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 [Biographie] Takakazu KINASHI

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Takagi
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MessageSujet: [Biographie] Takakazu KINASHI   Jeu 25 Déc 2014, 06:13

Sorti dernier de sa promotion de l'académie navale d'Etajima, contre-amiral à 42 ans : l'histoire de Kinashi Takakazu (Takaichi)

Kinashi Takakazu (木梨 鷹一 en japonais, dont le prénom est parfois transcrit en Takaichi) est né le 7 mars 1902 à Usuki, petit port de la préfecture d'Ōita sur la côte nord-est de l’île de Kyūshū sur la baie de Bungo. Il est le deuxième garçon de sa famille.

Usuki, petit port de pêche installé sur la baie du même nom, était jadis un village fortifié qui surveillait les sampans qui longeaient la côte à l’ouvert du détroit de Bungo. C’est là que, en 1600, le navire hollandais LIEFDE avait dérivé avec un équipage mourant. Les armes saisies à bord du navire furent réutilisées lors de la bataille de Sekigahara qui vit l'avènement de Tokugawa Ieyasu comme shogun. Le capitaine anglais du LIEFDE, William Adams, avait gagné la confiance des Tokugawa et fut le premier occidental à être nommé samouraï. Par la suite, Usuki est resté port shogunal d’escale et d’échange (fortifié), notamment avec les navires portugais.

À Usuki, au début du 20e siècle, les pêcheurs et les petits paysans voient progressivement s’opérer sous leurs yeux, dans le détroit de Bungo, la grande révolution maritime du Japon : les traditionnels sampans qui faisaient du cabotage le long des côtes cèdent peu  à peu la place aux bateaux en fer à propulsion mécanique construits par les tout nouveaux chantiers navals japonais, les jonques armées ont définitivement disparu, remplacées par les navires de la jeune Marine Impériale.

Après une scolarité réussie, Kinashi Takakazu passe le concours d’entrée à l’académie navale d’Etajima où il entre le 26 août 1920 comme cadet de la 51e promotion. Manifestement, il n’accroche pas au système de formation et sort bon dernier (255e sur 255) de sa promotion trois ans plus tard – un classement qui ne laisse pas bien augurer de sa carrière.


Il effectue une croisière d’application exceptionnellement longue en 1924-1925 comme midship à bord des croiseurs IWATE, TATSUTA et IZUMO, croisière qui l’emmène à Hilo (Hawaii), Acapulco, Balboa, San Francisco, Vancouver, Honolulu, Jaluit (îles Marshall), Truk, Saipan, l’archipel des Ogasawara et retour à Kure.

Promu enseigne de vaisseau pendant cette longue croisière, il suit ensuite les cours de l’école des torpilleurs, puis reçoit en décembre 1925 sa première affectation d’officier sur le destroyer n°5, qui deviendra le HARUKAZE en 1928 (classe KAMIKAZE).

Promu lieutenant de vaisseau de 2e classe en 1926, Kinashi Takakazu sert ensuite à bord du cuirassé HYŪGA (février 1928) avant d’être versé en novembre 1928 dans les forces sous-marines. Il occupe plusieurs postes à bord des sous-marins I-61 (type KD4), I-54 (KD3) et I-66 (KD5), sur la canonnière fluviale ATAKA et sur le destroyer FUBUKI au cours des années 1930 qui le voient nommé lieutenant de vaisseau de 1e classe (1934).

En décembre 1937, il est promu capitaine de corvette et nommé commandant en second du croiseur mouilleur de mines OKINOSHIMA. Il n’y reste que quelques mois : en 1938, il obtient son premier commandement : celui du vieux sous-marin côtier Ro-59 (type L3), mis en service en 1922.

À l’issue de ce commandement, il est affecté comme instructeur à l’École de la Guerre Sous-marine en 1940 mais il n’y reste que six mois et prend en juillet 1940 le commandement du sous-marin croiseur I-3 (classe J-1, mis en service en 1926). Il n’y reste pas longtemps non plus et prend le commandement du Ro-34 le 5 novembre 1940. Le sous-marin de 2e rang Ro-34, de la classe K5, est son premier sous-marin moderne : il a été mis en service en 1937. Kinashi Takakazu reste à ce poste jusqu’en juin 1941.

