Courant février 1968, alors qu'ils étaient en permission après leur récent retour de patrouille, les membres de l'équipage du K-129 sont rappelés de toute urgence pour un départ imminent. Dans l'effervescence des préparatifs à bord du sous-marin, onze nouveaux hommes embarquent sans que le commandant Kobzar et son second aient été informés par leur hiérarchie des raisons de leur présence à bord. Quelques jours après l'appareillage, le K-129 n'envoie pas le message prévu lors du franchissement de la Ligne de Changement de Date. Malgré les relances de plus en plus pressantes de l'état major, le sous-marin restera désormais muet. Dans la nuit du 07 au 08 mars 1968 le K-129 est coulé par une explosion survenue à son bord alors qu'il se trouve à 400 milles au sud-est de sa zone normale de patrouille (et où seront menées les recherches russes).
Voici ce que les analystes américains ont établi:
à Moscou, une toute petite cellule de conspirateurs (dont Youri Andropov et son mentor Souzlov) ennemis de Brejnev, nostalgiques de la ligne dure stalinienne, ont imaginé un complot en vue de déclencher une guerre entre les USA et la Chine. Mao Tse Toung, en effet, défiait Moscou en revendiquant pour la Chine le statut de leader mondial du communisme. Une Guerre USA / Chine permettrait donc d'affaiblir d'un seul coup les deux grands ennemis du moment. Le point de départ de cette guerre aurait du etre la destruction de Pearl Harbor par ce que les Américains auraient identifié comme un sous-marin chinois. Quelques années auparavant, la Chine avait construit avec l'aide de l'URSS ses propres sous-marins qui étaient en tous points identiques aux Golf I soviétiques. En détournant un Golf II auquel on ferait exécuter certaines manoeuvres typiques induites par les contraintes techniques des Golf I, il serait facile de faire croire aux Américains qu'un sous-marin Chinois était l'auteur de la frappe.
A bord du K-129, tout s'est apparemment passé comme prévu par les comploteurs jusqu'au moment crucial du démarrage de la séquence de tir. Les Golf II pouvaient lancer leurs missiles en plongée, en continuant leur route, et de n'importe quel point sur la mer. Les Golf I, plus anciens, devaient faire surface et s'immobiliser à l'intersection exacte d'une longitude et d'une latitude pour programmer la trajectoire des missiles. De plus, les missiles des Golf II soviétiques avaient une portée très nettement supérieure à ceux des sous-marins chinois dont la portée n'excédait pas 500 milles. Les félons ont donc appliqué au Golf II les contraintes des Golf I chinois et se sont approchés des cotes d'Hawai à moins de 500 milles pour simuler le comportement d'un sous-marin Chinois. Ainsi, les USA auraient en toute logique accusé la Chine de cette attaque en traitre.
Tout semblait donc avoir été prévu. Tout, sauf un détail que meme les hiérarques du KGB ignoraient: au début des années 60, des accords ultra-secrets entre hauts responsables militaires soviétiques et américains avaient été conclus en vue d'empecher toute utilisation erronée ou non autorisée de l'arme nucléaire. Dans le cadre de ces accords, il est aujourd'hui presque certain que les Américains ont fourni aux Russes les informations et la technologie pour doter tous leurs missiles nucléaires de "dispositifs de sécurité intrinsèque" déclenchant automatiquement l'autodestruction du missile en cas de lancement non autorisé ou accidentel et/ou en cas de non respect de toutes les étapes de la séquence de tir. Ce dispositif (inaccessible et donc impossible à neutraliser) consistait en une charge explosive chargée de faire éclater la tete nucléaire. Il n'en résulte bien entendu pas d'explosion nucléaire, mais celle-ci devient donc impossible. Le missile devient simplement inopérant. Cela aurait du etre aussi simple que ça. Mais pour telle ou telle raison impossible à éclaircir, à bord du K-129 l'explosion du dispositif de sécurité intrinsèque a provoqué l'explosion du carburant du missile, qui elle-meme a fait exploser un second missile, ouvrant une large brèche à l'arrière du kiosque et au fond des silos, sous la ligne de flottaison. Le dispositif de sécurité s'est déclenché parce que la séquence de tir n'a pas été complétée par le code d'autorisation de Moscou, puisqu'il n'y en avait pas. Les traitres n'étaient manifestement pas au courant de l'existence de ce dispositif. Quant à l'équipage régulier, c'est difficile à dire. S'ils savaient que ce système existait et que son déclenchement pouvait avoir des conséquences dramatiques, il est vraisemblable qu'ils aient tout tenté pour empecher les traitres d'agir. Et qu'ils en aient payé le prix fort... En tout état de cause, neutralisés et enfermés à l'avant du sous-marin, ils n'ont pu qu'assister impuissants au drame qui se nouait.
Ce n'est que récemment que la Fédération de Russie a rendu officiellement hommage aux hommes du K-129 et a mis en place un régime de pensions pour leurs veuves.