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 le cuirassé dunkerque

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MessageSujet: le cuirassé dunkerque   Sam 21 Déc 2013, 13:32

Le Dunkerque a été la première unité d'une classe de bâtiments de ligne français mise en service à la fin des années 1930, la classe Dunkerque. Sa principale caractéristique était de se situer nettement en deçà des limites posées par le traité de Washington de 1922, en termes de déplacement et de calibre de l'artillerie principale des cuirassés.


Remarquable par la disposition de son artillerie principale de 330 mm, en deux tourelles quadruples à l'avant, sa vitesse d'environ 30 nœuds, et sa silhouette comportant une grande plage avant, il avait été conçu au début des années 1930 en réponse au Panzerschiffe (navire blindé) allemand de classe Deutschland, pendant la courte période où l'on a pu croire que la limitation des armements navals conduirait à des limites de déplacement et de calibre plus draconiennes que celles du traité de Washington. La course aux armements navals ayant repris de plus belle, avant même sa mise en service, en 1937, le Dunkerque et son similaire, le Strasbourg, se sont retrouvés les derniers cuirassés français de moins de 35 000 tonnes.

Pendant l'hiver 1939-1940, le Dunkerque n'eut pas la chance d'intercepter les « cuirassés de poche » allemands, alors qu'il avait été conçu pour les affronter. À Mers el-Kebir, en juillet 1940 il fut gravement endommagé par la Royal Navy, alors qu'il n'avait pas été envisagé qu'il dût, un jour, en affronter les bâtiments. Lorsque les Allemands, ayant envahi la zone libre, tentèrent de saisir les navires contrôlés par les autorités de Vichy, il fut sabordé à Toulon, le 27 novembre 1942.

ARRIERE PLAN ET GENESE :



Avant le début de la Première Guerre mondiale, alors que les super-dreadnoughts de la classe Bretagne étaient en construction, avec cinq tourelles doubles de 340 mm, M. Doyere, chef du Service des constructions navales depuis 1911, conçut, pour le programme de 1912, la classe Normandie. Sa caractéristique principale était le recours à des tourelles quadruples de 340 mm. Cette solution était une première mondiale. La norme des constructeurs britanniques était la tourelle double, reprise en Allemagne, en France et au Japon, la tourelle triple étant une innovation italienne sur le cuirassé Dante Alighieri2, copiée par la Russie et l'Autriche-Hongrie, que les États-Unis adopteront avec la classe Nevada.

Dès lors que le tonnage des bâtiments de ligne français se trouvait à l'époque limité par la taille des cales de construction disponibles, le recours à trois tourelles quadruples (une à l'avant, et deux à l'arrière), permettait d'avoir deux pièces de plus que sur les cuirassés de la classe Bretagne, pour un poids inférieur, ce qui permettait d'améliorer le blindage, avec une épaisseur de 340 mm sur l'avant des trois tourelles, alors que les tourelles superposées avant et arrière des Bretagne n'avaient qu'une épaisseur de 250 mm.Mis sur cale dès 1913, lancés en 1914, ces cuirassés ne seront jamais achevés, sauf le Béarn transformé en porte-avions dans les années 1925.


Dernière édition par aurelien wolff le Sam 04 Jan 2014, 14:48, édité 2 fois
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NIALA
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MessageSujet: Re: le cuirassé dunkerque   Sam 21 Déc 2013, 16:47

Bonjour aurelien,

Bien cet article sur le cuirassé Dunkerque; toutefois je ne comprends pas le titre, en quoi le Dunkerque a été plus sacrifié que les autres navires de la Royale?  