Le 1er juillet 1941, il prend le commandement du I-62 (type KD4), qui sort de grand carénage (remplacement des moteurs diesel et des tubes lance-torpilles) et qui forme avec le I-64 la 29e division de sous-marin. La guerre déclarée, le I-62 est basé à Cam Ranh (Indochine française) et couvre les opérations amphibies en mer de Chine, en Malaisie, en Indochine et aux Indes Néerlandaises avant d’effectuer deux patrouilles en océan Indien. Au cours de la deuxième, le 28 janvier 1942, la première cible se présente à l’ouest de Ceylan : un pétrolier, mais la salve de torpilles manque sa cible. Trois jours plus tard, Kinashi Takakazu a plus de succès : le 31 janvier à 07h53, à 24 nautiques à l’ouest de Colombo, sa salve touche le pétrolier britannique LONGWOOD et l’endommage gravement, l’obligeant à rentrer à Colombo. Puis, encore trois jours plus tard, rebelote : le I-62 torpille et endommage gravement le pétrolier britannique SPONDILUS.

À court de torpilles, le I-62 rentre alors à Penang, où les Japonais ont installé une nouvelle base sous-marine. Il repart pour une troisième patrouille en océan Indien le 28 février 1942. Le 10 mars, il coule au canon le voilier LAKSHMI GOVINDA à 470 nautiques à l’est de Madras puis, le 21 mars, il torpille le pétrolier britannique SAN CIRILO qui parvient toutefois à rentrer à Colombo. Le lendemain, il torpille et endommage un cargo mixte non identifié, avant de rentrer à Penang où il arrive le 25 mars.

De là, le I-62 rentre au Japon où il est renuméroté I-162 et est assigné à la 30e division de sous-marins, elle-même partie de la 5e escadrille de sous-marins. En préparation à l’attaque sur Midway, il gagne Kwajalein d’où il repart le 26 mai. Il y revient le 21 juin sans avoir rien vu.

Puis le I-162 rentre à Sasebo. Quittant son commandement le 1er juillet 1942, Kinashi Takakazu est très brièvement affecté au quartier général de l’arrondissement maritime de Yokosuka avant de prendre, le 15 juillet, le commandement du I-19 (type B1), un nouveau modèle de sous-marin croiseur équipé d’un hydravion de reconnaissance Yokosuka E14Y1.


Le I-19


Un hydravion démontable Yokosuka E14Y1 "Glenn", conçu pour les sous-marins

Le I-19 appareille de Yokosuka avec son nouveau commandant le 15 août 1942, direction les Salomon où les Américains ont débarqué le 7 août à Guadalcanal.

Le 23 août, alors que s’amorce la bataille des Salomon Orientales, le I-19 est attaqué en surface par un Dauntless de l’ENTERPRISE, mais l’avion rate sa cible. Le 25, en faisant surface vers 16h, Kinashi découvre un croiseur américain esseulé escorté par un unique destroyer et survolé par des avions. Il replonge immédiatement pour attaquer, mais la distance est trop grande et la cinématique ne lui permet pas de gagner une position de lancement.

Le 26, au lendemain du gros de la bataille aéronavale, alors qu’il navigue en plongée, la frustration est encore plus grande : l’appareil d’écoute repère tout un groupe de navires, avec un porte-avions (c’est le WASP), un cuirassé, un croiseur et plusieurs destroyers en route au nord, mais là encore l’escadre va trop vite et le I-19, mal placé, ne parvient pas à gagner une position de lancement.

Le 28 août, le I-19 envoie son E14Y1 effectuer une reconnaissance de la baie de Graciosa, sur l’île de Ndeni dans l’archipel des Santa Cruz, pour s’assurer que les Américains n’y ont pas installé une base d’hydravions. Gagné : le pilote de l’avion signale un destroyer et six hydravions. Le I-19 s’approche alors et tire une dizaine d’obus de 140mm dans la baie entre 18h15 et 18h25 le 31 août, avant de replonger pour ne pas avoir à subir de contre-attaque.

Deux semaines plus tard, le 15 septembre 1942, l’opérateur d’écoute signale encore des bruits d’hélices. Il est 09h50, le I-19 est alors en patrouille à 250 milles marins au sud des Salomon, sur la route qu’empruntent tous les convois américains qui circulent entre Nouméa, Espiritu Santo et Guadalcanal. Kinashi Takakazu reprend la vue mais ne voit rien dans son périscope.

