal coordinateur des raids japonais. La quasi totalité de ses messages vont être traduits à l’État-Major de Mitscher.


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MessageSujet: Re: Juin 1944, la bataille aéronavale de la Mer des philippines   Mar 24 Fév 2015, 14:21

--Les actions sur les îles:
Alors qu’ils doivent faire face aux assauts de l’aéronavale japonaise les Américains établissent également des patrouilles de chasseurs et de bombardiers au-dessus de Guam et Rota. Vers 10h40 17 Helldivers et 7 Avenger du Hornet couverts par 12 Hellcat attaquent Orote. À partir de 11h00, à l’initiative de Montgomery, les bombardiers lancés en matinée pour dégager les ponts d’envol au profit des CAP sont envoyés sur les aérodromes de Guam avec une escorte minimale : ainsi à 13h00 les Dauntless du Lexington. Jusqu’au combat livré contre le raid n°4, les bombardiers du Bunker Hill et de l’Essex traitent les bases japonaises. Les derniers fighters sweep ont lieu au crépuscule.
Le « tir aux dindons des Mariannes » prend fin, les forces japonaises ont perdu 315 avions et la plupart de leurs équipages. 29 appareils américains sont abattus ou accidentés.
Un des aspects les plus remarquables de cette journée est l’impossibilité pour les raids japonais de trouver une faille dans le rideau défensif de la Task Force 58. Malgré une bonne coordination et un flux presque permanent d’assaillants, les raids se heurtent toujours à des nuées de Hellcat en nombre équivalent voir supérieur. Les groupes aériens embarqués américains totalisent environ 450 chasseurs. Chaque porte-avions d’escadre emporte au moins 34 Hellcat et les CVL, 24. Il en résulte des missions de couverture aérienne nombreuses et permanentes qui harassent les formations japonaises souvent très loin de leurs objectifs. On est loin pour les Américains des formations mises en œuvre à Midway.
Mais cette matinée malgré la densité des opérations aériennes ne se résume pas à un duel d’aviateurs. A 11h20 un Liberator de la VB 101 repère la CarDiv 1 de l’Amiral Ozawa à 450 milles dans l’ouest de Guam et confirme la présence des deux sister-ships Shokaku et Zuikaku. Le Taiho n’est pas aperçu, cette observation confirmait une nouvelle intervenue plus tôt dans la matinée. Les sous-marins eux aussi avaient ouvert le bal.

2-Le Silent Service frappe les trois coups:
L’Amiral Lockwood avait positionné plusieurs de ses sous-marins dans l’ouest des Mariannes en vue d’intercepter la flotte japonaise. Ce choix s’avère judicieux. Le 19 juin à 08h16 l'Albacore repére un groupe de navires. Vers 09h00 le sous-marin se retrouve à 4800 mètres d’un grand porte-avions et décoche six torpilles malgré une panne de calculateur de tir. Un engin touche le Taiho à l’avant tribord à hauteur des réservoirs de carburant aviation, alors que le navire lance ses avions pour le raid n°2. Les vapeurs de carburant et de pétrole commencent à se répandre dans les fonds mais le bâtiment reste opérationnel.
A 11h52 le Cavalla recroise la route des porte-avions japonais. Identifiant l'un d'entre eux il lance six torpilles à 1100 mètres sur le Shokaku. Touché trois fois à 12h20, en proie aux incendies, abandonné par le reste de l'escadre japonaise, le bâtiment est cassé en deux par une énorme explosion de vapeurs de carburant à 15h00. A quelques distances de là à 15h32 une explosion catastrophique secoue le Taiho qui s'enfonce rapidement. Le système de ventilation a répandu les vapeurs explosives dans tout le bâtiment et une étincelle provoque leur ignition. Ozawa et son état-major doivent trouver refuge sur le Haguro.

3-La difficile poursuite de la 1ère Flotte Mobile:
Les succès de la chasse n’ont pas rasséréné Mitscher. Obligé de naviguer cap secteur est pour lancer les CAP, bridé par les ordres de Spruance, le chef de la TF 58 n’a pu se placer en position d’attaque de la flotte japonaise. Mitscher sait qu'Ozawa a perdu une grande majorité de ses appareils embarqués, mais il ignore la position de son adversaire et craint qu’il ne mette cap vers le Japon. Spruance autorise en soirée un changement de direction et à 20h00 les porte-avions mettent cap à l’ouest. Le groupe TG 58.4 du Contre-Amiral Harrill est détaché pour la couverture aérienne des Mariannes.
Au cours de la nuit aucune reconnaissance aérienne n’est lancée. Peut-être Mitscher doute-t-il encore des capacités des radars embarqués sur les Avenger et de fait ne souhaite pas perdre de temps en faisant à nouveau route à l’est pour lancer les appareils. Il y a aussi le fait que Mitscher pilote de la première heure ne veux pas envoyer des personnels fatigués sur de délicates missions de nuit après les durs combats de la journée.
De son côté Ozawa a fait mettre route à l’ouest pour mazouter dès le lendemain. Sans nouvelles de Kakuta il ignore l’état des forces basées aux Mariannes tout comme il est loin de se douter que la quasi-totalité de ses appareils embarqués ont été détruits au lieu de rallier Guam et Rota.
L’Amiral pense que ses forces seront à même de reprendre le combat dès le 20 juin au matin, à ce moment-là le moral japonais est au plus haut.