Alain
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pascal
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MessageSujet: Re: le cuirassé dunkerque   Sam 21 Déc 2013, 18:01

Avis du Commandant en Chef des Forces de Haute Mer en date du 16/12/41 (cité par Robert Dumas dans son livre consacré aux deux bâtiments):

"Le Strasbourg présente les défauts suivants comme conception et comme réalisation
-au point de vue marin son avant est trop faible comme échantillon et mauvais comme formes il ne peut correctement encaisser la mer de son tonnage: "c'est une coque de bassin de carène" (en clair il lui manque 2 m de franc bord à l'avant)

-protection la conception paraît correcte ... mais la réalisation présente le grave défaut de la non étanchéité des compartiments (tunnels de câbles) qui aggravée au combat par les explosions rendrait probablement la sécurité théorique du bâtiment illusoire

-... le danger d'incendie au combat dépasse les limites de l'admissible ...

-au point de vue de l'armement la répartition de l'artillerie pple sur l'avant est une grave erreur ... la dispersion des salves est inacceptable

-quant à l'artillerie secondaire le calibre de 130 mm unique est à la fois trop faible contre but marin et trop lourd et lent contre les avions ...
------------------

En en 1939 ces sont les bâtiments de ligne européens les plus rapides avec les 3 croiseurs de bataille britanniques et leur blindage se comportera honorablement à Mers el Kébir malgré le fait qu'ils seront la cible du 381 britannique.

Allure remarquable peut être mais d'une conception remise en cause par les opérationnels, en revanche comme yacht présidentiel il est superbe
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MessageSujet: PARTIE 2   Lun 23 Déc 2013, 15:09

Les effets du traité de Washington de 1922

Le traité de Washington, signé en 1922, sur les limitations navales6 imposait un tonnage et un calibre de l'artillerie maximum pour les croiseurs de bataille et les cuirassés ainsi que les croiseurs et les porte-avions des cinq grandes puissances navales (États-Unis, Grande-Bretagne, Japon, France et Italie). Concrètement, il interdisait pour dix ans la construction de nouveaux cuirassés, alors que se développait une course aux armements navals entre les États-Unis, le Japon et le Royaume-Uni, avec les projets et la mise en chantier des cuirassés américains des classes Maryland et South Dakota, des croiseurs de bataille britanniques du type G39, des cuirassés japonais des classes Mutsu et Tosa et des croiseurs de bataille de la classe Amagi. Il permet toutefois aux États-Unis d'achever trois cuirassés de la classe Maryland, aux Britanniques de construire deux cuirassés dans les limites de tonnage (35 000 t) et de calibre d'artillerie principale (406 mm) du traité, et aux Japonais d'achever les deux cuirassés de la classe Mutsu. Tous les autres cuirassés en construction ou en projet ont dû être détruits ou abandonnés, la France et l'Italie ayant le droit de construire, à partir de 1927, deux cuirassés chacune, en remplacement de cuirassés anciens, et toujours dans les limites du traité.

L'Allemagne n'était pas soumise aux clauses du traité de Washington de 1922, mais à celles du traité de Versailles, qui lui interdisaient, en ce qui concerne les cuirassés et les croiseurs, de construire des navires d'un déplacement supérieur à 10 000 t, c'est-à-dire un déplacement inférieur aux croiseurs cuirassés de la classe Minotaur, ou aux pré-dreadnoughts de la classe Schleswig-Holstein, datant tous d'avant 1910.

Les États-Unis, le Japon et le Royaume-Uni utilisèrent les droits de construire des cuirassés que leur donnait le traité de Washington, mais ni la France ni l'Italie ne firent de même, en raison principalement de difficultés financières, mais aussi parce que, même dans les milieux spécialisés, la construction de cuirassés apparaissait très discutable, dès lors qu'il n'y avait eu, au cours de la Première Guerre mondiale, que des engagements de cuirassés aux résultats indécis, que les derniers combats décisifs entre navires de ligne étaient les batailles de la baie de Manille et de Santiago de Cuba, au cours de la Guerre hispano-américaine de 1898, et la bataille de Tsushima en 1905, entre Japonais et Russes. En revanche, la question de la sécurité des routes commerciales maritimes avait, au cours de la Première Guerre mondiale, eu une importance considérable, et les croiseurs y avaient eu un rôle plus important que les cuirassés. Les premières années suivant le traité de Washington ont donc vu la construction, par tous les pays signataires du traité, de très nombreux croiseurs dits de « 1re classe », et plus tard « lourds », d'un déplacement de 10 000 tonnes, armés en ce qui concerne les marines britannique, française et italienne, de huit canons de 203 mm, et en ce qui concerne les marines des États-Unis et du Japon, de neuf ou dix canons de ce calibre, bâtiments rapides, et plus ou moins bien protégés. La France et l'Italie qui en construiront chacune sept, en commencent la construction autour de 1925.