À 10h50, il effectue un deuxième tour d’horizon avec son périscope. Et là, à 17000m, il voit un porte-avions, un croiseur et plusieurs destroyers dans l’azimut 045. C’est le WASP et la TF18. Il estime leur route au 330 et leur vitesse à 16nd. Kinashi place alors le I-19 sur une route de chasse, sans grand espoir d’arriver en position de lancement compte tenu de la cinématique et de la faible vitesse de son sous-marin en plongée par rapport à celle des buts.

Mais à 11h20, le groupe du WASP vient en route au 130, face au vent pour lancer et ramasser des avions. Ce faisant, il entre rapidement dans la zone de battage des torpilles du I-19. En reprenant la vue à 11h40, Kinashi Takakazu aperçoit le WASP à moins de 1000m, entouré de ses destroyers. Plus loin, parfaitement alignés avec le porte-avions, il voit un deuxième groupe, avec notamment le porte-avions HORNET, le cuirassé NORTH CAROLINA et plusieurs autres navires. Ils sont à environ 14000m du premier groupe, en route parallèle.

Après avoir estimé et fait afficher sur le pupitre torpille les éléments de lancement, Kinashi lance une gerbe de six torpilles Type 95 (la version réduite pour sous-marin de la Type 93 Longue Lance des bâtiments de surface). Le WASP n’est alors qu’à 500m, en route au 130 à 12nd et au poste aviation. Il n’a aucune chance de s’en sortir, même s’il voulait manœuvrer. La vigie du destroyer LANSDOWNE hurle dans le TBS (le Talk Between Ships, ancêtre de la VHF marine reliant les passerelles entre elles) « attention ! Torpilles en route au 080 vers la formation ! », mais il est trop tard.

À 11h45, deux des torpilles du I-19 frappent le WASP par le travers tribord, à la hauteur d’une soute à essence d’aviation qui, percée, déformée et fracturée, prend feu tandis que le porte-avions embarque d’importantes quantités d’eau et prend rapidement de la bande.

Les quatre autres torpilles continuent leur course (les Type 95 avaient une portée de 12000m à 46nd, qui était leur vitesse lente). L’une d’elles frôle le HORNET, une autre frappe à 11h52 le NORTH CAROLINA à hauteur de la tourelle n°1, sous la ceinture cuirassée, provoquant l’entrée de milliers de tonnes d’eau et le noyage de la soute à munitions avant du cuirassé. À 11h54, une quatrième torpille frappe le destroyer O’BRIEN.


Le O'BRIEN est soulevé hors de l'eau par l'explosion de la torpille Type 95. Au fond à gauche, le WASP vient d'exploser

Pendant ce temps, Kinashi a replongé en urgence et cherché refuge à 80m d’immersion dans le sillage du WASP pour échapper aux sonars adverses. Les destroyers qui escortent le porte-avions se lancent dans des passes de grenadage et les premières charges explosent à 12h00. Ils en larguent une trentaine mais aucune n’atteint sa cible.

En surface, les choses dégénèrent en chaos : les soutes d'essence à aviation du WASP explosent, condamnant le grand navire dont l’abandon est ordonné à 15h20. Le LANSDOWNE l’achève de cinq torpilles et le reste de la TF18 se replie après avoir recueilli les survivants. Plus loin, le destroyer O’BRIEN parvient à rallier Espiritu Santo par ses propres moyens mais sa structure est tellement endommagée qu’il se cassera en deux et coulera sur le trajet qui le ramènera à San Francisco, le 19 octobre suivant. Quant au NORTH CAROLINA, il réussit à mettre à 25nd malgré l’eau qu’il a embarquée et les 5° de bande qu’il a pris, et s’échappe. Il en sera quitte pour deux mois d’immobilisation pour réparation.

Quatre torpilles au but sur une salve de six, un porte-avions coulé, un cuirassé et un destroyer mis hors de combat (et le destroyer finalement coulé quatre semaines plus tard) : la salve du I-19 reste la plus mortelle gerbe de torpilles jamais tirée par un sous-marin…


Les dégâts infligés par la Type 95 au NORTH CAROLINA

Le 25 septembre, le I-19 est de retour à Truk. Un avion attend Kinashi pour l’emmener à Tōkyō où l’empereur Hiro-Hito le reçoit en personne pour le féliciter. Puis il rentre à Truk.