4-Les combats du 20 juin:
À l’aube, les premières reconnaissances décollent du Chitose et du Zuiho. L’Amiral Ozawa passe sur le Zuikaku. Les moyens de communication du porte-avions plus fournis et performants que ceux du Haguro lui permettent de prendre alors connaissance de la catastrophe de la veille. Les porte-avions japonais n'accueillent alors plus en tout et pour tout que 100 avions, 68 Zero, 24 Jill, 3 Judy et 5 Kate de reconnaissance contre 430 la veille. L’État-major impérial informe Ozawa des mouvements de la TF 58. La motivation des Japonais est toujours élevée et l’Amiral décide d’attaquer dès le lendemain, comptant toujours sur les forces de Kakuta, les opérations de ravitaillement débutent dans l’après-midi.
Les reconnaissances américaines décollent tout au long de la matinée mais leur efficacité est pour le moins médiocre. Ce n’est que vers 15h40 qu’un Avenger de l’Enterprise repère la 1ère Flotte Mobile. Les Japonais brouillent son message radio tant est si bien qu’il est inexploitable dans l’instant. Un second message de 15h57 donne enfin un cap et une distance: 275 milles. L’heure tardive: 16h00 implique un raid à longue distance et un retour nocturne avec tous les risques que cela comporte. Mais l’occasion ne se représenterait pas de sitôt et Mitscher ordonne de lancer une attaque à 16h10.

Tout va très vite. A 16h21 les porte-avions viennent dans le vent et à 16h31 216 appareils ont été lancés de 11 porte-avions : 85 Hellcat, 77 Helldiver et 54 Avenger. A 18h25, presque au crépuscule, les appareils américains découvrent 6 pétroliers navigant sur l’arrière des trois divisions de porte-avions en route au nord-ouest environ 20 milles en avant. Ozawa fait décoller 75 avions dont tous les chasseurs disponibles. Alors que les Hellcat engagent l’opposition, les bombardiers et les torpilleurs se faufilent au-travers d’une DCA très dense. Des Helldivers attaquèrent les tankers et en coulent deux le Genyo Maru et le Seiyo Maru. Les porte-avions sont débusqués vers 18h35.
Les appareils des groupes Clark et Reeves se concentrent sur le CarDiv 2. Peu d'Avenger sont équipés de torpilles, néanmoins 8 d'entre eux, une section du Belleau Wood et une du Yorktown attaquent le Hiyo dans les dernières lueurs du jour vers 18h45. Une seule torpille est mise au but par l'Enseigne de vaisseau Brown du Belleau Wood, en proie aux incendies et à la rupture des canalisations de carburant le Hiyo coule suite à une série d’explosions vers 20h30.
Le Ryuho est attaqué vers 18h30 à la bombe de 227 kilos par 5 Avenger de l'Enterprise qui le manquent de peu et lui infligent de légers dommages.
Le Zuikaku est attaqué par des Avenger des Hornet, Yorktown et Belleau Wood rejoints peu après par des appareils de l’Enterprise et du San Jacinto. Le dernier survivant de Pearl Harbour évite deux torpilles et 6 bombes de 227 kilos mais en encaissa une septième qui allume un incendie dans le hangar supérieur; néanmoins celui-ci est circonscrit et l'ordre d'abandonner le navire est annulé.
Le groupe d’éclairage est attaqué par des appareils du Bunker Hill, du Monterey et du Cabot. Le Chiyoda est endommagé à 18h38 par une bombe qui explose sur le pont d'envol tuant 20 hommes et détruisant deux avions. Le cuirassé Haruna est touché à l’étrave et une bombe détonnant dans l’eau à l’arrière endommage ses hélices limitant sa vitesse à 26 nœuds. Le Maya est également légèrement endommagé.
Les combats aériens font rage dans la pénombre. En 20 minutes les Hellcat abattent environ 65 de leurs adversaires. L’attaque coûte 20 avions aux Américains dont celui de Brown ; la plupart des équipages sont récupérés le lendemain.
Il fait désormais presque nuit et pour 196 équipages il faut maintenant revenir aux porte-avions à 260 milles de là. Il est 19h00.