À la fin des années 1920, les plus puissants cuirassés sont des navires armés de huit pièces d'artillerie principale, en quatre tourelles doubles, réparties également entre l'avant et l'arrière, soit de 381 mm (classes Queen Elizabeth, ou Revenge), soit de 406 mm (classes Maryland, ou Mutsu) qui ont été conçus avant le traité de Washington, et dont la vitesse atteint au maximum 24 nœuds (avec la classe Queen Elizabeth) voire 26-27 nœuds (la classe Mutsu). Sortent du lot, les deux cuirassés de la classe Nelson, avec trois tourelles triples de 406 mm (en), toutes à l'avant, inspirés des croiseurs de bataille G3, mais avec un tonnage réduit de presqu'un tiers, d'où une coque moins longue, donc moins hydrodynamique avec moins d'espace pour les machines, d'où une vitesse de 23 nœuds seulement. Dans les eaux européennes, trois bâtiments britanniques, conçus avant 1918, sont dotés d'une vitesse supérieure à 30 nœuds, suite aux idées de Lord Fisher. Celui-ci considérait la vitesse comme un moyen de défense plus important que le blindage. Ce sont deux croiseurs de bataille de la classe Renown, armés de six canons de 381 mm, et le HMS Hood, premier cuirassé rapide, armé de huit 381 mm.
Le HMS Nelson, entré en service en 1927, qui a inspiré les concepteurs des cuirassés français des années 20.

Le HMS Hood est alors le plus grand et le plus lourd des cuirassés à flot, et le HMS Nelson le plus puissamment armée



Armement:

L'artillerie principale

On a vu plus haut l'importance de la disposition d'artillerie principale en deux tourelles quadruples à l'avant, une disposition jamais mise en œuvre auparavant. La disposition de l'artillerie principale avec trois tourelles triples, toutes à l'avant, avait, certes, déjà été adoptée sur les cuirassés de la classe Nelson. Mais la troisième tourelle, placée devant la tour de la superstructure, avait un champ de tir sur l'avant réduit par les deux autres tourelles, car il était apparu trop coûteux en poids de blindage de la barbette de la mettre en position de superposition de la deuxième tourelle déjà superposée à la première42. La solution de deux tourelles quadruples superposées permettait d'avoir un champ de tir totalement dégagé, tout en présentant une cible particulièrement réduite en largeur, au cours de la phase où l'on se rapproche de l'adversaire. Au moment où le Dunkerque est mis en chantier, il est plus puissant que tous les navires, italiens ou allemands, plus rapides que lui. L'option d'une artillerie principale disposée entièrement en chasse, a semblé alors justifiée, dès lors qu'il n'y avait, dans les eaux européennes, que des navires anglais, donc alliés, qui fussent plus puissants que le Dunkerque, et devant lesquels il lui eût été nécessaire de se retirer. Cette disposition d'artillerie sera retenue également pour les deux premiers cuirassés français de 35 000 tonnes. Toutefois, des doutes apparaîtront assez vite sur son bien-fondé, puisque dès décembre 1937, alors que le Dunkerque est encore en essais, on envisage une disposition différente43 qui sera retenue pour le cuirassé Gascogne, en 1938. Dès le début de la guerre, la bataille du Rio de la Plata (13 décembre 1939) montrera que l’Admiral Graf Spee dont l'artillerie était la plus puissante aurait du garder ses adversaires à distance, et donc que le navire le plus puissamment armé doit pouvoir combattre en retraite. À Mers el-Kébir, cette disposition des canons de 330 mm s'est révélée aussi un redoutable handicap.