Le I-19 repart en mer le 5 octobre pour une patrouille au large de la Nouvelle-Calédonie. Arrivé sur zone, Kinashi envoie son hydravion effectuer une reconnaissance au-dessus de la base navale de Nouméa, mais l’appareil est endommagé lors de son repêchage et n’est pas réparable. Puis le I-19 reste en station devant les passes et dans les parages jusqu’au 12 novembre, sans trouver de proie. Pendant la patrouille, le 1er novembre, Kinashi Takakazu apprend qu’il est promu capitaine de frégate. Le 16, le I-19 est de retour à Truk.

Les missions de la 6e flotte (celle des sous-marins) changent : l’amiral Yamamoto lui demande désormais d’aider à ravitailler la 17e armée à Guadalcanal, pour alléger la pression que la campagne fait peser sur la flotte de transport.

Le I-19 effectue une tentative de ravitaillement : il se rend à Shortland en compagnie du I-17 pour embarquer des vivres et des munitions dans le hangar de son hydravion. Le 22, il quitte Shortland, arrive le 24 dans la baie de Kamimbo à Guadalcanal mais ne peut débarquer sa cargaison à cause d’une attaque aérienne. Le 27, après d’autres tentatives infructueuses, il remet le cap sur Shortland, y débarque sa cargaison puis rentre à Truk.

Une deuxième mission de ravitaillement est lancée en décembre. Cette fois, au lieu de faire débarquer la cargaison par barque, on la place dans des conteneurs munis de flotteurs qui sont attachés sur le pont. L’idée est de les larguer en plongée et de laisser les courants les faire dériver vers la plage, d’où des canots viendront les repêcher. Le 25 décembre, le I-19 arrive à Shortland, remplit ses conteneurs et repart vers la baie de Kamimbo. Cette fois, il réussit à livrer ses 25 tonnes de ravitaillement avant de rentrer à Shortland pour répéter l’opération : 15 tonnes livrées le 4 janvier 1943, puis encore 12 tonnes le 9 janvier.

Puis le I-19 remet le cap sur Truk, d’où il repart le 18 janvier pour regagner le Japon. Un grand carénage l’attend à Yokosuka. Il dure jusqu’au 24 mars. Entretemps, la Marine Impériale a réussi à évacuer discrètement les derniers soldats qui résistaient à Guadalcanal. Les missions de transport prennent momentanément fin, et le I-19 repart en patrouille le 4 avril contre les lignes de communications américaines dans le secteur des Fidji et des Nouvelles-Hébrides.

Le 29 avril, Kinashi lance une gerbe de torpille sur le liberty ship PETER SILVESTER qui rentre à vide d’Espiritu Santo à San Francisco mais, apparemment, les torpilles sont réglées pour une trop grande profondeur et passent sous la quille. Le 30 avril, au sud-est de Suva (Fidji), il chasse un autre liberty ship, le PHOEBE A. HEARST, pendant trois heures et finit par le couler. Le 2 mai, il éventre le WILLIAM WILLIAMS d’une torpille mais ne l’achève pas, permettant à son équipage de le ramener à Fidji.

Le 16, c’est au tour du WILLIAM K. VANDERBILT d’être torpillé au sud-ouest de Suva : une première Type 95 oblige les 41 hommes d’équipage du cargo à évacuer le navire, ne laissant à bord que 16 servants des pièces d’artillerie qui refusent de partir. Une deuxième Type 95 a raison de leurs hésitations et ils abandonnent à leur tour l’épave, qui coule. Le I-19 fait surface, au milieu des naufragés dans leurs embarcations. Dans des circonstances que l’histoire n’a pas retenues, le sous-marin ouvre le feu, tuant le chef mécanicien du cargo. Puis le commandant Kinashi interroge brièvement le capitaine du cargo, et le I-19 repart. Les 56 rescapés sont récupérés le lendemain par le dragueur de mines DASH (AM-88).

Le I-19 rentre à Truk le 6 juin, au terme d’une patrouille de deux mois.