5-«Light up the Carriers»:
Un seul objectif désormais rentrer … Pour la première fois dans l’histoire de la Navy un raid de grande ampleur doit rallier ses porte-avions dans la nuit. Les pilotes adoptent une allure économique mais le premier Helldiver fait le grand plongeon à mi-distance, vers 19h50.
Mitscher élargit ses formations de porte-avions au maximum; 15 milles entre chacune d’elle; pour leur donner une plus grande liberté de manœuvre.
Un a un les appareils font le plongeon mais vers 20h30 un Dauntless capte une radio- balise donnant enfin un cap sûr et une estimation de la distance. Peu de temps après, le pinceau de lumière vertical d’un projecteur est aperçu. A 20h45 les premiers avions cerclent au-dessus des porte-avions qui font route à 22 nœuds en route aviation.
Calé dans son siège sur la passerelle du Lexington, après avoir pesé le pour et le contre Mitscher donne son ordre le plus célèbre de la guerre et tous les ponts d’envol s’allument faisant fi de la menace sous-marine. A 20h50 le premier Avenger se jette littéralement sur le pont du Lexington. Il est devenu évident que les appareils ne pourront rejoindre systématiquement leur porte-avions respectif. A 20h52 l’ordre est donné de liberté d’appontage. La confusion est à son comble. Des pilotes volant aux vapeurs d’essence coupent les circuits d’appontage, se faufilent entre deux avions au mépris des règles sécurité pour prendre le groove au milieu des jurons échangés à la radio. D’autres, moteurs coupés tentent d’amerrir au plus près des destroyers chargés de les récupérer. Malgré les batmen, les ordres de Wave off et la célérité des équipes de pont qui dégagent les avions aussi rapidement que possible, les accidents sont nombreux.
Un Helldiver du Hornet s’écrase sur le pont du Bunker Hill il est à son tour percuté par un Avenger du Cabot. Après deux appontages et une barrière le pont d’envol du Bata an est déclaré « rouge ». Sur le Yorktown, le célèbre batman, Dick Tripp réussit l’exploit de faire apponter deux Helldiver ensemble, l’un derrière l’autre, mais peu après un Hellcat du Hornet qui venait d’apponter aux ordres de Tripp est abordé par un autre chasseur qui saute les brins et son pilote fut tué.

Les appontages et les accidents se succèdent durant deux heures à l’occasion de ce qui resta le raid aérien le plus coûteux de l’USN durant la guerre du Pacifique.

Conclusion

La bataille de la Mer des Philippines s’achève sur ce qui en temps normal aurait pu s’apparenter à un fiasco. Le raid du 20 juin connaît un taux de perte approchant les 50% et seul un porte-avions est coulé à cette occasion. 6 Hellcat, 10 Helldiver et 4 Avenger sont portés manquants à l’issue de l’attaque de 18h30.
17 Hellcat, 35 Helldiver et 28 Avenger soit 80 avions sont perdus à la suite de crashes ou d’amerrissages forcés au retour de la mission. A lui seul le Hornet perd 21 avions. 209 personnels volants sont portés manquants mais au total 167 seront récupérés dans les jours qui suivent.
A 20h46 le 20 juin, Ozawa reçoit l’ordre de son supérieur de mettre cap sur le Japon. Au soir du 21 juin Spruance abandonne la poursuite alors que son adversaire se trouve à 300 milles d’Okinawa.
Bien que sa gestion de l’affaire ait pu être critiquée à chaud par certains de ses collègues, Spruance remporte une victoire stratégique majeure. Certes 6 porte-avions japonais se sont échappés et deux des trois qui sont coulés ont été victimes des sous-marins.
En revanche
-le débarquement de Saïpan a été totalement sécurisé, celui de Guam peut commencer.
-les porte-avions survivants sont, excepté le Zuikaku, des navires de second rang tant par leurs capacités et leur conception que par leur vitesse.
-les porte-avions japonais rentrant à Kure ne comptent plus que 35 avions et équipages. En deux jours l’aviation embarquée japonaise a perdu 476 appareils (y compris les hydravions de reconnaissance) et surtout 445 navigants. À l’aube du 20 juin Ozawa disposait de 100 avions sur ses 7 porte-avions survivant en soirée il ne lui en reste plus que 35… sur les 430 dont il disposait 48 heures plus tôt.


La bataille de la Mer des Philippines deux ans après Midway et 18 mois après les Salomons marque la seconde mort de l’aéronavale japonaise. Celle-ci ne s’en remettra pas et c’est un fantôme que Mitscher et ses groupes de porte-avions anéantiront entre le 23 et le 25 octobre 1944 à Leyte.
De ce point de vue le « tir aux dindons des Mariannes » fut bel et bien une bataille définitive.


Dernière édition par Starling le Mar 24 Fév 2015, 20:24, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Juin 1944, la bataille aéronavale de la Mer des philippines   Mar 24 Fév 2015, 17:37

pour ce magnifique article

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