Le recours à deux tourelles quadruples comportait d'autres inconvénients. Le premier était un risque de voir mettre hors de combat, par un seul impact malchanceux, la moitié de l'artillerie principale. C'est pourquoi une cloison blindée de 25 à 45 mm d'épaisseur séparait en deux chaque tourelle pour permettre de localiser les effets d'un coup reçu44. On en vérifiera l'efficacité à Mers el-Kébir avec le premier obus de 381 mm qui frappa le Dunkerque. On pouvait craindre, pire encore, qu'un seul obus ennemi détruise les deux tourelles, soit la totalité de l'artillerie principale. Pour pallier ce risque, les deux tourelles sur le Dunkerque étaient situées à 27 m l'une de l'autre45, alors qu'il y avait 19 m entre les tourelles A et B, et 23 m entre les tourelles B et C du HMS Nelson46.

La barbette d'une tourelle est d'une dimension d'autant plus grande que le nombre des canons et leur calibre sont plus grands. Les cuirassés de la classe Nelson portaient des tourelles triples de 406 mm sur une coque ayant un maître-bau de 32 m. Avec un maître-bau de 31 m, on envisagea, sur le Dunkerque, des tourelles quadruples de 340 mm47, comme on l'avait prévu sur les cuirassés de la classe Normandie dont la largeur maximale était de 27 m48, avant de se résoudre à le doter de canons de calibre de 330 mm, canon nouveau qu'il fallait développer. Par ailleurs, pour réduire la taille de la barbette, les canons au lieu d'être montés sur un affût individuel, étaient montés sur un affût commun par paire, dans chaque demi-tourelle45. On remarquera que ce ne sera pas le cas pour les tourelles quadruples de 356 mm des cuirassés de la classe King George V dont le maître-bau sera, il est vrai, de 34,3 m. Mais, sur les navires français, les canons des demi-tourelles se trouvaient alors si proches l'un de l'autre, 1,69 m d'entraxe entre les canons d'une même demi-tourelle, contre 2,54 m entre les canons centraux des tourelles49, qu'en cas de tir par salves, se produisait entre les obus un effet de sillage qui entraînait une dispersion excessive, de 200 à 1 100 m. La solution de ce problème ne sera trouvée, sur le Richelieu qui souffre du même défaut, qu'en 194850.

Les tourelles quadruples de 330 mm construites par Saint-Chamond avaient un poids de 1 497 tonnes. L'élévation maximale des canons était de 35°, et, avec une vitesse initiale de 870 m/s, la portée à cette élévation était de 41 500 m, ce qui indique une trajectoire assez plate. La cadence de tir était d'un coup toutes les 40 secondes (1,5 coup par minute) voire toutes les 30 secondes (2 coups par minute). Les tourelles avaient été conçues pour que les canons pussent être chargés à toute élévation, pour soutenir la meilleure cadence de tir, mais les incidents de fonctionnement (bourrage des obus dans la culasse aux angles de pointage élevés) étaient fréquents et en fait les canons étaient rechargés à l'élévation de 15°. La vitesse de rotation des tourelles était de 5°/seconde, et la vitesse d'élévation des canons de 6°/s.