Il en repart le 4 juillet, à nouveau pour le secteur entre les Nouvelles-Hébrides et les Fidji. Au crépuscule du 15 juillet, Kinashi effectue une reconnaissance périscopique du mouillage de Luganville (Espiritu Santo) et repère un porte-avions et deux croiseurs lourds. Le 20 juillet, une autre reconnaissance périscopique dans la baie de Nandi puis dans la baie de Lauthala, aux Fidji, repère plusieurs porte-avions et navires de ligne à l’ancre. Mais Kinashi ne pénètre pas dans les mouillages alliés et ne trouve pas de proies au large. Le 11 août, il revient effectuer une reconnaissance de la baie de Lauthala (île de Viti Levu, archipel des Fidji). Le 13, il torpille le liberty ship M.H. DeYOUNG, chargé d’engins de terrassement et de génie. La torpille éventre la salle des machines du cargo, qui reste cependant à flot, grâce aux pontons flottants stockés dans ses cales. Plus tard, le M.H. DeYOUNG sera remorqué à Nukualofa dans les Tonga par le tanker QEEBEC, mais ne sera pas jugé réparable.

Après cet unique torpillage, le I-19 rentre à Truk où il arrive le 9 septembre 1943, au terme d’une sortie de neuf semaines et demie.

Le 27 septembre, Kinashi Takakazu quitte le commandement du I-19, remplacé par le capitaine de frégate Kobayashi Shigeo. Le 10 octobre, il prend le commandement d’un autre B-1, le I-29.

Il se voit confier une mission Yanagi périlleuse, baptisée du nom de code Matsu (pin) au Japon et de U-Kiefer en Allemagne : faire un aller-retour vers l’Europe pour échanger des matières stratégiques contre les plans de quelques armes secrètes allemandes. Le 5 novembre 1943, le I-29 quitte Kure et gagne Singapour le 14 pour embarquer 80 tonnes de latex, 80 tonnes de tungstène, 50 tonnes de zinc, 2 d’étain, 3 de quinine, opium et café (qui est devenu un luxe en Europe occupée…).

Le 5 décembre, Kinashi rencontre le capitaine de vaisseau Uchino Shinji, commandant du I-8 qui revient précisément de Brest. Uchino fait part à Kinashi de son expérience en Atlantique Nord. Kinashi demande et obtient l’autorisation de son état-major de faire monter à bord du I-29 le détecteur de radar FuMB-1 Metox que le I-8 a ramené d’Allemagne.

Et le 16 décembre 1943, le I-29 appareille, avec 16 passagers en plus de sa cargaison (officiers de marine nommés attachés navals en Europe, ingénieurs aéronautiques de Mitsubishi, l’officier de l’aéronavale à l’origine des canons obliques des chasseurs lourds japonais). Il traverse le golfe du Bengale, ravitaille 120 tonnes de fuel auprès du ravitailleur allemand BOGOTA, contourne l’Inde. Le 4 janvier, il est au sud de Madagascar.

Ce même jour, les Alliés interceptent et déchiffrent un message annonçant que le I-29 sera par 39°S et 042°E (à 1100Nq à l’est du cap de Bonne Espérance) le 11 janvier. Mais malgré ça, le I-29 contourne l’Afrique le 16 janvier et remonte vers l’Europe, déjouant les chasseurs de U-Boote dont les Alliés ont truffé l’Atlantique Nord. Pourtant, le 19 janvier, les Alliés décodent encore un de ses messages annonçant sa position et ses intentions de route jusqu’au golfe de Gascogne.

Le 12 février, le I-29 effectue un rendez-vous en mer au sud-ouest des Açores avec le U-518 allemand qui lui remet un nouveau détecteur de radar (le FuMB-7 Naxos) que trois techniciens allemands installent sur le kiosque du I-29. Puis les deux sous-marins se séparent. Le 13 février, autre rendez-vous, cette fois avec le sous-marin « vache à lait » U-488. Un avion anglais les aperçoit mais les deux submersibles s’esquivent. Le 4 mars, au large du cap Finisterre (Espagne), le I-29 est illuminé au projecteur par un avion alors qu’il transite en surface de nuit, mais il parvient encore à déjouer l’attaque et à s’échapper.