L'obus du canon de 330 mm/50 Modèle 1931 mesurait 1,65 m et pesait 570 kg, presque deux fois le poids de l'obus de 280 mm du Deutschland (300 kg) ou de l'obus de perforation du Scharnhorst (336 kg). Le poids des obus des cuirassés italiens était de 452 kg pour les canons de 305 mm, et de 525 kg pour les canons de 320 mm, après reconstruction. Les cuirassés britanniques qui bombardèrent les navires français à Mers el-Kébir tiraient des obus de 875 kg. Cet « Obus de Perforation Modèle 1935 » (OPf Mle 1935) existait en deux versions, l'OPf et l'OPfK, ce dernier comportant un dispositif explosif (dit « dispositif K ») pour colorer les gerbes et les parties touchées de l'adversaire, de façon à faciliter le réglage des tirs, en cas de concentration, sur la même cible, de plusieurs navires dont les canons provoquent des gerbes de taille identique. Le dispositif était installé dans la pointe de la coiffe de l'OPfK, qui pouvait être retirée pour changer le colorant (sans doute rouge pour le Dunkerque et vert pour le Strasbourg). La dotation en OPf Mle 1935 était de 456 pour la tourelle I et 440 pour la tourelle II. Il semblerait qu'un « Obus Explosif en Acier Modèle 1935 » ait été testé, mais aucune munition du type OEA Mle 1935 ne figure dans les inventaires du temps de guerre des navires

partie 3 a suivre

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MessageSujet: Re: le cuirassé dunkerque   Mar 24 Déc 2013, 14:04

L'artillerie secondaire

L'artillerie secondaire principalement installée à l'arrière était aussi reprise de la classe Nelson. Mais là encore, le Dunkerque innovait, avec une artillerie, que l'on voulait à la fois anti-navire et antiaérienne à longue portée, qui sera prise comme modèle pour les cuirassés de la classe King George V56. Trois tourelles quadruples blindées (tourelles V, VI, et VII), d'un poids de 200 tonnes, et de mêmes caractéristiques que l'artillerie principale (en demi-tourelles dont les canons partageaient le même affût, avec un entraxe de 0,55 m, entre canons de la même demi-tourelle, et de 2,45 m entre les canons centraux des tourelles) étaient installées à l'arrière, une axiale au-dessus du hangar d'aviation, et deux latérales. Deux tourelles doubles latérales (tourelles III et IV), n'ayant qu'un blindage pare-éclats, étaient installées au milieu du bâtiment.

Le calibre de 130 mm qui a été retenu, fut, à l'expérience jugé trop faible dans l'utilisation anti-navire. On observera que ce calibre était celui des contre-torpilleurs de la classe Chacal et des torpilleurs des classes Bourrasque et Adroit, lancés de 1924 à 1929. Les bâtiments construits ultérieurement (classes Bison ou Le Fantasque), lancés de 1928 à 1934, porteront des canons de 138,6 mm, que l'on a vu figurer comme artillerie secondaire anti-navires sur le projet de « croiseur protégé » de  690 tonnes datant de 1929. On remarquera que le calibre de 130 mm se situait exactement au milieu de la fourchette des calibres des artilleries secondaires à double usage des cuirassés construits à la fin des années 1930, par les marines américaine ( 5 pouces, soit 127 mm) et britannique (5,25 pouces soit exactement 133,35 mm).

Les canons de 130 mm en tir anti-navire expédiaient des OPf Mle 1933 de 33,4 kg avec une portée maximale de 20 800 m, à une élévation de 45°, et une vitesse initiale de 800 m/s. Pour le tir antiaérien, les canons avaient une élévation maximale de 75°, et tiraient des Obus Explosifs en Acier (OEA Mle 1934) de 29,5 kg, avec une vitesse initiale de 840 m/s. La dotation en obus de 130 mm étaient au total de 6 400 coups, soit 400 par pièce, à raison de 2 000 coups anti-navire et le reste antiaériens et Obus Éclairants (OEcl Mle 1934 de 30 kg). La cadence maximale de tir était de 10 à 12 coups par minute. La vitesse de rotation des tourelles était de 12°/s et la vitesse d'élévation des canons de 8°/s57.

Cette artillerie ne fut pas considérée comme performante, étant jugée fragile et compliquée, trop faible contre les navires, on l'a vu, et trop lourde et trop lente contre les buts aériens. Il est vrai que les canons américains de 127 mm/38 calibres, utilisés en tourelles doubles, comme artillerie secondaire sur les cuirassés des classes North Carolina et South Dakota, sur les porte-avions, notamment de la classe Essex, et nombre de croiseurs, avaient un débit plus élevé, de l'ordre de 15 coups par minute, voire plus (jusqu'à 22 coups par minute, pour de brèves séquences de tir). Mais ils disposaient surtout d'un système de direction de tir, Mk37 GFCS, très performant et constamment amélioré pendant toute la durée du conflit mondial. Du côté de la Royal Navy, les canons de 133,5 mm utilisés d'abord sur les cuirassés de la classe King George V puis sur les croiseurs des classes Dido et suivantes, dont la cadence de tir était, à l'origine, équivalente à celle des 130 mm français, n'ont été jugés performants qu'avec le système de télécommande RP10Mk2, et le système de contrôle de tir antiaérien HACS, dans la version mise en œuvre sur le dernier cuirassé de la série, HMS Anson, et sur les croiseurs de la sous-classe Bellona. Or, le système de télécommande des tourelles de 130 mm des cuirassés français n'a jamais correctement fonctionné, alors que la télécommande des pièces de 75 mm et de 90 mm AA donnait satisaction, et le radar français installé en 1941 sur le Richelieu, et en 1942 sur le Strasbourg, et le Jean-Bart61, n'en était qu'à ses balbutiements.
L'artillerie antiaérienne

L'artillerie antiaérienne à courte portée était constituée de canons de 37 mm en affûts doubles et de mitrailleuses de 13,2 mm62.

Le canon de 37 mm CA a été très utilisé comme arme légère contre-avions par la Marine nationale à la fin des années 1920. En affûts simples, le Modèle 1925 fut installé sur les croiseurs de 10 000 t, puis une version améliorée, semi-automatique, en affuts doubles, le 37 mm CAD Modèle 1933 fut mise au point mais sa cadence de tir, en théorie de 30 à 40 coups par minute, n'était en pratique que de 15 à 20 coups par minute. Or, à cette époque, certains canons antiaériens d'un calibre équivalent avaient déjà des cadences de tir bien plus élevées, comme le Pom-Pom britannique, tirant 200 coups par minute ou le Bofors 40 mm/L60 tirant à 120 coups par minute. On décida donc de développer, pour le nouveau cuirassé, une version entièrement automatique, le 37 mm ACAD Modèle 1935, pouvant tirer à 200 coups par minute, avec un poste de télémétrie dédié. Mais sa mise au point fut beaucoup plus longue et difficile que prévu, et il apparut très vite qu'il ne serait pas disponible pour en doter le Dunkerque à sa mise en service. Pendant toute sa période d'essais, celui-ci n'eut pas d'autre Défense Contre Avions rapprochée que des mitrailleuses Hotchkiss de 13,2 mm et il reçut, à sa mise en service, six affûts simples de 37 mm CAS Modèle 1925, qui furent démontés en 1938, pour être remplacés, en février 1939, par quatre affûts doubles de 37 mm CAD Modèle 1933, un cinquième affût de 37 mm CAD Modèle 1933 étant installé en août 1939.

Le Dunkerque reçut par ailleurs huit affûts de mitrailleuses Hotchkiss de 13,2 mm, avec une vitesse initiale de 800 m/s, tirant à 1 600 m en tir vertical, à la cadence théorique de 450 coups par minute, en fait plutôt de 150 coups par minute.

partie 4 prochainement

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MessageSujet: Re: le cuirassé dunkerque   Ven 27 Déc 2013, 02:10

Pendant la Drôle de guerre:

Dès le 3 septembre 1939, une Force de Raid composée de bâtiments rapides (Dunkerque, Strasbourg, croiseurs et grands contre-torpilleurs) est basée à Brest, sous les ordres du Vice-amiral d'escadre Gensoul qui a sa marque sur le Dunkerque. En octobre-novembre 1939, le Dunkerque participe avec la Royal Navy à la protection des routes commerciales maritimes contre les grands bâtiments de surface allemands. Tandis que le Strasbourg et le porte-avions HMS Hermes cherchent le cuirassé de poche Admiral Graf Spee au large des îles du Cap-Vert, une escadre franco-britannique, qui associe le Dunkerque et le HMS Hood, recherche, dans le mauvais temps de l'Atlantique Nord, les Scharnhorst et Gneisenau, qui se sont signalés en envoyant par le fond le croiseur auxiliaire HMS Rawalpindi, le 23 novembre 1939. En décembre, le Dunkerque prend part au transfert au Canada d'une partie de la réserve d'or de la Banque de France.

Devant l'attitude inquiétante de l'Italie, la Force de Raid passe définitivement en Méditerranée, fin avril 1940. C'est après l'armistice de juin 1940, alors qu'ils sont stationnés à Mers el-Kebir, en instance de démobilisation, que les navires de ligne français reçoivent un ultimatum britannique de rallier un port anglais ou de se saborder, sinon ils devront être coulés (Opération Catapult). C'est la Force H, commandée par l'amiral Somerville qui est chargée de l'exécution.

De Mers-el-Kébir au sabordage de Toulon

La situation, ce 3 juillet 1940 en fin d'après-midi, se caractérise par une double surprise, surprise stratégique, parce que jusqu'au dernier moment, les équipages français s'interrogent pour savoir si les cuirassés britanniques vont les canonner, hypothèse pour laquelle les navires français n'ont pas même été conçus, surprise tactique, parce qu'ils sont mouillés par l'avant, « cul à quai », face à des navires au large capables de manœuvrer. Le Dunkerque, peinant à larguer ses amarres, est touché quatre fois par des obus de 381 mm, le premier rebondit sur la tourelle 2 de l'artillerie principale, et tue tout le personnel de la demi-tourelle droite, l'autre demi-tourelle demeurant opérationnelle. Le second coup reçu endommage les installations d'aviation, les deux derniers neutralisent une tourelle double de 130 mm, dévastent une rue de chauffe, et privent le cuirassé de toute puissance électrique, le contraignant à s'échouer par l'avant de l'autre côté de la rade. Les pertes les plus terribles sont celles du cuirassé Bretagne, qui chavire et coule, avec près de 1 000 morts. Par une habile manœuvre, le Strasbourg, escorté par 5 contre-torpilleurs, échappe aux obus de 381 mm, à la poursuite du HMS Hood, aux bombardiers-torpilleurs Fairey Swordfish du porte-avions Ark Royal, et rallie Toulon le lendemain soir.

Le feu anglais cesse au bout de vingt minutes, l'amiral français ayant fait savoir qu'il a ordonné d'arrêter de tirer. Les dégâts peuvent apparaître sur le Dunkerque moins dramatiques qu'on aurait pu le craindre, encore qu'on a pu constater, ce qui n'a rien de surprenant, que la ceinture cuirassée de 225 mm n'avait pas résisté aux obus de canons de 381 mm tirés à 16 000 m. Un message radio de l'amiral Esteva, commandant en chef de la Marine en Méditerranée (Amiral Sud), à l'Amirauté française, parle, inopportunément, de dégâts moins importants qu'on le prétend. Prévenue, par la presse oranaise, l'Amirauté britannique enjoint à l'amiral Somerville de retourner mettre le Dunkerque définitivement hors de combat.