Couverture d'un manga de 1978 retraçant l'épopée du I-29

Le 9 mars, arrivé à son point de rendez-vous dans le golfe de Gascogne avec un jour d’avance, le I-29 se pose sur le fond et attend toute la journée. Le 10, protégé par cinq Ju-88C, il prend enfin contact avec les quatre navires allemands venus à sa rencontre (les destroyers Z-23 et ZH-1, les torpilleurs T-27 et T-29). Le groupe essuie deux attaques aériennes mais, le 11 mars 1944, le I-29 franchit les passes du port de Lorient.


Aidé d'un remorqueur, le I-29 accoste à Lorient

Pendant que son équipage se repose et fait du tourisme en France (dont une visite au Musée de la Marine au Palais de Chaillot, à Paris), que ses passagers gagnent leurs affectations respectives et que sa précieuse cargaison est débarquée, Kinashi Takakazu fait un aller-retour à Berlin où le Führer en personne lui remet la Croix de Fer de 2e classe pour son brillant succès contre le WASP un an et demi plus tôt.


Kinashi Takakazu (à droite) initie son hôte allemand au maniement des baguettes

Et le 16 avril 1944, le I-29 appareille de Lorient avec, à son bord, 18 passagers, les plans d’une vedette lance-torpilles, des machines à coder Enigma, des composants de radar, un moteur-fusée Walter HWK 509A, un fuselage de V-1, un moteur à réaction Jumo 004B et les plans des Messerschmitt Me-163 et Me-262.

Kinashi réussit à déjouer encore une fois la surveillance des Alliés (à quelques semaines du débarquement en Normandie) et arrive à Singapour le 14 juillet 1944. Il débarque ses passagers ainsi que les plans du Me-163 et du Me-262, qui partent en avion pour Tōkyō, mais garde le reste de cargaison à bord.

Mais les Américains ont appris, en décodant des messages, en quoi consistait sa cargaison, ainsi que la route qu’il comptait prendre pour rentrer au Japon.

COMSUBPAC envoie un message Ultra aux sous-marins USS TILEFISH (SS-307), ROCK (SS-274) et SAWFISH (SS-276) pour qu’ils interceptent le I-29 dans le détroit de Luçon, entre Taiwan et les Philippines.

Le 22 juillet 1944, le I-29 appareille de Singapour avec, à la place de ses passagers, 10 cadets des forces sous-marines en formation.

Le 25, la vigie signale un sous-marin américain en surface. Le piège se referme…

Le 26 juillet 1944, alors qu’il embouque en surface et à 17nd le canal de Balingtang (partie sud du détroit de Luçon) vers 17h, le I-29 est repéré par le SAWFISH embusqué en plongée et qui lui lance quatre torpilles. Les vigies aperçoivent les sillages, mais trop tard : Kinashi n’a plus le temps de manœuvrer avant l’impact. Trois des engins atteignent le I-29 qui coule presque instantanément.

Kinashi Takakazu est parmi les 105 Japonais qui meurent avec lui. Trois hommes de son équipage sont projetés à la mer par les explosions, mais un seul arrivera à nager jusqu’à un ilet du nord des Philippines où il racontera ce qui s’est passé.

Fait tout à fait exceptionnel au Japon, Kinashi Takakazu est promu à titre posthume. Pas au grade de capitaine de vaisseau, mais directement au rang de contre-amiral.

salut


Dernière édition par Takagi le Lun 02 Fév 2015, 18:55, édité 20 fois (Raison : Je ne devrais jamais poster un lendemain de réveillon !!)
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MessageSujet: Re: [Biographie] Takakazu KINASHI   Jeu 25 Déc 2014, 06:37

Vraiment très intéressant ! merci c'est Noël

N'y a-t-il pas eu des remises en cause de la salve magique ?
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MessageSujet: Re: [Biographie] Takakazu KINASHI   Jeu 25 Déc 2014, 06:56

Starling a écrit:
N'y a-t-il pas eu des remises en cause de la salve magique ?

Si : les Américains ont d'abord cru à deux attaques séparées (mais c'était faux), puis ils ont dit que c'était trois torpilles et non pas deux qui avaient touché le WASP (auquel cas ça ferait 5 torpilles au but sur 6, et non plus 4/6...), mais le fait d'arme demeure.
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MessageSujet: Re: [Biographie] Takakazu KINASHI   

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