Pour éviter des dégâts collatéraux de l'artillerie navale sur les civils du village de pêcheurs devant lequel est échoué le Dunkerque, l'attaque déclenchée le 6 juillet 1940 au matin, est menée par trois vagues de bombardiers-torpilleurs du porte-avions Ark Royal. Encore malchanceux, le Dunkerque a la coque éventrée par l'explosion des grenades sous-marines d'un patrouilleur auxiliaire, torpillé alors qu'il est amarré à couple du bâtiment de ligne. Celui-ci repose de toute sa longueur sur le fond de la rade. Le nombre des victimes des deux attaques contre le Dunkerque est de plus de 200 tués.

À Toulon, fin septembre 1940, l'amiral de Laborde hisse sa marque de commandant des Forces de Haute Mer sur le Strasbourg, qui, faute de mazout, naviguera très peu. Le Strasbourg reçoit, début 1942, un équipement de « détection électro-magnétique », premier radar français. En février 1942, après des réparations sommaires, menées avec les faibles moyens de l'Afrique du Nord, le Dunkerque rallie Toulon, par ses propres moyens. Il est mis en cale sèche, pour réparations.

Après les débarquements alliés en Afrique du Nord, au début novembre 1942, les Allemands ont occupé la Zone libre, et le 27 novembre 1942, ils font irruption dans l'arsenal de Toulon, pour s'emparer des navires français sous le contrôle de Vichy. La quasi totalité des navires à quai sont sabordés par leurs équipages, dont le Dunkerque, en cale sèche, et le Strasbourg amarré aux appontements de Milhaud, sur lequel se trouve la seule victime française de l'attaque allemande.

Relevé par les Italiens, partiellement démantelé en 1943, rendu par les Allemands aux autorités de Vichy en 1944, le Strasbourg, réduit à l'état d'épave, est coulé à la suite des bombardements américains lors de la libération de Toulon, le 18 août 1944. Le Dunkerque, retrouvé dans un état très décrépi, et le Strasbourg, relevé encore une fois, sont vendus pour être démantelés, après la guerre

FIN
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pascal
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MessageSujet: Re: le cuirassé dunkerque   Ven 27 Déc 2013, 07:29

Nous pouvons noter une amélioration particulièrement bienvenue de votre orthographe à l'occasion de la publication de ces récents messages  Mr.Red  consacrés au Dunkerque.
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MessageSujet: Re: le cuirassé dunkerque   Ven 27 Déc 2013, 09:07

La coque du Strasbourg après avoir été utilisée pour des essais sera vendue le 27 mai 1955 pour 451 677 000 F; et l'épave du Dunkerque vendue le 30 septembre 1958 pour 226 117 000 F à des ferrailleurs à Toulon.

Alain
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MessageSujet: Re: le cuirassé dunkerque   Dim 29 Déc 2013, 00:13

pascal a écrit:
Nous pouvons noter une amélioration particulièrement bienvenue de votre orthographe à l'occasion de la publication de ces récents messages  : DD  consacrés au Dunkerque.
J'écrirais même plus !…  cheers . study Je n'y ai pas détecté la moindre faute ! (note)  Avec une dissertation pareille, le baccalauréat, c'est dans la poche !   cheers

Note : à part, peut-être, mais c'est vraiment pour tinoiser, l'orthographe de Mers el-Kébir… (bien qu'on le trouve bien écrit aussi — sur des sites ouèbes — avec deux traits d'union…)

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MessageSujet: Re: le cuirassé dunkerque   Ven 03 Jan 2014, 10:49

Citation :
Bien cet article sur le cuirassé Dunkerque; toutefois je ne comprends pas le titre, en quoi le Dunkerque a été plus sacrifié que les autres navires de la Royale?

Disons que ce titre est celui repris in extenso de l'article de couverture du LOS n°11 ... de novembre 2013, il faudrait demander à Patrick Toussaint
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MessageSujet: Re: le cuirassé dunkerque   Ven 03 Jan 2014, 11:06

Je m'en doutais un peu, j'ai fait cette remarque pour développer, l'esprit critique de notre ami aurelien, il ne suffit pas de reprendre un titre de revue qui fait vendre, il faut pouvoir l'expliquer.

Alain
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